A PARIS EN
Le roi de Pologne Wladislas IV perdit, ÙWilna, en 1644, sa première épou&e, Cécile-Renéc d'Auiricbe; mais sa douleur trouva bientôt quelque consulalioo. Zawadzki, gentilhomme polonais, apporta à Warsovie le portrait de Marie-Lonise de Gonzague. Wladislas, qui le vit, fut frappé de la beauté qu'il représentait, et, après quelques jours de réfleiion, il envoya des ambassadeur à Paris, afio d'obtenir la main de la princesse.
Le contrat de mariage Fut signé à Fontainelleau. le 26 septembre 1643, par Louis XIV. Us ambassadeurs polonais firent leur entrée à Paris un mois après, et la cérémonie du mariage em lieu dans la chapelle du Louvre, en présence du roi de France et de la régente Anne d'Autriche, sa mère. Opulinski, palatin de Posnanie, épousa Marie-Louise de Gonzague, au nom de Wladislas. Anne d'Autriche prodigua de toutes parts l'éclat et In magnificence ; elle daigna même lervir de mère à la future reine de Pologne.
Renée Du Bec, veuve du maréchal de Guébriaot, blessé mortellement à Rotbweil en 1643, fut nommée par le roi ambassadrice extraordinaire. Cette fonction tout honorifique devint réelle et même épineuse, par les préventions iMpirces au roi de Pologne sur la conduite passée de son épouse.
Marie-Louise, une des plus belles princesses de l'Europe, captiva d'abord Gaston d'Oi Icans, père de Louis XIII, lorsqu'il élait héritier présomptif de la couronne. Mais, oubliée par lui, et De cessant d'être sensible, elle écouta favorablement la passion de Henri d'Eftiat, marquis de Gaq-Mars, grand-écuyer et favori intime de Louis XIII. Ce monarque, qui avait paru l'affectionner, n'empêcha pas l'arrêt du jugement porté contre lui par la tyranniede ïimplacableRiebclieu, qti, avant découvert les projets ambitieux auxquels Marie-Louise l'associa, le fit enfermer dans iid bateau, amener de Ta rase on à Lyon, où il fut décapité le 12 décembre 1642. Le jour de son «écution, en regardant à sa montre, Louis XIII dit : Dans une heure, M. U grand • écuyer pas- TOME II,
sera mal son temps. Ce peu de paroles, prononcées d'un sang-froid qui prouve l'ingratitude de ce monarque, donnera une idée du caractère de Louis XIII.
Les diverses circonstances dans lesquelles se trouva la princesse indisposèrent Wladislas ; il feignit une attaque de goutte, et voulut renvoyer en France l'épouse qu'il s'était choisie. Mais la maréchale de Guébriant agit avec une adresse admirable; elle parvint, ù force d'instances, à déterminer Wladislas à recevoir la princesse. Celui-ci, en reconnaissance de la conduite qu'avait eue madame la maréchale, ordonna qu'elle fût traitée comme l'avait clé l'archiduchesse d'Inspruck, sœur du grand-duc de Toscane, lorsqu'elle lui présenta sa lille, devenue reine de Pologne.
En exhumant les souvenirs du passé , nous rappelons à la mémoire des contemporains des détails curieux sur l'entrée des ambassadeurs polonais à Paris. Tous les événements qui ont uni les deux nations à différentes époques nous sont précieux ; ils sont les premiers chaînons do cette sympathie qui nous soutient cl qui nous console dans nos jours de souffrance cl d'espérance.
Le dimanche 29 octobre 1645, M. de Bcrlize, l'un des introducteurs, se rendit à onze heures, du matin, avec les carrosses du roi, à l'hôtel d'EIbeuf, parce que le duc de ce nom et le prince d'Harcourt, son fils, avaient ordre de recevoir les ambassadeurs polonais qui avaient diné à Reully, à la maison appartenant au sieur de Rambouillet. Un différend survint entre les ambassadeurs cl le duc d'Elbcuf ; celui-ci prétendait les rencontrer en chemin, cl les ambassadeurs ne voulurent point partir ni monter à cheval avant que le duc les eut salués à Reully. Quoique la prétention du duc fût nouvelle, il fallut la régler, et le jour était sur son déclin lorsque les ambassadeurs entrèrent à Paris par la Porte Saint- Antoine.
Girault, adjoint des introducteurs, fil ranger la troupe, qui était à cheval, se plaça à la
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tête, et la fit marcher dans l'ordre suivant : Lo capitaine des heïduques ( ou gardes du palatin de Posnanie) était aussi ambassadeur, ii se présenta le premier, et ouvrit le cortège.
Il était vôlu d'un dolman ou justaucorps de satin jaune, recouvert d'un long manteau doublé de martre - zibeline ; le bonnet qu'il portail sur la tête était de drap d'or, fourré ainsi que le manteau, et orné de plumes de héron, soutenues et attachées avec une agrafe de pierres fines. Il tenait à la main un busdigan, espèce de massue dont chaque extrémité était garnie d'argent doré. Un cimoterre magnifique, chargé de grosses turquoises, pendait à son côté. Son cheval était sellé et houssé de drap semé de broderies d'or; les deux étriers à la polonaise étaient larges et d'argent massif; la bride, le poitrail et la croupière, enlacés de chaînons d'argent admirablement travaillés. Une longue épée tombait d'un côté de la selle. Sa compagnie, composée de trente hommes, marchait à pied. Ils étaient velus d'un zupan de drap rouge. Les manches de l'habillement, ouvertes sur l'épaule, flottaient gracieusement; le manteau, de la même couleur et de la même étoffe, était retroussé sur l'épaule et retenu par huit boucles d'argent; ils avaient le bonnet en tête, garni de fourrure, au-dessus de laquelle on voyait une lame d'argent au lieu de plumes. Pour armes, ils portaient une carabine sur l'épaule droite, et une lourde hache sur la gauche. Leur tête était rasée; une longue mèche de cheveux était conservée au sommet pour ornement du chef; leurs moustaches étaient trèslongues.
Quatre hommes marchaient dans le même costume, portant chacun une enseigne de deux couleurs également partagées, jaune et rouge. Six fifres suivaient ceux-ci, puis marchait l'évêque de Warmie. Un autre ambassadeur suivait, couvert d'un zupan de satin cramoisi et d'un manteau en velours de la même couleur, fourré de martre zibeline; son bonnet, aussi richement orné que celui du premier capitaine, son cheval, le reste de l'équipage, ainsi que sa compagnie, ressemblaient parfaitement à ceux du précédent. L'habillement différait seulement par la couleur, et, au lieu de huit boucles d'argent, ils en portaient seize de chaque côté.
Del Campo les suivait avec les gentilshommes de son académie. Immédiatement après venait le capitaine des carabiniers de l'ambassadeur palatin, vêtu d'un justaucorps d'étoffe en soie in-