‹ La Pologne, historique, littéraire, monumentale et pittoresqueChapitre 16 sur 105 · W LA POLOGNE · texte numérisé non relu

W LA POLOGNE

Le roi, à lu lèle de ses troupes, s'empare des places occupées par les garnisons de Witold. Il assiège Rrzesc-Lilewski et s'en rend maître ao bout de huit jours (20 février 4390). De là il marche sur Kamienieç, qui se rend sans difficulté ; et aussitôt il se dirige sur Grodno et se place en vue de cette ville ( 14 mars). Comme Grodno cuit protégée par deux châteaux forts, Wladislas n'osa pas risquer l'attaque sans les secours du duc de Lilvanie, de Wladimir, duc de Kiowic, et de Korybut, duc de Sévérie. Pendant que les troupes se réunissent, Witold rallie ses partisans; mais son armée est si chétive, numériquement parlant, qu'il ne peut se décider a franchir le Niémen. Wladislas attaque Grodno et s'en rend maître (3 mai 1390). Witold quitte les bords du Niémen. Skirgellon reprend le gouvernement du grand-duché, et Wladislas retourne en Pologne pour revoir Hedwige, qui acquit de nouveaux droits a son admiration.

Pendant que Wladislas commandait l'expédition de Lilvanie, les Hongrois envahissaient les terres russiennes et cherchaient l'alliance des gouverneurs que le feu roi Louis de Hongrie avait établis dans les villes principales. Hedwige, à la nouvelle de ce danger, réunit des troupes, en prend le commandement et se met en campagne. Elle livre bataille ù Stubno ( non loin de Przémysl), le 13 avril 1390: les Hongrois sont battus ; elle prend d'assaut les autres villes rebelles, et entame des négociations avec celles qui veulent se rendre : ainsi les places de Jaroslav*, de Grodek, de Hâtiez, de Trembowla, de Léopol, rentrent sous la domination de la république polonaise. Toute la Russie-Rouge est enfin reconquise, grâce au courage de cette femme a l'âme de héros ! Hedwige, après ses victoires, rentre à Krakovie, où elle reçoit les bénédictions du peuple.

Mais la tranquillité ne dura pas longtemps; Witold et les Teutoniques ourdissaient un nouveau complot contre la Pologne, et pour intéresser les Anglais et les Français a leur cause, ils dirent que leur guerre n'avait d'autre but que de convertir la Lilvanie. Ainsi on vit le comte de Derby (fils du duc de Lancaster, depuis Henri IV), a la tcic des Anglais, et Roucicault à la tète des Français. Algard de Hohenslein, comte prussien, vint se ranger sous les drapeaux teutoniques.

Avant de quitter Maricnbourg, l'armée se divisa en trois corps, qui prirent chacun une direction différente; ce plan de campagne avait

pour but de ravager en même temps une grande étendue de pays. Le premier corps était sons les ordres de Konrad Wallenrod ; le deuxième, sous les ordres du maître provincial de Livonie,et le troisième était commandé par Witold, qui avait sous lui tous les Litvaniens de son parti ( 1390).

Le rendez-vous général était donné i Kowno; de Kowno on marcha sur Troki, et cette ville fut réduite en cendres. L'ennemi se dirigea ensuite vers Wilna, et campa dans les plaines an nord de Werki. Skirgellon à la tête d'une partie de la garnison de Wilna, polono-russienne, livre bataille aux Teutoniques (15 juin 1390), et malgré son infériorité numérique, il fait éprouver à l'ennemi une perte considérable; ensuite il se retire et s'enferme dans Stare-Troki. Witold en profile pour assiéger Wilna ; il réassit à prendre le château inférieur; mais les Polonais, commandés par Nicolas Moskorowski, font une si belle résistance, qu'il ne peut parvenir à s'emparer du château supérieur, situé sur la montagne de l'Unis. Malgré ce succès, Korygellon et Narymond, frères de Wladislas-Jagellon, tombèrent au pouvoir de Witold; le premier eut la tête tranchée, et Narymond, duc de Pinsk, fut pendu par les pieds. Mais l'ennemi eut deux pertes a déplorer: Totvill, frère de Witold, et Algard de Hohenstein furent tués pendant l'attaque. Enfin, après un siège de trois mois, Witold et les Teutoniques rentrèrent par la Samogilie â Marienbourg; ils emportaient un butin considérable, mais ils n'avaient pu prendre la place.

A peine remis des fatigues de deux campagnes, l'une en Lilvanie, l'autre en Russie-Rouge, les Polonais sont rappelés sous les drapeaux par Wladislas ; il leur donne l'ordre de se rendre à Wilna, et lui-même se met à leur tête ( fin de septembre 1390 ). Witold et tes Teutoniques avaient quitté le pays; mais le roi voulait renforcer les garnisons des villes principales de la Litvanie. Nicolas Moskorowski, qui blâmait la conduite du duc Skirgellon, offrit au roi sa démission : celuici l'accepta et nomma à sa place Jean Olesoiçki Jagellon, avant de quitter la Litvanie, répandit de l'argent pour soulager la misère du peuple; puis il revint à Krakovie, où l'appelaient lee affaires intérieures de la république.

Witold n'abandonnait pas son projet; sachant le départ du roi et ayant eu le temps de réparer les pertes qu'il avait essuyées dans l'expédition de 1390, il attaqua Wilna en avril 1391 ; il était encore aidé par les Teutoniques.

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Wilna est assiégée, roaisOlesniçki prend les mesures nécessaires pour repousser l'attaque : les assiégeants sont battus, et Witold, furieux de son irréussite, lève le siège; mais sa retraite est marquée par d'effroyables excès : il brûle Nowogrodek sur la Wilia, Wilkomierz sur la Swienta; Kowno est ravagé et presque détruit! Après avoir détruit pour se venger de n'avoir pu vaincre, il s'enferma dans le château de Metembourg sur le Niémen. Wigunt, duc de Riernow, et frère de Wladislas-Jagellon, est envoyé à la poursuite de Wilold; mais ayant quitté trop tôt ses positions, il tomba au pouvoir des Teutoniques qui l'empoisonnèrent.

Pour mettre un terme à ces calamités, le roi eut recours aux négociations : le Gis de Ziémowit, duc de Mazovie, Henri, évèque de Ploçk, est chargé d'entamer des négociations avec Witold; mais pour ménager la dignité de Jagellon, il se sert d'un prétexte : on célébrait a Marienbourg (1591) les fiançailles de la fille de Witold avec Basile ou Vassil Dmitriiévitsch, grand-duc de Bloskovie ; le négociateur Henri , feignant de vouloir assister aux fêtes, se rapproche de Witold, et l'amène par insinuation au point où il roulait en venir. Witold promit sincèrement de renoncer à ses projets hostiles, et, pour preuve de sa bonne foi, il proposa à l'évéque de lui donner sa sœur Ryngalla en mariage. Ce mariage fut cause de la mort de Henri. Il fut empoisonné peu de jours après les noces ; par qui? on ne le sait pas; mais il était coupable d'ignorer que les papes défendaient le mariage des prêtres,

Witold tint fidèlement sa parole; iLse sépara des Teutonique8. En 1393, il gagne Metembourg, et fait main-basse sur la garnison de Ritterwerder sur le Niémen; puis il se met en embuscade et bat les troupes teutoniques qui étaient envoyées pour s'emparer de sa personne. Après ce succès, il se rend à Wilna, où le staroste Jean Olesnicki le reçoit avec tous les honneurs dus à son rang ; mais pour que la réconciliation fut plus solennelle, Wladislas et Hedwige arrivent à Wilna. Wilold est nommé gouverneur du grand-duché, et Skirgellon eut en partage le duché de Kiiow, Stare-Traki, Rrzemienieç et quelques autres places. L'évéque André Wasilon posa la couronne ducale sur la tête de Wilold ; le sacre eut lieu dans l'église cathédrale de Stanislas (1392). Witold, comblé d'hons, n'était encore que le lieutenant de Wlaet la Litvanic, malgré son titre de grand-

duché, n'était point séparée de la république polonaise.

Tout semblait rentrer dans l'ordre, la Litvanie commençait à renaître, quand l'envie et la jalousie de Skirgellon et de Swidrigellon, frères du roi, allumèrent de nouvelles discordes. Le premier arme les Rnsstens contre Witold ; l'autre se rend chez les Teutoniques, et sans peine il s'en fait des alliés. Le grand-maltre Ulrich de Jungingen, tout récemment invest i de sa dignité, n'attendait que l'occasion de se faire connaître, et il seconde Swidrigellon pour envahir la Lit* vanie. Ils s'emparent de Suraz, de Strabla et de Grodno ; ils font trois mille prisonniers et les emmènent en Prusse (1393).

Le roi quitte Rrakovie et vient à Wilna pour tâcher de calmer les esprits; et, pensant que les moyens conciliants pourront ramener Swidrigellon, il lui offre d'ajouter à ses possessions le du» ché de Starodub ; mais celui-ci repousse tout accommodement, car il espère plus de ses intrigues avec les Teutoniques (1393). Quand tous les préparatifs furent terminés, ils entrèrent en Snmogitie et vinrent mettre le siège devant Wilna (juin 1394). Witold n'osait risquer les chances d'une bataille ; mais il inquiétait les assiégeants par des sorties, et fit si bien, qu'il les repoussa jusqu'à Gnstersbourg (scptembre1394).

Witold, croyant n'avoir plus rien à démêler avec les Teutoniques, s'occupa des affaires intérieures. Il invita les ducs de Sévérie, de Kîïovr et de Podolie, ses cousins, à lui payer l'impôt qu'il était en droit d'exiger comme gouverneur du grand-duché, et comme investi de pouvoirs supérieurs aux leurs. Les ducs lui répondirent avec hauteur et se refusèrent à payer l'impôt. Witold leur déclare la guerre pour les châtier de leur insolence. Il se met à la tête des Litvanfens (1595). Borys Alexandrovitsch, duc de Tver, lui fournil des troupes, et Witold trouva à Niédochodow, sur la Tecza, le duc Korybut ou Démétrius. La bataille s'engage (mars 1395); les Russiens sont battus et poursuivis jusqu'à Nowogrod-Siéwierski , cette ville est prise d'assaut, et Korybut est fait prisennier avec toute sa famille. Après les avoir envoyés à Wilna, on s'empare de leurs trésors. Mais bientôt on relâche Korybut, et on lui donne plusieurs châteaux en Podolie et en Wolhynie pour l'indemniser de ses perles. — Witold, après cette expédition, marche vers le Midi, il s'empare d'Owrucz, de Zytomierz, de Kiiow, de Braçlaw, de Smstrycz

et de Skala, il met le siège devant Kamieniéç- Podoloki, se rend maître de la place, et revient ensuite à Wilna pour se reposer de ses victoires.

Pendant que Witold triomphait des ennemis de la Pologne, Wladislas réparait les injustices commises par Louis de Hongrie. Le roi voulait la restitution de tout ce qui avait été enlevé à -la république polonaise; à cette lin, il fil déclarer à Wladislas, duc d'Opole, que les terres de Dobrzyn et de Wiélun retourneraient à sa couronne dans le cas où le duc mourrait sans postérité. Wladislas rejeta bien loin cet arrangement, et répondit au roi par un refus. Aussitôt la guerre fut déclarée, et le roi, à la tête 4e son armée, entra à Dobrzyn, pendant que Jean Ostrowski, castellan de Sandomir, entrait à Wiélun. Plusieurs châteaux furent repris, les troupes polonaises pénétrèrent dans le duché d'Opole, et les frères du duc furent contraints d'abandonner sa cause. Le château de Bolcslawiéç ( Buntzlau) ne se soumit à la Pologne que sept ans après ces événements, c est-à-dire a la mort du duc d'Opole. Quant à la terre de Dobrzyn, elle fut cédée aux Teutonlques a litre d'engagement, mais avec promesse de la restituer aux Polonais après le décès du duc.

Swidrigellon, à l'aide des Teutoniques, guerroyait toujours en Litvanie; il parvint même à s'emparer de Witebsk. Le roi, voyant que tous les moyens conciliants ont échoué, se décide à employer la force. Il charge Witold de déclarer la guerre et d'ouvrir la campagne, il s'en repose sur les talents de cet intrépide guerrier. Witold se met à la tête des troupes (1396), il prend d'assaut Orsxa ; à Druçk, il rebrousse chemin pour faire sa jonction avec Georges Sviataslawovitoh, duc de Smolensk, qui, à titre de vassal, doit fournir son contingent. L'armée, étant au complet, marche sur Witebsk; on l'assiège, et après cinquante jours, la place est prise. Swidrigellon est fait prisonnier, et on l'envoie sous escorte au roi Wladislas-Jagellon.

Après cette expédition, Witold se sépare de Georges, et se dispose à retourner à Wilna ; mais a peine touchait-il les bords de la Wilia, qu'il apprend que Georges s'empare, pour son propre compte, des villes du district d'Orsza. Avec une incroyable rapidité il revient sur ses pas, reprend toutes les villes , dépose Georges , et nomme à sa place Hleb, le frère du coupable. Witold, après avoir conquis et pacitié, regagne son duché ; mais à peine à mi-chemin, il apprend

la révolte de Hleb : il retourne aussitôt , dépose Hleb, nomme a'sa place des lieutenants, et rentre enfin à Wilna (4396).

OIeg, duc de Rezan, était l'instigateur secret de ces révoltes ; mais tout à coup il lève le masque, et pénètre en Litvanie. Les troupes do Witold, sous le commandement de Langwin, duc de Mscislaw, marchent à la poursuite ,de l'envahisseur, et s'emparent des pays situés entre l'Ob et le Don. Pendant qu'on se rendait maître de l'invasion, Witold donnait l'ordre à un autre duc, Oigerd, de battre les Tatars qui ravageaient les pays situés au delà du Volga et du Don. Cette expédition eut un plein succès.

La gloire de Witold, son courage qui savait tout défieret tout vaincre, donnèrent des craintes a Bazile, grand-duc de Moskovie et gendre de Witold. Pour détourner le danger imaginaire ou réel qui le menaçait, il proposa un congrès i Smolensk, auquel se rendit le grand-duc de Litvanie. Là il fut décidé que les armées de Witold et celles de Bazile marcheraient contre les Tatars. Après la réunion des troupes, en 1307, on livra bataille sur les bords du Don, et Witold ajouta une victoire de plus à ses victoires. Maiire d'un grand nombre de Tatars, il les envoya entre Wilna et Troki, sur les bords de la Waka, en leur accordant la permission de s'y établir. Ce premier succès détermina Witold à tenter un coup décisif contre les Tatars; mais avant de commencer l'expédition, il demanda à Wladislas de lui envoyer des troupes. Wladislas lui fit quelques représentations; mais enfin, cédant aux prières du grand-duc, les troupes polonaises se rendirent à Kiiow, où était le rendez-vous général. Witold, à la tête des armées, se mit en campagne. Les armées belligérantes se rencontrèrent sur les bords de la Worskla; on chercha d'abord à entrer en accommodement ; mais, après des efforts inutiles, la bataille s'engagea (12 août 1398, an du monde 6906). Les Tatars furent victorieux et parcoururent l'Ukraine et la Wolhynic en triomphateurs. Witold échappa miraculeusement, et regagna secrètement Wilna, pour reparer ses pertes, et pour se préparer aux nouveaux événements.

La défaite de Witold n'était pas le seul malheur que la Pologne eût à déplorer : Hedwigc, la grande et vertueuse reine, venait de mourir (1399). Elle mit au monde une fille qu> ne vécut que trois jours, et sa mère, hélai! suivit de près.

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Quand Hedwige approcha du ternie de sa délivrance, le roi lui proposa de faire faire pour le nouveau-né un berceau tout garni d'or et de pierreries. « J'ai renonce depuis longtemps, lui i dit-elle, aux vanités du inonde. Dieu a bien » tooIu m'accorder le bonheur d'être mère, je i loi rends grâce ; je me résigne aux douleurs » que je vais endurer, et mon humilité sera plus • agréable à Dieu que tous ces signes de magnii licence et d'orgueil humain. »

Un jour, elle demanda au roi de faire restituer a ses sujets du chapitre de Goèzne des troupeaux qui leur avaient été enlevés par ses ordres. Le roi y consentit, t Vous êtes juste, lui » dit -elle, en leur rendant ce qui leur appar- » tient; mais leurs larmes, mais ce qu'ils ont sonf- » fert, où en trouveront-ils le prix ? »

Cette admirable princesse consomma l'union des deux peuples et reconquit la Russie-Rouge ; mais ce ne sont pas les seuls actes qui lui aient mérité l'amour des Polonais. Elle contribua puissamment à propager les sciences et les lettres. Elle institua un collège à Prague en Bohême (10 décembre 4397) pour les Polonais et les Litraniens; elle Ht des dons considérables à l'Université de Krakovie, fondée par Kasimir-le- Grand. Hedwige légua par testament une partie de ses joyaux aux pauvres, et l'autre fut assignée à la fondation d'une école de médecine. Cette femme si pure, cette existence marquée par tant de gloire et tant de bienfaits, fut troublée par la calomnie. Gniéwosz Dalewicz, chambellan de Krakovie, corrompu par de mauvaises influences, osa répandre des soupçons flétrissants sur la reine; il osa, l'indigne, faire naître la défiance dans le cœur de Jagellon, en lui disant qoe Guillaume, duc d'Autriche, s'était introduit secrètement chez la reine. Jagellon, se croyant trahi, demanda le divorce ; Hedwige se soumit, en exigeant qu'on la jugeât en public. La diète de Wisliça ( 1388 ) fit assigner Gniéwosz. An jour indiqué tous les témoins se rendirent i la séance de la diète ; chacun déposa selon sa conscience. Jasko, castellan de Woynicz, jura an nom de la reine qu'elle était innocente du crime dont on l'accusait, et que lui, Jasko, se faisait fort de la justifier. A la suite de celte déclaration, vingt chevaliers appartenant aux premières familles demandèrent spontanément de îenger l'honneur de lu reine. Les juges ordonnèrent à Dalewicz île prendre la parole et de préciser ses accusations; mais an moment où il voulut

par!cr, il fut saisi d'un tremblement convulsif ; sa voix altérée fit entendre des mots sans suite : le remords avait été à cet homme la force de s'exprimer. Enfin, après s'être remis, il prononça ces mots: « Je demande grâce et pardon, j'ai » menti. » Les lois de Pologne portent qu'un calomniateur doit se coucher la face contre terre, sous la stalle de celui dont il a voulu flétrir l'honneur; cette punition doit avoir lieu en pleine assemblée. La loi exige que le calomniateur se rétracte à haute voix, et qu'après sa confession achevée il imite par trois fois l'aboiement du chien. On n'accorda pas même à Dalewicz l'honneur de s'approcher de la stalle de la reine ; on lui fit signe d'aller se placer sous la table qui était au milieu de la salle, et c'est de là qu'il fit entendre les trois aboiements imposés par la loi. Depuis cette époque, le roi vécut dans une parfaite intelligence avec la reine. La vie d'Hedwige fut un exemple de toutes les vertus ; austère dans sa piété, sévère pour elle-même, elle était indulgente pour les autres : aussi le peuple i'adrairait et l'aimait! Quand elle vivait, on l'appelait la plus vertueuse des femmes ; mais, après sa mort, on voulut l'honorer du nom de sainte. Le roi Kasimir Jagellon, fils de Wladislas, fit des démarches auprès de la cour de Rome pour obtenir la canonisation d'Hedwige ; mais comme il faut la payer très-cher à la chancellerie du Vatican, la somme recueillie pour cette cérémonie fut employée pour la défense de la patrie, dans la guerre de 1430 contre les Teutoniques. Les Polonais tentèrent encore de fléchir le pape, ils réitérèrent leur demande, et promirent de payer plus tard les frais de canonisation. Mais Nicolas V était inébranlable et répondait à tontes les demandes: < Point d'argent, point de sainte. * Le pape a refusé, mais l'amour de toute une nation a sanctifié la mémoire d'Hedwige !...

Wladislas, après la perle de la reine, voulait abdiquer et se retirer en Lit va nie; mais les Polonais, à force de sollicitations, le détournèrent de ce projet. Ses devoirs de citoyen l'obligèrent à garder le trône, et ses devoirs de roi l'obligèrent à contracter un nouveau mariage. La princesse Anne, fille du comte de Ciley ou Cilli (en Styrie)et petite-fille de Kasimir-le-Grand, fut promise à Wladislas- Jagellon ; mais avant les fiançailles, qui curent lieu en 4401, il partit pour Wilna, dans le but de conclure avec Witold une convention importante pour l'avenir du pays. Cette convention portait que toutes les posses-

sions de Witold, en cas qu'il mourût sans enfants maies, reviendraient à Wladislas, c'est-àdire à la Pologne; mais que si Wladislas mourait sans enfants maies, les successeurs de Witold seraient héritiers présomptifs de la couronne de Pologne ; ajoutant, pour clause du présent traité, que lesdits héritiers seraient acceptés par la

L'Etat s'affermissait, le pays se tranquillisait, au moment où George Sviatoslavitsch se révolta et envahit la ville de Smolensk. Witold, en apprenant cette nouvelle, marche sur Smolensk (1402); il l'assiège, mais avant de pouvoir s'en rendre maître, il est obligé de l'abandonner : le duc de Rezan s'est révolté, et il court à sa rencontre pour réprimer cette nouvelle rébellion ; il atteint l'ennemi à Lubuçk ou Lubeisk ( à l'embouchure de la Protva dans l'Oka ). L'intrépide Witold met les Russiens en pleine déroute, et fait prisonnier Rodoslaf, Gis du duc de Rezan. Après cette victoire il revient à Wilna, où il fait des préparatifs pour le siège de Smolensk. Dès que tout fut prêt, il marcha sur Smolensk. Le siège dura sept semaines (4404) ; George résistait avec une persistance digne de son adversaire ; mais quand il vit qu'il allait succomber, il quitta secrètement la ville et se rendit à Moskou, pour supplier Bazile de lui donner des secours. Bazile respectait Witold et le redoutait plus encore : il refusa donc son assistance. Pendant l'absence du chef, Witold donna un assaut, et Smolensk lui ouvrit ses portes (36 juin 1404). Smolensk , qui était alors duché , devint palatinat, et fut à jamais incorporé au grand-duché de Litvanie, et gouverné par les starostes ou palatins de Pologne et de Litvanie.

. En l'année 4403, les Bohémiens avaient offert la couronne à Wladislas; mais ce roi aimait trop la Pologne pour accepter la responsabilité d'un autre gouveruement : à celte époque les intérêts du pays réclamaient impérieusement toute sa sollicitude. Swidrigellon, pour échapper à la surveillance que le roi son frère exerçait sur lui, se sauva en Russie, puis il alla en Walaquie, en Hongrie, et enfin il se rendit chez les Teutoniques. Le grand-mallre Ulrich de Jungingen le reçut, et seconda son projet d'envahissement sur la Litvanie. Swidrigellon s'empara de Merecz sur le Niémen, et, après l'avoir détruit et ravagé, se sauva en Prusse ( 4404). Witold, au retour de sa campagne de Smolensk, marche sur la Livonie, prend Danabourg sur la Dzwina, et rentre

victorieux à Wilna. Wladislas, croyant éteindre ces germes de discorde en favorisant l'ambition de Swidrigellon, lui donne la Podolie ; ensuite il réunit un congrès à Racionz en Kuïawie (4404), où il invite Witold et les représentants desTeutoniques. Là il offrit 50,000 florins pour le rachat de la terre de Dobrzyn, et il engagea Witold à lui céder la Samogitie. Witold y consentit, quoique avec peine.

Pour payer la somme qu'il avait promise aux Teutoniques, le roi fut forcé de recourir à de nouveaux impôts; mais, pour effectuer cette mesure, il dut convoquer les diétines, car dans ces assemblées la petite noblesse proposait ce qui devait être ensuite sanctionné par la diète générale. L'institution des diétines date de cette époque, et dès lors la démocratie nobiliaire implante sa toute-puissance ; le peuple fut oublié et ses intérêts constamment lésés.

La diète s'assembla à Korczyn ou Nowc-Miato, sur laWistule (il novembre 4404). On y arrêta qu'indépendamment de 3 gros de Prague, on paierait, par mesure exceptionnelle, 40 gros de Prague par arpent; ainsi la somme de 100,000 marcs d'argent, somme énorme pour le temps, fut versée dans le trésor royal. Sous les règnes suivants, quoique l'argent fut moins rare, la noblesse criait à l'oppression quand elle versait dans le trésor 40,000 marcs ; et elle voulait rejeter les impôts sur les bourgeois et sur les paysans. Le paysan privé des droits politiques et des droits de citoyen, n'était point encore assez opprimé, selon la noblesse, ou assez mùr pour jouir de la liberté, comme l'aristocratie le répète depuis des siècles!...

Au travers de ces événements intérieurs, de nouveaux troubles vinrent agiter les frontières de la Pologne du côté de Brandebourg, de la Silésic et de la Hongrie. La haute noblesse en était fauteur; elle attisait la guerre civile par des combats partiels; mais les troupes de Wladislas reprirent les villes de Drzen et de Sandecz, et tout rentra dans l'ordre (1405-1404).

Le grand-duc Witold avait consenti, mais avec peine, à céder In Samogitie aux Teutoniques; mais, quand vint le moment de l'exécution, on dut recourir à une nouvelle transaction pour l'y contraindre. Lu perte de la Samogitie découvrait ses possessions de l'ouest, et à l'est il était inquiété par les Pskoviens. La trahison de Baiile, duc de Moskovic, vint encore compliquer les choses. Bazile, au mépris des liens qui l'alta-

chaienl à Witold, prit pani potn* les Russiens révoltés. WitolJ, en apprenant celle trahison, marche au-devant de l'ennemi (4405); il prend la rille de Koloza, entre à Pskow, et emmène onze mille esclaves à la suite de son armée. Balile envoie un nouveau renfort de troupes, dans le dessein de prendre plusieurs villes qui relevaient de Witold; mais toutes les forces échouent devant le héros litvanien. Après celte expédition Witold eut une entrevue avec le roi Wladislas, à Milolnhie, où on prit des mesures pour repousser les agressions de Bazile, qui appelait à son aide les féroces Tatars. En l iOG, l'armée de Balile et celle de Witold se rencontrèrent à Krapiwna snr la Plawa ( 13 lieues de Toula ) ; mais la volonté de Bazile fléchit en présence de Witold, et un armistice termina momentanément ces grands préparatifs de guerre.

La trêve fut de courte durée. Swidrigellon, cet homme qui vivait d'agitation et de trouble, cet homme qu'on pourrait appeler la discorde marnée, vient encore une fois chez les Teutoniqnes pour guerroyer avec leurs troupes. Wladislas lui donne de nouvelles possessions pour le ramener à lui : Starodub, Briansk et Nowogrod- Siéwierski furent ajoutés aux domaines de Swidrigellon ; mais son insatiable ambition, ou son besoin de guerroyer ne lui permirent pas de s'en contenter. Cette fois, c'est à Bazile qu'il s'adresse, c'est à ses troupes qu'il s'unit pour combattre Witold. L'armée de Bazile se met en campagne, elle rencontre celle de Witold entre Pawlowo et Opaszkowo sur l'Ougra (septembre 1406). Hais les manœuvres du grand-duc sont si promptes et si audacieuses, que Bazile recule et demande la paix, en s'engageant à payer tous les frais de l'expédition; de plus, il rend à Witold Nowogrod-Siéwierski.

Ce traité de paix ne donna qu'un calme momentané ; bientôt les Tentoniques envahirent la Litvanie. Witold, à peine remis de la dernière pierre, dut mettre ses troupes sur pied, et confia le commandement de l'armée à Rombowd, maréchal de Litvanie, et en 1407 on ouvrit la campagne. Le maréchal reprit la Samogitie (mats 1408), que les Tentoniques tenaient depuis 1401. Les Teuloniques, effrayés de leur débite, en appelèrent à Wladislas; mais le roi, «fm les savait aussi hostiles pour lui que pour le grand-duc, leur fit dire qu'il donnerait une réponse catégorique à la diète de Lenczyça, qui devait se réunir le 17 juillet 1408 ; en attendant, il tomf II.

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leur envoya Nicolas Kurowski, archevêque de Gnèzne, pour préparer les négociations. Les Teuloniques voulaient une réponse absolue, définitive, cl repoussèrent tout arrangement, et sans aitendre la réunion de la diète, ils recommencèrent les hostilités. I-eurs troupes s'emparèrent de la terre de Dobrzyn, de Bypin, de Lipniki, de Rohrowniki et de Zlotorya, et partout elles commirent d'effroyables cruautés.

Les troupes de Wladislas eurent l'ordre de se réunir à Wolborz, pour marcher ensuite contre les Teuloniques, qui s'étaient concentrés sur la Netze. Wladislas commandait en personne; il reprend Bydgoszcz (Brombcrg), et dans un engagement qui a lieu à Swieca, il défait les troupes du grand comtur de Prusse; ensuite il revient au camp de Bydgoszcz (décembre 4408). Les Teuloniques, après cette défection, demandent assistance au roi Wenccslas de Bohème ; celui-ci intervient, et Wladislas consent à accorder une trêve.

La nouvelle de l'armislicc n'étant poinl parvenue à Witold, il envoie ses troupes à la rencontre des Teuloniques; Sigismond Koributowiez, son neveu, est chargé du commandement ; les Lilvaniens prennent Dzialdow (Soldau), et rettlrent avec un grand nombre d'esclaves et un butin considérable. Le grand-maîlre des Teuloniques fait au même moment une trouée entre Grodno et Bielsk, se jette sur Wylkowysk ( 16 mars 1409), s'empare de la ville, et emmène une grande partie de la population. Witold, qui se trouvait ù 15 lieues du combat, n'ose pas se mettre à la poursuite de l'ennemi, car il n'a à sa disposition qu'un petit nombre de soldats, et il veut être sûr de toutes ses ressources pour tenter l'attaque. A cette fin il se rend à Brezsc-Litwcski, où il trouve Wladislas; les deux princes décident qu'ils demanderont l'intervention de Sigismond, roi de Hongrie; car elle leur est assurée par un traité entre la Pologne et la Hongrie, passé à Sandecz.

Witold, suivi de Gastold, Rombowd et Radziwill , tous trois distingués par leurs noms et par leurs qualités personnelles, se rend à Keïsmarck sur la Soprad , dans la slarostie de Spiz(Zips); là, il obtient une enlrevue de Sigismond (1409). Witold réclame de ce prince l'intervention promise par le traité; mais Sigismond, qui convoitait l'empire d'Allemagne, et qui redoutait l'union de la Litvanie et de la Pologne, car cette union était la force des deux pays,

Sigi&mond se souciait peu des véritables intérêts de Witold; ce qui lui importait, c elait lu réussite de ses ambitieux projets. Dans ce but il clie relia à indisposer le grand-duc contre le roi de Pologne, et lui promit son intervention s'il voulait se séparer de Wiadislas pour se faire roi de Lilvauie. L'idée d'un gouvernement indépendant caressait l'ambition de Witold; cette idée il l'axait conçue, mais, émise par l'Autrichien, elle le révolta, lui Gt démêler tout ce qu'il y avait de faux dans son intérêt et de perfide dans ses conseils; il s'indigna, éclata en reproches, et quitta Kcïsmurck sans prendre congé de Si^ismond. Celui-ci, voyaul que sa politique a échoué, se met à la poursuite de Witold, lo rejoint à dix lieues de la ville, et s'humilie devant celui qu'il a voulu prendre pour dupe ; il s'humilie, et lui demande pardon d'avoir voulu l'entraîner dans une démarche inconsidérée, cl le quille en le supplia ut d'agréer de inagniliques présents.

Witold montre son dédain à ce roi si humble, et il s'empresse de se rapprocher de Wiadislas, pour lui dire avec franchise le résultat de sa mission. L'expérience ne l'ut pas inutile pour les deux princes; ils virent bien qu'ils ne devaient compter que sur eux-mêmes, et aussitôt ils formèrent une armée capable d'effrayer ou de résister a tomes les ambitions. Les garnisons voisines des Karpates furent doublées, et on fit un appel aux volontaires de Bohème, de Moravie ; les liassions, les Tatars vinrent grossir l'armée, qui se trouva dans peu au grand complet. Les Polonais qui faisaient leur apprentissage militaire dans les pays étrangers, toute celle valeureuse jeunesse qui s'était distinguée sous les ordres de Sigismondde Hongrie dans la guerre de Turquie, et parmi laquelle on remarquait l'intrépide Zuwifi/a-le-Noir.vint se ranger sous les drapeaux nationaux, pour combattre les chevaliers Teutoniqucs.

Wiadislas el Wilold se trouvaient à la léto de quatre- vingt dix mille hommes.et Ulrich dejnngingen, grand-maitre des Teutoniqucs, avait sous se* ordres cent quarante mille hommes. Les armées belligérantes se rencontrèrent entre Grunwald ou Grunefeld, el Tannenberg, le 10 juillet 1410. Ou livra bataille, bataille sanglante.combat inégal, où le courage, l'intrépidité, l'ardeur suppléèrent au nombre. Cinquaule mille Teutoniqucs lurent tués ou blessés* et quarante mille prisonniers tombèrent au pouvoir des Polonais ; cinquante et un drapeaux et deux pièces d'artillerie, les

seules qu'eussent les Teutoniqucs, furent pris à les Marieoboorgeois. 11 se tint en

l'ennemi, et envoyés à Krakovie : les Polonais n'avaient pas encore de canons. Le grand-maître des Teutoniqucs fut tué, et sans le courageux dévouement de Zbigniew-Olesniçki. roi Wiadislas eut péri dans la bataille; mais Zbigoiew se jeta au-devant du roi, et para le coup qu'on voulait lui porter ; après cet acte, qui lui assurait à lout jamais la reconnaissance royale, Zhigniew embrassa la carrière ecclésiastique ; il fol éveque, cardinal, chancelier, et ses hautes capacités jetèrent un grand lustre sur le règne de Wiadislas.

Après celle victoire, Wiadislas- Jagellon aurait dû se porter en toute liùte sur Marienbourg; mais quelques moments d'hésitation donnèrent le temps au commandeur Henri de Plauen de mettre cinq mille hommes dans la place pom s'en assurer. Marienbourg revenait de droit à Wiadislas, car déjà Thorn, Graudentz, F-lbing. DanUuk, Brandenbourg, Kœnisgberg, Oslerode et plusieurs villes encore, s'étaient soumises aux Polono-Liivaniens, el avaient reçu les starostes du roi Wiadislas. On voit, d'après celte énuméralion,que loulc l'étendue de pays qui appartenait à la Pologno, depuis Boleslas-le-Grand, rentrait sous la domination polonaise.

Quand Wiadislas el Witold arrivèrent sous les murs de Marienbourg pour en faire lo siège, le commandeur de Plauen leur fil l'offre de restituer lu Poméranio, Culm el Michalow, à U condition qu'on ne toucherait pas aux autres possessions des Teutoniqucs. Lo roi tint conseil après celte proposition, et à la majorité il fui décidé qu'avant d ent rer en arrangement les Teutoniques devaient d'abord remettre Marienbourg et toutes ses dépendances.

Ce refus ralluma le courage du commandeur, et à son tour il répondit par des menaces; il tit connaître aux Polonais qu'il périrait, ou qu'il «e proposerai! plus la paix qu'en vainqueur. Cette menace irrita le roi, cl aussitôt il ordonna le» préparatifs du siège de Marienbourg. Il en fit d'abord l'invostilure, mais sans lignes de contrevallalion, ce qui permettait à la garnison de faire dos sorties; on pensait que l'ennemi ne soutiendrait pas longtemps le siège, car il manquait de munitions; en effet, la ville fut sur \? point de capituler; mais un secours inespéré arriva, llermnn de Yintkimtschcn, provincial de Livonie, el chef dos chevaliers du Porte-Glaive, vint à la tôle de cinq cents hommes pour secourir

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