‹ La Pologne, historique, littéraire, monumentale et pittoresqueChapitre 2 sur 105 · tome n · texte numérisé non relu

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A l'intérieur, les ducs régnants étaient en proie aux horreurs de la guerre civile ; ces guerres obéraient les finances et minaient leur autorité. Croyant remédier au mal, ils accordaient des immunités, des prérogatives, des privilèges; ce qui n'avait d'autres résultats que de donner de l'extension à l'aristocratie, et si cette caste est funeste au peuple, elle l'est pour le moins autant aux rois.

Cependant, quelles que soient les calamités qui marquèrent cette époque, il faut peut-être moins en accuser la nation, les hommes, les choses, que le temps. Le reste de l'Europe eut à souffrir aussi de semblables partages, de sem» blables invasions.

Au xive siècle, époque où régnaient Wiadislas et son fils Kasimir, les idées gouvernementales dans plusieurs royaumes de l'est et du nord de l'Europe se liaient étroitement à l'action de»

I Etals, et surtout avec l'ordre équestre ou la no-

I blesse. Les trônes, en perdant des familles qui se succédaient depuis des siècles, devenaient électifs, soit par extinction, soit par cession, comme on le vit dans les familles des A bmuses ou Arpades, en Hongrie (1301); des Preémyslos, en Bohême (1306) ; des Haralds-Uaarfragues, eo

| Norwége (13 10) ; des Siiolduogs.cWeuUant des Epritsenes, en Danemark (1373).

La famille des Folckungers, de Suède, «fui de-

I vaii hériter de toute la Scandinavie, s'éteignit ;

I celle des Piasts eut la même destinée (1370).

Les successeurs de Rurik abandonnèrent leurs droits sur différents points. Les margraves d'Autriche et de Brandebourg moururent sans postérité. Ainsi devait surgir un autre ordre de choses.

La maison d'Anjou, non contente de ses possessions en France, non contente de sa couronne des Deux-Siciles et d'avoir acquis celle de Hongrie, convoitait encore le sceptre de Pologne, se basant sur les liens de parenté qui l'unissaient à Wladislas-le-Bref.

La maison de Luxembourg, riche de ses

comtés d'Outre-Rhin, mais plus insatiable que riche, cherchait le moment de ressaisir la couronne d'Allemagne ; en attendant, comme elle était héritière de la couronne de Bohême et qu'elle possédait la Silésie, son chef usurpait le litre de roi des Polonais.

Kasimir, en succédant à Wladislas, se trouva entre la perfide ami lié du roi Jean de Luxembourg et l'amitié intéressée de lu maison d'Anjou.

C'est sous de pareils auspices que présenta sur la scène du monde.

KASIMIR 1", LE GRAND (isss-isio).

Kasimir fit célébrer avec pompe et magnificence les funérailles de Wladislas, et il lui fit élever un tombeau dans l'église cathédrale de Krakovic. Ce monument, le plus ancien de ceux qui ornent celte basilique, existe encore ; il a échappé aux révolutions, et le temps semble l'avoir respecté.

Après les derniers devoirs rendus au»feu roi, on procéda à l'élection de son successeur. Le testament de Wladislas ne désignait pas un héritier à la couronne ; mais, comme le testateur ne laissait qu'un Gis, il avait sans doute regardé ses droits comme incontestables. Cependant de grands obstacles barraient le chemin du trône : d'une part, il fallait écarter Jean de Bohème, qui avait usurpé le titre de roi de Pologne ; de l'autre, les ducs de Glogau, qui se prétendaient héritiers polonais. La noblesse trancha ces difficultés en se prononçant en faveur de Kasimir.

Aussitôt les Etais se réunirent en assemblée à Krakovie. Il fallait remédier aux affaires intérieures du pays, il fallait surtout Gxer les clauses de l'incertain traité conclu avec les Teutoniques.

Le roi de Hongrie, beau-frère et ami de Kasimir, lui envoya une dépntation pour lui offrir des secours en hommes et en armes; mais la noblesse avait parlé, et Kasimir avait été proclamé roi des Polonais, et fut couronné avec sa jeune épouse Anna Aldona, fille de Gedymin, grandduc de Litvanie. Cette solennité eut lieu le dimanche 25 avril 1355, jour de saint Marc l'évangéli>te. Les fêtes, les tournois, les revues militaires, se succédèrent après la cérémonie; toute la Pologne y prit part, car c'était vraiment un événement national.

Kasimir, né en 1310, n'avait alors que vingttrois ans. Son développement physique avait été

précoce, et bien jeune encore, il avait pris part aux expéditions de son père, qui lui avait donné, outre cette marque de confiance, la direction de» affaires civiles. Cependant, quand il monta sur le trône, le sénat jugea à propos de l'assister d'un conseil, et le choix tomba sur Jasko ou Jean de Mielsztyn, homme de talent et de probité à toute épreuve. Cet habile ministre contrihuapuissamment à l'illustration du règne de Kasimir.

Kasimir, en acceptant la couronne, s'imposait une grande et pénible tâche ; le dehors et le dedans méritaient une attention sérieuse. Jean, roi de Bohême, affichait toujours des prétentions au trône de Pologne, et, en attendant le fait, il prenait le titre de roi des Polonais, et engageait les ducs de Silé.Me à se déclarer ses tributaires.

Les chevaliers Teutoniques, dont l'ambition et l'avidité étaient insatiables, et qui aimaient mieux prendre que recevoir, s'emparèrent consécutivement de la Poméranie, de la terre de Michalow, de celle de Dobrzyn, et enfin de la Kuiavie. La terre de Culin, que lu Pologne leur avait donnée, était trop peu de chose pour des moines soldats ; ils augmentèrent donc leurs possessions par la force, parla ruse ou par des marchés illicites, disant que leur qualité d'Allemands ne leur permettait pas d'appartenir au roi de Pologne, et acceptant des secours de l'empereur Louis, des Bohémiens et des princes germains.

Les ducs de Hazovie, alliés des Teutoniques, firent pur crainte une ligue avec les Allemands, et Wanko ou W« nceslas, duc de Ploçk, cousin et beau-frère de KuMmir. se rendit tributaire de la Bohême; ce prince parjure s'unit enfin aux Silésiens pour se placer hors la dépendance de ses maîtres légitimes.

11 faut ajouter à ses embarras, la licence inté-

rienre, b tyrannie des seigneur» favorisés par le partage da pays, le petit nombre de villes et de châteaux fortifiés, le brigandage des grandes routes et les invasions continuelles des voisins. Le continence ment de ce règne, comme on le voit, était hérissé de difficultés, et il fallut une énorme capacité pour en triompher.

Le trésor royal, géré avec économie par WladisJas, était dans un état assez florissant, mais pour subvenir à tant de besoins urgents, l'ordre, la bonne administration de Rasimir étaient indispensables; il trouva le moyen d'augmenter le trésor et d'améliorer la situation du pays; les traces de ce qu'il a fait, tout empreintes d'une imposante grandeur, sont encore répandues aujourd'hui sur la surface de la Pologne.

Kasimir immola ses justes ressentiments; il sentait le besoin de la paix ou au moins d'une trêve avec ses voisins les plus dangereux. Les chevaliers Teutoniques, malgré l'échec dePlowcé ( 27 septembre 1331 ), étaient encore assez redoutables : il était donc important de les maintenir pour quelque temps.

Le roi des Polonais envoya une tléputalion a Thorn (avril 1555), et les rois de Bohème et de Hongrie furent appelés à être médiateurs dans le traité de paix. Kasimir avait senti que ceite manifestation conciliante était le seul moyen de relever le commerce, l'industrie, et d'arrêter les abus et les malversations de l'intérieur. La position du roi était dangereuse : il avait deux extrêmes à éviter, ou le trop de clémence ou le trop de sévérité; sa conscience, un profond sentimeotde justice, furent ses guides; mais dans Mutes ses déterminations il prenait conseil de Jasko Mielsxlynski. Il sévit contre les coupables. Ce rigoureux exemple était nécessaire, et, en éloignant les causes de troubles et de désordres, il se il respecter de toute la nation.

Parmi les coupables on comptait beaucoup de nobles et de barons. Sans égard pour leur rang, il en fil mutiler, pendre, noyer, rouer et écarte- 1er un grand nombre, suivant l'usage de la justice du temps.

L'intervention des souverains qui se portaient médiateurs entre la Pologne et les chevaliers Teuloniques ne fut pas sans effet; le roi Kasimir et le graud-mallre Luder de Brunswick signèrent une convention à Malborg (50 avril 1554), par laquelle convention on s'engageait à prolonger jusqu'au 24 juin 1555 le traité conclu avec les Teutoniques, et sous la clause que lesdits chevaliers

DGNE. 5

Tentoniques rendraient à Ziemowit, duc de M:izovie, le château de Brzesc-Kuïawski et ses dépendances.

La Pologne, rassurée par cette paix et favorisée par une récolte abondante, commença à croître en population et en richesses. Kasimir sut satisfaire aux besoins de cette difficile époque, et, tout en favorisant les regnicoles, il ne négligeait pas les intérêts des étrangers, sentant bien que chaque condition peut être utile à l'Etat, quand elle est placée sous des lois dout la force et la justice pèsent indistinctement sur tous. Parmi les étrangers fixés au sol de la Pologne, les enfants de Moïse l'occupaient particulièrement.

Les Juifs, de temps immémorial, avaient pris racine en Pologne; ils s'étaient répandus dans les provinces méridionales et dans les terres russiennes. Les rabbins font mention dans leurs écrits d'un royaume juif qui devait exister non loin de la mer Caspienne. Le moine Nestor, écrivain russien, natif de Kiiow, rapporte que les Juifs du royaume de Koasar envoyèrent des ambassadeurs à Wladimir-le-Grand (980-1015), avec des présens considérables, pour proposer à ce roi d'embrasser la religion juive, proposition qui fut vigoureusement rejetée, comme on le pense.

LorsdesexpéditionsdeBoleslas-leGrand(IOI8) et de Boleslas-Ie-Hardi (1074), il y avait à Kiiow un grand nombre de Juifs; mais ils ne se répandirent dans toute l'étendue de la Pologne, qu'en l'année 1096, sous le règne deWIadislas 1", formai*. En butte aux plus cruelles persécutions en Espagne, ils s'enfuirent et vinrent chercher un asile sur les bords du Rhin; le fanatisme desCroisés les chassa, et ils furent contraints de se réfugier en Bohême; persécutés en Bohême, ils cherchèrent à éviter les lieux où ils pouvaient rencontrer les Croisés. La Pologne, toujours hospitalière, leur ouvrit ses portes; repoussés de partout, ils s'attachèrent ou plutôt ils se fixèrent dans ce généreux pays. Le costume des Juifs est moitié oriental, moitié espagnol, mais plus allemand qu'autre chose, et c'est ainsi qu'il s'est maintenu jusqu'à nos jours.

Sous le gouvernement de Boleslas-le-Pieux, duc de la Grande «Pologne (Kalisz, 1264), on permit aux Juifs de jouir dans le commerce des mêmes avantages que les autres négociants, et il fut défendu de convertir par la force leurs enfants à la religion chrétienne ; leur personne de-

LA POlXKiHK.

vint inviolable coin m» celle de tout autre citoyen,, et leurs tombeaux furent respectés.

Rusimir renouvela ces institutions dictées par l'humanité et la justice. Ce fait est beau par luimême, et il ne perd rien de son prix, en disant que Kasimir avait pour maîtresse Estber, juive d'0> poczno ; c'est au nom de celte femme qu'il aimait, qu'il rendit les décrets en faveur des Juifs; par la suite ils furent insérés dans le statut d'Alexandre. L'histoire a montré s'ils étaient reconnaissants de ces bienfaits.

Après avoir conclu le traité avec les Teutoniques et apporté une grande amélioration dans les affaires intérieures, Kasimir tourna son attention sur la Bohème. Charles 1er, roi de Hongrie, beau-frère de Kasimir, et que celui-ci avait choisi comme médiateur dans la cause des chevaliers Tcutoniques, C lia ries se chargea de réconcilier les rois de Pologne et de Bohème. Le roi de Hongrie convoitait trois grandes couronnes pour ses trois ûb : pour l'un il voulait Vienne, pour l'autre il voulait Naples, et pour Louis, le plus jeune de ses fils, il voulait Krakovie, dans le cas, c'est-à-dire, où Kasimir mourrait sans enfant maie. En attendait, il cherchait à évincer les Bohémiens, redoutant leurs protentions, et à l'occasion du traité conclu par sa médiation avec les Teutoniques, il demanda a Kasimir la succession ù ki couronne pour son (Us Louis; mais le roi de Bohème avait aussi la main ouverte pour s'emparer de cette survivante ; et lui, il faisait valoir des droits qu'il avai* acquis par le faux testament de G rit fine, femme de Lcssek. Toutes ces choses, toutes ces ambitions plus oit moins mal fondées, embarrassaient le trône. Puis, venait encore i h traverse Juan de Luxembourg, Ruecessear des deux Wenceslas. qui persista à ne point reconnaître Wladislus-le-Bref, pour se ménager va Si' tésie, dont U avait poussé la conquête avec «ne opiniâtre té sans éjtaUï, et en vertu de ce prétende droit titulaire, «I détacha la Poméraaic de ta Pologne pour i* donner aux chevaliers Teutomqnes. en se réservant de leur vendre la terre fie ftobreyn ; mais ce traie ne l'om|>èclia pas a> forcer Wenceslas, due de Posen, à l«i faire hommage de vassalité, comme on l'a vu pin» haut.

Jean vmdaii régner sur plusieurs pays en Europe, et H roula* udssi conserver la Silesie.dont rt n'eût jamais fait la conquête, tans la désunion qui régnait entre les dues; ers rejetons dégénérés de lu race iHustre des Piasts étaient peu soucieux de l'intérêt du f>ay*.

La Pologne avait des droits imprescriptibles

sur la Silésie ; son possesseur ou usurpateur ne pouvait la garder sans l'assentiment de son souverain légitime ; mais, comme l'un ne devait pan donner son assentiment et que l'autre ne voulait pas abandonner sa proie, Kasimir, sur la demande du roi de Hongrie, convoqua une assemblée pré» liminaire i Trencryn ou Trentschin sur le Vag (94 août 1535). Il envoya cinq négociateur» dépositaires de sa confiance; mais les deux premiers, Spytefc, cnstellan de Krakovie, et l'abbé Zhigniew, chancelier de Krakovie, favorisèrent le parti de la Hongrie, et obtinrent du mi Jean de Uolùme la renonciation au trône de Pologne pour lui et ses successeurs, sons peine d'excommunication en cas d'infraction. L'intérêt de la cause nationale défendait autant de protéger la Hongrie que la Bohème; mais les largesses et le» promeases du roi de Hongrie firent taire la con-

En vertu de ces négociations, Kasimir s'engagea à payer aux Bohémiens £0,000 gros de Prague (16,000.000 florins de Pologne, c'est-àdire 40,000,000 de francs); il renonça a ses droits sur la Silésie, qui se soumit, avec «es duce, à la Bohème. 11 renonça anssi aux droits qu'il avait sur les terres de ftreslau, de Glogau et de Ploçk en Mazovie. Il paya aux Bohémiens la moitié de la somme, et l'autre moitié fut répartie en deux termes.

Biais, comme ces conventions n'étaient pas définitives, les parties intéressées voulurent se réunir en un congrès général. A cet effet, Kashntr, assisté du duc de Lenczyça, de Debrcyn, et d'une suite nombreuse composée îles dignii aires de ht Pologne, se rendit è la emir du roi Charles de , à Wysnogred ou Wiasegrad , sur le Oa- ( entre Grau et Waal*eo). Le roi Jean de Bohème, son fils Chartes, marquis de Moravie, et les plénipotentiaires des chevaliers Teutoniques, s'y renvlirent aussi. Les délibérations du congrès (28 novembre 4388) eurent le résultat suivant : que les Tententqaes rendraient la terre de Kuïavie et celle de Dobrzyn, en échange de In Pomémnie que leur céderait te roi Kasimir. Certes, le sacrifice était grand, mais c'était le «cul moyen d'assurer le repos de la Pologne.

Le roi de Hongrie traita ses «lustres hôtes avec une rare magnificence lont le temps que dura le congrès. l*s tables, toujours dressées, étaient servies avec luxe et profusion, et dune l'espnee d'nne qninMiin* de jours les lètes cou.

» oounisens burent cent quatre» I * de fin.

roonéet et les rounisens burent eem quatre» | Sur ces eotrefaites, le rot » tiagts tennear

Le roi Kasimir resta à Wi»sp^rad jusqu'à la iN<W; après, il partit pour Bnde, et revint à Krakovie dam les premier» jours de janvier 153b* .

Les promesses, les conventions écrites et signée» étaient de peu d'importance pour les moines-soldats : Irur machiavélisme leur fournissait des ressources pour éluder tout ce qui gémit irar ambition ou leur cupidité. Bientôt ds oublièrent les négociations solennelles du congres de Wiseegrud. Ponr cette fois, le roi des Polonais crut devoir en appeler à l'autorité papale. Il envoya une députai ion an pape Benoit Xll, qui réglait à Avignon : elle lui exposa énergiquemcnt •es griefs contre l'ordre Tetrtonique, et profila de cette circonstance pour demander à Sa Sainteté I» suppression du denier de saint Pierre (Swiento- Pietrz*» ) qui pesait sur la Pologne. Cette pieuse et volontaire libéralité d'nsage était devenue loi , et même elle fut augmentée parWIadislas lu-Bref qui voulait natter le pape J««an XXII pour obtenir la couronne, quoiqu'il se passa de celte protection-, comme on l'a vu ilans l'histoire de son régne.

Pendant que ces négociations s'entamaient, le rot Kasimir, à la tôle des troupes polonaises, marchait, comme allié de Charles de Hongrie et de Ji«an de Bohême, contre l'empereur Louis de Bavière, et pénétra dans la Haute-Bavière (juillet — août 1536 ). Tout cela se passa sans une guerre bien sérieuse; la paix fut bientôt conclue, et Kastmrr revint à Krakovie pour y attendre la réponse du pape.

Benoît Xll désapprouva la convention de Wissegrad. comme atlentoire à la justice et au bien de l'Etat, et $urtout à f autorité du siège apostolique. Le pape ne pouvait voir de bon œil la cession de la Pomëranie, car il en lirait de grands revenus, qui l'aidaient à compenser ce que les Bohémiens et les Allemands refusaient de lui payer; il blâma donc les déterminations du roi des Polonais, et refusa net de se désister de l'impôt du denier de saint Pierre. Ce n'était p:>s encore tous ses griefs : il ne pardonnait pas à Kasimir la ligue soutenue contre Louis, empereur (TAHemagne, par les rois de Bohême, de Hongrie et le rot des Polonais ; car Louis s'humiliait devant la puissance du pape. Toutefois il rendit hommage a Kasimir sur la manière dont il a knmistrait la justice, et il nomma une commission pour résoudre l'affaire des chevaliers Teutoniques.

Bohême, ami

secret des Teutoniques, et avide de pouvoir, conçut le projet d'envahir la Litvanie, soi-dis:>ni pour la convertir à la foi chrétienne. Il franchit la Poméranie et la Presse, mais la rigueur de la saison (hiver de 1537) le força à rebrousser chemin sans aucun résultat. Dans sa marche rétrograde, il rencontra Kasimir à Wloclawek en Kuïavie ; les deux rois parlèrent de l'affaire des Teutoniques, et ils vinrent à Posen pour y tenir des délibérations, qui n'eurent guère plus de succès que les autres.

Pour un moment les chevaliers parnrent avoir cédé; mais tout à coup ils lancèrent un nouveau motif de contestation : ils demandèrent è Kasimir de faire approuver la convention qui avait été signée entre lui et eux, par tous les ordres de la république. Celle nouvelle perfidie irrita le roi, il en prévoyait les conséquences, il savait que l'ambition des grands en profiterait pour empiéter sur l'autorité royale. Ccpenuant il dut convoquer une assemblée générale; il trouva de la résistance dans les représentants de la nation: les villes, la noblesse et le clergé refusèrent de signer la convention faite par le roi avec les chevaliers ; il obtint quelques signatures partielles, mais le derpé ne voulut signer que son acte dé présence et rien de plus. L'Assemblée décida qu'avant de prendre les armes contre les Teutoniques, on implorerait encore une fois l'autorité du pape pour le* mettre à la raison. Jean Grot de Slupça, évêque de Krakovie, reçut la mission de se rendre à Avignon, auprès de Benoit Xll.

La grande commission papale, assistée des parties intéressées, s'assembla, au mois de février 1559, à Warsovie. Les séances traînaient en longueur; on discutait, on changeait de lien pour discuter encore, et on se séparait sans rien conclure; enfin, la commission s'assembla de nouveau à Warsovie. et publia un arrêt dans l'église Saint-J«-an (16 septembre 13S9), par lequel les chevaliers furent condamnés à restituer aux Polonais la Poméranie, les terres de Wichalow, de Dobrzyn, la K nia vie et le palaiinat de Culm. On leur enjoignit, en outre, de rétablir au plus tôt et à leurs frais les églises et les monastères de ces provinces, qu'ils avaient pillées et saccagées, et de payer 5 Kasimir, pour dommages et inierêts, 194.500 marcs de Pologne: ce qui ne les dispensa pas d'en payer 1600 pour les frais du procès. L'excommunication

suivit de près la sentence ; mais les chevaliers n'en furent ni étonnés ni abattus. Pour la forme Us en appelèrent au pape; mais, en attendant, ils gardèrent ce qu'ils possédaient ; carie roi des Polonais, occupé des affaires intérieures, et à la veille d'une expédition qui eut lieu en 1340, le roi des Polonais, disons «nous, au milieu de ces graves préoccupations, négligea ses intérêts relativement aux Teutoniques.

Kasimir, qui se vouait tout entier au bien présent de la Pologne, pensait aussi à ses destinées futures; il redoutait pour elle la funeste influence des rois de Hongrie et de Bohême : n'ayant pas de successeur, le pays deviendrait nécessairement la proie des factions. Poor prévenir les événements, il convoqua une assemblée à Krukovie, le 5 mai 1539, dans laquelle on discuta d'abord sur les moyens d'administrer la justice, et de pourvoir aux besoins de l'Etat ; ensuite le roi exposa l'impérieuse nécessité de fixer l'avenir du trône. Plusieurs seigneurs émirent leur opinion à cet égard, et proposèrent différents candidats; mais les hommes gagnés, corrompus par les largesses du roi de Hongrie, s'opposèrent à l'élection de tous les candidats proposés, lis s'élevaient aussi contre les Piasts de Silésie, race dégénérée et tout impiégnée de l'esprit germanique : ils étaient forts en parlant de ces princes qui, par suite de leur désunion, s'étaient soumis au sceptre du roi de Bohême ; mais ils ne voulaient pas non plus des ducs de Mazovie : car les uns avaient reconnu l'autorité du roi de Bohême, et les autres, entrés en ligue avec les Teutoniques, étaient devenus ennemis de leur sang.

Le roi proposa, de concert avec ses dignitaires, Louis, prince royal de Hongrie, issu par les femmes de Wladislas4e-Bref.Ce jeune prince annonçait des qualités dignes du trône ; puis il était fils d'un monarque qui voulait et pouvait donner à lu Pologne un secours puissant contre ses ennemis. La noble assemblée applaudit à celte motion, car elle était précédée de brillantes promesses à l'avantage des nobles.

Un événement inattendu vint frapper le roi au milieu de ces crises politiques : la reine Aldona mourut le 28 juin 1339, et après les funérailles royales, Kasimir se rendit en Hongrie pour arranger les affaires de la succession.

Le 7 juillet, le roi Charles reçut solennellement, à Wissegrad, le royal voyageur, et, après quelques jours de pourparlers, le jeune Louis

fut élu successeur de Kasimir, en promettant

d'observer les conditions suivantes : 1° Louis s'obligeait à se faire rendre, à ses frais, tous les pays qui avaient été ravis à la Pologne, nommément la Poméranie ; 2° dans le cas où Kasimir viendrait à mourir sans enfant mâle, et que Louis par conséquent lui succédât, celui-ci ne conférerait les dignités et les starosties à aucun étranger, mais seulement aux regnicoles d'origine polonaise; 3° il n'établirait pas de nouveaux impôts sur Tordre équestre ; il lui conserverait en entier ses droits, ses privilèges, ses franchises, et rétablirait ceux de ces mêmes droits qui leur auraient été injustement ôtés ; 4* tous les nobles s'engageaient à lui jurer fidélité et obéissance, à la condition que Louis observerait les conditions ci-dessus mentionnées; 5° les filles, par cet accord, étaient exclues de la succession. On trouve ici l'origine des pacta convtnta, qui passèrent en usage sous les rois électifs.

Au retour de son voyage en Hongrie, Kasimir se rendit à Krakovie, pour s'occuper sans relâche des affaires de l'intérieur. Sur ces entrefuites, une chance favorable allait compenser la perle des pays envahis et gardés par les Teutoniques. Une belle et fertile contrée est située à l'est : nous voulons parler de la Russie-Rouge. Nos lecteurs se rappelleront des événements qui se passèrent dans les terres russiennes, depuis Roman Mstislavitsch jusqu'à la mort de Léon, son petit-fils, ainsi que des victoires de Gedymin, qui changèrent la face du pays. ( Voyez pages 327-331 du tome 1er. )

Tandis que le grand-duc de Litvanie étendait sa domination sur la Wolhynie, la Podolie et l'Ukraine, Boleslas, duc de Mazovie, et petit-neveu de Kasimir-le-Grand, régnait sur la Russie-Rouge. Les Tatars, s'étant emparés de la Podolie, y avaient établi leurs gouverneurs, et en tiraient un tribut. Les Russiens étaient mécontents de ces dominations étrangères ; de fait, ils préféraient pour chef un Polonais, issu de leur sang par les femmes, que de relever de maîtres imposés par les Tatars; de ces Tatars qui s'étaient poussés, par leurs envahissements, des rives du Dnieper au Danube, en Transylvanie et en Walaquie. Boleslas, qui avait pris possession de la terre russienne, par l'appui que lui avait prêté son grand oncle Wladislas-le-Bref, se fil un devoir d'embrasser la religion gréco-russienne; mais le pape Jean XXII, qui se souciait peu des intérêts politiques de Boleslas, et qui se souciait fort du de-

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