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carnat; le manteau, en velours vert, était magnifiquement brodé d'or, le bonnet vert garni d'une aigrette assez touffue. 11 montait un cheval admirablement harnaché; un riche cimeterre pendait d'un côté, et un autre aussi beau était attaché à la selle. Sa compagnie, composée de vingt-six hommes habillés de drap rouge galonné, le suivait à une certaine distance; ils étaient armés de carabines, l'épée à la ceinture, et le grand cimeterre attaché à la selle.
L'écuyer de Vaux marchait avec les gcn ilshommes de son académie; leurs chevaux superbes étaient parés de glands d'or.
Trzeciecki , premiergentilhomme de la chambre du même ambassadeur, s'avançait vêtu d'un zupan de satin violet; son manteau sans collet était en tabis de la même couleur, doublé de martre. Il tenait à la main un marteau d'acier, dont le manche était doré. Son épée et son cimeterre couverts de pierres fines ajoutaient à l'éclat qui l'entourait ; la selle, en drap de soie violet, couverte de broderies d'argent, ainsi que la housse, qui tombait jusqu'à terre, ne laissait pas moins voir l'élégance du cheval. Il conduisait vingt-quatre hommes de la chambre de l'ambassadeur, et cette marche si brillante paraissait devenir de pins en plusmagnifique, à mesure que le cortège avançait.
La compagnie de Trzeciecki était habillée de dolmans de satin jaune, très -amples, allant à merveille a ceux qui les portaient ; le manteau fait en velours cramoisi, doublé ainsi que le dolman ; il était garni de boutons d'or à queues d'nn fil du même métal; tous montés sur des chevaux choisis, superbement harnachés. Ils étaient porteurs d'un arc, et d'un carquois de velours garni de flèches dot ées.
Ilornolliniet son académie simaientTrzeciecki: ilsétaient devancés par le premier gentilhommede l'évêque de Warmie. Celui-ci vêtu d'un zupan «le .satin blanc bordé d'une large bande de fourrure, surmontée dune lame d'argent. Son manteau de velours amaranthe doublé de toile d'argent. A la main il tenait une massue d'or élégamment ciselée. Seize gentilshommes formaient la suite; leur zupan était de salin gris de lin parsemé de broderies argentées; le bonnet de velours vert avec un bouquet de plumes d'autruche; leur monture ne différait pas de celle des autres; leurs armes étaient élincelantes d'or et de pierreries, et l'admiration croissait à chaque pas des nouvelles compagnies.
Un peu plus loin on aperçut Mcmon avec son
académie ; puis six trompettes, dont trois du palatin, vêtus de ztipans de satin jaune ; bonnets et manteaux de drap rouge accompagnés de broderies. Les trois autres trompettes avaient des zupans de satin blanc, bonnets et manteaux en drap vert. Les banderoles des trompettes, parsemées d'or et de soie, portaient les armes de leur maître.
Bilinski, écuyer du palatin, faisait mener devant lui un cbeval turc blanc de toute beauté. Il marchait lentenicut en balançant sa tête chargée d'un bouquet de plumes de héron. Une énorme rose de rubis entourée d'autres pierres fines couronnait son front, et éblouissait les yeux des spectateurs. Bilinski portail un costume d'une magnificence extrême, quoique les couleurs en lussent plus) sérieuses. Son zupan, en salin d'un rouge pourpre, était bordé de martre brune à reflets argentés; le manteau jeté sur ses épaules claii d'un velours gris-de-fer, fourré de la môme martre, et retenu par des ganses d'or; de gros glands pendaient aux extrémités de ces mêmes torsades, et son bonnet était d'or mut.
La selle de son cheval turc, de brocart d'or, clait parsemée d'une grande quantité de turquoises et de diamants ; la housse eu broderies d'or gracieusement dispersées ça ci la sur le fond ; la bride, la croupière et le poitrail étaient couverts de chaînons et de lames dorés si ingénieusement travaillés, qu'ils étaient aussi souples et aussi flexibles que s'ils eussent été de cuir. Ce modèle des coursiers était fourré d'argent, et portail à sa selle une épée de grande dimension, dont le fourreau d'argent massif était incrusté démeraudes et de rubis.
À quelque distance, trois musiciens, habillés de salin de diverses couleurs, ouvraient la marche de plusieurs gentilshommes polonais, se trouvant à Paris comme voyageurs; ceux-ci étaient vêtus à la française.
Le comte de Noailles, que la princesse Marie- Louise de Gonzague avait envoyé à la rencontre des ambassadeurs, se trouvait à la tête de la moitié de l'académie du maréchal de Poix, conduite par le baron de Biron en l'absence de l'écuyer. L'antre moitié marchait sous les ordres du comte de Barrault, envoyé par la même princesse.
Le colonel polonais Szodrowski, capitaine des gcatilshommes d'honneur du palatin de l'osnaoic, se présenta après la cour de la princesse. 11 montait un cheval turc dont la robe élait moitié blanche et moitié isabeline, selle de broderies ««vertes de petits croissants d'argent doré. Le
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colonel, vêtu de toile d'argent très-brillante, était coiffé d'un bonnet en même tissu, doublé de martre zibeline, garni de deux superbes plumes de héron; de riches pierreries en forme d'étoile, placées au-dessous du bouquet de plumes, paraissaient le soutenir.
Trois hommes marchaient à pied à ses côtés; leurs casaques dorées à la turque ne formaient également qu'une nappe d'or éblouissante; ils avaient pour armes une longue hache, dont le manche était incrusté de turquoises et d'une infinité de pierres aussi rares.
Jamais Paris n'avait vu tanl de magnificence ; toul le luxe somptueux d'Orient semblait s'être réuni dans celle capitale, et de quelque côté que les regards se tournassent, ils ne découvraient que l'or ei les pierreries les plus élincelantes.
Alors se firent voir des seigneurs que le roi, la reine, le duc d'Orléans, le prince de Condé et le duc d'Enghien avaient envoyés au-devant des ambassadeurs. Immédiatement après parurent Opalinski, cousin du palatin; Alexandre Sielski, maître d'hôtel de l'évéquc, et Stanislas Kostka, comte de Steimberg. Ils étaient habillés de justaucorps verte; par-dessus, une veste de brocart d'or à fleurs, garnie, depuis le haut jusqu'à la taille, de boutons enrichis de diamants, démeraudes et de rubis; leurs bonnets étaient chargés de grandes aigrettes. Ils montaient des chevaux turcs harnachés en lames d'or couvertes de diamants, ayant au cou des chaînes d'argent doré, qui les entouraient plusieurs fois.
Adrien Slupecki, neveu de l'évéquc, Evariste Belzki, François Ciszwicki, Stanislas Watla, camérier du palalinat de Posnanie et maréchal de l'ambassade, étaient montés et vêtus aussi élégamment que les précédents.
Jean Traginski était couvert d'une veste de brocart d'or fourrée de zibeline, ainsi que le bonnet orné d'un bouquet de plumes de héron, dont le bas resplendissait de diamants. Son cheval turc avait une bride d'or toute façonnée; la selle et la housse de velours cramoisi étaient semées de croissants d'étoiles dorées et argentées. Son front était orne d'une enseigne de diamants et d'une touffe de plumes. Le coursier fut encore plus admiré par son adresse et son agilité, que par sa beaulé et ses ornements. San cavalier le Gt mettre à genoux ; il baissa la tête jusqu'à terre en passant devant le Palais-Royal; il agita son élégant panache, et parut saluer avec respect le roi ei la reine placés à l'un des balcons, pour jouir du
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brillant spectacle de celle majestueuse cavalcade.
On admiru aussi plusieurs autres grands seigneurs, parmi lesquels se trouvèrent Mor&ztyn, Jean Czarny Zawisza, Orzcchowski, neveu de l'évôqne, et Dienlicim CUotomski.
Le secrétaire de l'ambassade, vôtu avec magnificence, et fort avantageusement doté par la nature, accompagnait Roncagli, minisire résident de Pologne, dont le cheval, harnaché de velours noir, élaii conduit parle marquis de Miosseus, lieutenant des gens d'armes du roi. On vit encore Cieklinski, nohlc sénateur de la république de Pologne, vêtu de toile d'or fourrée de lynx, le bonnet en velours gros bleu, et moulé sur un cheval arabe supérieurement paré.
Le prince Radziwill et Zamoyski, fils du grandchancelier de Pologne, suivaient Cicklinski, el étaient tous deux habillés à la française d'une manière fort recherchée.
Ce fut alors quo parurent les deux ambassadeurs, ayant devant eux le sieur de Berlizc, cl à leurs côtés le duc d'Elbeuf el le prince d'Uarcourt son (ils.
L'évôque, lu main appuyée sur son collègue, était revêtu de ses habits les plus beaux. Une robe de soie violette, la plus magnifique qu'on puisse voir, tombait jusqu'à ses pieds; il portait un i onnet gris sur la tète, cl avait sur l'épaule une large fourrure d'hermine doublée de satin blanc. Autour de son cou était un collier de diamants, cl sur sa poitrine brillait une croix d'or admirablement travaillée.
Le palatin avait une casaque de brocart d'or, couverte de pierreries si élineelantes, qu elles paraissaient surpasser l'éclat de celles que nous avons déjà tant admirées. Son sabre et ses étriers, couverts de saphirs d'un bleu céleste, se détachaient de la housse qui couvrait un cheval d'une rare beauté. Ses pieds avaient quatre fers d'or massif, dont l'un se détacha dans la rue, n'ayant été cloué peu solidement que pour faire preuve de luxe. Puis, venaient des carrosses parmi lesquels on en remarqua six plus extraordinaires que les autres, par l'équipage et la richesse des harnais.
Les voitures étaient remplies par les personnes de la suite de l'ambassadeur, telles que les confesseurs, les médecins, quelques Jésuites, et autres ecclésiastiques tant allemands que polonais; tous élevés aux grandes dignités.
Parmi les chevaux, il y en avait quatre turcs; vingt-trois étaient ferrés d'argent et tous magnifiquement ornés.
Ce fut dans cet ordre éclatant et unique que
les ambassadeurs traversèrent presque tonte la villa de Parts ; c'cst-4-dirc depuis la porte Saint- Antoine jusqu'à la rue Neuvo-Saint-Honoré, où ils descendirent à l'hôtel de Vendôme. Dès qu'ils furent arrivés le roi les envoya complimenter par M. de Lia n court, premier gentilhomme de la chambre du roi, et la reine leur adressa le comte d'ûrval, son premier éeuyer.
Deux jours après cette entrée triomphale, les ambassadeurs obtinrent leur première audience; elle fut accompagnée des mêmes cérémonies qu'à leur entrée; à l'exception cependant que les principaux seigneurs furent choisis et invités par le duc de Joyeuse à monter dans 1rs carrosses de la cour.
Ton » les princes et tous les grands de la cour de Louis XIV furent prévenus du se rendre au Louvre, où résidaient Leurs Majestés. Le grandmaître des cérémonies de Rhodes accueillit l'ambassade tambour battant. Cent Suisses, commandos par le lieutenant Sainte-Marthe, étaient rangés avec un ordre parfait an pied du grand escalier du Palais-Royal. Les ambassadeurs y rencontrèrent le marquis de Chandenier, capitaine des gardes écossaises; il se plaça devant le grnud-mnitre des cérémonies, cl les deux ambassadeurs de Wladislas IV, conduits par le duc de Joyeuse, entrèrent dans la galerie. A mesure que les seigneurs polonais pénétraient dans la galerie, le grand-mat ire des cérémonies royales les faisait placer en haie afin de laisser un libre passage aux envoyés du roi de Pologne.
Ceux-ci, après avoir respectueusement salue le roi et lu reine, prononcèrent des discours en latin, et présenlèrenl leurs lettres de créance. Le comte de Bricnnc, secrétaire d'Etal, las prit des mains de Leurs Majestés, et fut chargé par elles de les déposer dans les archives du royaume.
Au sortir du palais-Royal, les ambassadeurs se rendirent à l'hôtel de Ne vers pour présenter leu» hommages à la bello princesse de Mantoue, qui voulut bien les recevoir à l'entrée d'une salle richement décorée. Ils lui parlèrent en latin, et la prièrent humblement d'accepter une croix en diamants de la valeur de 100,000 écus.
L'évèque d'Orange répondit à la harangue des ambassadeurs, et la princesae leur future reine les conduisit jusqu'au milieu de la, salle où elle les quitta. Le 37 novembre 1645, elle émit déjà sur la roule de Pologne.
Caliste N alen cz-Bo rz e wbk I .
L AU RI ÈRE-BAN OU POSPOL1TE RUSZENIE, LA CONFÉDÉRATION OU ZWIONZEK, LA MUTENRIE OU ROlvOSZ.
Lu phi use que M. Léon Thiessé a placée comme épigraphe à la lêle de son Bémmé de fHittoirtde Pologne, résume parfaitement le caractère politique de la nation polonaise, dont I existence entière fut un long combat pour lu liberté. Elle eût pu, dit M. Thiessé, comme le pins grand nombre des sociétés modernes, acheter, par le despotisme, le repos et la sécurité ; mais elle ne crut pas la liberté trop chère, au prii des orages politiques et des discordes civiles. Jalouse de ses droits, jalouse même de leurs abus, elle aima mieux subir les périls d'une constitution imparfaite, que de courir les hasards (fnne réforme dont le pouvoir arbitraire eût pu se prévaloir. . . Aussi ses annales présentent-elles ira draine plein de chaleur et de mouvement. Souvent on se croit transporte à Sparte, a Rome ; m voit l'orageuse tribune; on assiste aux combats de la parole ; on observe l'arène ensanglantée. Souvent les partis s'arment, se heurtent; il temble que la société tout entière va se dissoudre ; mais bientôt, comme par l'effet d'un pouvoir magique, le calme sort de la tempête mAme; quelquefois, avec un sentiment de surprise, on voit une population immense se lever spontanément en masse, former une ligue, entrer ««campagne, et, 'dans ces mouvements de guerre eivile, n'exercer cependant qu'un pouvoir légal et reconnu par la constitution. La Pologne en effet est, pour l'homme accoutumé à la marche régulière des sociétés modernes, un phénomène continuel. Le désordre même y a ses règles, la gnerre civile y a son code. Placée sur les confins de l'Europe civilisée, vrai boulevard du monde chrétien contre les invasions des barbares, la Pologne n'est jamais parvenue à organiser une armée permanente : elle eut en beaucoup de circonstances des soldats nombreux, mais presque jamais des troupes régulières et disciplinées. On taisait consister la sécurité et l'intégrité de la patrie sur la pointe des sabres ; on abandonnait les ports maritimes, et on négligeait les forteresses, les regardant comme des écucils contre lesquels indépendance nationale pouvait se briser, et
comme des instruments de la tyrannie de quelque ambitieux qui voudraient imposer des fers à la république. Tout y était libre et ouvert. — La fertilité du sol polonais appelait à l'agriculture ; les agressions des voisins et les invasions des barbares amenaient des guerres continuelles ; de \h deux classes différentes dans h nation : celle d'agriculteurs longtemps libres, ensuite réduits à l'esclavage ; et celle d'hommes de guerre ou la noblesse. Celle-ci, combattant sous les yeux des rois, alors maîtres de toute la terre polonaise, recevait, à l'exclusion du reste des citoyens, comme partout ailleurs, des donations, des dignités et des récompenses. Tant que des rois énergiques tinrent les rênes de l'Etat, cette noblesse fut retenue dans les bornes convenables; mais a la suite du partage de la Pologne par Boleslas III, à la suite du morcellement de l'autorité suprême, a la suite de la vénalité de la couronne, le pouvoir de cette noblesse, en croissant, en envahissant tout, eu pesant sur tout, rompit l'équilibre entre elle, le peuple et le trône. L'accroissement des richesses et du pouvoir d'une partie de la nation motiva l'assujettissement de l'autre, et l'ébranlement de l'ensemble. — Dès lors une seule classe constituait l'Etat, une seule classe formait la nation libre et souveraine : ces deux cent mille gentilshommes, libres et égaux entre eux, réglaient les destinées du pays, conduisaient les affaires publiques, remplissaient toutes les fonctions religieuses et civiles, et se réservaient à eux seuls le droit de porter les armes, de combattre l'ennemi et de mourir pour la patrie.
Les Polonais sont nés pour la guerre — • Ils en adorent le fruit » — a dit un ancien historien. Quand l'ennemi menaçait le pays, le roi envoyait les vici, ou les ordres à la noblesse de se tenir prête à la guerre, de monter à cheval, et de se rendre sur les lieux de sa destination.
On donnait le nom de pospolife a cette levée de boucliers. A vaut l'invention de la poudre et des armes à feu, quand le sort d'un combat se décidait par le choc et le conflit d'un individu avec l'autre, la dextérité, la souplesse, et la
force physique que les Polonais acquéraient dans les tournois, étaient suffisantes pour les faire triompher de leurs voisins, pour défendre et étendre même les frontières du pays. D'ailleurs il était facile aux rois de réunir, au besoin, un nombre d'hommes nécessaires pour conjurer Co-
la fameuse expédition de Vienne, le prince de Lorraine fil observer à Sobicski un régiment polonais, remarquable par la pauvreté de son équipement : < Ce régiment, dit le roi en souriant, a l'habitude de s'habiller aux frais de l'ennemi. » Effectivement il se distingua dans la bataille, cl
rage ; il leur était facile de les congédier quand le ( reparut couvert des dépouilles turques. — Ce
danger était passé. Les victoires qu'on remporta sans peine sur l'ennemi, pendant des sièeles entiers, accréditèrent l'opinion que, sans avoir besoin d'entretenir une armée prèle au combat, sans administration, sans finances, il suffisait de monter à cheval pour repousser l'agression. La lenteur avec laquelle s'assemblaient ces levées faisait manquer les plus belles occasions; les rébellions, les dispersions des soldats qui n'obtenaient pas leur solde, détruisaient les plus brillantes expéditions, nécessilaienl des oppressions nouvelles, occasionnaient des calamités sans lin. El quoique souvent le courage naturel du Polonais, électrisé par le sentiment du bien commun, désarmât l'ennemi et gagnât des batailles, la gloire était pour les vainqueurs, l'avantage pour les vaincus.
Toute la force militaire consistait en cavalerie qui était de trois sortes : les busards, les cuirassiers et les kosaks; l'éclat et le luxe des armures et des chevaux caractérisaient les deux premières : < Cette noblesse, dit un auteur français du xviue siècle, est leste et courageuse: elle marche couverte de peaux de tigre, de léopard et de panthère; les chevaux sont vifs et superbement harnachés; mais ces gentilshommes sont peu soumis aux ordres de leurs chefs. Ils négligent impuuément de se rendre au lieu fixé par les lettres de convocation; et lorsqu'ils ne sont pas payés, ce qui arrive presque toujours, ils se retirent sans congé. Leur marche n'esi pas plus régulière. Ils commettent mille désordres dans le royaume même, et comme il n'y a jamais de vivandiers dans une armée polonaise, et qu'on ne fait point de magasins, ils pillent de tous côtés. » — Wladislas Jagellon, qui ne possédait pas encore la Prusse, la Poméranie, la Kourlande et la Livonie, mit en mouvement contre les chevaliers cent cinquante mille nobles ; son fils Kasimir anéantit la puissance de l'ordre Teulonique avec l'appui de soixante mille nobles ; et quatrevingt mille suivirent Jean Albert dans la malheureuse expédition contre les Wu laques. — Comme il n'y avait pas d'organisation militaire, chacun s'équipait et s'armait comme il pouvait. — Dans
fut sous Etienne Batory qu'on vit paraître pour la première fois, en 1578, la loi qui ordonnait aux villes, bourgs et villages royaux, de fournir des fantassins, à raison du nombre d'arpents. On forma un corps d'infanterie, composée de nobles, qui, rivalisant avec les Hongrois, fil «les prodiges de valeur pendant la campagne de Moskovic. La plus grande partie de celle infanterie n'avait pas encore vu le feu, et beaucoup de citoyens de marque, comme l'atteste Karamine, se mirent au rang de simples soldats. L'histoire ne fait plus mention de pareilles recrues.
Les rois tenaient à leur solde des soldais étrangers, dont le nombre n'a jamais surpassé quatre mille, .ei se composait pour la plupart des Allemands et des Bohémiens. — Dans le* temps les plus florissants de la république,] la garde royale ne montait qu'à seize cents cavaliers; ci le roi Wladislas IV fut obligé de promettre à la noblesse qu'il n'augmenterait pas ses gardes, dont l'effectif ne pourrait aller au delà de douze cents hommes. — Cependant les Jagcllons sentaient déjà lu nécessité d'une armée permanente. Sigismond 1er et son fils Auguste avaient même obtenu de la Diète que la quatrième partie des revenus des domaines royaux ou des starosties serait consacrée à l'entretien d'une armée régulière, qui prendrait le nom de l'armée du quart. — Mais l'administration de ces domaines était si mauvaise, ou plutôt les starostes avaient pousse si loin leur arbitraire, qu'un manuscrit de la Dièio de 1032 atteste que «le la quatrième partic du revenu des domaines royaux on ne saurait entretenir plus de mille hommes de troupes régulières ou du quart. — Sigismond 1er, suhani les avis d'Oslufi-Daszkiéwi , simple paysan des domaines de Constantin d'Osirog, mais homme d'un esprit pénétrant, et naturellement porté aux exploits héroïques, chercha à organiser les Kosaks de Zaporog, pour assurer ses frontières du midi contre les invasions des Turks et des Tatars. Batory les divisa en corps de troupes réglées, et se concilia leur dévouement par de nombreux privilèges. Les violences de l'aristocratie polonaise détruisirent ces mesures salutai-
res, et firent tourner contre la Pologne les armes dece'peuple belliqueux, accoutumé à la défendre. La charge de grand-général, organisée sous le règne de Sigismond Ier, ne devait s'exercer que dorant la guerre : Batory consentit à confier le commandement de l'armée à un général perpétuel, et dépendant immédiatement de la Diète. La noblesse polonaise, instruite dans l'école de l'adversité, reconnut elle-même le besoin d'adopter les réformes administratives et militaires, que les États voisins avaient déjà depuis longtemps développées chez eux ; mais il était trop tard, la politique étrangère épiait les moindres mouvements de cette noblesse, et tandis qu'elle paralysait ses efforts pour la formation d'une armée nationale, Pierre l«r envoyait trente mille Hoskovites an roi saxon, pour les discipliner en Pologne. Enfin, lorsque les constitutions de 4717 pourvurent à l'entretien d'une armée régulière, les agents moskoviies firent en sorte que toute la solde fût mise en officiers à brevet, et qu'il n'existât pas six mille soldats sous les drapeaux. Les protecteurs de la Pologne en avaient six fois autant dans ses provinces.
Cependant la noblesse augmentait ses exigences, à mesure des concessions qu'elle obtenait, et désarmait l'autorité royale en lui ôtant ses plus belles prérogatives, celles de nommer le généralissime des armées et de faire rendre la justice au peuple ; chaque noble polonais possédait en outre le droit périlleux d'entretenir des troupes à ses frais, et d'élever des forteresses. Ces troupes se nommaient troupes de famille, et se réunissaient, en temps de guerre, aux armées de la couronne; souvent aussi elles servaient à satisfaire les vues personnelles des seigneurs, le«r donnaient les moyens de fomenter la guerre mile, et attiraient sur le pays les malheurs d'une gterre inutile et sanglante. C'est ainsi que Dénétrius Wisniowiecki, cherchant h s'emparer de b Walaqnic pour son compte, facilita à la Turque les moyens d'établir sa domination dans cette province; c'est ainsi que l'ambition démesurée de Georges Mniszech entraîna la Pologne dans une guerre sanglante, en voulant placer sur le troue de Moskovie le faux Démétrius et sa 81e Marine ; c'est ainsi, enfin, que Georges Lubomirski, oubliant ses devoirs de citoyen et de dignitaire de la couronne, leva l'étendard de la rébellion contre son propre souverain, et vint aggraver les calamités du règne de Jean-Kasimir par une lune irainciue.
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Sans doute les rois Jagcllons eussent assuré le bonheur cl la gloire de la Pologne, sans cette opposition constante de l'intérêt particulier à l'intérêt national ; mais tous les efforts des diétineset des diètes tendaient plutôt à perpétuer les malheurs qu'à leur porter un remède salutaire.il s'était introduit dans ces assemblées un esprit de licence et de faction qui les faisait dégénérer en guerres civiles. La différence des religions vint y jeter d'autres germes de discorde. — Les choses en vinrent à ce point que la Diète, assemblée a Warsovie pour le choix du successeur de Wladislas IV, était sur le point de s'enfuir devant un parti de Tatars et de Kosaks, lorsqu'une dispute élevée entre eux, sur le partage du butin, obligea leur chef à fait e sa retraite. Ce fut sous ces malheureux auspices que Jean-Kasimir changea son bonnet de Jésuite et son chapeau de cardinal contre la couronne vacante de son frère. Une guerre désastreuse fut suivie d'un décret politique, peut-être encore plus funeste à l'indépendance nationale : c'est le liber vm veto accordé a chaque membre, en sorte qu'un seul des nonces ou députés eut le pouvoir de faire rejeter d'un seul mot toute loi et toute mesure proposées; et qu'en ajoutant à ce fatal veto les deux mots sisto activitatem, chacun put disperser l'assemblée générale, et, ce qui parait incroyable, anéantir toute décision prise dans la même Diète, avec la plus calme et la plus parfaite unanimité.
Ce droit, qu'il faut bien distinguer du veto des tribuns de la république romaine, puisque celuici n'était ni aussi étendu ni aussi desorganisateur, ce droit unique dans la législation des peuples, fut quelquefois utile aux rois et au sénat, pour arrêter les délibérations d'une Diète turbulente. Mais son effet ordinaire fut de neutraliser les efforts que des esprits sages faisaient pour améliorer la constitution ; et souvent il organisa l'anarchie au premier mot d'un séditieux. Quelquefois on vil celui qui voulait contrarier la volonté générale, payer de sa vie l'usage de ce privilège, comme ce gentilhomme lilvanien qui fut tué à coups de sabre dans l'élection de Michel Roribut Wisniowiecki ; et alors son suffrage étant réduit à rien, on avait encore l'unanimité. Hors ce moyen violent, il n'y avait d'autre parti à prendre que de convoquer une autre Diète, ou de former une confédération, qui ne devenait légitime que par la réunion des autres, et l'approbation de ses actes par le sénat, mais qui amenait souvent une espèce de guerre civile,
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parce qu'il s'en formait de semblables dans les partis connu ire s.
L'acte do la confédération devait être dépose au greffe du district où il avait été rédige : cet acte, signé par les divers confédérés, était rendu public, et on le présentait à la signature de tous les palatinats. Les confédérés nommaient un maréchal, délibéraient, formaient des «listes, et cnGn représentaient en petit l image de la république. Le plus grand avantage des confédérations, c'est qu'elles ne reconnaissaient pas le droit du liberum vtto. Tout s'y traitait à la pluralité des suffrages, comme dans les anciennes Diètes, et personne n'avait le droit de dissoudre ces assemblées. La noblesse polonaise, en se confédérant, semblait sacrilier son indépendance aux nécessités urgentes de la patrie ; elle se soumettait, pour la durée de la crise, aux contributions, au service personnel, aux règlements de police qu'établissait alors le conseil général de confédération. Ce conseil partageait l'anloritéavec le maréchal général, qui exerçait une espèce de dictature ; recevait les ambassadeurs , donnait des ordres aux tribunaux, disposait des biens des particuliers, des revenus des évôques, et môme du roi; levait des troupes, commandait les armées, exerçait même le droit de vie et de mort jusqu'à ce que l'Etat fut délivre du danger dont il avait été menacé.
On ne doit pas confondre une confédération avec la conjuration nommée Rokosz, par un emprunt fait aux Hongrois qui appelaient ainsi lours confédérations, étant tenus, quand le royaume était eu danger, de se rénnir dans In plaine de Rokosz, près de Pcslh, sous peine de mort. Le Rokosz polonais était utle insurrection ouverte contre le roi, soit que l'armée voulût simplement se soustraire à son autorité, soit qu'il ne put la payer ou la faire subsister; alors les nobles, devenus maîtres absolus de leurs soldats cl d'euxmêmes, s'organisaient à leur gré, vivaient à discrétion chez les habitants du pays. IL désordre effréné, des brigandages sans exemple, étaient kl suite ordinaire de ces conjurations; mais hors le cas où le roi violait ouvertement le traité de son couronnement, le rokosz paraissait abominable, même aux yeux des Polonais les plus entélés d'une indépendance absolue.
« C'est ainsi que la Pologne, comme l'observe M. Thicssé, a demandé et obtenu tous les dangers d'un système électif, et toute la gloire d'une législation républicaine. Mais de la liberté sans
bornes naît l'anarchie, et de l'anarchie l'anéantissement de la puissance publique. Dans une situation aussi funeste, qu'un voisin ambitieux se présente, et il faut périr. > — C'est ce qui arriva à la Pologne. — La confédération de ïyszowice sauva le trône de Jean-Kasimir et l'indépendance polonaise; la confédération de Bar ne fit qu'ajouter une page brillante aux annales héroïques de la Pologne; entin le complot de Targowiça, décoré du nom de confédération, transmit à l'indignation de la postérité le dernier acte d'une aristocratie dégéoéréo et corrompue. — Nous ne pouvons mieux terminer cet article qu'en citant les paroles de l'auteur des (kantt historiques polonais : « L'anarchie put bien momentanément assoupir l'esprit belliqueux des Polonais ; elle put enraciner l'habitude de désœuvrement, le dégoût d'une activité constante, le désir invincible des jouissances ; mais, tout en leur imprimant ces défauts, elle a conservé, dans tome li»ur plénitude, la hardiesse, le noble dévouement pour le pays, et, si je puis m'exprimer ainsi, celle volonté de fer d'être une nation. Que d'exemples de ces vertu» ne nous offrent pas les fastes de notre histoire ! Ces grands môme qui à la légère se déchargèrent des obligations et des impôts publics, toutes les fois que le pays se trouvait dans le besoin, amenaient pour sa défense des milliers de guerriers. A la Dièle de Piolrkow, en 1362, Sigismond-Augusie ayant déclaré à la face de la uation que, par suite de la dissipation de ses pères, les domaines et les revenus de la couronne étaient tellement dilapidés que le roi n'était plus en état d'opposer une armée aux Tatars ni aux Moskovites, le sénat et les nonces s'approchèrent l'un après l'autre du trône, déchirant leurs privilèges, et restituant à la couronne les propriétés de la couronne.
Dans les derniers temps, on a vu avec quel enthousiasme noire jeunesse courait aux armes î avec quelle bonne volonté le peuple villageois saisissait les instruments agricoles pour repousser l'ennemi ! avec quelle tendre libéralité la vieillesse déposait ses épargnes sur l'auiel de la patrie expirante! le beau sexe, ses précieux ornements ! Us aimaient toujours la patrie, les Polonais nos ancêtres, parce que c'était une terre qui leur avait procuré les bienfaits de la liberté; et nous autres, nous l'aimons davantage peutêtre, parce que nous lavons vue si injustement accablée, si malheureuse !
Xavier Godmski.
LA POLOGNE. Ht
GÉOGRAPHIE, STATISTIQUE
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NOTICE GÉOGRAPHIQUE, STATISTIQUE ET HISTORIQUE
SUR LES TEIUIES RUSSIENNES
I*: l-A PAITRE.
S I""- — Géographie, hydrographie, géologie, statistique.
La Pologne, comme tous les Etats de l'Europe, se partageait jadis en différentes provinces qui se résumaient dans trois parties distinctes : 1° la Grande-Pologne , partie occidentale (aujourd'hui grand-duché de Posen et, en outre, une portion du royaume de Pologne) ; 2° la Petite' Pologne, à l'est et au midi (Krakovie, Sandomir et terres russiennes) ; 5° le grandduché de Lituanie. — La Prusse royale (Danlzig, Elbiog et Culm) formait un Etal régi par des lois particulières et faisait partie de la Grande- Pologne. La Prusse ducale et la Kour lande, Gefs de la couronne de Pologne et enclavées dans son orbite, étaient régies par des ducs relevant de la république polonaise. La Livonie lui appartint également, mais temporairement, et lui attira de nombreux désastres. La Yalaquie et la Moldavie juraient fidélité et obéissance au roi de Pologne, quand elles avaient un ennemi sur les bras, ou bien lorsque les hospodars se disputaient le pouvoir qu'ils briguaient tour à tour à Constantinople et à Krakovie.
Abordant notre sujet , nous allons décrire celles de ces provinces qui renferment les habitants les plus rapprochés de la race polonaise par leur dérivation et leur idiome slavon, et qui forment le midi de ses vastes possessions d'autrefois ; nous voulons parler des terres russiennes de la Pologne.
La Léchie, ou la Grande-Pologne, est la plus ancienne de ses possessions; vient ensuite la Croba lie -Blanche, qui s'appuie, d'un côté, aux Karpates, et, de l'autre, au San, à la Wistule et a la Piliça. Après l'acquisition de cette dernière province, vers la fin du xe siècle, la Pologne s'étendait à l'est et au midi des possessions slaves, ayant pour limites la rive droite du Borysihène et le littoral du Pont-Euxin. Cette région, la plus fertile en produits* la plus riche en souvenirs
Tt>MÊ II.
historiques : guerres, invasions, révoltes, masfacres; témoin du patriotisme le plus héroïque et des incursions les plus barbares, se présente à nos yeux sous des couleurs si vives, que nous craignons vraiment de l'aborder dans un cadre aussi resserré, tant la lâche de les rendre avec fidélité nous parait difficile.
Si l'on prend une carte géographique d'Europe, et que l'on marque de son index le pays situé entre les 20° el 28° de longitude est du méridien de Paris, el les 4C° et 52° de latitude nord, on aura devant soi la contrée que nous allons décrire. Ce pays descend du versant nord-est des Karpates et s'étend vers les rives du Dniéper et de la mer Noire. Ses eaux courent vers les marais qui forment ses limites, s'épanchent dans le Prypéç et rentrent, par le lit de ce dernier, dans le sein du Borysihène. Cette inclinaison générale vers le midi a diverses pentes, dont il est bon d'indiquer les ramifications ; le cours des rivières nous aidera dans cette tâche.
Le San esi le dernier fleuve, à l'est, qui sort des hauteuis des Karpates; il se dirige vers le nord afin de perler le tribut de ses eaux à la Wistule. Près de lui le Dniester (Tgras) prend naissance; il court d'abord au nord, s'arrête, décrit un demi-cercle, serpente vers l'orient jusqu'à Yampol, et de là, franchissant les casca telles, atteint rapidement son liman (petit golfe), qui débouche près d'Akerman , dans la mer Noire. Nombre dé petites rivières lui apportent leurs eaux; elles accourent des Karpates et des monticules dont Léopol esi le principal. Le bassin du Dniester louche de sa léte Przéniysl ; de son flanc droit, les Karpates et les bassins du Pruth et du Serelh, tributaires tous deux du Danube; de son flanc gauche, les monticules de Miodobor en Podolie et le bassin du Boh ; ses pieds se perdent dans les alluvions de la mer Noire.
Le Bug s'échappe des monticules do Léopol ,
court vers le nord, entraîne dans sa marche rapide les ruisseaux qui lui arrivent de l'ouest, près de la ville de Nur, en Maiovic, joint le JS'arete à Seroçk, pour se perdre ensemble dans le vaste sein de la Wistule, sous les remparts de Modlin. Le lit de ce fleuve a peu de profondeur ; il existe bon nombre de gués, et ses eaux forment des bras multipliés jusqu'à Krylow ( frontière du royaume de Pologne actuel et de Wolhynie), où le lit se rétrécit et s'enfonce de plus en plus, pois il devient navigable. Ses rives sont partout abordables. La largeur moyenne du fleuve ne dépasse pas 60 toises, et il porte des bateaux du poids de 800 à 1500 quintaux. Le Bug parcourt en ligne directe 123 milles de Pologne.
Le Boh (Hipanis), dont le nom ne diffère du précédent que par la prononciation , et qu'on appelle quelquefois le Bog i nssien, tandis que le nom du véritable est tiré du polonais, prend sa source dans les monticules de Miodobor, près des confins de la Wolhynie et de la Podolie. Son penchant est oriento-méridional ; il entraîne avec lui peu de rivières, attendu que le terrain qu'il traverse est granitique. Sa marche est rapide et son lit accidenté par de nombreuses cascades qui le rendent impropre à la navigation. Oite rivière parconrt ainsi près de 100 milles, et se perd dans lelùnan du Dniéper.
Le Prypéç coule de l'ouest à l'est par un pays platet le pins marécageux de la Pologne. 11 forme la frontière septentrionale de la région que nous décrivons, et se grossit en route de quinze rivières, d'où dérive son nom qui veut dire : trois fois cinq (Trypiat, en idiome russien). La source des rivières qui lui affluent du midi se trouve sur le versant septentrional des monticules de Miodobor. Le Prypéç arrose 87 milles de pays, et cette rivière, jointe par le canal d'Oginski au Niémen, et par le canal de Muchawiec au Bug, sert de point central à la navigation entre la Baltique et la mer Noire.
Le Dniéper (Bory$thène), le plus grand fleuve de la Pologne, forme en partie sa limite orienta ?e du nord au sud dans une étendue de 378 milles, dont 230 sont navigables. Sa source s'élève de 1250 pieds au-dessus de la mer où il débouche. La navigation sur ce fleuve devient parlois complètement impraticable, surtout dans la saison des eaux basses et dans la partie qui va depuis la ville d'Ekaterynoslav jusqu'à Alexandrovsk, à cause des grands rochers qui surgissent à 10 ou 15 pieds au-dessus de la surface
LOGNE.
du fleuve et qui en obstruent le passage. Ces cataractes s'appellent, dans la langue vulgaire, Porohiou Porogui (seuils); elles sont au nombre de treize. On a fait sauter la plus haute, et, pour les autres, on s'occupe de pratiquer des écluses. Au-dessous des Poroki, eu se dirigeant vers l'embouchure, on rencontré soixante-dix îles situées sur le fleuve et habitées jadis par les Kosaks zaporogues (mot qui veut dire habitants au delà des seuils : transcataractiens). Le Dniéper débouche dans la mer par le lùnan de son nom. Ce liman est long de 15 lieues et large de 2 1/2 ; ses eaux n'ont que 8 pieds de profondeur.
Les cinq bassins du Dniester, du Bug, du Boh, du Prypéç et du Dniester entourent et arrosent, avec leurs nombreux affluents, le pays qui nous occupe. Leurs eaux se répandent dans tous les sens, et, si elles ne sont d'aucune utilité pour la navigation intérieure, leur cours est néanmoins pour la culture d'une valeur inappréciable. En outre, elles rafraîchissent l'air, excepté vers les extrêmes frontières du nord et du midi, où les eaux sont stagnantes. Les marais du Prypéç et les lacs situés dans le gouvernement de Kberson mériteraient un soin particulier de la part de tout gouvernement désireux d'assurer le bien-être et la salubrité du pays.
La région que nous décrivons est partagée en six provinces et régie par trois administrations distinctes, quasi-polonaise, autrichienne et moskovite.
La première contrée s'offrant à nous se compose des trois arrondissements du palatinat de Lublin, dans le royaume de Pologne, qui faisaient jadis partie de la terre de Chelm { prononcez : Khèlmc), et du palatinat de Belz. Ces trois arrondissements de Krasnyslaw, llrubieszow et de Zamosç ont en étendue 21,860 milles carrés géographiques, et comptaient, en 1833, 318,921 habitants ( 14£3 par mille carré ). Leurs rivières principales sont : le Bug, qui forme la frontière de la Wolhynie; le Wieprx, qui court à l'ouest, vers la Wistule; (hucxwa, son affluent ; Tanetc, tributaire du San. Le sol, marécageux vers les conGns septentrionaux, offre des terrains crayeux aux environs de la ville de Chelm, bâtie sur une montagne de même nature. Plus haut, vers le midi, la forteresse de Zamosç est entourée de marais. A sept lieues à l'ouest, à Frampol, on trouve plusieurs carrières «le pierre de taille, qui fournirent des matériaux pour la construction de la forteresse. L'agricul-
uire occupe principalement les habitants; lindos trie est presque nulle.
Neuf arrondissement* de la Galicie, c'està-dire Zolkiew ( faisant partie de l'ancien paialinat de Beii), Przémysl, Sambor, Lwow, Stryi, Slanislawow, Zloezow, Brzezany et Kolorayia, composaient l'ancien palatinat russien oa de Léopol, et ont une étendue de 76,965 m. c. g. avec 1.947,439 hubitants (2,536 par m. c). Ce pays, appelé Ru*sie-Rouge, est généreusenent doté par la nature; il ne lui manque que ce qui dépend de l'homme, l'industrie. Le versant septentrional des Karpates recèle dans ses flancs de riches métaux ; on y trouve des mines, de fer, de aine, d'étain, de cuivre, d'argent et même d'or, qui s'échappe parfois en paillettes du flanc des montagnes, et se mêle au cours des rivières. Les sources et les étangs salés abondent; les eaux ferrugineuses, sulfureuses, aigres I aqua acidulm) jaillissent de nombreuses sources; le sol produit toutes sortes de grains, et les bois couvrent un tiers du pays. ( Voyex les KARPATES et LÉOPOL, vol. I, p. 417 à 421, et 457 à 464.)
A l'est de l'ancien palatinat russien s'étendait h Podolie, dont les limites différaient de celles oui comprennent aujourd'hui le gouvernement de ce nom. Elle se composait de trois districts* Kamiéniéç, Latyczow et Czerwonygrod, et était fermée à l'est par la rivière Morachwa ( Morskhva ) qui se perd dans le Dniester, près d'Yampol. De nos jours on a enclavé dans ce gouvernement de Podolic l'ancien palatinat de Braçlaw (Bratzlave), et on en a retranché, du eeté de l'ouest, l'ancien district de Czerwonygrod, qu'on a partagé en deux arrondissements, Tarnopol et Czortkow, faisant partie de la Gallicie autrichienne.
Le gouvernement actuel de Podolic s'étend sur 750 miles c. g. de superficie, et compte 1,400,000 habitants ; en y adjoignant les deux arrondissements sus-mention nés, il en résultera (fie la Podolie contient aujourd'hui 85,462 m. t. g., et 1,784,789 habitants (2,089 par m. c. ).
La Russie-Rouge et la Podolie furent appelées de tout temps terres oit coulent le lait et le miel, et leur fertilité en toute espèce de produits naturels leur avait valu cette métaphore. La Podolie surtout abonde en grains et bétail; Ie6 bœufs et le blé géant de Podolie ont une renomnée européenne.
Il ne manque à ces pays qu'un gouvernement
national, fort et éclairé, pour en faire une des plus belles contrées de l'univers.
Le pays qui s'étend à l'est de ht Podolie, vers te Dnieper, et qu'on nomme le gouvernement de Kiiow, s'appelait jadis l'Ukraine polonaite, pour le distinguer de l'Ukraine russe, çesi-à-dire moa* kovite, située de l'autre côté du Dniéper, vers le Don, et qui comprend trois gouvernements, Cxerniechoiv, Poltawa et Chai ko w ( Kharkoff ). C'est, à proprement parler, le pays des Kosaks, appelé Petite-Russie. Les Polonais le nommaient Ukraine, parce qu'il était situé sur les eoaûns de leurs frontières; Ukraine (Ukraina) Vent dire en polonais contrée située sur les bords du pays. L'Ukraine polonaise cis-borysthénienne est encore plus fertile que la Podolie; le sol n'y réclame aucun engrais, il est imprégné de salpêtre, et vivifie merveilleusement la culture du blé : pour remuer la terre, il faut atteler six et huit bœufs à lu charrue, tant elle est grasse. Les pâturages fournissent une nourriture abondante aux bestiaux, qui se font remarquer, surtout les bœufs, par leurs cous énormes et leur poil gris. Les herbes y croissent si haut, que le bétail s'y cache entièrement; souvent les habitants les brûlent, aOn d'étendre la culture du blé. Le mûrier vient aveefacilité ; depuis quelques années on s'occupe activement de la fabrication de la soie, et on a déjà obtenu des résultats satisfaisants.
Le gouvernement de KiiovJe contient 936 m. c. g., et compte 1,350,000 habitants ( 1411 par m. c. ).
Il nous reste encore à esquisser deux provinces, la Wolhynie et les Champs-Déserts, actuellement le gouvernement de Chersoa et partie de celui d'Ekaterinoslav ; la première au nord, la seconde au midi de la Podolie et de l'Ukraine.
La Wolhynie s'étend à l'est du Bug, Vers le Dniéper, et contient les trois arrondissements russiens du palatinat de Lublin. Sur un terrain de 1300 m. c. g. on compte 1,500,000 habitants ( 1,000 par m. c); on voit que la population y est moindre que dans la Galicie et la Podolie. Le sol, quoique très-fertile, n'égale point en production les provinces précédentes. En descendant vers le Prypéç, le pays devient de plus en plus sablonneux et marécageux ; les bois et les pâturages permettent de se livrer avec fruit à l'éducation du bétail et des abeilles; l'agriculture, bien que négligée, offre néanmoins de grands avantages : les grains de b Wolhynie sont répudiés comme donnant de tous la farine la plus
abondante et la plus blanche. L'industrie s'exerce dans la fabrication des draps, de la toile, des cuirs, de la verrerie, du fer, du papier, de la faience et de la porcelaine. En 1853 on y comptait 211 ateliers, avec 5,720 ouvriers; c'est le pays le plus industriel- de la Russie polonaise.
Le gouvernement de Cherson, faisant jadis partie du palatinat de Braçlaw et de l'Ukraine, puis dévasté et possédé par les Ta tars et les Kosaks sous le nom de Campi Deserti (Dzikie Pôle), transformé, dans le dernier siècle, en Nouvelle- Servie, du Dnieper au Boh, et en Pays de» Tatars, du Boh au Dniester, métamorphosé (1795) en Nouvelle-Russie, et enfin, en gouvernement de Kfierson ( 1802), est une vaste steppe, qui de tout temps servit de pâturages aux nombreux troupeaux entretenus par les Kosaks et les Tatars, et que les colons de toutes nations, notamment les Allemands, se plaisent à soigner de nos jours. Le sol offrirait pourtant des avantages à la culture du blé, de la vigne et de toute espèce de légumes; mais les grands frais qu'entraînent l'établissement de fermes-modèles, le manque de chauffage et de matériaux de construction, la disette d'eau douce, les sauterelles, et le vent impétueux du nord qui ne rencontre aucun obstacle dans la steppe, rebutent les agronomes les plus entreprenants. Sur une étendue de 1206 m. c. g. on ne trouve que 400,000 habitants (531 par m. c); c'est la population la plus clairsemée. En y ajoutant le district d'Ekaterinooslav, situé à la rive droite du Dniépcr, et qui appartient au gouvernement du même nom, s'éteodant principalement sur la rive gauche du fleuve, nous aurons 1577 m. c. g. et 487,143 habitants.
Le chiffre total des provinces dont nous venons de donner une esquisse statistique s'élève à 545,888 m. c. g., et à 7,188,292 habitants. Nous empruntons ces chiffres aux statistiques officielles les plus récentes du royaume de Pologne et de la Galicie, ainsi qu'aux recherches de M. Schnitzler. quant à la partie moskovite ; nous disons recherches, car, en Russie, les données statistiques n'ont rien d'absolu.
Les Karpates sont regardés, tant par les écrivains nationaux qu'étrangers, comme formant la tige de tous les terrains qui s'étendent au nord, au midi et à l'orient de ces montagnes. Pourtant M. Pusch, employé à la direction des mines du royaume de Pologne, après avoir exploré scrupu- .eusement le pays, a émis sur la nature géolo-
gique de ces contrées des opinions qui contredisent les idées reçues, et ses remarques ont été approuvées par les hommes spéciaux. Noos les citons textuellement, afin que les savants étrangers puissent en apprécier le mérite : « La Podolie, dit M. Pusch*, commence sur les limites de la Transylvanie, de la Bukovine et de b Moldavie, où les Karpates descendent rapidement de l'est au midi. Ce pays, situé un peu haut, forme en quelque sorte une plaine déserte, sans aucune élévation et où seulement les rivières ont creusé, dans la direction du sud-est, de profonds ravins, peuplés exclusivement par les hommes. En levant de là les yeux, il nous semble apercevoir des montagnes; mais en nous portant sur les confins de ces vallées, nous trouvons devant nous une vaste plaine insaisissable à l'œil; les montagnes disparaissent, et en baissant le regard, nous voyons de grands ravins, ce qui a donné au pays son nom de Podolie (en polonais, pays bas). Les montagnes de Miodobor, tracées sur plusieurs cartes orographiques, n'existent point ; leur nom est donné au terrain élevé de Podolie entre les rivières de Boh et de Bozek, et parait dériver de la ville de Miedzyboz, qui veut dire ville située entre ces deux rivières ; les habitants auront métamorphosé le nom de Miedzyboz en celui de Miodobor, source de miel. La Podolie est une haute plate-forme, inclinant vers le midi, et se perdant à l'est dans des plaines très-basses ; son dos s'allonge entre le Dniester et le Boh, mais il est peu sensible. La plate-forme commence véritablement en Wolhynie, entre Wisniowieç, Zbaraz, Bialozorka et Kupiel, où les rivière* de Zbrucz (Sbrontsch), Slucz (Sloutsch), Horyn (Ghorygne) cl le Boh ont leurs sources ; elle descend vers le sud et se perd sous Balta (viUe frontière au midi du gouvernement de Podolie), dans la steppe de Jedyssan. H n'y a point, comme nous l'avons déjà dit, de montagnes dan» cette région ; mais il se trouve des élévations à l'est, dans le district de Macbnowka (gouvernement de Ktiovie), d'où découlent la rivière de Tetérow vers le nord, le Ros à l'est, et le lsob au midi, vers le Boh. Une autre position semblable so rencontre entre Balta et Krzjrwe-iezioro (dans le district de Balta), sur la Kodyma, d'où s'échappent le Berezow, le Teligut et le Kuïalnik. La Russie méridionale est une plate-forme graduée, inclinant vers le midi; les cataractes
» du Dniéper, da Boh et du Dniester en font » preuve. »
Nous devons ajouter à ces savantes recherches, que le lit granitique du Boh finit à Alexandrowka, à 10 lieues de la frontière podolienne au midi. Le sol, en descendant vers la mer, est couvert d'une terre glaise mêlée de sable, qui s'accroît rapidement, surfont entre le Boh et le Dniéper, on la sécheresse s'oppose à toute végétation. Les îles du Dniéper, au-dessus des cataractes, et le lit du Dniester dans la même ligne, indiquent assez que le terrain granitique est fini et que les allouions commencent.
Les villes riches et importantes, et tous les lieox remarquables des terres russiennes devant avoir leurs descriptions spéciales, nous nous bornerons ici à la simple énumération de leurs noms. Ainsi, dans le royaume de Pologne (palatinat de Lablin)on trouve Chel/n, Krasnystaw, Zamosç, Krylow; en Gallicie, Przemysl, Léopol, Brody, Halicz; en Podolie, Kamiéniéç, Trembowla, Mobylew; sur le Dniester, Bar, Winnica, Braçlaw, Balta;en Wolhynie.Wlodzimierz, Luçk. Dubno, krzemienieç, Ostrog, Nowogrod-Wolynski, Zyiomim; en Ukraine, Kiiow , Bialacerkiew, Kaniow, Human, Zofiowka, Targowiça, Czerkassy, Czehrya; dans la Nouvelle- Russie , Ekaterynoslaw (ancienne forteresse polonaise, Kudak), les cataractes dn Dniéper et les lies des Kosaks zaporogues, Kherson, Oczakow, Odessa (ancien port polonais, Kaczybey) et Akerman (en polonais, Bialygrod).
Dans chacun de ces lieux la Pologne a laissé de nombreuses traces de sa domination, traces qui ne seront point perdues pour la postérité. Ce que Léopol est pour la Russie-Rouge, Odessa l est également pour la Podolie et l'Ukraine, et Zvtomierz pour la Wolhynie. Przemysl et Halicz, Bar et Targowiça, Czerkassy, Kudak et Human, Kamiéniéç. et Ostrog, Kiiow et Kaniow, sont encore tout palpitants de souvenirs historiques, et leurs fastes offrent des pages pleines de faits héroïques et de revers non moins glorieux.
$ II —Costumes, mœurs, habitudes du peuple.
Le peuple de ces contrées s'appelle, en langue dn pays, Ru si ni, Rutniacy ( Russiens , Rousnia- <|ves), qu'il ne faut pas confondre avec les Rossyane, Moskale (Russes, Moskovites). Leurs mœurs, kirs habitudes, leur langue, leur histoire, tout difïère depuis plusieurs siècles; il n'y a absolument qne la ressemblance de nom, laquelle
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n'existe point pour ceux qui savent faire la distinction entre les deux langues russien ou petitrussien et russe-moskovite : les Russes la font également dans leurs écrits, oukases et recensements. On verra plus loin que le nom russe resta à ces pays par suite d'une invasion qui s'annula d'elle-même, en ne laissant qne son nom, comme les Francs ont laissé le leur à la Gaule.
La population se compose de différentes nations; la noblesse est toute polonaise; les bourgeois sont en partie Allemands, en plus grande partie Juifs, et quelque peu Polonais et Russiens; par -ci par-là, on rencontre des Arméniens, peuple marchand et industrieux, des Moldaviens, des Grecs et des Russes. Le Polonais domine, le'Russc tient garnison et commande, l'Allemand manufacture et défriche, l'Arménien, le Grec et le Moldavien commercent et voi lurent, le Juif trafique de tout et suce le pauvre paysan russien qui, lui, travaille et chante.
Ce peuple, doté par la nature de toutes les belles qualités, l'amour du travail, l'ardeur dans le combat, le dévouement en amitié, l'insouciance et la gaieté dans la misère, est encoré, surtout sous le gouvernement moskovite, traité a l'égal de l'animal, et n'est compté que pour âme, non pas âme, cette précieuse parcelle de nous-mêmes qui nous est descendue des cieux pour vivifier notre corps et ennoblir nos destinées, mais Ame qui signifie dans le langage officiel de Russie, serf, vilain. Remarquons encore que la femme n'est pas même une Ame, mais une demi-âme ; et s'il arrive (ce qu'on ne voit que trop souvent) à uu seigneur d'engager te$ âmes, la banque de l'empire lui prèle sur chaque serf la valeur de 200 roubles (francs), tandis que la femme ne représente à ses yeux que la moitié de celte somme, c'est-à-dire 100 roubles.
Que l'on juge d'après cela dans quel état d'abjection on tient des êtres humains, auxquels la nature a donné un terrain fertile avec profusion, un soleil pur, un air vivifiant, une imagination ardente, un cœur noble et généreux, et dont la perversité des grands de la terre trafique comme d'un vil bétail !... Là, tout respire l'amour et la vie, hors Yâme qui souffre et languit. Pourtant la nature est plus forte que loute l'astuce et la cruauté humaine ; joyeux par caractère, le Russien jouit des dons heureux que lui accorda la Providence, et, quand la chaîne de l'esclavage devient par trop pesante, il demande au Ciel les consolations nécessaires; mais, malheureusement,
l'ignorance dans laquelle on le lient ne hri permet pas de distinguer la vraie foi de la superstition, et bien souvent celle-ci prédomine en lui. Il aime les contes de sorcières, de démons, de vampires ; ces derniers sont l'épouvanlail des jeunes filles, qui craignent pour le sang vif et pur qui colore leur visage d'albâtre et anime leur œil pénétrant.
Les songes jouent aussi un grand rôle dans les destins des belles Russiennes; c'est leur oracle infaillible, plus infaillible que les antiques prédictions des sibylles. (In songe heureux, au jour voulu, indique la figure et le nom de l'époux d( siré, et après l'avoir vu durant son sommeil, la jeune fille le rencontre ensuite dans le village Une douce familiarité s'établit ; à l'aide de la croyance, des gages sont donnés, reçns, et, quand il n'est plus temps de fuir le danger, les beaux rêves dorés se changent parfois, hélas ! en amères réalités... Une jeune fille devrait toujours taire
Le mariage est le point culminant de la vie, et les Russiennes le sentent parfaitement tout comme les autres femmes de notre planète : aussi ne négligent -elles rien de ce qui peut amener l'accomplissement du plus cher de leurs vœux. La veille do la Saint-André, afin de voir en songe l'amant promis, elles disent avant de se coucher neuf Pater debout, neuf à genoux et neuf assises; cette prière terminée, les jeunes filles répandent des graines de lin et se mettent à chanter :
Svtialy Andréiu !
Ja na teh«- Ion siétu.
Daj mené znaty 7. kim budy zbératy.
« Saint André, le jour de ta féte je sème le lin ; » fais-moi savoir avec qui je dois le cueillir. »
Dans la Russie-Rouge, les jeunes paysannes vont se baigner le jour de lu féte du même saint ; puis, après le bain, elles s'approchent du toit d'une chaumière et en retirent les brins de paille; celle qui, par hasard, attrape un épi encore garni de ses grains, est sûre d'obtenir, dans l'année suivante, un riche époux ; un épi vide annonce on pauvre mari, et la paille sans épi pronostique le célibat pour tont le cours de la même année. Ces superstitions exercent nne grande influence sur la conduite des jeunes filles ; mais si le s'accomplit, presque toujours c'est plus t sous le dernier rapport que sous les deux sous celui de la paille sans épi.
On observe encore ehes ce penple quelques
restes de paganisme, principalement dans la ré» gion située sur les bords du Dnieper, oà la féte des Ruialki (les ondines slaves) jouent le principal rôle. Cette fête se célèbre le second jourde la Pentecôte ; nous en reparlerons dans la suite.
Le costume des paysans russiens est simple, commode, et même, dans le midi, très-piiiores* que. Dans lu Russie-Rouge, en Wolbydie et en Podolie, il diffère peu de celui que portent les habitants des environs de Varsovie, excepté que l'habit ou la robe de l'homme est plus ample et d'un drap plusgrossier. Ha fréquemment la (orme d'un manteau, et il est alors pourvu d'un capuchon de drap suspendu à plat ; on appelle ce manteau oponeza. Quand vient la mauvaise saison, tes paysans s'en garantissent le visage contre le froid, en ne laissant voir que les yeux et le bout du nez par des ouvertures pratiquées à cet effet. Leurs fourrures en peau de mouton ne sont presque jamais recouvertes de drap, mais la peau tannée, lorsqu'elle est neuve, est d'une blancheur éblouissante ; quelquefois on place des brode ries sur les coutures. Les femmes ornent de galons en or et en argent leurs jupons et leurs par-dessus du dimanche ; les jeunes filles tressent leurs cheveux et les entrelacent d'une multitude de rubans.
Rien de plus pittoresque que le costume d'un jeune paysan de l'Ukraine, surtout quand il a été employé pendant quelque temps comme Kosak au service de son seigneur. H porte habituellement une veste serrant le corps et boutonnée par devant au moyen d'agrafes ; des deux côtés de la poitrine sont des poches, piqaées à raies et pouvant contenir descartouches ; unelargc ceinture écarlate lui serre en outre les reins : U y suspend une espèce de poche en cuir, ornée de boutons de métal et contenant un briquet ; auprès delà ceinture pend un couteau maintenu par une courroie ; un pantalon de toile très- large est fixé par des cordons au bas de la jambe et retombe sur la tige de ses amples bottes. Ajoute* à cela un bonnet en peau de mouton à fond de velours ou de drap d une couleur éclatante, qui incline de côté, et orné d'un gland en or, comme les bonnets à poils des trompettes des chasseurs de la cavalerie française, une bourka, ou petiL manteau en feutre de poil de mouton Imperméable, qui le garantit de la pluie lorsqu'il parcourt les steppes à cheval, et enfin un fouet court et roide en sautoir sur une courroie qui sert deneron à
la monture el de défense contre le» voleurs, et vous aurez le costume complet d'un enfant des
cours de l'Ukraine.
Un grand nombre de jeunes Rosaks ukrainiens jouent d'nn instrument appelé théorbe; c'est une espèce de guitare à long manche, garnie d'une multitude de cordes. Us s'en accompagnent en chantont ; bien souvent ils dansent et chantent en mémo temps. Leurs chants favoris, nommés dumki , sont tristes et langoureux; il en sera parié à sa place.
flous joignons à cet article la gravure du costume du paysan russien, comme il le porte sur le bord du Dnieper ; c'est le vrai milieu des Rousniaques ; ils y ont conservé leur écorco primitive. Le Hussien de Lublin et de la Gallicie, plus en contact avec le peuple polonais, quoique toujours fier de sa nationalité, de sa religion, et désirant se distinguer amant qu'il peut par sa vie domestique, s'est un peu amalgamé avec ses voisins, pressé qu'il est par les colons mazoviens et allemands. Son culte grec-uni le rend plus sociable avec le catholique qu'il rencontre îréquera- ■eot dans los églises, car la sainte Vierge de Poczaiow; aussi puissante en fait de miracles que celle de Czenstochowa (qui habitait jadis en Russie-Rouge, à Belz), prodigue également ses dons aux Grecs et aux Latins.lesquels obéissent à leurs seigneurs, paient ladlmeet apportent des offrandes à l'église. Le Grec- Russe qui, à la haine la plus prononcée pour tons ceux qui ne partagent pas son culte, joint le mépris, se croit seul vrai croyant ; mais qui est-ce qui ne croit pas à sa perfection exclusive? D'ailleurs cet orgueil de ioi-méme développe aussi de belles qualités ; s'il vous méprise èl vous brave dans votre colère, il tons protège dans le malheur ; entrez chez lui, il tous salue, vous invite à vous asseoir et vous offre et qu'il a de meilleur dans sa chaumière de roseaux et d'argile, blanche, propre, aboutissant à n jardin où vous trouves des fruits d'une sa veur délicieuse. C'est le peuple russien de ta Podohe et de l'Ukraine, âme; donnez-lui la liberté «t la conscience de lui-mémo, et vous en ferez le peuple le plus brave et le plus loyal. L'esprit de» Wothyniens est plus sombre ; dans le non: •«cette province, c'est-à-dire en Poléssie, il ne jette aucun éclat : les bois touffus et les marais y absorbent les rayons dn soleil; mais la bravoure, «eue première vertu des Slaves, égale ses nabi lantsaux antres de la même race.
La population du gouvernement de Kherson
se compose de toutes hâtions ; c'est Une colonie" le tous les peuples, où les troupeaux de bonne ^ce tiennent le premier rang. Là, le mouton est une âme par excellence et souvent compte pour beaucoup plus qu'un serf; ils sont au nom** bre de âoO.000, selon le dernier recensement officiel (1835). La population ne s'élève qu'à 400,000 individus. Déduisez de ce chiffre les habitants des villes, les colonies libres, et voua irez une égalité parfaite entre lo nombre des âmes et celui des moutons. Le seigneur moskovlte s'entend parfaitement à tondre les deux espèces.
Les Kosaks, quoique jadis possesseurs et même propriétaires de l'Ukraine polonaise, n'entrent point dans noire cadre ; ils sont transplantés sur d'autres rives, et vivent au delà du Dnieper, vers le Caucase. Malgré les souvenirs qu'ils ont lais* ses sur notre terre, souvenirs grands et tristes lout à la fois, comme leur existence fut passagère, nous préférons parler d'eux ailleurs.
S lit. — Histoire politique.
En abordant \'hi$toire de$ terra mtnennn, nous éprouvons le besoin de rappeler le nom des peuples slaves qui habitaient ces contrées, avant qu'on les baptisât du nom de Rutnient, dont l'origine n'est pas elle-même bien résolue dans le monde savant. Nous conduirons successivement nos lecteurs de l'ouest à l'est.
LesCrobatcs-Rouges occupaient le pnysà droite du San, et les hauteurs du Bug et du Dniester ; c'est la Rusêic-Rouge, avec la terre de Chelm, des temps plus rapprochés. La race des Crobates se prolongeait bien loin à l'occident, vers le midi, par les Karpates, et passait le Danube, où elle prenait le nom de Crobate$-Rlancg ; elle forma plus tard la Petite-Pologne, et la partie slave des possessions hongroises. Au nord de la Crobatie-Rouge demeurait une fraction de ce même peuple, s'appelant Buzanie, et tirant ainsi son nom de la rivière dont il habitait les bords. Plus à l'est étaient tes Luczanie, ayant pour capitale la ville de Luçk, les Dulebi et les Wolhynianie ( Wolhyniens ), dont le nom resta à la province entière. A l'extrême est restaient encore les Dreiclanie, avec leur capitale Iskorottyn. Les Polanitf occupaient l'emplacement du gouvernement actuel de Riiovic ; une antre partie des Polanié habitait à l'occident, sur la Warta, où sont maintenant les villes de Gnèzne, Posen,
Kruswica, berceaux de la nation polonaise et ancienne Léchie, nom que lui donnent encore aujourd'hui les Polanié du Dnieper, oubliant ainsi leur commune origine. De Kiiow a l'ouest et au midi, vers le Pont-Euxin, sur les rives du Dniester, habitaient les Tyrwency. Les Maggiars ou Hongrois occupaient les bords de la mer, et les Kosars s'étendaient sur les bords du Dnieper, dans le gouvernement actuel d'Ekatbérisnoslav ; ces deux derniers peuples n'avaient aucune cornmunauté d'origine avec les Slaves.
Toutes les invasions des barbares vinrent de , l'est et du nord ; la Slavonic n'en fut point à l'abri. Tandis qu'elle lançait les nations germaniques à l'occident, elle fut elle-même attaquée par d'autres peuplades, qui, attirées comme par l'action de l'aimant, se ruaient de l'Europe sur l'Asie. Mais nous ne répéterons pas ici toutes les notions erronées ou exactes que nous ont laissées les géographes et les historiens à cet égard ; ce serait faire revivre d'inutiles et éternelles discussions, car on sait que les savants trouvent toujours et en tout matière à controverse. Au lieu donc de nous appesantir sur leurs recherches, concernant les établissements des Grecs milésiens dans ces contrées, et leur commerce avec la Slavonie, nous aimons mieux commencer tout de suite par l'époque où les Varègues s'emparèrent de ces provinces.
Les peuples slaves dispersés dans la vaste région située entre la Baltique et le Pont-Euxin, vivaient divisés en petits Etats, qui n'étaient que des communes soumises à l'action de gouvernements démocratiques. Les Varègues ( Normands de l'est) parcouraient la mer Baltique, et envahissaient son littoral ; peu à peu ils s'avancèrent dans le pays, et commencèrent à inquiéter la ville de Novogorod, sur le lac Ilmen, dans le gouvernement actuel de Novogorod, voisin de Saint-Pétersbourg. Les richesses de cette ville, puissante par son commerce, excitèrent la haine et l'envie de ses voisins, tandis qu'elles semaient la division parmi ses propres habitants. Cet état de choses favorisait les Yarègues ; de riches habitants se liguèrent avec eux, et leur adjugèrent une espèce de pouvoir monarchique et féodal, tant pour maintenir la sûreté à l'intérieur, que pour apaiser leur propre avidité. Les Yarègues ne demandaient pas mieux ; ils établirent bien vite leur puissance, et se mirent ensuite à piller les Novogorodiensel leurs voisins. C'est ce qui arrive toujours à deux ennemis qui
en appellent un troisième à leur aide; celui-ci bat d'abord l'un par l'autre, et plus tard les op. prime tous deux.
Avec les Varègues parut le nom de Rutsitn. D'où provient-il? Quelle est sa dérivation? On l'ignore ; ce qu'il y a de sûr, c'est que les Varègues l'ont appliqué tous les peuples slaves vaincus, soit par leurs armes, soit par leur astuce, ces deux grands leviers de la puissance moderne de l'empire de Russie.
Rurik, prince varègue, entra donc à Novogorod en 862, et y fonda sa domination. Ses lieutenants, après l'établissement de leur maître, s'en furent dans diverses contrées.aûn de tenter également la fortune. Deux d'entre eux, Askold et Dir, se confièrent aux vagues du Dniéper, et descendirent vers Kiiow, ville riche et populeuse, célèbre par son commerce avec Byzaoce ; les deux guerriers varègues parvinrent à y établir leur puissance du vivant de Rurik. On ne peut pas bien préciser la date de cette conquête; seulement on est certain qu'en 879 Oleg, lieutenant et favori de Rurik, après avoir égorgé son maître, et pris les rênes de l'Etat sous le nom de son fils Igor, arriva à Kiiow, où attirant Askold et Dir dans un guel-apens, il les fil massacrer, puis établit son pouvoir à Kiiow et dans les lieux environnants.
Ce système d'assassiner et de s'emparer ensuite des biens de la victime servit plus tard de modèle aux princes qui suivirent Oleg, ce favori meurtrier de son maître. Le cadavre du prince régnant, nous pouvons le dire sans crainte d'être démenti par qui que ce soit, était toujours dans ces temps-là le plus sûr marchepied pour moa~ ter sur le trône. Et même de nos jours, combien n'avons-nous pas vu d'exemples semblables en Russie, sauf toutefois l'apparat moderne ? On y met un peu plus de retenue, d'hypocrisie ; jadis on tuait et on diffamait la mémoire de la victime, aujourd'hui on étrangle ou on empoisonne, puis on l'ait célébrer des messes pour le rcpo$ de l'dm* du décédé en Dieu.
Oleg, appréciant tonte l'importance de Kiiow, l'embellit et y transporta de Novogorod la capitale. Le nom de russien fut donné à ces contrées», et les barques des Varègues commencèrent î fréquenter le Pont-Euxin, qu'ils appelaient But kiéMoré(\A mer Russienne). Coostaotiaople ac ressentit du voisinage des pirates, et chercha à se précautionner contre eux. Pendant que les Vsi< règues inquiétaient le midi, ils furent attaqués i leur tour, i l'est par les Petchengues, et à l'oue;»
LA l'OI
par les Dtévliens; il fallut se défendre et s'attaquer continuellement : cès combats incessants entretinrent l'esprit belliqueux des Varègues, et ne leur permirent pas de s'assoupir dans la mollesse de Kiiow.
Igor, 61s de Rurik, succéda à Oleg, mort en 913. Les Drévliens tuèrent Igor. Olga, simple paysanne de Pleskow, donnée pour femme à Igor pat- les soins d'OIeg, son tuteur, succéda à son mari, dont elle vengea la mort sur les Drévliens. Par quels moyens et par quels supplices? Parcoure* la chronique de Nestor, et vous frémirez ri > pouvante à la lecture de pareilles atrocités. Cependant, celle qui les commettait était belle, spiritnelle, aimable, et même dans un âge avancé, se trouvant à Constantinople, afin d'y être baptisée, fit tourner la tète à l'empereur d'Orient ; les choses allèrent si loin, qu'elle ne put se dégager d'une promesse de mariage que par une raillerie perfide.
Son fils, Sviatoslaf, méprisa la religion chrétienne qu'elle avait embrassée avec zèle et propagée parmi les Kiioviens, puis alla ravager l'empire d'Orient, revint à Kiiow et fut tué en 972, par les Peicheognes, au-dessous des cataractes du Dnieper. Un de ses fils, Oleg, périt à la bataille d'Owrwa» en 980; un outre, Yaropolk, fut assassiné la même année par Vladimir, troisième bis de Sviatoslaf; Vladimir s'empara ensuite de la femme de son frère, et la contraignit de partager sa couche. Nestor nous apprend que ce fut ■n des plus grands débauchés de son temps ; il possédait cinq femmes, entretenait huit cents concubines dans trois villes de ses États, et faisait, en ontre, violence a toutes les jeunes filles qni lui plaisaient. Malgré cesdéfants, ce fut tout i la fois on grand monarque et un grand conquérant; il dompta plusieurs peuples snr le Danube, l'avança vers Constantinople et força l'empereur Basile de loi donner sa sœur Anne en mariage. Avec cette dernière, la religion chrétienne du rit grec Tut Introduite en Russie, dans l'année 988. rar suite de l'affaiblissement qni accompagne l'excès des voluptés, Vladimir perdit de sa férocité, et l'Orient respira un peu. Les conquêtes de Vladimir atteignirent le San et le Bug, du coté de l'occident ; en t981 , il y fit bâtir une vi/le forte, ot lui donna le nom de Wlodzimiérz (en Wolhynle). Les Slaves absorbèrent ainsi les Varègues, et prirent, en revanche, leur nom de Russiens.
La religion catholique s'établit généralement