‹ La Pologne, historique, littéraire, monumentale et pittoresqueChapitre 4 sur 105 · TOME IT · texte numérisé non relu

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chie; mais ces lois étaient, en quelque sorte, annulées par les usages, les coutumes des temps primitifs. Par exemple : quiconque bégayait au moment qu'il prêtait serment, perdait virtuellement sa cause, fut-elle la meilleure. Les palatins, les castellans, les starostes qui administraient la justice dans le pays, abusaient du pouvoir qui leur était confié par le trône, et interprétaient les lois an gré de leur passion ou de leurs intérêts particuliers, et le peuple était toujours victime. Les avocats, ne voyant dans les procès qu'une occasion de fortune, les traînaient en longueur.

Kasimir, pour remédier à ces abus, convoqua une assemblée générale des notables, de la noblesse, du clergé et des magistrats. Le roi, de concert avec l'assemblée, fit un projet de code destiné à régir toute la république, et à faire participer tous et chacun aux bienfaits des lois. Les travaux préparatoires furent suivis d'un conseil général ou diéie, composé d'évêques, de palatins, de castellans et d'autres magistrats, qui s'assembla à Wislica sur la Nida (14 lieues au nord-est de Krakovie). Les débats législatifs s'entamèrent le 8 mars 1547, à la suite desquels on publia en deux parties une série de lois : l'une pour la Grande- Pologne, l'autre pour la Petite-Pologne. Ces lois assuraient la propriété aux paysans comme à la noblesse, et les assujettissaient aux mêmes tribunaux et aux mêmes arrêts; mais ces lois, qui émanaient d'une classe privilégiée, étaient toujours plus favorables aux nobles qu'aux roturiers; car ceux qui les avaient faites étaient chargés de leur exécution !

Les paysans faisaient valoir les terres de leurs seigneurs; ils étaient d'abord attachés à la glèbe; mais avec la faculté cependant de pouvoir changer le lieu de leur domicile; ils relevaient de leurs seigneurs sans que ceux-ci eussent sur eux la supiême autorité judiciaire ; le peuple, quasiment libre, répondait pour lui-même ; il recevait un dédommagement, quand il avait été outragé par un seigneur; mais ce dédommagement, ou mieux dit l'amende, était payé de moitié par le coupable et par l'offensé. Pour le meurtre d'un paysan, il y avaitdix marcs d'amende, dont cinq marcs étaient pour le seigneur et cinq autres pour la famille du paysan assassiné. Le paysan était toujours ei en toute circonstance au-dessous du noble. mais affranchi, et pouvait facilement s'anoblir. Les prérogaiivesdes nobles étaient graduées par les»tatms de\Visliça;lemeurlred'un paysan (kmetho, ruslicus), comme nous l'avons dit. était puni d'une

amenda do dix roaros d'argent ; celui d'un paysan nouvellement auobli (e sculteio e kinelone miles ), de quinze mues; celui d'un gentilhomme (miles scartabellus), de trente marcs, et celui d'un baron ou d'un comte (baro. cornes, famo» SU$), de soixante marcs. Dans la siMe les règles d'exception dans la hiérarchie nobiliaire disparurent peu à peu, et l'égalité des grunds aux petits fut parfaite; tout se transforma on un étal noble, l'égalité, nous lu répelons, foi parfaite, mais pour la noblesse seulement, pour lu noblesse de tous les étages ; de là la démocratie nobiliaire, corps compicte, mais qui malheureusement jeta un mur d'airain entre lui et (a roture. On ne vit plus que des oppresseurs et des opprimés. La noblesse exploitait, monopolisait ù la sueur des masses abruties.

Le paysan, quel que fût son engagement à l'égard du seigneur, était censé libre et pouvait quitter le maître qui le traitait cruellement; mais en changeant de maître il n umeliorait pas son sort ; souvent même il {'empirait : aussi le meilleur parti était de se résigner a souffrir et a travailler 1....

Le statut de Wisliça ne précisait pas le genre de travaux auxquels étaient assujettis les paysans; mais les serfs employés aux colonies ou à la culture de la terre devenaient paysans ; car s'ils restaient serfs, il ne leur était pas permis de se livrer aux travaux de l'agriculture.

Le statut des lois, rédigé en langue latine, est écrit avec plus de pureté et d'élégance que le reste des écrits de ce temps. Sa netteté et sa précision rendaient facile l'application des lois, et n'entravuient pas la décision des juges.

Il y avait en Pologne deux sortes de lois obligatoires : l'une étrangère, appelée toi allemande, Uutone, saxonne, oumagdebourgeoiee; l'autre, ta loi polonaise indigène. L'État se composait de quatre ordres: l'ordre eeclésia>lique ou spirituel; l'ordre équestre ou la noblesse; l'ordre des bourgeois ou habitants des villes, et enGn les paysans ; I mais comme le* paysans ne comptaient pour rien, politiquement parlant, c'est toujours de trois ordres qu' il est question dans l'histoire de Pologne. La loi allemande régissait les bourgeois en général, et quelques villes ou dislriots où les Allemands étaient plus particulièrement répandus. La loi polonaise n'avait action que sur les nobles et les paysans. La loi de l'Église ou canonique était obligatoire pour tons les ordres chrétiens. L'ordre ecclésiastique, qui administrait les règle-

nt» ne.

ments de eette loi, formait nn état à part, et se faisait assister d'un membre de chacun des ordres ci-dessus mentionnés, en cas d'application de la loi

Le roi, outre les assemblées, convoquait les diètes selon son bon plaisir : le clergé, les magistrats, les seigneurs, une députation de l'ordre équestre, une députation des villes, étaient appelé» à participer aui débats. Le sénat prenait part aux délibérations; de là l'origine des diètes qui furent instituées sous le règne de Wiadislas-le* Bref.

Quand Kasimir dota la Pologne de nouvelles institutionnel qu'il améliora celles qui existaient, il reconnal aux représentants le droit de statuer sur la cession du pays en s'uppuyanl du concours de tous les ordres. Le corps législatif, conjointement avec les grands de I État, furent chargés de rédiger le texte du code. Le roi «'obligea à ne pasuugmenter les impôts, et il reconnut aux Polonais le droit d élire le roi et de décliner l'héré. dité; pour que la noblesse soitlibre dans son choix, il rend nulle et non obligatoire l'hérédité de la ligne masculine, observée jusqu'à lui.

Kasimir, en prenant possession des terres russiennes, fit justice des conspirateurs et des fauteurs de troubles, comme nous l'avons dit ; mois après ces exemples indispensables au repos de l'État, il fil des conventions avec les Lilvaniens; lu force des choses l'obligeait à donner les gages d'une apparente confiance; en conséquence), il abandonna provisoirement aux fils de GedymJn la Wolhynie, les terres de Brxeso et de Chelm. Les Lilvaniens jnstiQèrent les tristes prévisions du roi ; ils firent plusieurs invasions dans la Mazovie, se liguèrent avec les Teutoniques, et soulevèrent contre Kasimir les sinrostes institués par sa volonté, et, profilant des guerres qui absorbaient les forces de la Pologne, ils augmentaient leurs possessions.

Le roi, inquiété par les Litvaniens, pouvait nu moins se reposer sur la Bohême et sur la 8ilésie, grâce au traité qu'il avait conclu à ïfamvslow, sur laWayda ( Namslau, 8â novembre 1548); mais voyant qu'au mépris de toutes les conventions, la Litvanie était encore rebelle, il déclara la guerre, et les troupes polonaises, avec le rot à leur tète, entrèrent en campagne ( 1349 ».

Après un siège opiniâtre, les villes de Lnek, de Wlodiimierz, de Brie se sur le Bng. et Chelm, se rendirent. Les places moins considérables capitulèrent aux premières sommations, et le»

priBcipatix bolara on knioz» s'empressèrent de jurer serment de fidélité $ mats comme le passé donnait peu de garantie! du roi, il reiublit partout «es sur ostes, et après il revint à Krakovie.

Certes* il y a de grandes et nobles choses dans h vie de ce prince; comme roi, comme chef d'nn peuple, il est irréprochable; mais comme homme, oo doit loi Adresser de graves reproches. Doué dira tempérament ardent, il abusait de tous les pbUirsde la \ie; foulant aux pieds la morale, il ne d'antre maître et d'autre droit que i, et sa conduite avec Adélaïde, sa se* comte femme, en fut la conséquence. Les flânes, voyant qtie le roi donnait l'exemple de tons les scandales et de tons le* excès, iui 8reat des remontrances; mais des remontftiices d'évêques n'arrêtent pas les passions forçatutet oTttn foi î le roi aussi n'en tint aucun «munie; olors le pape usa de son autorité : il écrivit an coupable des lettres pleines d'amerunne; H employa la menace, l:t colère, ponr enpger le roi a changer de conduite; mais les érêi|ues comme le pape manquèrent leur but : ii&imir était trop lier ponr céder aux menaces; p»M-ètfe l'edt-on persuadé en employant la dooceur et la conviction, et an lieu de se rendre il profita de celte circonstance pour châtier les Mqaes.

Le clergé, qui avait reçu des domaines considérables, devenait avide à proportion de ses riclasses, et il s'affranchissait peu à peu des charges du pays, et se refusait à payer les impôts ; il ae von lait pins contribner de ses deniers à la construction des châteaux, à la réparation des rostes, etc., etc., et par là tout retombait sur lei particuliers. Rnsimir pensa dans sa sagesse que le moment était venu d'arrêter ces abus; en conséquence il donna ordre au palatin de Sanfanir de faire payer à Bodxanta de JankoW, Étèqoe de Krakovie. les impôts affectés aux domaines des évoques; il voulait que, de ce jour, les charges fussent également réparties sur tous te» citoyens.

L'évêqne excommunia d'abord le siaroste OtboB de Pilça et ensuite le roi. Le haut clergé tait reçu la mission de porter au roi la bulle ^communication ; Martin Baryczka, vicaire de église cathédrale de Krakovie, se chargea de twte périlleuse mission, et avec une arrogance lui outre-pnssait ses pouvo rs, il fit de sévères rtprimandes. Le monarque, après lui avoir rap- P«k le respect qu'il lui devait, le lit mettre en

prison j et bientôt, cédant a me conseils des cour* lisans, qui renchérissent toujours sur la colère du maître, il lit jeter le vicaire dans la Wistule (1340).

Cet évéoement était grave; aussi la peste qui, après avoir parcouru tous les pays de l'Eu* rope, vint en Pologne, la peste fut regardée comme un jnste châtiment du ciel. Et quand les Litvaniens envahirent encore une fois les terres rnssiennes, le peuple vit dans ce malheur les effets de la colère céleste. Et la noblesse des frontières, en voyant les armements de la Litvf nie, ne fit rien pour les empêcher, car la noblesse, comme le peuple, se croyait frappée par la vengeance divine; aussi les Litvaniens entrèrent* ils sans coup férir jusqu'au coeuf du royaume; ils ravagèrent et dépeuplèrent les terres de La-* kovt, de Radom et de Sandomir; dé la ils se jetèrent sur Léopol, mais ils ne purent parvenir I s'en emparer, car kt ville était déjù fortifiée a cette époque; mais ils brûlèrent les environs; ensuite ils s'emparèrent de Bêla et de Wlodzimiérf.

Pour venger tant d'nndaoe et réparer tant d'échecs, Kasimir demanda des secours à sott neveu Louis de Hongrie ; celui-ci vint à la téta de ses troupes, et entra dans les terres rnssiennes ( 13M ). Les armées polonaises et hongroises conquirent tous les pays envahis, et dans uné bataille livrée aux Litvaniens, elles firent prisonniers les ducs Kieystut et Lubart. Le premier parvint à s'échapper, elle second donna la pro* messe écrite de ne plus combattre contre Kasimir; mais dès qu'il fut libre, il recommença les hostilités.

La campagne de Russie fut en tont point favorable aux intérêts du roi des Polonais : le duché de Mazovie, que Wenceslas, drtc de Pîôçk, avait été forcé de céder à Jean de Bohême, revint à ta Pologne. Ce résultat eut lieu après une convention faite à Plock (septembre f3M) entre Kasimir et les ducs de Mazovie. Ainsi forent réunies Ù h couronne les terres de Plock, de Wiz et de Zakrôciym, avec la promesse de leurs privilèges, et de leur laisser toujours des siarostes regnicoles.

Dans cette même année, on expulsa do paye la secte ou société des Flagellants. Jaroslas, archevêque de Gnèzne, et les évêques avaient été chargés de cette mission.

Les Flagellants étaient répandus en Europe depuis l'année i509, et partout ils avaient conquis im grand nombre de prosélytes. Les frères

de cette secte voyageaient tous ensemble, et entraient deux à deux dans les villes. Ils portaient une croix sur leurs habits, et avaient la tète couverte d'un bonnet qui leur cachait presque les yeux ; leur corps était découvert jusqu'à la ceinture et montrait les cicatrices, les flagellations imposées par leur ordre, lis se fustigeaient dans les églises, après quoi ils allaient tout nus dans les cimetières; ils s'étendaient par terre, ou se mettaient à genoux ; un d'entre eux venait alors les toucher l'un après l'autre, en disant : « Dieu te remet tes péchés, tu peux te lever. » Sur quoi, ils entonnaient un cantique, et quand arrivait un verset où il était parlé de la passion de Jésus-Christ, ils se jetaient tous par terre; souvent leurs corps se heurtaient contre les pierres, ou tombaient dans la boue, mais ce n'était rien pour des Flagellants... Hommes et femmes, car il y avait des femmes dans cette secte, se confondaient dans l'exercice de ces rudes pénitences.

Le clergé, qui était plongé dans la mollesse, accusait les flagellants : • Ce sont des hommes déshonorés par une jeunesse licencieuse, disaitil, et aujourd'hui ils cachent un libertinage affreux sous des dehors d'austérité. > Les Flagellants se défendaient en disant qu'ils étaient, par leurs pénitences, à la hauteur des apôtres de l'Evangile. En 1372 on convoqua à Kalisz un synode, pour détruire leur ordre; mais en défendant leur cause, ils mirent au grand jour tous les abus de l'Eglise romaine.

Tandis que la Pologne tentait des améliorations religieuses dans le nord et dans l'est de l'Europe, Olgerd jetait une gloire immense sur la Litvanie et les terres russiennes. Iawnuta avait succédé à Gedymin ( 1540), mais ses deux frères Olgerd et Kieyslut lui contestèrent la couronne ducale, en disant qu'ils avaient plus de force et de puissance pour la porter. Olgerd fut proclamé duc. Ses Etats s'étendaient de la mer Baltique à la mer Noire.

Pendant les années 1346-1349 il combattit victorieusement près de Pskov* et Nowogorod ; il tint téte aux Polonais, aux Teutoniques et aux Rnssiens. De 1350 à 1332 il poursuivit ses expéditions en Wolhynie et en Podolie, et après avoir vengé les défaites de Kieyslut et de Lubart, il finit par entrer en arrangement avec le roi Kasimir.

Les habitants de la Grande-Pologne gémissaient de voir le pays en proie à des guerres incessantes, et pour prévenir de nouveaux mal-

heurs et pour donner au roi une preuve de leur

dévouement, les se gnenrs et la noblesse de celte province s'assemblèrent à Posen ( septembre 1532), et signèrent un acte de confédération, en foi de quoi ils promettaient aide, assistance, interventiou armée pour conjurer les événements qui menaceraient encore le pays. Ce fut la première confédération qu'on vit en Pologne, ou du moins que l'histoire ait mentionnée depuis.

Kasimir, rassuré sur les destinées de ses États, se rendit en Hongrie. Il conclut à Bude une convention (24 janvier 1355) qui lui garantissait la possession paisible de la Russie Rouge, et dégagée de toutes les prétentions hongroises. Par une autre convention (23 février 1355) il fut arrêté que, si Kasimir et Louis mouraient sans enfants malcs, la couronne de Pologne passerait à la ligne masculine du frère de Louis. Après ces décisions, les deux monarques se transportèrent à Zanlok dans la Grande- Pologne, où on signa la convention (50 avril 1555). Pour donner plus de poids encore aux déterminations qui avaient été prises par le monarque, les notables de la Pologne se rendirent à Bude (juin 1555), pour recevoir le serment de Louis, qui jura d'être fidèle à ses engagements. On arrêta que dans le cas où Louis et ses successeurs n'auraient pas d'enfants mâles, la Pologne serait libre de se choisir un roi.

Kasimir, dont l'activité ne se lassait jamais, s'occupa de réunir à la couronne le duché de Mazovie; ainsi la république ne s'affaiblissait pas, car ayant perdu la Silésie, il voulait regagner une autre province.

MaUZiemowil, dernier rejeton des ducs de Mazovie, se déclara enOn tributaire de la Pologne : en cela il avait cédé aux voeux de ses sujets. Il se rendit donc à Kalisz, et signa l'acte définitif (2t juin 1555) qui réunissait son duché à la Pologne. Kasimir, assis sur son trône, et revêtu de ses habits royaux, reçut son serment.

La même année le roi accorda des immunités à la ville de Léopol ; cette ville, comblée des bienfaits du monarque, croissait aussi en prospérité par son commerce. Pourquoi faut-il que ce roi, dont l'a me était si grande, eût un côté vulnérable ! Pourquoi faut-il qu'une vie si glorieuse et si nationale soit ternie par un dérèglement de mœurs ! II y avait dans Kasimir deux hommes : l'un tout de force et de volonté ; l'autre tout de faiblesses et de misères... Pour séduire ou pour

tromper une femme, il s'abaissait aux plus vils ■wjrens. Par exemple, voyant un jour une fille (i bonoeur à la cour de l'empereur Charles, il en deiini amoureux, ou plutôt il désira sa possession à lout prix Rokiczana, qui était pieuse et pleioe de vertus, ne se laissa pas éblouir par l'amour d'un roi. Elle rejeta ses vœux, en disant qu elle n'écouterait jamais l'amour d'un homme marié. Le roi, plus ardent à mesure qu'il voyait plus de résistance, jura qu'il aurait cette femme, et pour y parvenir il mit dans son complot l'abbé de Tynieç. Le moine trouva vite un expédient pour triompher des scrupules de Rokiczana ; il se costume en évèque et se rend auprès d'elle, t Madame, lui dit-il, je viens pour rassurer votre conscience, et vous donner la pcrinislioii d'épouser le roi. »

La princesse Adélaïde, femme du roi, en apprenant celte nouvelle iniquité, quitta le château de Zarnowiec, et se retira dans sa patrie, où elle implora la justice du pape; mais la mort vint la surprendre, avant qu'elle eût recoin ré ses droits de reitte.

Kasimir, toujours dominé par sa passion, épousa Rokiczana ; mais cette femme ne le captiva pas longtemps ; les courtisans, qui ne la Toyaient pas de bon œil, vinrent au secours de l'inconstance du roi, en faisant courir le bruit q»e la reine avait une horrible et inguérissable maladie : la teigne. De ce moment, le roi la prit en dégoût et en horreur, ei la répudia à jamais. Après Rokiczana, il fut amoureux d'une belle Juive, nommée Estber; il en cul deux fils : Kiemira et Pelka.

Cet abus de tous les plaisirs n'énervait pas l'âme de Easimir; son activité était la même pour les affaires du gouvernement; sa présence desprit ne l'abandonnait jamais; sa volonté était inBechissable, quand il s'agissait du bien de la Pologne. Poar garantir l'intégrité des frontières, le roi et les Liivaniens nommèrent une commission qui se réunit à Grodno ( août 4358 ). On dressa l'acte des limiles entre les deux Étals, et cette mesure mit un terme à des incuisions mu-

Un autre traité signé à Lowicz ( U février 1359) régla quelques différends relatifs à la Muzovie. Ainsi tout paraissait promettre un long repos aux Polonais, lorsque un nouvel événement vint encore les exposer aux chances de la guerre.

Etienne, palatin ou bospodar de la Moldavie,

avait laissé en mourant deux fils, et les deux princes voulaient gouverner; Pierre, le plus jeune, obtint les suffrages de la majorité des Walaques, et il força Etienne son aîné à sortir du pays. Etienne fut suivi dans son exil par quelques boïarsqui ne désespéraient pas de la cause qu'ils avaient embrassée. Etienne vint implorer le secours des Polonais, en leur promettant que si un jour il parvenait à se rendre maître de ses États, il se déclarerait leur vassal, et serait toujours prêt à les assister dans leurs guerres. Le roi reçut ce serment en présence de sa cour, et entouré d'une multitude de peuple. On lui avait dressé un trône sur la grande place carrée de Krakovie, pour cette solennité.

Kasimir consentit à donner des troupes, et la campagne s'ouvrit dans les premiers jours de juillet 1359. La marche des Polonais fut si prompte, qu'elle ne laissa point le temps aux \V claques et aux Moldawes de l'arrêter. Les troupes s'avançaient toujours, mais l'hospodar Pierre n'osait pas aller à leur rencontre, car une bataille eût été inévitable : il aima mieux la ruse que le combat, ce prince ! Voici le stratagème qu'il employa.

Les Polonais devant traverser la forêt de Plowniny, située dans les terres de Sepenitza ou Siephanesclitchi, entre les rivières du Prulh et du Sereth , le chef des Walaques fit scier tous les arbres qui en bordaient la route, mais de façon à ce qu'ils tinssent encore aux pieds par l'écorce, et qu'on pût les renverser au premier effort. Des hommes apostés dans la forêt, attendaient que les Polonais s'y fussent engagés avec leurs équipages, alors ils poussèrent violemment les arbres, et les plus avancés furent écrasés, et les autres renversés, ils tombaient tous pêle-mêle, et ceux qui n'étaient pas blessés, contusionnés, étaient au moins hors de combat ; alors, les Walaques vinrent les attaquer, car ils étaient sûrs de la victoire. Les trois grands étendards de Krakovie, de Sandomir,de Léopol.et neuf autres drapeaux tombèrent au pouvoir de l'ennemi. Et Kasimir, au désespoir de celte cruelle défaite, fut encore obligé de payer de grosses sommes pour racheter des prisonniers d'une haute importance, tels que Navoy de Tenczyn, fils du palatin de Krakovie, et Zbigniew d'Olesniça, grand-père de celui que nous verrons figurer un jour sous le règne de Wiadislas-Jagellon.

Après lous ces malheurs, après toutes ces pertes en hommes et en argent, la peste vint dé-

soler le pays (1360). A Krakovie seulement on évalua à vingt mille le nombre des morts.

Un effroyable fléau décimait la Pologne, et la Litvanie, son alliée, était en bulle à la guerre, guerre d'extermination entre elle et les Teutoniques. Les ducs Olgerd, Kieystut et son fils Patrvk tenaient tète à leur redoutablo ennemi. Kieystut, fait prisonnier deux fois (1561), s'échappa comme par miracle de la prison des moines-soldats. De retour dans ses États, il écrivit aux Teuloniques : « Je m'empiète de vous annoncer l'issue de mon voyage, et de vous pré* venir que si le sort, la fortune, fait tomber entre mes mains voire grand-maître ou môme quelques-uns de vos kumturs, je les garderai assez soigneusement pour qu'ils ne puissent pas «l'échapper, i Après les menaces, vinrent lea fait»} une nouvelle campagne s'ouvrit, et dans un combat acharné Kieystut tomba encore au pouvoir de l'ennemi ; mais cette fois on le garda avec la plus grande rigueur, ce qui toutefois ne l'empêcha pas d'échapper à la surveillance de ses geôliers.

Le grand-maltre Winrich von Kniprode, pour prévenir la vengeance des ducs Olgerd et de Kieystut, marchèrent sur Kowno, excellente position stratégique et place de premier ordre. L'attaque et la défense furent faites avec une égale vigueur. La citadelle fut prise le samedi saint, et le dimanche jour de Pâques (1362) les autels dn vrai Dieu s'élevaient sur les débris fumants des divinités païennes.

La Pologne, dans la même année, était accablée de nouvelles calamités; ce n'était point assex de la peste, il lui fallait connaître les horreurs de la famine; à celte Pologne, que tontes les douleurs éprouvent, l'intensité do froid, tes inondations du printemps amenèrent ce fléau; mats le roi, par une sage prévoyance, sut bientôt y remédier. Les récoltes des années précédentes ayant été abondantes, Kasimir avait fuit approvisionner les greniers publics ; alors, au moment de la disette, il fit donner un peuple du blé à bas prix ; puis il lit construire des foi ts, des numents publics pour occuper les ouvriers et les paysans. La Pologne bénissait la bienfaisance de Kasimir; on l'aimait, on l'admirait; comment se rappeler les torts de l'homme, quand le rot est si grand, quand il porte si dignement sa couronne ? Kasimir prolita de ce moment de repos et de bonheur pour réunir dans sa ville de Krakovie plusieurs souverains, ses alliés.

Le mariage de sa petite-fille, la princesse Elisabeth, fille de Bogualas, duc de Stettin en Pomérunie, fut l'occasion de cette solennelle réunion. Kasimir donnait sa pelite-uïle à l'empereur d'Allemagne Charles 1Y; le mariage fut célébré avec pompe et magnificence (1363). Les rots Louis de Hongrie, Pierre de Chypre et Wuldemar de Daaemurk, lea ducs de Bavière, de Scliwêl* dniu, d'Opeln et de Mazovie y assistèrent; puis il y avait tant de prim es et d'évéque» qn'il ferait impossible de les énumérer.

Le roi et les ducs précédèrent a Krakovie l'ar* rivée de l'empereur Charles IV; une députation des grands de l'État attendait ce souverain à la frontière, et c'est avec cette noble suite qu'il Ut sou entrée dans la ville. Les quatre rois allèrent à sa rencontre à une lieue; le peuple grossissait leur cortège : le peuple était avide d'un spectacle sans exemple alors dans les annules de la

Les rois mirent pied à terre dès qu'ils s perçurent Charles IV, le saluèrent, et remontèrent * cheval pour lui servir d'escorte. L'entrevue des monarques fut touchante, disent les chroniqueurs; ils pleuraient en s'embru séant, ét lé peuple était ému en voyant cette union, qui semblait assurer ses destinées. Charles et son royal cortège s'avancèrent vers la ville ; le duo Boguslas les attendait aux portes pour lui pré* semer sa future épouse.

La Pologne ne devait pas démentir sa renommée de courtoisie, d'hospitalité et de grandeur, ses illustres hôtes furent traités avec magniflcence. Kasimir prodigua ses trésors; Krakovie avec ses beaux édiGces, ses chftteaux. ses patois, put loger dignement l'empereur, les rois, le lé' gat du pape, les princes, les ducs et tonte leur suite. Luxe d'équipage, luxe de table, rien ne fut négligé.

On distinguait à la tète des officiers destinés au service des rois étrangers, Nicolas Virting,

d'origine

allemande et anobli en Pologne, et

connu depuis dans notre histoire sous le nom de Wierxynek ou Wierzynski. Il était pnnetierdif palatinat de Sandomir, conseiller de la ville de Krakovie, négociant de premier ordre, maréchal, ce qui équivaut à intendant ou trésorier de la cour de Kasimir. A l'occasion du mariage de l'empereur on le chargea de l'ordonnance des féïes, et il s'en acquitta merveiltensement. Le peuple ne fut point nuM.é, il eut bonne pari dans se» largesses, les places publiques étaient

garnie* do tonneaux remplit de v'm, de miel, de bière et d'eau-de-vie ; puis on avait placé des gradins abondamment pourvus de toute espèce de come&tibles; mais a ce luxe inaccoutumé pour le peuple, on avait joint des sacs de farine.

Trois jours après l'entrée de l'empereur dans 1 église cathédrale, Jaroslaa. archevêque de Gnezse, officia, et donna la bénédiction aux époux en présence du légat du pape Urbain V. Kasimir donna à sa petile-iîlle une dot de 400.000 florins «ii or monnayé, frappés à Florence en 1352. Cette monnaie, marquée d'une fleur de lis, /lot, s'appelait fiorenug. Une somme de 400,000 florins en numéraire semble chose incroyable, quand on se reporte à un temps où l'or était si rare, et où l'argent était si peu répandu. Kasimir régna ont trente ans avant la découverte des mines de l'Amérique.

Les vingt jours qui suivirent les noces, furent marqués par des létes, des festin»» des jeux, des divertissements «le tout espèce, et le roi comblait encore ses hôtes de magnifiques présents.

Nicolas Wiérzynek a laissé à l'histoire de Kra-

A cette époque, on croyait déjà que l'argent pouvait combler la distance des rangs. Wiérxvnck anobli, et qui possédait des trésors pour litre de noblesse, ne le mettait pas en doute, et sen reposant sur l'autorité de son coffre»fort, il iavita à dîner tous les monarques réunis à Kra- Wovie. Certes, la démarche était hardie, mais les rois lui tirent la grâet d'accepter, car ils savaient Uea que ai l'honneur était pour le parvenu, le profit serait pour eux. Au jour convenu, les monarques se rendirent chez Wiérzynek ; ils trouvèrent une table somptueusement dressée, et leur liote leur assigna i chacun la place qu'ils deraient occuper : l'autorité royale lui avait permis d en agir ainsi. Le roi des Polonais tenait le haut bo«i comme on le pense; puis venait l'empereur, les rois de Hongrie, de Danemark, de Chypre, et les ducs. Un dîner de prince n'eût pas valu celui-là; chaire exquise et abondante, vins excellents, et 1 00.000 ducats distribués aux convives, méritaient bien que des rois, tout rois qu'il* étaient, acceptassent le diner d'un parvenu.

Le chevalier de Solignac. secrétaire du cabinet et des commandements du roi Stanislas Leszrivnski, écrivait une histoire de Pologne, en 1750; venant à parler de la réunion des monarques, il dit : < Kasimir ne laissa pas de faire éditer nne prodigieuse somptuosité dans une

ta

occasion singulière, on Ton rit plusieurs souverains rassemblés dans ses États : spectacle unique jusqu'ulors, et que la délicatesse des préséances n'a plus permis depuis, et ne permettra vraisemblablement désormais dans aucun royaume du monde. » Cette naïveté paraissait une observation toute simple en 1750, car alors or. pouvait encore s'étonner de quelque chose ! Cinq siècles de distance, et viendra Napoléon, et on verra les rois, les empereurs devenir courtisans du grand homme, puis des rois détrônés, et des citoyens devenir rois. L'Europe, stupéfaite d'abord , se blasera sur l'admiration, et ne saura plus s'étonner d'aucune gloire.

Kasimir profita de la bonne harmonie qni régnait entre Ini et les souverains, pour conclure des traités d'amitié et d'intervention. Après avoir assuré le repos intérieur et extérieur, il promulgua des lois contre tous les genres d'usurpation, et il fit hérisser le pays de châteaux fortifiés. Ce roi qui avait doté la Pologne de si belles institutions, ce roi qni avait tant fait pour sa gloire , devait protéger les sciences, les lettres, et à l'exemple de la Bohème qui venait de fonder une académie, il créa Puniversilé de Krakovie (136*). Le pape Urbain V, sur la demande qui lui en fut faite par Kasimir, protégea celle école centrale de l'autorité apostolique, et Ini écrivit à ce sujet une lettre pleine déloge et d'encouragement (Avignon, septembre 1364) .

L'année suivante Kasimir se rendit à Malborg, on il parvint à s'arranger avec les Teutoniqnes; depuis lors la Kiriavie appartint à la Pologne sans coniestation. La même année (1365) le roi éponsa Hedwige, duchesse de Glogau.

Jamais souverain n'eut une vie plus grande, plus active, plus accidentée; chaque chose venait en son temps, chaque événement était dominé ou portait profit par cette volonté, plus forte ou plus ^age que toutes les volontés. L'esprit de Kasimir savait se diviser et se fixer, ses passions ardentes le portaient vers le plaisir, et pourtant ne le dominaient pas entièrement.

Il pensa que la ville de Knikovie avait besoin d'une nouvelle organisation législative; cette ville était soumise, comme nous l'avons dit précédemment, à la loi teutone, mais les appels ne pouvaient être Interjetés qu'an tribunal de Magdebourg, ce qui était une source «le frais et de désagréments pour les plaignants. Krakovie, en partie peuplée d'Allemands, leur devait une plus ample protec-

16 LA Pi

tion, car c'étaient eux qui faisaient prospérer son commerce et son industrie. Kusimir abolit donc les appels, et établit à Krakovie le suprême tribunal teuton, qui Tut saisi de tous les procès des bourgs et villages. Ce tribunal était composé d'un bailli, et de sept bourgeois élus par le staroste. En cas d'appel, le roi nommait deux conseillers, choisis dans les villes de Krakovie, de Kazimierz, de Bochnia, de Wieliczka, de Sandecz et d'OIkusz; ces conseillers prononçaient en dernier ressort.

Tout à coup, la Pologne fut encore menacée du côté des terres russiennes. La révolte venait d'éclater par les perfides menées du duc Lubart. Kasimir se prépara à une nouvelle expédition, et au mois de juin de l'année 1566, il ouvrit la campagne. Son armée était si considérable, qu'elle n'eut qu'à se présenter sur les frontières de Belz, pour arrêter la rébellion. Le roi se porta ensuite sur les autres villes révoltées : Luçk, Wlodimierz et Olesko lui ouvrirent leurs portes. Quand tout fut reniré dans l'ordre, le roi se rendit à Horodlo, pour conclure un traité qui, en assurant les droits de chacun, donnait des gages de sécurité à venir. Après celle pacification générale, il s'occupa de l'industrie et du commerce; la Wolhynie et les terres adjacentes, encore inactives en ce genre, devinrent, par les soins de Kasimir, commerciales et industrielles; ensuite, il les dota de châteaux forts, et leur donna une organisation judiciaire, aussi large, aussi complète que le permettait l'époque.

Au commencement de l'année 1369, Kasimir se rendit à Bude, à la cour du roi de Hongrie, pour y arranger des intérêts d Éiat. Après quoi, il lit un voyage dans la Grande-Pologne, où il passa tout l'été de l'année 1370. En septembre, il revint à Krakovie, et passant par Przedborze sur la Piliça, il s'y arrêta pour chasser. Un jour, qu'il se livrait avec plus d'ardeur que jamais à son plaisir favori, il tomba de cheval, en poursuivant un cerf; cet accident ne lui paraissant avoir aucune gravité, il voulut continuer la chasse ; cependant ses forces le trahirent, et il fut obligé de rentrer à Krakovie. Depuis son accident, la fièvre ne le quittait pas; mais pensant que le courage triomphait même des maux du corps, il ne voulait prendre aucun soin, ni si* soumettre à aucun ménagement; il ne tenait pas plus compte de ses souffrances que de l'avis

des médecins; le mal empira, et le roi monru!

Kasimir était d'une haute stature, et chargé d'embonpoint; il avait les cheveux touffus et bouclés, et une barbe longue; il avait la voix forte, mais il parlait avec difficulté. Ses qualités personnelles, la gloire qu'il donna à la Pologne, lui méritèrent le nom de Grand. Sa justice, sa clémence, sa sollicitude pour les paysans, le firent surnommer avec dérision, par les aristocrates : le roide$ payions. A ce propos l'Anglais Williams disait en 1777 dans son Histoire de Pologne: t A la vue de tant de lois sages en faveur de la partie opprimée de la nation, l'insolente et stujpide aristocratie donna à Kasimir le titre de roi det paysans ; surnom préférable à tous ceux que la Huilerie accorde aux princes. Si tous ses successeurs avaient imité son exemple, la Pologne serait encore une nation puissante. >

Oui, Kasimir avait bien mérité de la postérité, car c'était ce prince qui disait aux paysans : « Vous venez vous plaindre des cruautés et des exactions des seigneurs, mais n'avez-vous pas des pierres et des bâtons dans vos champs pour les jeter sur les injustes et les oppresseurs? » L'historien Dlugosz ajoute qu'il donna de l'argent à un de ces* infortunés, pour acheter un briquet, afin de mettre le feu à la maison d'un maître qui le traitait cruellement.

Outre plusieurs fondations de charité et de bienfaisance, Kasimir accorda de foi les immunités à l'Eglise ; ceci était une expiation, une manière de réparer sa vie déréglée. Le pape voulait que le pardon qu'il lui accordait tournai an profit de l'Eglise. Kasimir mourut dans les pratiques de la religion.

Le système de défense qu'il avait organisé ferait à lui seul la gloire de son règne. Soixantedouze villes et bourgs reçurent des remparts, des murailles; celles qui n'avaient pas de châteaux forts virent s'en élever sous le règne de ce roi; aussi a-l-on dit : Kasimir trouva la Pologne en bois, et la laissa en brique et en pierre.

Kasimir était le troisième du nom, et il voulut s'appeler Kasimir /er. En cela il avait suivi l'exemple de son père Wladislas.

Kasimir 1er. le Grand, mourut à Krakovie, le o n"Vembre 1370, a l'âge de soixante ans. et après en avoir régné irenle-sepl. On lui éleva un monument dans l'église cathédrale de Krakovie.

JEAN TARNOWSKJ.

Quel est le voyageur polonais qui n'a pas visité Tjtuow, ce berceau antique d'une famille puissante et guerrière ? — S'il est sensible aux beautés de la nature, sa vue a du être frappée du tableau magnifique qui se déploie devant lui quand il est parvenu au sommet de la inontague de Saint-Martin. La ville repose à ses pieds, et plus loiu, vers l'ouest, s'élèvent les tristes débris d'un château fort que des rois habitaient jadis, que de nombreux guerriers se disputaient entre eux, et que la main du temps a brisé comme un faible jouet et qu'elle a jeté sous les pieds du passant.

Une plaine immense, entrecoupée de jolis villages, s'étend vers le nord ; et du côté du midi, la vue s'arrête sur une ebaine de collines qui se recourbe vers l'ouest et que dominent, dans le lointain, les sombres et gigantesques contours des Karpates. Du côté de l'occident, la Biala roule tes flots inconstants sur une plaine verdoyante, à travers les nombreux massifs qui égaient le paysage ; enfin, du côté opposé» le vUlage pittoresque de Gumniska laisse entrevoir les formes élégantes de son palais et les contours gracieux de son jardin français. Quand les vapeurs du n;atin recouvrent comme d'un voile mystérieux toute celttf belle contrée; quand le son matinal de la cloche de l'antique petite église de Saint-Martin vibre dans les airs, que de nobles souvenirs, que de sentiments divers oppressent le cœur du pèlerin polonais ! — 11 cherche avidement autour de lui les traces de la demeure des seigneurs de

Tarnow Pas une pierre marquante , pas un

fragment de colonne, ni d'écusson aux armes seigneuriales, n'indique la noble résidence ! même les ebétifs débris qu'a retracés, il y a trente ans, le crayon de notre célèbre Vogcl, ont déjà disparu. Quelques pans des murs d'enceinte, quelques monceaux de briques, voilà tout ce qui reste aujourd'hui ; encore quelques unuees de plus, il n'en restera rien que le souvenir ! — Et pendant que la coupable insouciance des propriétaires et la haine spéculative des dominateurs étrangers, plus encore que la force du temps, détruisent J œuvre de la puissance humaine, la petite église fur i».

de Saint-Martin, construite de poutres de mélèze, oppose aux orages sa frêle charpente ; plus de sept siècles ont déjà passé sur son toit modeste, et la petite église reste encore debout, comme le symbole visible des croyances et des espérances de tout un peuple opprimé. — Rien n'a été déplacé dans ce pieux monument, qui, d'après une vieille légende, a été déposé en ce lieu par les eaux, à la suite d'un grand débordement de la rivière voisine. Les os monstrueux, que la croyance populaire suppose être ceux des géants, restent attachés au-dessus de la porte d'entrée ; et, dans l'intérieur de l'église, on voit encore la chaîne de bois avec son cadenas également en bois, qu'un berger aveugle de naissance, à ce qu'on dit, exécuta d'une seule pièce, et que personne n'est parvenu à ouvrir après lui.

C'est en 1328 que Tarnow fut érigé en ville par les lettres de franchise accordées par le roi Wladislas-le-Bref ; c'est principalement par les soins de JeanTarnowski, dont nous allons tracer la vie, que la nouvelle ville a pris le plus d'accroissement et d'embellissement. — * Allez voir Tarnow ! s'écrie le grand orateur Orzechowski : allez voir Tarnow, ce berceau de TarnowsLi ! Quelle richesse chez les bourgeois! comme la ville est soigneusement enclavée dans ses murs, comme elle est bien pourvue en armes à feu.... Allez chez les paysans, et vous direz que leurs habitations ressemblent plutôt à des maisons seigneuriales qu'à des chaumières villageoises : vous trouverez leurs é tables, leurs greniers, leurs celliers bien remplis ; ils n'ont pas été écorchés par les princes, ils n'ont pas été exténués par tes travaux !... >

Si vous entrez maintenant à l'église cathédrale, vous serez frappé d'admiration à la vue du mausolée de Jean, duc d'Ostiog ; cependant la belle et grave simplicité du tombeau de Jean Tat uowski vous touchera bien davantage : les statues do Jeân et de son fils Christophe, armés do pied en cap, sont couchées sur des sarcophages en marbre ; ses bas-reliefs en albâtre représentent les plus éclatantes victoires du pire. Uue

LA POLOGINE.

main barbare, conduite par le sentiment d'une propreté mal entendue, vient de badigeonner ce précieux monument de la sculpture au xne siècle. Lorsqu'en 1827 on déblaya les caveaux de l'église, on ne trouva plus, dans la tombe de Tarnowski, que quelques ossements réduits en poussière, une chaîne en or avec une médaille de la valeur de 48 ducats de Hollande, marquée des lettres initiales du nom de Sigismond-Auguste, roi de Pologne, et une grande plaque en argent doré, dont l'inscription retrace succinctement la vie et les faits de JeanTarnowski. Celte inscription est trèssimple : c'est un hommage de l'amour filial. Emu par la vue du tombeau, vous recueillerez avec plus d'empressement les particularités sur la vie d'un homme que ses contemporains ont surnommé U Grand, et que la postérité a placé au premier rang des illustrations du siècle des Sigismonds.

JeanTarnowski, fils de Jean Amor,castellan de Krakovie, et de Barbe de Roznow, petite-fille de Zawisza le Noir, naquit en 1488. Il montra dès sa plus tendre enfance une grande facilité pour l'étude des langues, un esprit vif et pénétrant, une mémoire vaste et solide. A dix ans, il récitait des centaines de vers de Virgile, et à quinze ans, il adressait des lettres en latin au roi Jean-Albert et aux conseillers de la couronne. Les grandes familles de cette époque vivaient peu dans les villes, et leur préféraient le séjour de leurs châteaux qu'elles habitaieut avec une magnificence orientale, t U faut chercher la Pologne dans les villages, > a dit Maurice Mochnacki, l'un de nos plus brillants écrivains, et celte phrase si ▼raie aurait pu être appliquée aussi bien à la Pologne du xvie siècle qu'à la Pologne de nos jours. Même les hauts fonctionnaires militaires et civils suivaient ce penchant général, auumt que le permettaient les services de l'Etat. Un goût exquis, l'amour éclairé des beaux-arts, une hospitalité franche et bienfaisante animaient ces demeures de la grandeur; et non-seulement les jeunes gentilshommes pauvres, mais les héritiers des plus grandes maisons se plaçaient à l'envi à la cour d'un citoyen vieilli dans l'exercice des fonctions publiques ou blanchi sous le heaume. Les pauvres s'assuraient par là l'appui d'un Mécène influent ; les riches s'habituaient à la discipline militaire et s'éclairaient de l'expérience de la vieillesse. C'était ainsi que l'inégalité théorique de la loi commune était en quelque manière corrigée par la pratique de la vie, et que, malgré la répartition effroyablement inégale des fortunes,

la civilisation qui éclairait vivement et constamment les rares sommités de la société polonaise pénétrait jusqu'aux degrés inférieurs de l'échelle sociale. Un voyage dans les pays lointains, ou quelques années de service dans les armées étrangères, sous quelque capitaine renommé, complétaient l'éducation du jeune homme. Tarnowski passa ses premières années à fa cour de Matthieu Drzewiecki, évêque de Przemysl, et il était bien jeune encore lorsqu'il fut présenté par son protecteur au roi Jean Albert ; mais ni la faveur trèsprononcée dont il était honoré de la part de son souverain, ni les attraits d'une cour molle et fastueuse, ne purent le soustraire à ces graves occupations. Mélë dans la foule de courtisans qui, imitant l'exemple donné par le roi lui-même, couraient après les festins, les danses, les jeux et les galanteries, Tarnowski ne négligea aucun moyen , aucune occasion de s'instruire , recherchant avec avidité la société de vieux guerriers, se livrant à des exercices militaires et étudiant l'art de 1a guerre dans les mémoires de grands capitaines. Le désir insatiable de s'instruire, joint à l'amour de 1a gloire, porta Tarnowski s visiter les contrées lointaines. Il parcourut la Syrie, la Terre-Sainte, les côtes d'Afrique; il visita l'Allemagne, l'Angleterre, la France, l'Italie et l'Espagne. Reçu avec distinction à la cour d'Emmanuel de Portugal, il obtint le commandement d'une partie de ses troupes et se distinct» dans la guerre contre les Maures.

C'est dans les rangs de la noblesse lusita nienne que Tarnowski puisa le goût des mœurs chevaleresques. Aussi, quand il se vit pour li première fois en face des ennemis de sa patrie, à la fameuse bataille d'Orsza (8 septembre 1514), où trente-trois mille Polonais, commandés par Constantin, duc d'Ostiog, remportèrent la victoire sur quatre-vingt mille hommes, et où quarante mille Moskovites mordirent la poussière, Tarnowski, vêtu du brillant costume d'un. chevalier castillan, devança de loin sa suite, et défia les plus braves des Moskovites à un combat à outrance. Le vieux duc tança sévèrement cette bravade du jeune guerrier. — « Vous n'êtes plus ici en Lusitanie, lui diuil : il y a loin des Moskovites au* ( Maures, et la discipline lusitanienne n'est p>* celle des Polonais. > — Cependant le courage téméraire de Tarnowski, son coup d'oeil sûr et sa présence d'esprit au fort du danger frappèrent tellement la jeune noblesse qui assistait au combat, qu'elle le proclama son chef sur le champ

de bataille. Le roi Sigismond ratifia plus tard cette élection spontanée, en confiant à Tarnowski le commandement en cher de l'armée polonaise. Car déjà Tarnowski s'était fait connaître comme an des meilleurs capitaines de son temps, soit ta secondant les efforts du starosie Lanckoreoski et de Constantin d'Ostrog à la grande bataille de Wisniowéiu , gagnée sur les Tatars Il51z), soit en commandant en personne les irnopes auxiliaires de la Pologne dans la guerre de Louis de Hongrie contre les Turks ; et sa réputation militaire s'était tellement répandue djos l'étranger, qu'an dire de Paul Jovius, les Allemands, les Bohèmes, les Hongrois, et l'empereur Charles Y lui-même, l'invitaient tour à tour pour qu'il vhu se placer à la léte de leurs arnëes.Mats une gloire bien plus vive, bien plus méritoire, attendait Tarnowski sur sa terre natale.

Pierre ou Petrillon, palatin deWalaqnie, entra dans la province de Pokutie, où il brûla Sniatvn. A la nouvelle de cette irruption , Tarnowski nureba contre le Va laque avec un corps de six mille hommes, et se fortifia dans le bourg d'Ol*r>tio (1530). Quoique les ennemis, au nombre de cinquante mille, occupassent les hauteurs voitaes, il osa cependant commencer le combat. Ai lieu de les attaquer de front, il les prit en toc, tandis que quelques pièces de campagne liraient sur les premières lignes de leur armée. Le fen fut si violent, que le corps de bataille se *vTersa sur les ailes, et ce mouvement jeta la caafuion de tous côtés ; ils furent entièrement fifWts, et le palatin, dangereusement blessé, ne * saava qu'avec peine. Le roi, pour prix de tant te bravoure, décerna à son général les honneurs !uiriomphe.TarnowskiSt son entrée à Krakotie, menant à sa suite un grand nombre de prison- Mrs, quarante-huit canons, parmi lesquels on mail aussi ceux qui avaient été enlevés, sous ^an Albert, au désastre de Bukorvina. Le rot honora Tarnowski d'une distinction qu'il n'avait «ncore accordée à aucun de ses généraux. Lors- W le cortège s'approchait de la cour du chftt«M, Sigismond se leva de son trône et alla «-devant du vainqueur pour le remercier publi- T*«ent, et presser contre son cœur son vieux M fidèle serviteur ; et les nombreux spectateurs, a la vue de cette noble étreinte, épanlevr enthousiasme dans de longues et buvantes acclamations. Le tableau qui représentait la bataille d'Oberstin existait encore du lisnps de Jean Rasimir.

Le Valaqnc, n'étant pas découragé par cet échec, renouvela ses incursions et ses ravages. Tarnowski entre sur ses terres, prend Cboizim et réduit l'ennemi à demander la paix. Le palatin l'obtint, après avoir prêté préalablement entre les mains de Tarnowski serment de fidélité et d'hommage. Pour gage de reconnaissance , les Etats réunis à Piotrkow votèrent un impôt extraordinaire de deux gros par arpent, pour en offrir le montant à Tarnowski. Le héros agréa la récompense et la distribua a ses compagnons d'armes.

A peine le génie de Tarnowski eut-il dompté la rébellion des Yalaques. que les Moskovites entrèrent en Lilvanie (1554- 1536). — Apres la mort de Basile, tzar de Moskovie, Outschina, régent du tzarat pendant la minorité du jeune tzar, pénétra jusqu'aux environs de Wilna. Les Litvanicns, effrayés de cet événement, demandèrent au roi de leur donner pour chef le vainqueur des Yalaques. Tarnowski, à la tète de ses troupes aguerries, entre à Wilna, et le grand général de Litvanie se soumet volontairement à ses ordres. A l'approche de Tarnowski, les Moskovites se retirent au fond de leur pays. Le gé-néral polonais les poursuit, prend le château de S ta m la et assiège Starodoub, où le régent et les principaux seigneurs moskovites s'étaient enfermés. La garnison, commandée et animée par tout ce qu'il y avait de braves en Moskovie, se défend avec courage. L'artillerie polonaise faisait peu d'effet contre les murs de la place, construits de poutres unies ensemble et soutenus par un boulevard de terre, lorsque, l'ingénieur Starzechowski s'étant avisé de mettre le feu à ces palissades avec de la pondre a canon et de la poix, la flamme poussée par le vent devint tout à coup si violente, qu'une grande partie des fortifications tomba en poussière ; le feu pénètre déjà jusqu'au milieu de la ville, les soldats polonais passent à travers les débris fumants, la crainte s'empare des ennemis, te régent et les seigneurs moskovites, évitant la mort cruelle dont l'incendie les menaçait d'une part, tandis que le feu des soldats les pressait de l'autre, se rendent à discrétion. Les Polonais emmenèrent soixante mille prisonniers de tout âge et de toute condition, avec un butin immense. Les troubles suscités en Pologne par les intrigues de la reine ne permirent pas au roi d'envoyer des renforts à son général victorieux : les succès de Tarnowski n'assurèrent pas à la Pologne tous les

avantages qu'elle pouvait en retirer, et même la ville importante de Smolensk demeura au pouvoir des vaincus.

Tels étaient les exploits militaires de Tarnowski. Si on examine sa vie politique, on retrouvera encore le grand homme dans le conseil du roi, sur le siège de sénateur. Défenseur zélé des libertés publiques, il réprimait la licence et s'opposait de tomes ses forces aux débordements de la démocratie nobiliaire. Cette noblesse, qui prêchait l'égalité fraternelle, tendait visiblement à l'asservissement complet des bourgeois et des paysans : confondant son intérêt avec celui de la république, elle seule vouhlit être libre et s'arrogeait à elle seule l'honneur de défendre la patrie et le droit de régler les destinées de la nation. La liberté d'une seule classe de citoyens, à cùté de l'esclavage absolu de la glèbe ; cette liberté sans bornes devait tôt ou lard amener l'anarchie, et par la suite l'anéantissement de la puis sance publique. La noblesse même commençait à être divisée en deux partis distincts, qui, bataillant entre eux, paralysaient par leur lutte acharnée les mouvements de la machine politique, dont les rouages mal assortis et privés de liberté menaçaient de rompre leur jeu à chaque instant. Plusieurs seigneurs polonais, dérogeant aux anciennes coutumes du pays, et blessant la susceptibilité de leurs frères cadets en noblesse, briguèrent les litres étrangers de princes et de comtes. Mais ce qui n 'était que sentiment d'orgueil chez les uns, était peut-être un calcul politique chez Tarnowski , qui voulait renforcer le principe aristocratique pour opposer un contrepoids utile au mouvement démocratique. Quoi qu'il en fût, ses nombreux ennemis, et Kmila, palatin de Krakovie,à leur tête, jaloux de sa gloire et de son influence dans le conseil du roi, l'attaquèrent vivement et cherchèrent à discréditer son nom auprès de la petite noblesse, dont ils se disaient les patrons. — Les beaux jours du règne de Sigismond étaient passés : la reine, d'origine italienne, belle, pétillante d'esprit, orgueilleuse, avide de gouverner et d'une cupidité insatiable, acquérait tous les jours plus de crédit auprès d'un roi courbé par l'âge : trafiquant de toutes les charges, semant partout la discorde et les soupçons, elle travaillait à perdre dans l'esprit du roi tous les grands hommes qui avaient illustré son règne. L'injustice n'ébranla point la fermeté de Tarnowski , et quand les cent cinquante mille genlilhorames, rassemblés aux eu-

virons de Léopol, par les ordres du roi, pour la défense de la pairie, ne présentèrent qu'une multitude de mécontents, de mutins, armés de plumes, de papiers, de livres et d'instruments de privilèges, Tarnowski seul prêta son appui à la majesté chancelante du trône : cependant la malveillance prévalut, et Tarnowski fut tellement abreuvé de dégoûts, qu'il était sur le point de vendre tous ses biens et de s'expatrier en Bohême. La mort de Sigismond le détourna de ce projet, et le vieux serviteur de la royauté trouva encore plus d'une occasion d'assister le jeune roi dans les diètes orageuses qui suivirent le couronnement.

Fidèle à la croyance de ses pères, il ne poussa jamais le zèle religieux jusqu'au point de tolérer les abus du pouvoir ecclésiastique. Lorsque Stanislas Orzechowski, chanoine de Przemysl, cité en justice par son évéque pour avoir contracté les liens du mariage, appela de celte cause an sénat, après avoir décliné le jugement des prêtres, Tarnowski appuya la motion qui défendait aux évéqnes de prononcer dans les matières qui touchaient l'honneur et la vie des ciloyens ; et lorsque plus tard le peuple de Krakotie, suscité par les prêtres, égorgea les Juifs, accusés d'avoir acheté une hostie et de l'avoir percée 1 d'épingles, Tarnowski, déjà courbé sous le poids de l'âge, Cl une éneigique réclamation : il se plaignit qu'on n'eût pas abandonné a Dieu le soin de punir une offense qui passait la faible intelligence humaine ; il proposa la motion d'écarter du sénat lesévêques qui, assujettis à une autorité étrangère, ne pouvaient bien vouloir à la patrie et lui porter un sincère intérêt.

La maison de Tarnowski fut toujours l'asile des vertus domestiques et d'une généreuse hospitalité. Jean de Zapol, forcé par Ferdinand, son compétiteur à la couronne de Hongrie, de chercher un refuge en Pologne, s'adressa à Tarnowski, et celui-ci, malgré les réclamations me naçanies de la cour de Vienne, accueillit l'illustre fugitif avec la plus grande magnificence; nonseulement il lui céda la jouissance de son château, de son argenterie et de lu ville de Tarnow, mais encore il lui fournit, pendaul cinq mois, tout ce qui pouvait servir aux besoins et aux plaisirs d'une vie splendide. Jean de Zapol ne se montra pas ingrat ; redevenu roi, il accorda aux habitants de Tarnow des franchises pour le transport libre des marchandises et des vins de la Hongrie, et envoya à son hôte un don vraiment royal :

c'était un bouclier en or et un bâton de mandement qu'on estimait à 40,000 ducats.

Ami éclairé des arts, Tarnowski dota convena- Ueroent l'école de Tarnow, qui, fondée en 4531 par les soins de Martin Lyczko, curé de Tarnow, m comptait qu'un seul professeur portant le litre de recteur, et dont la nomination dépendait de l'Université de Krakovie. 11 recherchait ii société des savants, assurait leur existence, encourageait leurs travaux, et, si l'on doit croire Warszewicki, écrivit lui-même l'histoire de son temps : la perte de cet ouvrage, s'il existait réelne saurait être assez regrettée.

Le témoignage d'Oraecbowski, que nous avons cité plus haut, sur la prospérité des villes et des villages qui appartenaient à Tarnowski , suffit pour faire apprécier le caractère et les vertus privées de ce héros. Aussi, quand relie vie glorieuse s'éteignit en 1561. le deuil lut général, la musique se tut, les bals furent suspendus, et le peuple , le meilleur appréciateur du mérite , s'écriait en pleurant : < Notre brave Jean est mort ! Qui nous défendra maintenant contre les incursions des Turks, des Tatars et des Moskovites ? »

Xavier Godrbsei.

ALDONÀ,

LÉGENDE LITVANO-POIXXNAISE DU XXVe SIECLE. (Imité du polonais de François WEZYK.)

• Oit to ryceriu Litwy,

• 7. lackiej «rracajaa hil»y

• l'ailla gofy uuoaiaa nid glowfjî

• T«oj kob , bielaiy cul auieju ,

• Wiit»y «yiciga « biegu , . Iikry aypie nc.iiile podkon*? .

inifm pogon Litwînow.

Nmmk palan <Jta lyno* ; l'ataai jttici* lecbicka. kr»ia ilytni ; Niecb lie. wcteanie poioij», S krwil. co aitf (Ira Uc maj-l teiodrie, jikLIe,

A gdy Irgne, w kurhmie «

Kîecb t«*ieai4 d* acianie Tru miect obuk a lemMiieoa i koaa,-

II» raty tohtri*,

Nietbaj po tuoie nie plaça a. , l.tci uki dir a«ym diieciom prayoio»»..

« Gdiiei to o»l« B«j biafy

• Leciaz k lile«»ki«'j akefy?

• Twoj diiob j«oj jak ottrai u wtocini , > Leri l"« picraj i itpooy

• Znoj otipecil enrwooy.

Jtfletn ora*l polakow,

Sptoao do aiotnkb* plikow, L Jol)i| «ieacif,, bo a uataycb wygraoa,.

Zariett motri, wu^trinoaci,

Diiob wjuntin o koaci , Piera i aapony niech m krwi aoiuna..

Tu kr«w i liUwlkiej iy\j !

Nioae pnyaraak len mily Ni probke. dit mjch ortit , mjcb dti«ci ,

Nieeh akoaiiuj*. Litwioe \

Mojt ton* orlioa Wott po retita. tdobycty poleci.

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