‹ La Pologne, historique, littéraire, monumentale et pittoresqueChapitre 15 sur 105 · M SA POLOGNE · texte numérisé non relu

M SA POLOGNE

pour anéantir la Litvanie. Mais doux hommes intrépides se présentent, Litoraw et son fils Witenes, et ils relèvent leur patrie opprimée. Gédymin, fils de Witenes, marie ses filles aux Piasts de Mazovie et de* Krakovie, et ses fils à des duchesses russiennes, élève des villes et des forts, reprend les possessions abandonnées par Mendog, fait la conquête de Brzcsc, de Wolhynie, de Kiiow, soumet la puissance russienne, et conquiert toutes les provinces entre le Bug et IcDniéper, et au delà.

Gédymin, allié deWIadislas-le-Bref, fut, comme ce roi, un des plus redoutables ennemis des Teutoniques. Gédymin, guerrier et organisateur, accorde des privilèges aux cités qu'il élève, établit des relations avec la cour de Rome et avec les villes anséatiques ; sa tolérance ne s'oppose point à l'élévation des églises à Wilna, à Nowogrodek, et les artisans, les industriels étrangers viennent en foule et sé colonisent dans ce territoire si propre au commerce. Les soldats litvaniens, alliés des Polonais, combattent jusque sur les bords de l'Oder. Le nom de Gédymin, sa gloire, sa renommée retentissent dans le monde, et la fille du duc de Twer est heureuse de s'allier par le mariage au héros liivanien. Gédymin fut le premier souverain, sur les bords du Niémen, qui paya de sa vie (1358) l'invention infernale du moine Schwartz. On sait que Schwartz venait de découvrir à cette époque la poudre à canon.

Gédymin, en mourant, laissa sept fils, parmi lesquels on remarqua Olgerd et Kieystut. Dans l'espace de trente-six ans les deux frères combattent les Tculoniques, les Russicns, les Tatars et les Moskovites. Les républiques de Pskow, de Nowogrod la Grande, leur sont soumises, et ils les font gouverner par des lieutenants litvuniens ( 1546-1349). Les ducs de Smolensk cl de Twer servent sous les ordres d'Olgerd, et fournissent a son armée leur contingent. Il parcourt la Krimée en vainqueur (1565), et, pour se venger des invasions des grands-ducs de Mosko- \ic, il marche trois fois contre enx ; trois fois il assiège Moskou et s'en empare (1368-1570-1572). Sous le règne d'Olgerd, la puissance litvanienne devint grande et imposante ; an nord-est elle avait pour frontière le lac Ladoga, la mer Blanche, Mojaïsk, Bransk. Koursk, le Doinetz cl les bords th la mer d'Azof et de la mer Noire. Les possessions d'Olgerd étaient assez vastes pour satisfaire l'ambiiion do ses douze fils; mais Olgerd

avait une prédilection particulière pour son fils Jagellon, et ce fut à lui qu'il confia le pouvoir suprême.

Jagellon, favorisé par son père, fixa sa résidence à Wilna; Wilna, ville de premier ordre, est à la Litvanic ce que Krakovie est a la Pologne ; le grand-duché litvano-russicn reconnaît la suprématie de Wilna. C'est de cette ville que partent les ordres de Jagellon; il commande à ses frères; il commande aux Kniaz, ses vassaux. Mais une intrigue de palais ne tarda pas a désunir la famille. Un nommé Woydillo, favori de Jagellon, sema la discorde entre Kieystut et Jagellon. Kieystut s'empara de Wilna, fit pendre Woydillo, et exila Jagellon à Poloçk. Mais celui-ci quitte Poloçk, se met à la tête de ses partisans, reprend Wilna, et fait prisonniers Kieystut et le duc Witold, ou Vitovd.son fils. Kieystut meurt à Krewo, le cinquième jour de son emprisonnement (1382). Witold, à la faveur d'un déguisement, parvient à s'échapper, et va demander asile aux Teutoniques : ceux-ci accueillent le fugitif en lui promettant ande et protection ; mais ils lui déclarent que, s'il meurt sans enfant môle, toute sa succession leur appartiendra (1584). Les Teutoniques, qui ne reculent devant aucun moyen, empoisonnent les deux fils de Witold (a Kœnigsberg, 1585). Witold, voyant qu'il est victime d'un piège infâme, revient à Jagellon. Les deux princes se réconcilient. Jagellon donne à Witold les villes de Brzesc, Drohiczyn, Mielnik, Bielsk, Suraz, Kamienieç-Litewski, Mscibow, Wolkowysk cl Grodno. Witold accompagne le duc à Krakovie (1586).

Ici commence le règne de Wladislas-Jagellon ; de cette époque date la grande, solennelle el volontaire union politique des deux nations. Hedwige, reine des Polonais, devient l'épouse de J >•» gellon. Désormais la Pologne et lu Litvanic ne formeront plus qu'un même peuple, ci si les événements les désunissent un moment, rien ne peut les séparer : Dieu les a unis, l'acte est cimenté. En poursuivant notre tâche d'historien, en envisageant les faits avec conscience, nous ne séparerons jamais la Litvanic de la Pologne, car il n'y a pas de liberté, d'indépendance nationale possible, sans une fusion complète ; l'existence politique de la Pologne sera à jamais irréalisable, si les extrémilés du vaste cercle ne touchent pas aux sources de la Dzwina, du Dnieper, de la Wistule et de l'Oder, et au littoral de la mer Baltique et de la mer Noire.

Pendant que Wladislas-Jagellon s'occupait à Krakovie des devoirs imposés par sa nouvelle royauté, les chevaliers Teutoniques envahissaient la Litvanie et la Samogitie, et André Olgerdovitch, duc de Trubeçk, envahissait les provinces de l'est. En apprenant cette nouvelle, les ducs Witold et Skirgellon quittent Krakovie, se rendent à Wilna et se disposent à repousser l'agression ; mais les Teutoniques se retirèrent à leur approche, en emportant un butin considérable. Les princes se portèrent donc sur Poloçk, où s'était enfermé André. La ville fut prise d'assaut ( lôWi ), et le duc tomba au pouvoir des vainqueurs, qui l'envoyèrent à Cbenciny en Pologne, où on le retint prisonnier. Après ces événements, Sviatoslaf, duc de Smoleosk, prit fait et cause pour André. Wilold et Skirgellon marchent contre lui ; les armées belligérantes se rencontrent près de Mscislaw, sur les bords de la Wioclira (29 avril 1387). Les troupes de Sviatoslaf sont complètement battues, le duc est tué, ses fils Hleb et Youri sont faits prisonniers, et Ivan- Vasilevitsch, cousin de Sviatoslaf, meurt sur le champ de bataille. Après cette victoire, Wilold et Skirgellon se dirigent sur Smolensk ; ils s'assurent de la fidélité de cette ville, et viennent à Wdna où ils trouvent Wladislas et Hedwige. Le couple royal se rendit d'abord de Krakovie dans la Grande-Pologne, pour calmer les partis suscites par la morgue aristocratique ; ensuite il vint à Wilna, où il convoqua une assemblée. Dans cette assemblée le roi prononça l'abolition de l'idolâtrie ; mais, pour l'accomplissement de cette grande œuvre, il n'eut recours qu'à des moyens de douceur et de persuasion. Des prêtres polonais prêchèrent les saintes doctrines; le feu du Znicz, qui brûlait dans les temples païens, fut éteint; les convertis se rendaient en foule sur le bord des rivières pour être baptisés. Une église avec un évêché, sous l'inwxaiion de saint Stanislas, furent élevés sur l'en. placement du temple de Perkounas; et les villes de Wilkomierz, Niémenczyn, Meyszogola, Miedniki-Litewskie, Krewo, Obolczyce et Haino possédèrent des églises paroissiales ( 20 février 1587 ).

De Wilna Wladislas alla à Poloçk et à Witebsk, où sa présence réprima quelques désordres. Quand ses Etats furent pacifiés, il s'occupa de la nomination d'un lieutenant pour le grand-duche de Litvanie; il avait à choisir entre son frère Skirgellon et son cousin germain Wilold : le premier l'emporta, et Witold, quoiqu'il souffrit de

cette préférence, sembla se résigner. Bientôt la tyrannie et les débauches de Skirgellon indisposèrent les esprits. Witold en profile, organise un parti, quitte sa résidence de Grodno, et marche sur Wilna, au moment où il apprend que Skirgellon est à Poloçk. La garnison polonaise repousse les attaques de Witold ; celui-ci, craignant d'encourir le courroux de Wladislas, se sauve en Mazovie ; mais les ducs Janus et Ziémowit lui refusent leur appui. Alors, en désespoir de cause, il va se réfugier chez les Teutoniques; le grand-matire Zolner le reçoit amicalement : ces deux hommes, unis par des intérêts opposés, se mettent à la léte des troupes et ravagent la Litvanie et la Samogitie. Le roi, qui connaît l'habileté militaire du vice-chancelier Nicolas Moskorowski, lui donne le commandement des troupes polonaises et l'envoie à la poursuite des rebelles. Wilold assiège Troki et Wilna (1388); il échoue dans ces deux attaques, et se voit forcé de suspendre les hostilités. Sa position est telle qu'il cherche a se rapprocher de Wladislas. Le roi se montre encore une fois généreux; il pardonne au coupable, et pousse la longanimité jusqu'à lui promettre le gouvernement de la Litvanie. Wilold, pour se rendre plus digne des bontés du souverain, feint de rentrer en ami à Marienbourg, dans les possessions des Teutoniques; mais, en les quittant, il fait mainbasse sur les places fortes de Jurgenburg et autres. Il croit que Wladislas lui saura gré de cette perfidie, et, aussitôt arrivé à .Grodno, il lui fait savoir qu'il attend la réalisation de sa promesse, puisque lui a tenu la sienne (1389). Wladislas hésita, et Witold irrité tenta de prendre Wilna par surprise ; mais au moment où il se disposait à celte expédition, il apprit que le roi et Skirgellon venaient au secours de Wilna ; sitôt il quitta la Litvanie et se sauva une fois chez les Teutoniques.

Konrad Zolner était mort en 1390, et Konrad Wallenrod lui succédait dans la grande-maîtrise de l'ordre ; mais Wilold trouva le même accueil, car les Teutoniques ne voyaient dans chaque circonstance que leur intérêt personnel. On mit à la disposition de Witold trois châteaux, ceux de Riitcrwerder, de Naugord et de Metembourg, qui se trouvaient situés sur les frontières du grand-duché de Litvanie. WitoM et les Teutoniques harcelèrent le pays, tentèrent de petites excursions, jusqu'au moment où Wladislas vint eu personne pour punir l'audace de son parent.

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