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près de Cbristbourg; mais, bientôt découvert, WiiolrJ alla à sa rencontre pour le combaiire. Horman, ne croyant pas la résistance possible, demanda une entrevue à Wilold. Dans cette cntrevne il témoigna au grand-duc son intérêt, et lui Hit qu'il ne comprenait pas sa participation dans une guerre qui ne pouvait profiter qu'à Wladisias, « car, ajoutaH-il, Wladisias a de j'éloigneraént pour vous, ot vous, vous ne serez jamais qu'un lieutenant de la Pologne ; pensez-y, vous pourriez être un souverain indépendant. Quant a moi, je vous promets la restitution de la Sarangitie, si vous consentez à vous séparer de Wladisias. •
L'ambition se réveilla dans ïàme de Wilold ; l'ambition lo rendit la dupe d'un piège infernal, et il demanda à Ilermun de lui donner des garanties qui lui assurassent la restitution de la Samogitie. Herman lui répondit 'qu'il allait parler de cette affaire à Henri do Plaucn, cl aux chefs renfermés dans Marienbourg. Après celte entrevue, Wilold, sous le prétexte de continuer les négociations, obtint de Wladisias la permission de pénétrer dans la ville ; il trompait le roi, son but était tout personnel.
Les Teutoniqties n'hésitèrent pas à conlirmer la promesse qui avait été faite à Wilold ; celuici, se trouvant engagé, ne chercha plus qu'à s'éloigner de Wladisias; pour y parvenir, il lui dit que sa santé ne lui permettait plus de continuer la guerre, et qu'il allait retourner à Wilna. Wladisias, qui ue se défiait pas encore, le pria, le conjura, mais tout fut inutile; Wilold partit en emmenant aveo lui toutes les troupes lilvanorussiennes qui étaient sous ses ordres. Les ducs de Mazovie suivirent ce coupable exemple. Herman reprit courage, en voyant le roi des Polonais abandonné par ses alliés ; mais lui aussi étaii trahi par les siens : un corps de Bohémiens, au service des Teutoniques, offrit aux Polonais de leur livrer la ville moyennant une somme. Les cl^fs polonais ropoussèreni celte offre avec indignation, en disant que leur sabre déciderait de la laite, ei que leur courage avait suffi à plus d'une bataille. Par uno complication d'événements, la place resta, au pouvoir do l'ennemi : moins do loyauté, et clic devenait lu conquête des Polonais!
Sur ces entrefaites on apprit que le roi de Hongrie avait franchi les Karpates; je dis le roi de Hongrie, mais déjà il possédait la couronne d'Allemagne, et ces deux couronnes ne sof6-
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saieni pas à son ambition, il lui fallait encore quelques possessions polonaises. Pour arriver à> ce but il corrompit Scibor-Scibomçki, palatin de Transylvanie ; cet homme. Polonais de naissance, osa combattre contre sa patrie; il ravagea Sandcez et d'autres villes environnantes ( octobre HIO). Scibor était le vil instrument de l'empereur d'Allemagne.
Wladisias, inquiété par ces nouveaux événements, forma le projet d'abandonner le siège de Marienbourg ; mais plusieurs chefs étaient contraires a cet avis, et les députés des places de la Prusse qui s'étaient soumises se joignirent à cet avis. Craignant de retomber sons le joug des Teutoniques, ils conjurèrent le rot de ne pas lever le siège, et ils s'offrirent même d'en payer les frais; niais les dissensions et les jalousies 'entre les chefs polonais forcèrent Wladisias à faire la levée du siège. Cette désunion dans l'armée avait commencé à la suite de la bataille do Grtuefdd, et la trahison de Wilold acheva d'envenimer les partis.
Henri de Plauen, nommé grand-maître, imposa de nouvcllesconiributions aux Dantzickois, et emprunta une somme au roi de Bohême pour réorganiser ses troupes, et continuer la guerre. Il poursuivit Wladisias jusqu'à Koronowo, à six lieues de Bromberg ; là on livra bataille ; les Teutoniques Turent battus ( 1410), et laissèrent dix mille hommes sur le champ de bataille. Au moment de la défaite Herman arrivait avec un renfort d'Allemands et de Prussiens, mais il trouva dans sa marche Dobieslas-Puchala, castellan de Praéniysl; Dobicslas, à la tête des garnisons de Bohrowniki et de'Bypin, s'approcha de Golub, empêcha la jonction d'Herman, et battit les Teutoniques. Ces succès hâtèrent les négociations. Les Teutoniques implorèrent la longanimité de Wladisias, et la paix fut conclue à Thorn ( février 14M ). Le truite portait que les chevaliers s'obligeaient à payer à la Pologne «00,000 florins en trois paiements; à restituer la lerre de Dobrzyn et les districts de Zawskrtyn aux ducs de Mazovie, et à rendre provisoirement la Samogitie au roi et à Wilold. Ces avantages étaient de peu d'importance, quand on les compare anx promesses que le grand-maître Planen avait faites quand il fut assiégé à Marienbourg.*
Le roi regretta d'avoir cédé trop facilement ; mais pour terminer à l'avenir tons ces différends avec l'ordre Tentonique, il cnil devoir recourir n l'empereur Sigismond, et celle entremise fut
plus funeste à la Pologne que ne l'eiail le truite I tables des deux pays. Le roi annonça qu'une as
de Tborn. Les ambassadeurs vénitiens, qui se trouvaient alors à Krakovie, cherchèrent à éclairer le roi, et l'engagèrent à se défier du caractère faux et astucieux de l'empereur ; mais le cardinal firanda, envoyé de l'empereur, détruisit tout l'effet de ces bons conseils. Wladislas crut en celle circonstance à la sincérité de Sigismnnd, ot se rendit à Lubowla, dans la starostie de Zips ( MM ), pour avoir une entrevue avec lui. Là, ils conclurent un traité d'intervention. Sigismond promit au roi de lui porter secours pour expulser les Tcutoniqucs de la Prusse ; mais sous main il favorisait l'ordre Teuton. Le traité portait que le territoire occupé par les Tciuoniques serait partagé entre les deux alliés, à raison des contingents fournis pour cette entreprise par chacune des parties. Quant à la Russie-Rouge, que Sigismond convoitait depuis longtemps, il l'abandonnait pendant la vie de Wladislas, et même il s'engageait à ne faire valoir ses droits que cinq ans après la mort du roi.
Sigismond, pendant le séjour qu'il fil à Lubowla et à Bttde, ne cessa de leurrer Wladislas, cl il l'amena même à lui prêter une somme de 57,000 gros de Prague (2,9C0,00O florins), en lui donnant pour garantie la starostie de Zips; mais pour couvrir ses ruses et ses mauvais desseins, il combla Wladislas de présents; ces présents étaient, à vrai dire, une restitution, car ils se composaient du glaive, du sceptre cl de la pomme d'or de Boleslas-le-Grand, que la reine Elisabeth, fille de Wladislas-lc-Brcf, avait emportés de Hongrie.
La glorieuse bataille de Grunefeld devait amener d'autres résultats, mais la conduite de Wilold gala tout. Witold, qui avait fait des prodiges de valeur, qui avait déployé un immense talent et un courage qui fait pâlir tout éloge, Witold, si grand, si supérieur à la bataille de Grunefeld, se laissa tromper par la ruse des Tcutoniques, après les avoir écrasés, dominés par sa force
Ces événements donnèrent de l'expérience à Wladislas; il commença à démêler l'ambition de Witold, et les conseils de Zbignicw-Olesniçki ei de ceux qui prenaient un véritable intérêt à la couronne lui montrèrent la. nécessite d'y mettre un frein. -La réunion des deux nations, en IÔ8G, était complète par le fait, mais demandait à être consolidée par les résultats ; il fallait, en quelque sorte, une nouvelle sanction de ce grand acte, il fallait un rapprochement entre les hommes no-
semblée aurait lieu à Ilorodlo, dans le palalinat de Belz, sur le Bug. C'est là que devait se tenir la diète, c'est là que devaient se rendre les Litvaniens et les Polonais.
Après la clôture des discussions, on arrêta les principales dispositions de l'acte d'union, cl il fut signé par l'assemblée. Nous allons rapporter celte pièce si importante dans l'histoire de la Pologne :
« Nous, Wladislas, par la grâce de Dieu, roi de Pologne et des terres de Krakovie, de Sandomir, de Siérndz, de Lcnczyça, de Kuïawie, grand-duc de Liivanie, maître elhéritierdela Poméranic ei des terresrussiennes, et nous, Alexandre, dit Witold, grand-duc de Liivanie, maître et héritier des terres rnssiennes , faisons savoir à tous dans le présent et dans l'avenir,que les terres lilvaniennes et les citoyens nos sujets, à qui nous avons plus d'une fois accordé nos grâces, sont invités dès ce jour à s'affermir dans la croyance de la vraie foi pour être délivrés des chaînes de l'esclavage qui pesaient sur eux. Nous croyons leur donner des conditions de bonheur en lenr enseignant l'Evangile qui esl le précepte de toutes les vertus, ei dès ce jour, ils jouiront des libertés, immunités, privilèges et grâces qu'on accorde aux élus de la foi catholique etque nous donnons et accordons en vertu de nos présentes.
• 1° Depuis que par la grâce du Saint-Esprit nous avons reconnu des vérités éternelles, nous avons accepté la couronne de Pologne afin de propager la foi chrétienne, et pour le plus grand bien de nos terres Iraniennes, nous les avons incorporées, unies, réunies, ajoutées, alliées aux États la Pologne, du consentement de nos frères et cousins, de tous les seigneurs, nobles ctboïars, habitants de la Liivanie. Mais comme nous voulons garantir les susdites terres lilvaniennes de toute invasion étrangère, contre les trahisonstdes chevaliers Tcutoniques, et contre tout ennemi quelconque qui voudrait ravager les terres lilvaniennes et le royaume de Pologne, nous voulons que lesdites terres, en vertu des droits que nous avons reçus de nos ancêtres, selon la primogénilure, comme véritable malire et héritier et avec le consentement des seigneurs, nobles et boïars, soient réunies de nouveau à la Pologne, et que les deux nations n'en forment plus qu'une. Nous voulons que les duchés, terres, lieutenances, districts et propriétés soient indissolublement nnis à la couronne do Pologne, pour q«c
uiginze
te deux nations soient à jamais un même tout et ne paissent combattre l'une coutre l'autre.
» 2° Et par les présentes, toutes les églises aihcdrales, paroisses, couvents situés tant à Wilua que dans tout autre lieu dcsdiles terres, jouiront des immunités, privilèges qui sont accordés à la Pologne.
• 5° Les seigneurs, nobles et boiars des terres Iritaaiennes, à qui nous avons accordé des doutions, privilèges et immunités, et qui ont été liais au blason «les armoiries de la Pologne, pourront en jouir et les garder en toute sécurité fdi demeurent fidèles à la foi, et s'ils se consument sujets de l'Eglise catholique romaine.
» 4° Les susdits seigneurs et nobles possèderoot leurs propriétés héréditaires, comme par le pué; ils garderont aussi et ù perpétuité les ilooaiions que nous leur avons faites, et de plus ils pourront les aliéner et les vendre à leur proii(;mais notre permission spéciale restera obliïilotre, en ce qui est de vente, aliénation, etc.; n elles ne pourront se faire qu'avec notre participation et par-devant nos cours et tribunaux, foamc cela se pratique dans le royaume de Pok'joe. Il est garanti expressément qu'à la mort ta parents, les enfants et descendants héritemat de tous les biens patrimoniaux avec la permission de les gérer comme bon leur semblera « conformément aux lois et usages pratiqués im le royaume de Pologne.
> 5° Les dots et les douaires hypothéqués sur ta immeubles, ou donnés par nous, seront garantis. Les filles, sœurs et cousines des seigneurs *i nobles des terres litvaniennes, ne seront donnes en mariage qu'à des catholiques; elles se conformeront en cela aux usages introduits depuis longtemps dans le royaume de Pologne.
» 6° Les susdits privilèges et libertés que mus accordons par les présentes ne peuvent mouler les anciens devoirs et obligations, qui *»asi$tent à élever des châteaux, à servir militairement et à payer les impôts ordinaires. Ces Avoirs et obligations sont et seront imposés aux seigneurs des terres litvaniennes.
» 7° Les seigneurs et nobles de la Litvanie koqs répondront, à nous, Wludislas, roi de Polofw, età Alexandre Vilold, grand-duc de Litvanie,
a nos descendants, de leur inviolable fidélité et 4c letu* persévérance dans l'exercicede la foi cathoils se conformeront en cela aux actes écrits f' signés antérieurement par nous, Wludislas, roi h Pologne, et Witold, grand-duc de Litvanie.
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» 8» 11 est ordonné, sous serment, de combattre les ducs, seigneurs, nobles, ou tout citoyen, de quelque condition qu'il soit, s'il osait agir contre les terres du royaume de Pologne ; chaque citoyen doit défendre la Pologne comme les terres litvaniennes; il doit écraser, détruire tout ennemi de la patrie : la loi lui retirerait tous ses biens s'il agissait autrement.
» 9° Les charges et dignités qui existent en Pologne seront instituées en Litvanie. Wilna aura un palatin et un castellan ; Troki et les autres villes où nous le jugerons convenable auront le même gouvernement et à perpétuité. Ne seront investis de ces charges que ceux qui professeront la religion chrétienne et qui seront soumis ù la sainte Eglise romaine. Les employés subalternes des administrations publiques devront être chrétiens et catholiques. Les citoyens qui seront appelés dans notre conseil privé devront professer notre religion, et garder in valablement le secret des délibérations.
» HP Quiconque obtiendra les susdits diplômes et privilèges prêtera serment de fidélité, à nous, Wladislas, roi de Pologne, et à Alexandre, dit Witold, grand-duc de Litvanie, et devra la même fidélité à nos descendants.
» 11° Nous déclarons ici que les susdits seigneurs et nobles de la Litvanie ne pourront élire à la dignité de grand • duc que celui qui sera choisi par le roi de Pologne et ses descendants, car le roi aura le concours des prélats, seigneurs de la Pologne et des terres litvaniennes. Si, après notre décès, nous laissions le trône sans héritier, les prélats, seigneurs et nobles de la Pologne éliraient un roi av<». le consentement du grandduc Witold, des seigneurs et nobles de la Litvanie, conformément aux conventions passées antérieurement.
» 12° Les susdites libertés, prérogatives et privilèges ne seront accordés qu'à ceux d'entre les seigneurs cl nobles litvaniens qui seront admis aux armoiries de la noblesse polonaise, et qui professeront In religion catholique romaine. Les schismaliques et les infidèles en seront exceptés.
> 13° Les lettres patentes que nous avons accordées au royaume de Pologne et au grandduché de Litvanie, il y a sept ou huit ans, ainsi qu'à l'époque de notre couronnement, seront incorporées dans le présent acte, et nous garantissons à jamais leur authenticité.
> 14° Nous statuons aussi expressément que
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les susdits seigneurs et nobles du royaume de Pologne et du grand-duché de Litvanie tiendront, selon la nécessité, leurs diètes soit à Lublin, soit à Parczow ou dans un autre endroit convenable, pour l'intérêt ci le bien des deux nations, mais toujours conformément à noire permission et volonté.
» 15° En outre, nous, Alexandre Wiiold , avec le consentement de Sa Majesté le roi et duc Wladislas, notre très-cher cousin-germain, nous choisissons les nobles litvanicns suivants, pour être admis aux armoiries des nobles polonais, afin d'établir des relations réciproques et intimes, et a perpétuité.
(Suivent les noms des familles des deux nations.)
» Fait et signé à Horodlo sur le Bug, ce 2 octobre 141.3. »
Cet acte, qui précisait si bien l'étal de la question, blessa profondément l'ambition de Witold. il voulait que la Litvanie n'eût d'aulrc pouvoir que le sien; il voulait gouverner selon son bon plaisir, comme il l avait fait après le départ de Wladislas pour Krakovie. Mais il dissimula ses véritables sentiments et parut consentir à tout; plus lard, quand il fallut meure à exécution l'acte de Horodlo, il éluda ou il chercha à lui donner une fausse interprétation.
En quittant Horodlo, Wladislas et Witold se rendirent à Wilna, ensuite ils allèrent en Samogitio ; partout ils convertissaient les païens, et dans ce voyage, ils fondèrent l'évècbé de Samogitic et posèrent les fondements de la cathédrale de Saint-Pierre el Saint-Paul , à Miédniki ou Worntc, capitale de ce duché. Outre cela, Witold Gt élever des églises dans les villes de Eyragola, Krozo, Miédnik, P»osiénie, Widulkle, Kollyniany, Celra et Lukniki (1413).
Pendant que les deux princes s'occupaient d'organisation intérieure, les chevaliers Teutoniques envahirent la Sumogitie et la Litvanie. Wladislas et Witold se portèrent aussitôt en Prusse, pour venger celte nouvelle trahison ; ils s'emparèrent de Nidbourg, d'Allenstein , Bischofswerder, et de quelques autres villes, et ils auraient poussé plus loin leur conquête sans l'intervention du légat du pape Jean XXIII. Encore une fois la paix fui conclue entre les Polono-Litvaniens et l'ordre Teittonique (1414).
Dès que la paix fut conclue, les Teutoniques poussèrent lesTatars à faire une nouvelle excursion en Pologne; ceux-ci ravagèrent Kirow, et
se retirèrent avant que 1rs troupes fussent en mesure de les chasser du territoire.
A cette époque, la doctrine de Jean IIu& se propageait en Bohême. L'arrêt du concile de Constance, qui avait condamné Jean Uns an bûcher, malgré le ?auf- conduit de l'empereur Sigismond, avait exaspéré ses prosélytes; aussi les Bohémiens, après lu mort de Wenceslas, ne voulurent pas donner la couronne à Sigismond, et ils l'offrirent à Wladislas : la tolérance religieuse dont on jouissait en Pologne les détermina dans ce choix (1190). C'était la seconde fois que le trône de Bohême était offert au roi des Polonais ; l'intérêt de la Pologne attrait voulu qu'il l'acceptât, mais il céda nnx conseils des Polonais, qui craignirent de voir leur patrie exposée encore une fois aux malheurs dn règne de Louis de Hongrie. Le clergé, dans des intentions peut-être moins pures, usa aussi de son influence ; le clergé catholique haïssait la doctrine de Jean Hus, et il repoussait nvec horreur tout ce qui pouvait rapprocher la Pologne de la Bohême. Wladislas remercia les ambassadeurs de Bohême, et les renvoya avec un refus. Si ce roi n'eût pas été si désintéressé, il eût accepté la couronne pour se venger des perfidies de Sigismond !
Les ambassadeurs, n'ayant pu fléchir Wladislas, offrirent la couronne à Wilold. Ici ils trouvèrent moins d'opposition ; tout pouvoir, toute grandeur flattaient l'ambition du grand- duc; mais ne pouvant quitter son duché pour aller prendre possession du trône, il envoya en Bohème Sigismond Koributowicz, neven du roi, pour gouverner par intérim ; mais l'empereur Sigismond employa tant de supplications, tant de promesses, tant d'hypocrisie auprès de Wladislas, qu il obtint le rappel de Koributowicz, pour s'introniser à sa place. Le court séjour de Koributowicz en Bohême l avait converti à la doctrine de Jean Hus; les prêtres redoutèrent on moment son influence, il y eut effroi, presque menace, mais tout se passa sans révolte ouverte, sans effusion de sang, et Koributowicz, tout Hussite qu'il était, put rester en Pologne.
Pendant ces terreurs du catholicisme, les Teutoniques guerroyaient encore en Pologne et en Litvanie; mais toujours battus, ils finirent par conclure la paix, le 8 mai 4423, à Mielno, dans la terre de Culm.
Dans celte même année, le grand-duc de Berg fil sa soumission à Wladislas, en le suppliant de
lui donner sa protection ; mais la position géographique de ses Étals ne permit pas au roi de lui accorder ce qu'il demandait.
La paix de Mrelno, rassurant Witold sur ses possessions de l'ouest, lui permit de contrecarrer le» intrigues des chevaliers du Porte-Glaive en Livooie, et de faire connaître le sentiment de sa force aux Pskowiens et aux Novgorodicns, sur la fidélité desquels il ne pouvait pas compter. Il réunit les Litvaniens, les Samogiliens, il enrôle dans l'année des Bohémiens, des Walaques, et ouvre la campagne ; la rébellion aura affaire à forte partie ; il assiège d'abord Opoc/.ka, mais la trahison lui enlève cette conquête. D'Opoczka il *e porte sur Woronocza ; la force qu'il déploie rend la résistance impossible : les Pskowiens se soumettent et paient au grand-duc de forts tributs. Après la soumission des Pskowiens, Wiiold se dirige sur Novgorode-la-Grande ; il s'empare de Porchow ; la terreur précède l'armée Iranienne ; les Novgot odiens se hâtent de se sou mettre et de. payer le tribut; enfin la paix est conclue à Novgorod, et cette paix est tout à l'avantage des Litvaniens (1-423).
Cette expédition, si glorieuse, devait terminer la carrière militaire de Witold; depuis lors, il fut sourd à toutes les intrigues et résista à tons les pièges que l'empereur Sigismond voulait lui tendre pour le séparer de Wladislas ; mais voulant conserver son influence sur le roi, il le maria à Sophie, sa uièco et fille d'André, duc de Kiiovie. Witold prévoyait que Wladislas n'aurait jamais d'enfant; car, après plusieurs mariages, le trône était encore sans héritier ; mais Sophie déjoua ses projets, car elle donna à Wladislas deux garçons. Grand fut le désappointement de Witold, car il espérait que ce mariage servirait son ambition ; il espérait que l'influence de Sophie ferait révoquer les décisions de llorodlo, et qu'un jour il pourrait être roi de Pologne ; mais en l'année 1427, Wladislas, malgré ses soixante-dix-neuf ans, donna encore an nouvel héritier au trône ; le prince royal reçut le nom de Kasimir. Witold, irrité par ses mécomptes, accusa la reine d'infidélité. Le roi, croyant un moment à cette calomnie, demanda le divorce; mais l'innocence de la reine fut reconnue, et tout rentra dans l'ordre.
L'empereur Sigismond, voyant que c ite intrigue n'avait pas réussi, caressa encore l'ambition de Witold, et, toujours dans le but de le séparer de la Pologne, il lui promit son aide
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pour le faire roi absolu de la Lilvanie. Witold crut cette fois aux promesses de Sigismond ; mais pour amener l'acte de séparation, il conçut l'idée d'assembVr un congrès. Ce congrès eut lieu en effet, et se réunit à Luçk en Wolhynic. L'empereur voulait jeter la division entre la Pologne et la Litvanic, peu lui importait que Witold fût roi; et il voulait aussi engager les puissances chrétiennes à former une ligue contre les Turks, qui devenaient tous les jours plus puissants. Le congrès s'ouvrit le G janvier 1429. Cette réunion «le rois, d'empereurs, de princes, est une des plus nombreuses que cite l'histoire du monde. L'empereur Sigismond et l'impératrice sa femino, le roi Wladislas, le roi Erik Xifl de Danemark, les ducs de Alazovie, de Tver, de Rczan, les princes do Suède, les grands-maîtres des chevaliers du Porte-Glaive cl des chevaliers Tentoniqucs, les khans des Tatars, les ambassadeurs de l'empereur Paléologue, les giands de la Pologne, de la Lilvanie et des terres russiennes remplissaient avec leurs suites la ville de Luçk et les villages environnants. Les uns étaient venus au congrès pour faire de la diplomatie, et les autres pour voir Witold, ce guerrier dont le nom répandait la terreur dans le Nord et dans l'Orient. Witold traita les monarques avec une libéralité inouïe ; chaque jour, au dire des chroniqueurs, on consommait sept cents tonneaux de liquides, sept cents bœufs ou génisses, quatorze cents élans et brebis, et cent sangliers. Ces repas homériques se répétèrent pendant sept semaines. Witold espérait qu'il serait proclamé roi de Litvanic, il prolongeait le congrès dans ce dessein ; mais les Polonais s'élevèrent de toutes leurs forces contre une séparation entre les deux nations; l'éloquence de Zbignicw Olesniçki fut si puissante, si persuasive, que le congrès abandonna les intérêts de Wiiold et de Sigismond. Olesniçki avait été secondé par Jean Tarnowski et un grand nombre de sénateurs; l'intrigue et l'ambition échouèrent devant le patriotisme.
Witold, désolé de sa déception, pria Wladislas de venir à Wilna, et de lui accorder momentanément au moins la couronne de Lilvanie, pour le sauver d'un affront qu'il avait subi aux yeux de l'Europe; mais ses instances furent sans pouvoir, et Wladislas eut préféré abdiquer en faveur de Witold, que de troubler la tranquillité des deux États. Sigismond ne renonçait pas à son projet, et euvers et contre tons, il envoya ses ambassadeurs à Wilna j ils devaient précéder l'arrivée
de I:) couronne et du sceptre dont il voulait gratifier Wilold. Mais encore une fois les Polonais déjouèrent son complot ; toutes les frontières furent si bien gardées, que rien ne put parvenir * Witold. Après ces événements, Witold mourut, à Troki, le 27 octobre 1430, âgé de quatrevingts ans et plus. On l'enterra dans l'église cathédrale de Wilna.
La diète de Jedlno, ouverte dans le district de fiadom ( 12 janvier 1430), avait précédé le décès du grand -duc. La noblesse polonaise, dans ceâ délibérations, voulant oter à Witold tout espoir de succéder à Wladislas, déclara que la couronne passerait aux enfants de Wladislas, mais que Witold conserverait ses anciens privilèges, et que d'autres lui seraient accordés.
Witold eut à peine fermé les yeux, que Swidrigellon, frère du roi, leva l'étendard de la guerre civile. Il poussa l'audace jusqu'à faire arrêter le roi, et tous ceux qui l'avaient accompagné aux obsèques de Witold. La noblesse polonaise, en apprenant cette nouvelle, s'assembla à Warka, et déclara qu'une guerre contre la Lituanie devenait indispensable; mais avant d'en venir aux extrémités, elle envoya une ambassade à Swidrigellon; celui-ci céda aux représentations qui lui furent faites, et le roi fut délivré; mais il guerroyait toujours en Podolie. La noblesse se réunit à Sandomir, et cette fois elle résolut d'envoyer une armée contre le perturbateur ; le premier engagement entre les troupes polonaises et les rebelles eut lieu en Wolhynie (1431); les chances furent quelque temps incertaines, mais enfin une trêve fut conclue, et elle devenait une nécessité, car les Teutoniques ravageaient la Kuïawic, la terre de Dobrzyn ; et an sud-est les Walaques envahissaient la Podolie ( 1431 ). Les guerres extérieures n'étaient pas les seules calamités de la Pologne ; le clergé voulait s'initier dans les affaires de l'Etat, il embrouillait toutes les questions.
Pour remédier à tout ce qui menaçait le pays, on convoqua les diètes; l'une se tint à N'iepolomiçé, et l'autre à Siéradz (1432); mais on délibérait sans rien conclure; le roi eut donc recours aux négociations. D'abord il envoya des émissaires secrets en Litvanie, pour préparer les esprits, et ensuite il déclara que la conduite de Swidrigellon exposait le pay6 à tant de malheurs, qu'il proposait Sigismond Kieyslutowicz, frère de Wilold, pour le remplacer au gouvernement du grand-duelié. Api** celle déclara-
tion, le roi promit aux Russicns et aux Wolhyniens professant la religion grecque, qu'ils ne seraient point inquiétés dans les pratiques de leur religion, et que leurs églises, tant à Luçk que dans les autres villes, ne seraient point transformées en églises catholiques.
Les armées polono-litvaniennes marchèrent contre Swidrigellon, et le forcèrent de s'enfuir du pays. Sigismond Kieyslutowicz fut donc nommé grand-duc, mais, à vrai dire, il n'était que le lieutenant du roi Wladislas, et en acceptant la couronne ducale, il promit de ne jamais chercher à se faire nommer roi de Litvanie. Lui et son fils Michel prêtèrent serment de fidélité au roi et à la république de Pologne.
Swidrigellon, malgré ses défaites, ne se découragea point; il réunit des bandes de Russiens, de Tatars, et envahit encore une fois la Liivanie. Sigismond avec ses troupes se porta au-devant de lui; ils se rencontrèrent près d'Oszmiana, à 12 lieues de Wilna ( 8 décembre 1132); Swidrigellon fut battu, et se sauva à Wilkomierz, et là il fut encore battu. En 1433, aidé par Strumillo et Roga^ki, qui avaient des troupes à eux, et des châteaux fortifiés sur les frontières de la Mazovie, il tenta une autre invasion en Liivanie; mais Sigismond sut le repousser, et se maintenir dans son gouvernement.
La guerre civile n'élail point éteinte, quand les intrigues des chevaliers Teutoniques nécessitèrent une nouvelle expédition. Les Polonais entrèrent dans les possessions tetilones; ils remportèrent plusieurs avantages sans décider la question. En Liivanie les querelles renaissaient entre Sigismond et Swidrigellon, et les Tatars parcouraient les duchés de Kiiowie et de Czerniéi howic en pillant et ravageant. Sur ces entrefaites, Wladislas KJagellon mourut à Grodek.près Léopol, le 24 avril 1434, à l'âge de quatre-vingt-six ans, dans la quarante-huitième année de son règne. On l'inhuma dans la cathédrale de Kiakovic.
Wladislas eut quatre femmes : Hedwige, qu'il épousa en 1386, et qui mourut en 1399; Anna, comtesse de Cilli, qu'il épousa en 1400, et qui mourut en 1410. D'Anna il eut une fille nommée Hedwige, et mariée au marquis de Brandebourg. En 1417, il épousa Elisabeth Pilcçka veuve de Granowski ; elle mourut en 1420. Sa dernière femme fut Sophie, princesse de Kiiow ; il l'épousa en 1422, cl elle mourut en 1461. Sophie donna deux filsà Jagellon : Wladislas et Kasimir.
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