TOMB II
tendre de Wladislas, il y répondit en produisant un livre que le chapitre de Rrakovie avait reçu de Kasimir-le-Grand, livre dont le frontispice représentait le couronnement de ce roi en bas âge. Le respeet pour la mémoire du grand roi, et les sages discours du cardinal, convainquirent plusieurs des mécontents, et Olesniçki, profitant de cette disposition, s'adressa au maréchal ou président de la diète, et lui fit part d'un dessein qu'il venait de concevoir. Le maréchal, qui lui était entièrement dévoué, s'adressa tout à coup â rassemblée, en s'écriant : c Que ceux qui ne » veulent point de Wladislas pour roi passent
> â gauche ; que ceux qui lui restent fidèles pas-
> sent à droite. » Cette manœuvre imprévue déconcerta les malveillants. Chacun d'eux craignit d'être le seul d'un parti qui paraissait d'ailleurs le plus faible, et comme il ne s'agissait plus de pousser des cris confus perdus dans la foule, mais de se déclarer hautement et à la face de tous, aucun n'osa avoir le courage de son opinion, et s'exposer au ressentiment de ceux dont il avait combattu les projets. Quant aux difficultés relatives au serment, la reine mère les fit disparaître, en promettant que le roi ne manquerait pas de le prêter, quand il aurait atteint l'âge de majorité. On pressa dès ce moment le couronnement, et la cérémonie eut lieu à Rrakovie, le 29 juillet 1454.
On donna au roi un conseil de tutelle, composé de sa mère et.de plusieurs dignitaires religieux et séculiers. Mais un gouvernement composé de tant d'individus n'avait ni assez d'autorité, nt assez d'énergie pour faire régner dans le pays la justice et la tranquillité. De là, de nouvelles
querelles entre la noblesse et le clergé «or la
perception des dîmes. Spytek Miels/.tynski, chef de l'opposition à la diète d'élection à OpalOW, contre Wladislas, déclara une guerr* ouverte au cardinal Olesnicki. Le duc d'Opole en Silésie, appuyé par la noblesse de cette province, envahit à main armée les possessions polonaises ( 1434). L'empereur Sigismond, qui guettait toutes les Occasions d'entamer la Poldgnc, élevait des prétentions sur la starostie de Spiz (Zips), En Litvanic une nouvelle guerre civile recommençait plus acharnée. Sigismond Kiéystutowicz et Svvidrigellou étaient les chefs des deux partis opposés. Swidi igt llon occupait la ville de Wilkomiérz, et Michel, fils de Sigismond, aidé de troupes polonaises, vint l'y chercher. Les deux armées, séparées par la Swienta, passèrent trois jours en présence, chacune d'elles attendant que l'antre commençât l'attaque (1455). Svriririgellon prit enfin le parti de décamper à la faveur d'une nuit obscure; son armée battit en retraite, poursuivie par las Polono-Litvaniens, qui lui firent un asses grand nombre de prisonniers, parmi lesquels on comptait quarante seigneurs ou kniazs. Michel, qui avait montré autant de courage que de talent duns oette campagne, remit les captifs an duc Sigismond, sou père ; mais ce dernier n'écouta que sa vengeance, Cl tous furent égorgés, noyés ou empoisonnés. À la suite de cette guerre, Swidrigelion fut exilé.
Les chevaliers Teutoniques, qui avaient embrassé le parti de Swidrigellon, voyant sa défaite, se hâtèrent de faire la paix avec la Pologne, et le traité fut signé à Bzesc-Kirlawski en 1455.
Swidrigellon chercha appui et protection chez l'empereur Sigismond ; mais ce chef de l'empire était lui-môme aux prises avec les désordres de la guerre religieuse, contre les iHuSsites. Dans cette horrible lutte, qui mit la Bohème » feu et à sang, les catholiques eurent lé dessous; mais, après la victoire, les réformateurs se partagèrent en deux camps : îes Uns s'appelèrent Taborites, les antres Calixtirrs, eh se reprochait mutuellement ou trop de sévérité, ou trop de relâchement dans la pratique de la religion informée. Ces événements avaient toujours de l'evho en Pblogne. La noblesse s'assembla en diète à Korczyn (1430); dn y discuta sans rien conclure: maïs H n'y eut point de désordres.
'À la suite de représailles atroces, l'empereur Sigismond était enlin parvenu à soumettre la Ho-
titude audacieuse des vaincus intimida Sigh-
mond, qui, voulant se retirer en Hongrie, mourui en chemin, après avoir nommé le duc d'Autri<he, Albert, son successeur aux couronnes de Hungrie et de Bohème ( 1438). Le décès de ce souverain suscita deux partis en Bohême : l'un appuyait le prince Albert, l'autre appelait au trône le prince Kasimir, frère du roi de Pologne, quoiqu'il ne fat âgé que de orne ans.
Le roi Wladislas, impatient d'en faire pan a la uoble^&e, la convoqua en une diète à Korczyn. Quelques nobles pensèrent qu'il fallait refuser, au nom du jeune prince, la couronne qui lui était offerte, et s'éiendlrerit sûr les dangers qu'entraînerait l'acceptation de la souveraineté d'un pays non pacifié. Le duc de Litvanie, Sigismond, appuyait au contraire cette élection, dans l'e>puir «pie les deux frères, contents de leurs couronne», s'occupe raient moins de la Litvanie, qu'il roulai: soustraire à leur domination, pour-la remettre, a sa mort, au duc Michel, son lils.
Wladislas, nyunt obtenu la majorité en foreur de l'élection de Kasimir, réunit des troupes et les envoya en Bohème, pour y appuyer les droits de son fils ( 1458). Elles n'avaient pus eocon poasé les frontières, qu'Albert s'était déjà reado maître de Prague, et s> était fait couronne*. Son armée élan formidable, et les Polonais, vu infériorité de leurs forces, n'osèrent pas risquer une bataille. Les deux armées furent cependant en présence ; les Polonais étaient commandes par Sendawoy dX>strorog, palatin de Pozaaaie, et Jean de Tenczyn, palatin de Saodomir. Georçe ou Jrayk Podiebradaki conduisait les Bohémiens» qui s'étaient déclarés pour KashmY,
Tandis que les années belligérante* s'observaient ou se livraient de petites escarmouche*, le roi Wladislas, à la léoe d'autres troupes, eutra en Silésie, et poussa jusqu'à Opuvro i Troppaa) Les ducs de Silésie furent obligés de »H*we a l'élection do Kasimir, de donner un fibre pesage aux uoupes engagées à son service, et* ne favoriser en aucune sorte se» ennemis*, <lue's que fussent Ips engagements contractés avec eu*, même avant le commencement de «eWe guerre.
A H>ert, n son tour, se trouva trop fritte P"' livrer une bataille décisive, et se contenta de ennoUttér durant quelques jours lus retranchements des Polonais, peur détourner leur attention et masqaer la retraite qu'il voulait effectuer. Podiebrarlzki, qui s'eirapevçut, demanda lrp*r-
hème; mais ce fut un triomphe douteux, et l'at* j mission de /attaquer. A la léle des Taborites êi
uigiuze
Uk POLOGNE
d'une partie des Polonais, il chargea l'eppemi avsc tant d'audace et de bonheur, qu'il s'acquit dès lor* celte réputation de brillante valeur à lamelle il dut plus tard le trône de Bohème. Mais, soit qu'après celte victoire Podiebradxki commençât à songer à ses intérêts personnels et a se montrer moiu» dévoué à combattre pour Easîmir, soit que les ressources des Polonais lussent trop épuisées, les chefs polonais formèrent le dessein de ramener leurs troupes en Pologne, et Wladislas et Albert finirent par conebre la poix, dont l'un et l'autre avaient besoin: car Albert venait d'être fait empereur, la Hongrie étais menacée d'une invasion des Turks, et fatal des affaires intérieures de l'Allemagne réclamait loua ses soins.; le roi des Polonais, de son coté, avait à pourvoir au salut de ses Etuts, Menacés d'une famine par suite de l'intempérie des dernières saison*, et à les garantir contre les incursions sans cesse renouvelées des Ta uns.
Rentré à JUakovie, Wladislas avait atteint sa quinzième année, époque fixée pour sa majorité. Une diète se réunit à Piotrkow ( 1459 ) ; la noblesse et le clergé remirent au jeune roi le gouvernement de l'Eut, et on ne lui demanda que la uuûcalioa des serments qu'pp avait prèles en son aoai à l'époque de son couronnement.
Le premier acte de Wladislas 111 fut «le nommer des négociateurs pour traiter de ses différends avec l'empereur Albert. Le pape, lunoc«Qt IV et le concile de Ityle, quoique divi.se* eaire aux, avaient cependant un égal désir de voir U Bohème pacifiée, cl suppliaient depuis quelque temps Albert et Wladislas dp former un congrès pour terminer leurs différends, r.n effet, des conférence» s'ouvrirent à Breslau (1139;; lempereur y vint en petsopnc. Les Polonais proposèrent que ■ Us deux concurrents se desis- Uisent de leurs prétentions, pour laisser aux , une entière liberté dans le choix d'un »; que celui qui u'auraii point de suffi âges, ou qui en attrait moins, cédât lu couronne à l'autre, et que tous les deux cesseraient d'y asdans le cas pu le choix tomberait sur iqui >.» Cet expédient déplut à Albert; les ;s lurent rompues, reprises plus tard (NamsJau), mais sans autre résultat ffm la convention d'une trêve de quelques années.
Tandis que la Bohême souffrait de ces indécisions, l'empereur Alburl était obligé de marcher
Transylvanie et la Servie. Albert ne pul rien faire; atteint d'une maladie contagieuse, comme ses. soldats, il revint à Bude; de là il gagnait Vienne, quand il expira dans un village, sur le chemin de cette dernière ville ( 1-439).
Albert avait épousé Elisabeth, fdle de l'empereur Sigismond. Deux filles seulement étaient nées de cette union; mais l'impératrice était enceinte. Au moment de la mon de l'empereur, elle fit tout pour gagner l'affection des Hongrois et se conserver ce royaume ; mais les Hongrois, menacés de tous côtés parla puissance ottomane, ne voulurent pas attendre la délivrance d'Elisabeth, et ils tournèrent leurs regards vers la Pologne et vers son chef, le jeune Wladislas.
Nous verrons tout à l'heure Wladislas, devenu roi des Uongrois, ouvrir cette longue et sanglante lutto cotre 1a Pologne et la Turquie, qui durera 2G0 ans et qui ne se terminera qu'avec la dernière année du xvae siècle, sous le règne d,' Auguste 11, successeur de Sobieski (1439-1699).
Lu Hongrie, laissée i elle-même, flottait dans rincertitude, lorsqu'un homme, issu, selon les uns, d'un Valaque et d'une Grecque, et, selon lea autres, fds naturel de l'empereur Sigismond, parut sur la scène politique. Cet homme, c'était Jean Cprvin, surnommé depuis Hunyade, du fort» qui pqrtail le même nom, élevé sur les frontières delà Transylvanie. Les Turks l'appelaient Yanko. Doué dk1 cet instinct des grands hommes qui leur donne la, conscience de leurs forces et le courage de tpvi entreprendre, Hunyade semblait fait pour être le soutien de sa patrie et lame de, toua le* cftorp qui seraient tentés pour sa défense. Hunyade comprit sur-le-champ la position d'Elin sabetb, et ne vit de salut pour la Hongrie que dans l'assistance du roi des Polonais ; mais, pour ménager tous les intérêts, il voulut faire épouser au jeune monarque l'impératrice. Celle-ci coni» sentit d'abord. Elle chercha seulement a fixer fa sort de l'enfant qu'elle portait dans son sein, en fui assurant, si c'était un fils, la possession de l'Autriche et de la Bohême; quant à la Hongrie, elle devait appartenir aux enfants qui nai iraient de son mariage avec Wladislas HL
Une ambassade brillante vint à Krakovie offrir la royauté au monarque polonais (1440). Elle exposa que les intérêts mutuels des deux pays demandaient cette union. Mais au mémo instant le spltan Jiourad envoyait ses ambassadeurs à
contre les Turks, compta «dés par le sultan Mou- Wladùda* ei lui offrait son alliance, à condition H, et qui d,éjà avaient envahi la | qu'd s'obligerait à maintenir son fr^re sur
trône de Bohême, et à rompre toutes relations avec la Hongrie ; mais Wladislas répondit laconiquement, aux envoyés du sultan, qu'il serait temps de songer au traité lorsqu'il arriverait en Hongrie.
Wladislas éprouvait d'abord quelque répugnance à s'unir avec l'impératrice, infiniment plus a^ée que lui, mais les devoirs du roi l'emportèrent sur le goût de l'homme ; et il avait déjà consenti à accepter la couronne et la main d'Elisabeth, lorsqu'on apprit qu'elle venait d'accoucher d'un fils a qui on donna le nom de Ladislas. Cet incident ne changea rien aux résolutions déjà prises à Rrakovie; mais Élisabeth refusa d'accomplir les conventions matrimoniales qui avaient été faites en son nom, et exhorta, dans un manifeste, tous les Hongrois à se joindre à elle pour soutenir les droits de son fils. Alors se formèrent deux partis opposés. Sendziwoy d'Osrorog, palatin de Poznanie, et Jean Koniecpolski, grand-chancelier de la couronne, revinrent de Bude et rapportèrent au roi ce qui s'y passait. Wladislas ne voulait point reculer, et il se préparait à aller en Hongrie lorsqu'une révolution en Litvanie vint suspendre l'exécution de ses projets.
Le gouvernement ombrageux, oppressif et tyrannique de Sigismond Kieystutowicz était devenu insupportable à toute la Litvanie. Non content de s'être emparé des biens de ses parents et des principaux boyars, un jour il conçut le projet de convoquer tous les chefs de sa famille, sous le prétexte de discuter les intérêts du pays; mais sa véritable intention était de les faire périr tous. Ivan ou Jean Czartoryski, neveu de Sigismond, ainsi que les palatins de Wilna et de Troki, pénétrèrent les intentions du grand -duc et résolurent de le prévenir. Ayant réussi à s'introduire tous deux dans le château de Troki, Czartoryski se rend dans le cabinet de Sigismond et l'assomme de sa propre main. Celait le dimanche des Rameaux de l'année 1440. Ce meurtre fit naître plusieurs partis. Les uns voulurent élever au duché Swidrigellon, d'autres Michel, fils de Sigismond; d'autres voulaient détacher la Litvanie de la couronne. Mais Wladislas mit fin à toutes ces ambitions en nommant au grand-duché son frère Kasimir, et la tranquillité se rétablit.
Après avoir nommé une régence composée de trois dignitaires de la couronne, Wladislas quitta Krakovie à la téte d'une armée parfaitement
équipée, et prit la route de Keismark pour se
rendre à Bude. Mais' déjà les partisans d'Elisabeth avaient couronné son enfant avec la Maronne de saint Élienne, et l'avaient emporté en Autriche. Les Hongrois attribuaient à cette couronne une espèce de sainteté : sans elle le couronnement était censé de nulle valeur. Aussi, lorsqu'on exhuma du tombeau de saint Élienne %4 autre diadème pour en ceindre le front de Whn dislas de Pologne, le peuple en tira de funeste* pronostics. Quoi qu'il en soit, le roi fut cooronné. Hunyade était tout dévoué à ses intérêts; le parti d'Élisabelh avait pour chef Jean lskra.
Mais, pendant que la guerre civile durait en Hongrie, un schisme non moins désastreux régnait dans l'Église. Deux papes se disputaient le droit de la gouverner : c'étaient Eugène IV et Félix V. Jaloux de se faire reconnaître dans» l« monde chrétien, chacun d'eux avait envoyé des légats dans tous les royaumes. Il en était venu en Hongrie : le cardinal Julien Gésarini, étèque de Sabine, au nom d'Eugène; et le cardinal Alexandre, évêque de Trente, de la maison des ducs de Mazovie, et parent du roi Wladislas, au nom de Félix. Ces légats parlaienten même temps au roi de mettre fin aux difficultés avec Élisabeih. Le roi leur répondit qu'il ne demandait pas mieux que de les terminer ; mats il fit que les pontifes qui les envoyaient au mettre fin à leurs propres querelles avant que de songer à se mêler de celles du royaume. Gésarini, diplomate consommé, sut gagner les bonnes grâces du roi. Il amena entre Wladislas et Élisabeth une entrevue qui eut lieu à Ovaris, et la paix fut conclue aux conditions que Wladislas épouserait la fille aînée d'Elisabeth ; qu'il retirait au plus tôt Ladislas des mains de l'empereur Frédéric, qui, dès la mort d'Albert, s'était emparé de l'arcbiduché d'Autriche; qu'il ferait même tous ses efforts pour rendre à ce jeune prince la possession de l'Autriche. Élisabeth était sur le point de revenir à Bude, lorsque la mort vint la surprendre.
La diplomatie de Césarini triomphait, car !>a pensée dominante était l'affaire de Turquie. Le* Osmanlis sélaient déjà emparés de plusieurs provinces de l'empire grec tant en Asie qu'en Europe. Le Bus-Empire ne possédait plus qne sa capitale et quelques contrées environnantes. Les empereurs Paléologue qui régnaient à Constantinople avaient besoin de secours. La cour de Rome promit de leur en obtenir, sous
l'OI.OGN'K
la condition qu'ils donneraient leur adhésion à l'Eglise latine. Eugène IV, ne pouvant rien obtenir des monarques de l'Europe, tourna ses yeux ver» la Pologne et la Hongrie. Or, peu d'années avant l'époque dont nous parlons, la mort d'Alexandre, hospodar de Walaquie, et le partage de ses États, avaient donné lieu à de vives coniestations entre ses deux fils Élie et Étienne. Wlattiskn était intervenu comme suzerain, et avait terminé le différend, on donnant.en 4436, la Va» liquie'à Élie et la Moldavie ù Étienne. Dans les conjonctures actuelles , ces deux provinces étaient d'une importance extrême pour la chrétienté, et le soin de leur défense détermina Wladislas à prendre part à la guerre.
Il s'adressa d'abord à l'empereur Frédéric et demanda son appui ; mais ce dernier refusa, quoiqu'il eût été de son intérêt de s'unir ù Wlaclislas. Les chevaliers Teutoniques s'excusèrent aussi, eux qui, par leur mission et leur exemple, auraient dû animer toute l'Europe à prendre les armes contre les infidèles. Ainsi Wladislas ne Art compter que sur les Polonais et les Hongrois.
lean Hunyade, palatin de Transylvanie, qui s'était couvert de gloire dans les expéditions précédentes, s'unit à Wladislas. Le gros de l'armée confédérée partit d'Ofen le 22 juillet 1443, et passa le Danube près de Semendra. Hunyade, à la tête de douze mille cavaliers d'élite, envahit la Servie et s'avança jusque sous les murs de Nissa. Le roi Wladislas et le cardinal Osarini suivaient avec vingt mille hommes à une distance de deux journées de marche. La première rencontre eut lieu sur les bords de lu Morawa, dans les environs de Nissa (3 novembre 1443). Trois colonnes de l'armée du sultan Mourad vinrent se heurter l'une après l'autre contre les rangs profonds des chrétiens. Toute la bravoure des Turks échoua contre les habiles dispositions de Hunyade: neuf drapeaux enlevés, quatre mille prisonniers, deux mille hommes tués, et la retraite précipitée de Mourad derrière l'Hœmus, attestèrent le triomphe de Hunyade. Il suivit son ennemi pas à pas, prit Sofia et se dirigea de là sur Phil ippopolis, en franchissant les hauteurs escarpées et couver les de neige du Balkan.
Mais «H ui fallaitjforcer le pas de Succi,où Mourad s'était retranché. Ce passage, célèbre dans faniiquiié.et qui conserve encore le nom dePortede-Trajan.offre deux défilés dont l'accès est éga-
LA POLOGNE. ltf I ornent périlleux. Mourad en avait fait barricader l'entrée avec des blocs de rocher. Lorsque les Turks aperçurent l'avant -garde de Hunyade, ils firent couler, pendant toute une nuit, de l'ean sur les flancs des montagnes; en sorte que le lendemain, au point du jour, un mur de glace semblait interdire toute tentative à la cavalerie hongroise. C« pendant les soldats d'Hunyade. encouragés par son exemple, s'avancèrent malgré tous les dangers; mais, arrivés devant la Portc-de-Trajan, ils la trouvèrent si Lien barricadée, qu'ils se virent obligés de rebrousser chemin, et se portèrent vers le second défilé (appelé Sltadi ou Slatiua ) , qui, par la nature même du sol, ne pouvait pas être aussi solidement fermé. Là s'engagea (24 décembre) un combat d'autant plus terrible que les Hongrois avaient encore à lutter contre les avalanches et les masses de rochers ou de glaces qui se détachaient incessamment de la crête des montagnes. L'issue du défilé fut enfin forcée, et les vainqueurs saluèrent, des hauteurs de l'Hœmus, les riantes campagnes qui se déroulaient sous leurs yeux. Wladislas et ses Polonais suivirent les traces d'Hunyade, et se réunirent à lui au delà du Balkan. Les Polono-Hongrois livrèrent une nouvelle bataille au pied du mont Cunobizza, et les Turcs furent encore battus. Après cette expédition, les troupes victorieuses de Wladislas rentrèrent a Ofen.
De son côté, Mourad, laissant à ses généraux le soin de défendre les frontières de l'empire en Europe contre les Hongrois, passa en Asie pour châtier un vassal rebelle; mais les nouveaux succès d'Hunyade le rappelèrent en Europe. Au congrès de Szegedin pn discutait déjà les conditions d'un arrangement; mais Wladislas ne voulait rien précipiter, car il attendait toujours (1444) les troupes auxiliaires que ses alliés s'étaient engagés ù lui fournir pour continuer la croisade. Mais voyant que le printemps était arrivé sans qu'aucun d'eux se fût montré, il céda enfin aux conseil d'Hunyade et de Georges Brankovicli, despote de Servie, qui, malgré les insinuations du pape et de l'empereur de Constantinoplc, le pressaient d'accepter les propositions de Mourad.
La paix fut conclue le 12, et ratifiée à Szegedin le 15 juillet 1444 pour dix ans, et aux conditions suivantes : la Servie et lu Herzégovine devaient être restituées à leur ancien maître Brankovicb, et la Walaquie réunie à la Hongrie; le sul-
Ht
tan paierait «ne somme de soixante-dix mille
dtoeats pour la rançon de Mahmoud-Tschélebi, son gendre, fait prisonnier h Cunobteza. Ce traité fut écrit dans les deux langues et confirmé des dieux côtés pur In foi du serinent (4 août). Wladistas prêta serment sur I Évungilc, Mourad sur le Koran.
Cette paix, si mile à la Hongrie, l'était plus encore aux Polonais, qui, se trouvant inquiétés par les Tatars, pressaient vivement leur roi de venir à leur secours.
Pendant ces négociations, Mourad, espérant obtenir le repos qu'il achetait par tunt de sacrifices, retourna en Asie, où H devait veiller à ses intérêts, et achever dans le repos et les plaisirs une vie jusque-là si agitée.
Mais toute nécessaire et sacrée que fut la paix de Swgedin , elle déplut au p«pe. A peine dix jours s 'étaient-ils écoulés depuis le serment prêté sur . Évangile, que le cardinal Julien Cesarini fit de nouveau jurer au roi Wladislas et à son conseil, on nom de la sainte Trinité, de la glorieuse vierge Marie, de saint Etienne et de saint Ladîslàs, que le traité signé avec les Ottomans serait rompu, et que, pour le \9r septembre, on commencerait le siège d'Orsova.
Peu de temps après le départ de l'ambassade turque arrivèrent des lettres de l'emperenr grec Jean Paléologue et du cardinal Fraucesco Gondolmicri, Florentin de naissance et grand-amiral dé la flotte papale dans l'Hcilcspont. Ces lettres représentaient le moment de la retraite de Mourad en Asie comme une circonstance favorable qu'il fallait exploiter pour réduire entièrement la puissance ottomane en Europe. Pour lever les scrupules du roi, Cesarini soutint la thèse qu'on n'était pas obligé de tenir une parole donnée à des infidèles; que, d'ailleurs, la Hongrie n'avait pas le droit de conclure une amnistie avec les Turks stins le consentement du Vatican et des autres puissances de la chrétienté. Le sublégat et vice-chancelier, François de Veni»e, et deux capitaines de galères, l'un Bourguignon, l'antre Vénitien, parlèrent dans le même sens que Cesarini. Après des débats lougs et animés, Hutiyadc se laissa enfin persuader par la promesse que l'on fit de lui donner la Bulgarie avec le titre de roi, lorsqu'on l'aurait conquise sur les Turks; il obtint seulement, par ses représentations, la proiogulion de la déclaration de guerre le 1er septembre, afin de rentrer plus sûrement dans la possession des forteresses de la Servie, que les
Ottoman» restituèrent sans retard, conformé»
ment aux stipulation» da traité. 1
L'armée polono-uomjroise ne comptait en font que dix mille nom m»*. A nette époque, les bt~ gages d'une a ratée étaient» d'après L'usage des Polonais, en raison inverse de sa force numérique; deux mille chariots venaient à la suite de l'armée. Pour éviter les défilés de 1 Hiaœu», on résolut do se diriger vers les bords da la fier Noire, en passant par la vallée dn Dunnbo. A Nikeboli, Drakul, prince de Walaquie, se joignit à l'expédition chrétienne, qui su renforça de cinq mille homme». Cal habilo guerrier inclinait pour la prudence. Il tirait moins ses argument»» conirn celte campagne, des forces supérieures du sultan que d'un* sinistre prédiction d'une femme boulgare, et du tremblement de terre qui,. presque aussitôt après la rupture du traité, s'était fait sentir dans toute la Hongrie, comme j,i les éléments s 'étaient iudigoésde cette violation d'un serment prêté au nom du ciel. Quoi qu'il en soit* les sages conseils de Drakul ne furent pas exécutés» Les nouveaux çroiaés traversèrent les plaine* de la Boulgarie, en longeant la chaîne de l'Ho> mus, route plus longue, mais plus sure, Hunyade marehait à l'uvant-garde avec trois mille cavaliers hongrois et les auxiliaires valaquçsi puis venait le roi des Polonais et des Hongrois, avec le resie des troupes et le corps des croisés. Ce» derniers, bien qu'ayant pris les armes au nom du Christ, n'en ravagèrent pas moins les églises grecques et boulgares. Vingt-huit navires, con^ struits par les Turks sur la rivière de Panisus (Eamdjik), et destinés à entrer dans la mer Noire et à remonter le Danube-, furent brûlés. Plusieurs places furent souoiises avec ou sans attaque. Kawarna (Bi/.ou) et Varna ( Odessus QQ
Coiistaiiiia des anciens) ne résistèrent pas da-
vautage
La forteresse de Varna est située sur les bords septentrionaux d'un golfe formé p^ir deux çaps qui se projettent dans la mer. Le cap au nord de la ville, qui est une pente du Batkan, est couvert d'un bourg appelé Macropolis ; et sur le promoutoire du côte du midi s'élève Gabta (Ralliacré), à cinq mille pus de Varna. Des marais s'étendaient sur tout l'espace compris entre cette dernière ville et Galata. Cest là que campait farinée potono-hongroise, torsqu'ou apprit l'effrayante nouvelle que Monrad avait quitté l'Asie et était en Europe à la tête de quarante mille
Ii avait laissé de côté l'Hellespont, oth croisait la flotte papale pour lui intercepter le passage, et était veau débarquer sur les rives du Bosphore. De* vaisseaux génois avaient transporté ses trospes, moyennant une rétribution d'un duoat (12 francs) par soldat. Le sultan Mourad était veau ù marches forcées, et avait assis son cump à quatre mille pas de celui de Wladislas. Iye cardiaal Geaarini et les évéqucs d'Eriee et de Wara dm furent d'avis, dans le conseil de guerre, qu'on retranchât le camp an moyen de fossés et-de barricadés de chariots, et qu'on attendit ainsi les mouvements ultérieurs «les Turks; mais Bunyade •étant prononcé pour l'attaque en rase campagne, «eue opinion pie va lut auprès du courage brillant du jeune roi polonais*
A l'akle droite dés Hongrois, on voyait flotter Je (rend étendard noir de Hongrie ; les Polonais avaient arboré l'étendard de Saint- Lad isias. Le roi, entouré de cinquante cavaliers sous lu bannière de Saint-Georges* portée par Etienne de Batbor, s'était placé au centre. Hnnyade, général en chef, était partout.
Mourail occupait le centre avec les janissaires. Devant lui était un fossé, défendu par des palissades, sur le bord duquel était placé, au bout d'une lance, le traité de paix violé par l'ordre du pape, comme s'il avait voulu montrer a ses soldats ce monument de la perfidie de ses adversaires, et implorer la protection du Dieu qui punit les parjures. Sur les derrières, enfin, se trouvaient les chameaux et les bagages. Dans ce montrai décisif, il s'éleva un tourbillon si violent, que les drapeaux de l'armée hongroise furent aVcIrifes, à l'exception de celui dn roi, et cet ecadrat fut considéré comme un sinistre présage pour l'armée chrétienne.
Le combat commença par les archers, et raie fat un iusiunt obscurci par les (lèches qui se croisaient en tons sens; puis les combattants se ■élércet, et on se battit à l'arme blnnohe. Le carnage fut épouvantable. Karodja, beyrerbey d'Anatoiàe, avait été tue; déjà ses troupes comatencairat n se débander de tontes -paris, et il y eut an instant oè il ne resta près du sultan qu'un f^f aombecvfc hraissnireset quelques iieys trèstaéa. Voyait la faite des siens, Mourad pria Dieu de lai accorder la victoire; puis, calme et confiant dans» la justice de sa couses, il ivtta inebran-: lable à son poste; et braque Wladislats, à lu tète | dindetucm ment de Polonais, emportés cctmae; ai par leur ardeur, fondit sur h» tente impériale,
Mourad cria à ses janissnires : « Sépares ce présomptueux damné de son corps, et son attaque personnelle sera cause de sa pet to. Quand il te trouvera à notre portée^ il tombera sur nous comme un sanglier blessé furieux ; alors écartegvotts, et en un clin d'uni faites un mouvement pour l'enfermer dans votre cercle; tuez-le, et vous fores une action belle devant Dieu et son prophète! » •
Wiadislas avançait toujours, combattant avec un courage héroïque, lorsque son cheval, blessé an pied d'un coup de hache, le renversa au melien de la mêlée. Un vieux janissaire, nommé Khodja-Khazer, lui coupn lu tète et la ficlia sur une lance, pendant terrible de cette autre pique au bout de laquelle Mourad avait mis le traité violé, en appelant la vengeance de son Dieu et de celai des chrétiens' sur cette perfidie.
Ce spectacle jeta la consternation dans Harr mée hongroise, et fut le signal dune dérouté complète. Hunyade, revenu de la poursuite de l'ennemi, fit en vam des prodiges de courage pour arracher aux vainqueurs le corp6 de l'infortuné monarque et l'horrible trophée qu'ils étalaient ; mais enfin il dut désespérer du sort de la bataille, et prit la fuite, vers le soir, avec les troupes volaques.
Cette mémorable bataille fut livrée le 11 novembre 1444, jour de In Saint-Martin, et le 9 du mois de Redjèb, l an 848 depuis la fuite du prophète.
Le lendemain matin, Monrad, étonné de L'immobilité du camp chrétien, où les Hongrois, retranchés derrière leurs chariots, attendaient toujours le retour d'Hunyade, l'attaqua et en massacra les défenseurs. An nombre 4e ceux qui tombèrent sous le cimeterre turk se trouvèrent les évèques d'Eilau et de Grosswa radin. Etienne de Bathor, qui la veille, dans ces mêmes retranchements, avait sauvé l'étendard royal et le cardinal-legat Cesarini.
Après cette victoire, Monrad alla visiter le champ de bataille, dcrompaguc dWzcb-Rey, un de ses confidents. * N'est-ce- pas nue chose étonnante ? sfécfia*t-il » la vue des morts ; voilà toute nne armée de jeu ires yens, et parmi eux pas un seul vieillard. — S'il y en avait eu un seul, lui répliqua Azeb-Bey, ils n'auraient pas tenté une aiiitsi folle entreprise. »
Dfeux cuit cinquante chariots, lemplis d'effets précieux, devinrent la proie dn vainquent-'. f>ii alors que la Pologne fit une perte irréparable ;
les archives de ta couronne, que Wladislas avait dans ses équipages, furent à jamais perdues. Mourad annonça immédiatement sa victoire au sultan d'Egypte, et, pour mieux lui faire comprendre quels hommes de fer il avait vaincus, il lui envoya vingt-cinq hussards et pancernes polonais et hongrois, d'une taille gigantesque, armés de pied en cap, et portant des ailes fixées au-dessus des épaules. Les populations de l'Asie et de l'Afrique accouraient de toutes parts pour contempler ces êtres si extraordinaires pour elles. Outre cela, Mourad envoya la tête du roi, conservée dans du miel, au gouverneur de Broussa, alors capitale des Ottomans. Les habitants de cette ville, instruits de ce message, se portèrent en foule à la rencontre de l'envoyé du sultan, et, après avoir lavé la tète du roi Wladislas dans les eaux du Niloufer, ils la portèrent en triomphe par toutes les rues, au bout d'une pique, comme firent autrefois les Parthes de celle de Crassus. Mourad, las de gouverner et de faire la guerre, résigna une seconde fois le trône, et retourna aux beaux jardins et aux magnifiques palais qu'il avait fait construire à Magnésie.
Telle fut la fin de Wladislas III, auquel le sobriquet de Varnenien resta à jamais appliqué dans notre histoire. Il était à peine âgé de vingt «t un ans. Grand, bien fait et d'un port majestueux, il était doué de talents supérieurs pour la guerre. Modeste, grave, aimant le travail, généreux et libéral jusqu'à la profusion, affable et populaire avec ses inférieurs, il était un vrai type de chef polonais, et la patrie dut déplorer amèrement que la coupable ambition du pape eût hâté, par ses téméraires suggestions, la triste fin d'une vie si pleine d'avenir. ;
Avec la mort de Wladislas s'évanouirent l'espoir de la Pologne et le dernier soutien de l'empire grec. Dix ans après, Constantinople tombait sous le sabre de Mouhammed IL Dès lors, les Turks commencèrent à exercer leur empire sur la mer Noire. Les Ta ta r s de Perekop se soumirent à la Turquie, et cessèrent d'appartenir a la Litvanie. La Walaquie et la Moldavie furent menacées, et les frontières de la Litvanie et de la Pologne elles-mêmes exposées à des invasions comi-
Le désastre des chrétiens à Varna et la perte d'un monarque vaillant jetèrent toute l'Europe dans l'accablement et l'épouvante. La Pologne surtout fut couverte d'un deuil universel. On ne voulut d'abord croire, ni en Pologne ni en Hongrie, que Wladislas eût péri dans cette bataille Hmiyade,qui ne ramenait que de tristes débris de l'armée, ignorait lui-même la mort du roi. Mille bruits différents couraient sur son compte. Les uns disaient qu'il avait été conduit comme prisonnier à Constantinople; d'autres, qu'il errait vagabond en Italie et jusqu'en Espagne. Chaque nouvelle de celte nature inspirait à Krakovie une joie si [vive, qu'on la manifestait par la son des cloches et par les illuminations de toute b ville. Ces bruits ne se réalisant pas, on envoya les deux dignitaires Jean Rzeszowski et Gilles Suchodolski, avec la mission de le chercher partout où ils espéreraient pouvoir le découvrir. Mais tous ces soins furent inutiles. On se flattait encore de quelque espérance, lorsqu'on apprit que les Hongrois avaient élu pour roi Ladislas, fils posthume d'Albert; alors on convoqua une assemblée générale à Sieradz, pour procéder à l'élection d'un roi des Polonais.
Kasimir, frère de Wladislas, se trouvait près de Poloçk, en Litvanie, lorsqu'il apprit sa mort; sa douleur fut profonde. La noblesse réunie à Sieradz (23 avril 1445) était partagée sur le choix d'un candidat ; mais l'avis de Zbigniew Olesniçki prévalut. 11 proposa Rasimir, grand-dur de Litvanie, et prouva que ce choix aurait surtout l'avantage de n'occasionner aucun changement, lors même que Wladislas viendrait à reparaître. Cet avis réunit presque tous les En conséquence, une diète fut convoquée à Pi kow pour le 24 août, et le prince fut invité à y assister.
Kasimir refusa d'y paraître, alléguant l'accablement bien légitime où le jetait la mort d'un frère chéri. Mais ce refus avait encore un autre motif : Kasimir avait été élevé en Litvanie, il aimait son duché, il y avait ses habitudes, et comme les seigneurs litvaniens le sollicitaient en secret de ne pas les abandonner, il se décida à ne pas accepter le trône de Pologne. Il envoya même à la diète de Piotrkow une députa lion qui déclara de sa part que, hors le duché de Litvanie, aucun Etat, quelque vaste qu'il fût, ne saurait lui plaire; qu'il trouvait étrange qu'au lieu d'at- >ncorc quelques années, les si empressés de se
Les Polonais regardèrent cette réponse évasive de Kasimir comme une positive renoncialion au trône ; et, piqués jusqu'au vif d'un pareil dédain, ils résolurent d'en tirer vengeance. La noblesse et le clergé se réunirent donc à Piotrkow (27 mars 1446). Quelques-uns opinaient pour Frédéric, marquis de Brandebourg, à qui VYIadislas-Jagelion avait donné su tille; les autres se déclaraient pour Boleslas, duc de Mazovie. Boleslas fut élu. Informé de cette résolution, Kasimir, qui refusait la couronne quaud on la lui offrait, se hâta de faire dos démarches auprès de sa mère, Sophie, et la supplia d'agir auprès des Polonais et de les déterminer en sa faveur. 11 redoutait l'ambition de Michel, fils de Sigismond Kieystutowicz et gendre de Boleslas, et prévit bien que Boleslas, devenu roi de Pologne, ne mui<|u r. il pas de donner des secours à Michel pour l'élever au grand-duché de Litvanie, aux dépens de Kasimir. La reine Sophie se rendit a Kolo, on la noblesse de la Grande-Pologne s'était assemblée ; et elle intrigua avec tant d'habileté, que les Polonais consentirent enfin à recevoir Kasimir. Celui ci arriva à Krakovie le 23 juin 1447; le 2 j du même mois, il fut couronné solennellement dans l'église cathédrale, et prit immédiatement les rônes du gouvernement.
KASIMIR IV J447-149â),
L'obéissance au roi n'était légalement due qne lorsqu'il avait prêté serment aux conditions q«i louchaient aux intérêts généraux de la république, kasimir l'éludait sans cesse.
En tout temps et dans tous les pays, les flatteurs de la cour pulluleul, et leurs fatales obses- Mon» causent tout lo mal que l'histoire des peuples a à déplorer. On disait donc à Kasimir, qui avait le <:œur et l'esprit faibles, de tout promettre, au risque même de ne jamais rien accorder ; qu'il n'y avait dans l'État qu'un fantôme de liberté, aisé à détruire en feignant de le respecter; qne l'obstination et l'opposition des Polonais éttient toujours plus vives que durables, et qu'après tout, s'il venait dans la suite à les choquer p»r des prétentions injustes, il devait se souvenir que rien n'était moins dangereux que les mur- «lires d'une noblesse qui s'était fait une habi- UHle de se plaindre de ses maîtres, et qui poussait l'amour de l'indépendance jusqu'à regarder comme nue servitude l'obligation de reconnaître tome h.
le bien qu'on lui avait fait. De ces conseils perfides naquit la mésintelligence entre la Litvanie et la Pologne : de là des troubles qui rendirent le règne de Kasimir IV si orageux.
A peine couronné, et ne se souciant pas de prêter un serment prescrit, Kasimir quitta Krakovie sans s'embarrasser des maux que son éloignement allait causer au pays. La Litvanie était le seul objet de ses affections et de sa sollicitude. Il passait dans l'immense forêt de Bialowiez son temps à la chasse, qui faisait ses plus chères délices. Cependant les affaires du pays exigeant sa présence en Pologne, le roi arriva à Lublin ; on ouvrit une diète (25 mai 1448). Là, les Polonais désiraient faire disparaître toutes les traces de la désunion des deux nations, pensant que c'était le seul moyen d'amortir la question toujours renaissante relative à la Podolie et à quelques districts de la Wolhynie, que les Litvanieus disaient appartenir au grand -duché, et que les Polonais revendiquaient comme partie intégrale du leur royaume. Les Litvanicns ne se refusaient pas à admettre quelques-unes de ces conditions ; mais ils ne voulurent jamais consentir à effacer de leur constitution le titre de grand-duc et les privilèges qui avaient de tout temps appartenu aux souverains de cette vaste province. Cette diète se sépara donc sans rien conclure, et Kasimir se rendit d'abord à Léopol et ensuite à Kamicniéç- Podolski, où la noblesse devait se trouver réunie en armes pour aller châtier la rébellion de Pierre, hospodar de la Moldavie (août 1418). Pierre prit le parti de se soumettre, et promit obéissance ù la couronne de Pologne ; mais, quaud le roi repartit pour la Litvanie, les Tatars pénétrèrent jusqu'en Podolie (fin août 1448), ravageant tout le pays et emportant chez eux un riche butin. Théodore Buczaçki, staroste général de Podolie, ramassa à la hâte une petite armée, fondit sur ceux qui revenaient, et leur reprit une partie du butin et des captifs qu'ils emmenaient en Tatarie.
Une année se passa sans événements nouveaux , si l'on en excepte une incursion que fit Michel, fils de Sigismond, qui fut tué à Troki, en 1140.
Ce prince, à la tête d'une année de Tatars, s'était déjà emparé de Stawdub et de >'owogrod- Siewierski, lorsque le roi s'a v au ça pour le combattre ; mais Michel, iustruit de son approche, sé retira précipitamment, et les deux villes rentrèrent sous la domination légitime du monarque polonais (août 1449).
Dans la même année, un événement dont les annales de la Pologne n'offraient point jusqu'alors d'exemple, excita des querelles qui se renouvelèrent souvent dans les époques suivantes. Jean Dlugosz ou Longinus, chanoine de Krakovie et secrétaire de Zbigniew Olesniçki, lui apporta d'Italie le chapeau de cardinal. Cette distinction excita vivement la jalousie d'Oporowski, archevêque de Gnèzne. A l'époque de l'ouverture de la diète de Piotrkow (9 décembre 1449), au moment où le nouveau cardinal entrait dans le conseil, l'archevêque, qui ne voulut pas lui céder la première place, quitta la diète, suivi de plusieurs sénateurs. Le roi n'interrompit pas pour cela les débats, et écouta les ambassadeurs de l'empereur Frédéric qui parlaient en faveur du duc de Mazovie, pour lui faire obtenir le gouvernement des terres de Bclz et de Rawa.'Kasimir ajourna sa décision a un temps plus favorable ; et quant au scaudale donné par l'archevêque, dont la susceptibilité, blessée par la promotion de son subordonné à la pourpre romaine, avait trouvé de l'écho dans la noblesse et le clergé de la Grande-Pologne, il ordonna à la diète de Piotrkow, en 1451, que les deux prélats siégeraient alternativement dans le sénat, et que personne d'entre les évêques ne pourrait à l'avenir briguer la dignité de cardinal sans la permission du roi. Kasimir est le premier roi de Pologne qui ait commencé a nommer les évêques, qui jusqu'alors avaient été élus par les chapitres ; et c'est à l'occasion des querelles survenues au sujet de 1 evêché de Krakovie entre Jacques Sienienski, nommé par le saint Siège, Jean Lutko, élu par le chapitre, et Jean Gruszczynski , proposé par le roi. Le dernier prévalut.
Les affaires de la Walaquie étaient à peine arrangées que la Moldavie se révolta. Bogdan disputait la souveraineté à l'hospodar Alexandre. Le roi Kasimir envoya donc une armée sous les ordres d'Olcski , qui apaisa les troubles ( mars 1450). Mais Bogdan ayant repris ses incursions, une nouvelle expédition fut organisée sous les ordres d'Odrowonz et de Koniecpolski (juillet 1450). Bogdan prit d'abord la fuite ; puis il envoya faire des propositions de paix, et au moment où l'on s'y attendait le moins, il tomba traîtreusement sur les Polonais ; mais sa perfidie Ini réussit mal, et il fut complètement battu à Krasnopole (6 septembre). Les Tatars profitèrent de l'absence des troupes polonaises pour
envahir la Pologne, et porter leurs ravages jusqu'à Belz.
Les interminables discussions entre les Lituaniens et les Polonais amenèrent la diète de Parczow (27 septembre 1451) ; mais on n'y conclut rien de définitif; et quand Swidrigellon mourut à Liick (12 février 1452), les Lituaniens oc* cupèrent cette ville pour leur compte. Plusieurs fois, à des époques ultérieures, on convoqua des assemblées pour arranger ces affaires, lorsque les T;itars tombèrent à ('improviste en Podolie (22 juin 1452), et en emportèrent un butin considérable. D'un autre côté, les Silésiens envahissaient les terres de Wielun et de Sévérie. En 1455, les Tatars reparurent de nouveau dans la Podolie, et s'avancèrent jusqu'à Olesko. Les Polonais ne pouvaient punir cette audace, car ils allaient combattre les Silésiens qui furent vaincus (février 1455). En avril, les Tatars poussèrent leurs ravages jusqu'à Trembowla; mais cette fois, ils furent vigoureusement punis de leur audace par Jean Laszcz.
Les promesses de Kasimir étant toujours éludées, les Polonais voulurent prendre au sérieux la question du serment du roi. A cet effet, à la diète de Piotrkow (24 juin 1455), ils déclarèrent expressément à Kasimir qu'ils lui refuseraient l'obéissance et le déposeraient, s'il ne prêtait serment de maintenir sans restriction les droits et privilèges de la nation. Kasimir céda à des exigences aussi légitimes, et la concorde fut rétablie. Dans la même année, le duché d'Oswiecim fut acheté et uni au royaume. L'année suivante (10 février 1451), le roi épousa Elisabeth, fllle de l'empereur Albert, et les noces se célébrèrent à Krakovie avec une magnificence remarquable.
Pendant que l'indolent Kasimir se débattait dans de mesquines querelles avec le clergé et la noblesse de Pologne et de Litvanie, à l'Orient s'écroulait le plus ferme boulevard de la puissance grecque. Les jours de la superbe Byzance étaient comptés. Le 29 mai 1455, un assaut général fut donné. Le sultan Mohammed promettait des timars et même des sandjaks aux premiers qui monteraient sur les remparts; mais il menaçait de la hache du bourreau la tête de ceux qui voudraient échapper au danger par la fuite. Les assiégeants et les assiégés se préparaient à un combat à outrance, lorsque, vers le troisième jour, un météore lumineux se montra dans le ciel au-dessus de ConstanUnopIe, du coté
i ; et les Ottomans crurent voir dans cette apparition le signe de la colère divine qui menaçait les chrétiens, et cette superstition redoubla leur confiance et leur audace. Cent cinquante mille Turks donnaient l'assaut, cent mille amres formaient la réserve ; Mohammed se tenait an centre avec quinze mille janissaires. De son coté, l'empereur Constantin s'était rendu à l'église de Sainte-Sophie, suivi des grands de sa Il y fit pénitence publique, et reçut la comi au milieu d'une foule immense qui éclatait en sanglots. Tranquille désormais pour le repos de son âme, l'empereur ne songea plus qu'au saint de l'empire. Il monta immédiatement à cheval, et visita tous les postes de la ville. Personne ne dormit cette nuit-la, ni sur les remparts, ai sur les tours. Au premier chant du coq, chacun était debout et sous les armes.
L'assaut commença sur toutes les lignes à la fois avec tant d'ensemble ot d'ardeur, que la ville entière disparut sous d'épais nuages de poussière et de fumée. Les portes sont enfin forcées ; Constantin, voyant l'inutilité de ses efforts et la masse d'ennemis qui se répandent de tous cotés, se précipite sur les Turks en invoquant la mort. Abandonné des siens, il s'écrie : « N'y aura-t-il donc pas un chrétien pour me tuer! » Au môme instant, il reçoit deux coups de sabre et tombe confondu dans la foule des victimes. Un carnage affreux termine les horreurs de cette sanglante journée. On retrouva le corps de Constantin ; ce fat sa chaussure de pourpre, parsemée d'aigles d'or, qui le fit reconnaître. Sa tête fut déposée anx pieds de Mohammed, et ce trophée sanglant fut ensuite promené dans les villes d'Asie, comme la tête de notre Wladislas le Varnenien.
Ainsi succomba l'antique Byzance, onze cent vingt-cinq ans après avoir été reconstruite par Constantin. Le siège dura cinquante-trois jours, et finit le 29 mai 1433 : c'était le vingt-neuvième qa'elle soutenait depuis sa fondation.
Toutes les puissances chrétiennes en gémirent; mais b Pologne et la Hongrie surtout semblèrent prévoir dès lors combien de sang devait lear coûter cet événement funeste.
Tandis que cela se passait au midi, le nord de Ij Pologne voyait se préparer une révolution qni hâtait la décadence d'une fatale congrégation. Les chevaliers Teutoniques, souillés des crimes les plus honteux, exaspérèrent leurs sujets en violant les lois qu'ils avaient eux - mêmes
sure. La noblesse prussienne résolut de sacrifier ses biens et sa vie pour secouer le jong de ces moines orgueilleux. Ils portèrent contre eux plainte a Frédéric III, empereur d'Allemagne» qui déclara la noblesse prussienne, on ne sait en vertu de quelle autorité, déchue de tous ses privilèges et franchises. Indignée de l'audace d'un tel décret, la noblesse offrit sa soumission à la Pologne. Kasimir la prit sous sa protection, et décréta que les terres prussiennes feraient partie intégrale de la république polonaise et jouiraient de ses droits ; que les habitants seraient régis par la loi de Culm ou telle autre qui leur plairait; qu'ils seraient déchargés de taille; enfin, qu'ils concourraient à l'élection des rois. La ville de Dantzig fut surtout comblée de bienfaits; elle ne paya plus que 2,000 florins par an, au lieu de 60,000 que se faisaient payer les Teutoniques. Kasimir divisa la Prusse en quatre palatinats : Thorn, Elbing, Kœnigsberg et Dantzig (ordonnance du 6 mars 1454). Lorsqu'il entra en Prusse, on lui donna une garde de douze régiments, dont six le précédaient et six autres marchaient à sa suite. Arrivé à Thorn, il s'assit sur un trône au milieu de la place publique, et reçut solennellement les 'hommages et le serment des Prussiens (27 mai).
La politique du cabinet de Bohème cherchait à s'immiscer dans ces affaires, et parlait en faveur des Teutoniques; mais Kasimir répondit que les souverains de la Bohême n'avaient jamais été les bienfaiteurs des chevaliers ; mais que cet honneur appartenait aux rois de Pologne, et que lui, Kasimir, entrait en possession légitime d'une province qui appartenait à la Pologne dès les temps de Boleslas-Ie-Grand. A la diète de Graudentz (13 juillet), on cimenta plus étroitement cette union, et, en attendant, le roi ou ses lieutenants assiégèrent Cboynice (Konitz), Sztum et .Maiborg, où s'étaient enfermés les Teutoniques. Le 48 septembre, on livra une bataille sanglante près de Choynice, et les Polonais furent défaits. Le roi se retira d'abord à Bydgoszcz (Bromberg), ensuite à Nieszawa. Cet échec irrita les Polonais, et les détermina à redoubler d'efforts pour écraser leurs ennemis; aussi on vit bientôt arriver de nombreux renforts, et le roi put ouvrir une nouvelle campagne dès le mois de décembre de la même année. Cette fois, le succès couronna ses armes.
Pendant cette expédition, des troubles civils
établies. Leurs infamies comblèrent enfin la me- I avaient éclaté en Litvanie. Plusieurs seigneurs.
et nommément Gastold, palatin de Wilna, s'efforçaient de rompre les liens qui unissaient les deux nations. Ils voulaient môme détrôner Rasimir et élever un autre prince à la dignité grandducale. Kasimir cherchait, autant qu'il le pouvait, à neutraliser les intrigues des grands en s'entourant de l'appui de la petite noblesse et en confirmant les privilèges de Horodlo. Mais Gastold cl ses partisans cherchèrent alors à enlever par la force la Wolhynie et la Podolie aux Polonais. La présence du roi en Litvanie calma un peu les esprits, et il obtint même que les Litvaniens lui fourniraient quelques troupes pour l'accompagner en Prusse.
C'est au milieu de ces événements que mourut lecardinalZbigniew-Olesniçki(le''avriH43S),âgé de soixante-six ans. Il fut enterré à Krakovie. Celte perte fut immense, et les Polonais la sentirent vivement.
La guerre de Prusse durait toujours, mais enlin les Teutoniques eurent le dessous, et Marienbourg (Malborg) fut occupé par les troupes polonaises (1457). Les autres villes se soumirent. Cette importante conquête avait répandu dans toute la Pologne une joie qui ne fut pas de longue durée, car une nouvelle guerre civile éclata du côté d'Oswiecim, et les Tatars recommencèrent leurs déprédations en Podolie (1457).
Sur ces entrefaites, Ladislas, roi de Hongrie et de Bohême, mourut à Prague, à peine âgé de dix-huit ans, et sur le point d'épouser une fille de Charles VII, roi de France. Ladislas, jaloux de la gloire de Jean Hunyude, et redoutant l'ambition de ses deux fils, les priva de leur héritage, fil trancher la tète * l'aîné et conduire le cadet, nommé Mathias, à Vienne, comme prisonnier d'Etat. Mathias eiU certainement bientôt éprouvé le sort de son frère, si Ladislas n'eût été empoisonné par une femme qu'il avait aimée et qui ne pouvait lui pardonner le mariage qu'il était près de contracter ; et Mathias, du fond d'un car chot, monta sur le trône. En Bohême ce fut Georges Podiebradzki qui s'empara de l'héritago de Ladislas (1458). Mais Kasimir croyait avoir un droit légitime à ces deux couronnes par suite du mariage qu'il avait contracté avec Elisabeth, sœur de Ladislas ; et nous verrons bientôt combien celte funeste prétention coûtera de sang à la Pologne.
Kasimir ne pouvait pas, pour le moment, soutenir les droit* qu'il croyait avoir par la force des armes, car la guerre de la Prusse ne cessait
d'occuper ses troupes ; et comme il avait peu de talents militaires, les Polonais lui imputaient les revers qu'ils avaient essuyés. Ces accusations furent même formellement exprimées à la diète de Piotrkow ( 1er septembre 1450 ). Jean Ryiwianski, staroste de Sandomir, prononça un discours des plus véhéments, et reprocha au roi, non pas au nom d'une province, mais au nom de l'Etat, les malheurs que son indolence et son incapacité avaient attirés sur ses peuples.
« Sire, disait-il, vos défauts précipitent la » Pologne vers sa décadence ; vous traiter vos » sujets comme des ennemis parce qu'ils défen-
* dent l'intégrité de la république; vous portez » peu d'intérêt à la couronne, en permettant » d'en séparer la terre de Luçk, cl vous affec- » tez de vouloir réunir la Podolie à la Litvanie. » Vous avez inspiré a ce duché tant d'orgueil
> qu'il se refuse à combattre les ennemis cotn- » muns et à remplir vos ordres. Vous faites » battre la fausse monnaie dont vous avez inonde
> le pays ; vous avez les yeux fermés sur les » spoliateurs, les concussionnaires et les faus-
> saires ; vous prodiguez les domaines et vous » épuisez le trésor; vous êtes indifférent aux » plaintes des veuves, des orphelins et des op>
> primés, au point que sous votre gouvernement
> l'administration de la justice D'existé plus; vous » dépouillez la couronne, d'armes, de chevaux,
> d'or et d'argent, pour en gorger la Litvanie.
> De pareils procédés, Sire, sont d'autant plus
> injustes que votre père, votre frère et vousi même, ne tirez votre éclat que de la couronne.» Après d'autres reproches non moins amers, Rvtwianski terminason discours, en disant : cJeprie i votre Majesté de reconnaître ses fautes; car.
> dans le cas contraire, les Polonais ne feraient
* aucun don de leurs biens particuliers, et rem- » seraient même de marchera la guerre. i
Le staroste disait vrai; mais le roi sut si bien le gagner par son affabilité et sej bienfaits, que l'austère censeur devint en peu de temps le plus attentif et le plus obséquieux des courtisans. Par malheur la Pologne n'a jamais été avare de ces soi-disant démocrates qui accusent les véritables républicains polonais de modérantisme, et qui ne font tant de bruit que pour mettre un plus haut prix à des services acquis d'avance à celui qui les paiera le mieux. Et l'infortunée Pologne était sans cesse le jouet de ces boute-feux sans conscience ou d'une aristocratie insolente, et le peuple n'appréciait ses véritables amis que quand