‹ La Pologne, historique, littéraire, monumentale et pittoresqueChapitre 45 sur 105 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

accordé cette permission ; c'est donc en son nom que je viens vous annoncer que demain au soir vous devez vous préparer à partir pour Thorn.

— Grand Dieu ! sitôt ! Gomment, on me condamne à m'ensevelir vivante 1 Mais pourquoi ne m'ont-ils pas tuée, ils m'auraient épargné un crime !

— Soumettez-vous à votre destinée, Biruta : Dieu vous envoie un moyen de salut ; pensez à

'l'éternité, i

Biruta releva fièrement la tête, et son regard perçant plongea dans le cœur du Tentonique.

< Ge que je vous dis m'est inspiré par mon attachement. Qu'espérez-vous de ce monde? Si vous vous abandonnez à votre passion, vous sacrifiez la vie éternelle. Séparez- vous de ce monde où tout n'est qu'illusion, où le bonheur n'est qu'un rêve; allez dans ce pieux asile. Là, plus de mécompte, puisqu'il n'y a plus d'espérance; vous prierez, et vous attendroz avec calme la fin de vos douleurs.

— Vous croyez dooe que tout est perdu pour moi?

— Oui : le grand-maître et le» ko ml tirs ont prononcé, et leur parole est une sentence irré-

— Le graad-maltre et les komturs t Mais leur voix est-elle la voix de Dieu ? leur volonté estelle un arrêt du destin ? le grand-muttre a-t-it une puissance égale à celle de Dieu ? Jamais, je le jure, je ne me ferai religieuse ! Mieux vaut t mort volontaire que do se laisser mettre au beau toute vivante.

— Biruta, j'ai pu renoncer à votre amour, mais je ne puis renoncer an salut de votre âme : ne blasphémez pas ; vous êtes trop grande pour vous abaisser au suicide.

— Vous avez raison, Werner : il ne faut pas dire, cela a l'air d'une menace; il faut ngir. Lïndiguation ei la douleur m'ont égarée. J'aurai du courage, je saurai souffrir. Adieu, Werner! La croix des Teuloniques ou le voile des religtei nous sépareront éternellement. Pourquoi sommes - nous revus , puisque je dois vous perdre pour jamais ! Adieu donc, mon généreux ami ! Mais encore un mot : Kieystut vous a frappé sans vous avoir reconnu. Pardonnez-lui : ah! grâce, pardon pour lui ! »

Des larmes mouillèrent les yeux de Werner ; il prit lu main de Biruta, la pressa sur sa croix et partit.

2flg LA PC

On fat inexorable pour Biruta, 'et le jour indiqué elle partit accompagnée d'Anoa et escortée par quatre cavaliers; on ne permit pasaWalguna de voir sa fille seule, et ils se firent leurs adieux en présence d'un Teutonique.

Le chevalier Blumenthal commandait la petite troupe commise a la garde de Biruta. Le commencement du voyage se passa assez gaiement, du moins de la part du chevalier qui tâchait de se rendre agréable a sa prisonnière ; mais, arrivés à Graudeou, Blumenthal devint pensif, soucieux et évita toute conversation avec Biruta. Quand venait le moment du repos, on s'asseyait sous les arbres de la route, mais Blumenthal ne permettait pas qu'on dessellât les chevaux. A cliaque instant il jetait des regards inquiets autour de lui, car c'était à Graudenlz qu'il avait appris que les Litvaniens se portaient sur la rive gauche de la Wistule ; on disait même qu'ils voulaient profiter de la grande foire de Danlzig pour s'emparer de cette ville. Blumenthal, sans croire aveuglément à cette nouvelle, redoutait l'audace de Kieystut. En conséquence, il hâta le voyage, dans la crainte d'être surpris par les Litvaniens. Comme on le pense, il ne faisait point part de ses préoccupations à Biruta, et elle, absorbée dans sa douleur, restait indifférente à tout ce qui l'entourait. Anna, malgré le désespoir de son amie, paraissait rayonnante de joie, elle se sentait des pressentiments de bonheur, et ses yeux confiants se portaient sur Biruta, en lui disant : Espérez, ne perdez pas courage, je vous en conjure ; le Ciel n'a pas prononcé, la porte du couvent ne se fermera pas sur tous; je crois aux miracles, j'y crois pour vous 1 C'est avec ces paroles d'espoir qu'elle cherchait à consoler la pauvre victime. Le ton de certitade avec lequel s'exprimait Anna étonnait et tranquillisait presque Biruta, mais elle ne pouvait pas comprendre sur quoi reposait son espoir, et quand [elle interrogeait Anna, celle-ci répondait : Vous verrez.

Après une halte de quelques minutes, Blumemhal ordonna qu'on se mit en.route. Mais à peine les cavaliers étaient-ils montés à cheval, quon aperçut des tourbillons de poussière qui obscurcissaient tout l'horizon. Bientôt des détachements de cavalerie vinrent attaquer l'escorte; les chefs de la troupe portaient le costume teutonique, mais, à leurs petits chevaux litvaniens,

il était facile de reconnaître la ruse : celai qui commandait était d'une haute stature et portait la visière baissée. D'une voix de Stentor, il cria en avançant : < Déposez les armes, si vous voulez la vie ou la liberté ! » Blumenthal, pour toute réponse, ordonna qu'on se mit en défesie. Ce combat inégal ne dura pas longtemps. Blumenthal fut renversé de son chevalet ses cavalier» furent désarmés.

Biruta avait reconnu Kieystut avant qu'il put l'approcher. Mais, levant sa visière et veauti elle, il lui dit : « J'ai tenu ma parole, Birett; comme prince, et comme vainqueur, je viens pour briser vos fers. Trois châteaux teutoniqies, au delà de la Wistule, sont en flammes, ils sertiront de flambeaux à notre hymen. Un mouvement mal combiné, une faute des miens est cause que je ne vous apporte pas les richesses de Daslr zig. Mais grâces en soient rendues aux dieu, j'ai ressaisi mon plus cher trésor!

— Prince, je vous dois plus que la vie 1

— - Vous êtes mon épouse, Biruta, suives-moi ! liberté, amour, puissance, vous aurez tout, vous partagerez le trône et la puissance de Kieystut. Mes sujets vous attendent à Troki pour siluer leur souveraine, venez, Biruta; » et se retournant vers sa suite, il dit: t Korigellon, faites avancer le cheval de la grande-duchesse.

— Montez, Biruta, dit Kieystut, j'ai atteint le but de mon expédition, je ne veux pas retarder l'heure de mon bonheur. C'est donc loi, Abm, qui m'as réuni à Biruta ; approche-toi, reçois mes temerclments. Oui, Biruta, c'est à elle que je dois tout, c'est elle qui m'a instruit de votre départ de Marienbourg, c'est elle qui m'a dit que vous espériez en moi. Tu ne retourneras plus à Marienbourg, bonne Anna, je te rendrai a la famille ; le duc de Mazovie, mon gendre, est déjà informé de ce qu'il doit faire pour toi; sois tranquille , ma reconnaissance ne te manquera jamais.

— Je suis de moitié dans vos sentiments pour elle, dit Biruta, mais j'ai encore une grâce à vous demander.

— Parlez!

— Le chevalier qui m'accompagnait a cherché à adoucir ma position .

— Il sera libre ! » et voyant que les Litvaniens s'approchaient de lui pour le garrotter, il le«f dit: « Laissez ce Teutonique, je rends la liberté à lui et à ses cavaliers ; je ne veux pas avoir a n»« reprocher le malheur de quelqu'un quand je

une ère de

merciez votre grand-mattre, ila été plein de courtoisie, car s'il ne m'eût envoyé ma fiancée a mii, j'aurais été la chercher a Harienbourg. de ma part Werner von Windeken, le il a été victime n'était point dans ma volonté, une fatale erreur en est cause; je sois heureux qu'il ait survécu. Bon voyage, chevalier Blumenlbal. •

Blnmenthal mordait ses lèvres de dépit, et n'osait répondre.

t Chevalier, je vous remercie pour vos bons procédés, dit Biruta à Blnmenthal. Parlez de noi a mon père, et défendez-le contre d'injustes soupçons, vous voyez qu'il est innocent. > Puis elle ajouta à voix basse au moment où Kieystut s'éloignait :•• Dites à mon père que je serai toujours chrétienne, un Irène ne me fera pas renier mon Dieu. •

Ayant dit ces mots, elle monta à cheval. Les Litvaniens l'entouraient et la contemplaient avec admiration. L'expression qui animait Biruta la rendait plus belle, plus majestueuse qu'elle ne Tarait jamais été ; le bonheur de la liberté, l'espoir de la donner un jour à sa patrie, l'espoir de convertir Kieystut à la foi chrétienne, tous ces sentiments remplissaient son ame et se reflétaient sur son beau visage.

Vers le soir on arriva sur les bords de la Drwença, que les Litvaniens franchirent pour gagner le duché de Mazovie.

Quand Blumenthal raconta à Marienbourg l'enlèvement de Biruta et les ravages que les Litvaniens exerçaient au delà de la Wistule, les Teutoniques furent transportés de honte et de colère. Mais personne ne sentait l'offense plus vivement que Schindekopf, il accusait le grandmaître ; sa généreuse conduite envers Kieystut, disaii-il, était cause de tous ces malheurs; sa rage était telle qu'on craignit un moment qu'il ne devint fou, comme cela était arrivé au grandmaître Rodolphe. Winrich, pour adoucir la douleur de son ami, lui permit de faire une excursion en Samogitie ; il accomplit cette infernale mission, et elle lui valut dans les chroniques litvano-prussiennes le surnom du plus sanguinaire assassin des Litvaniens. Ne trouvant pas de résistance en Samogitie, car les troupes litvanienoes étaient rassemblées près de Grodno, il mit à feu et à sang les trois districts qui composent

Kieystut, accourut pour venger tant de crimes; il atteignit les Teutoniques au passage du Niémen, il s'empara de leur butin, mais Schindekopf parvint a échapper.

Pendant que la Samogitie succombait sous les cruautés des Teutoniques, à Troki, dans la capitale de la Litvanie, on faisait les préparatifs du mariage de Kieystut. Toute la ville avait l'aspect d'une féte. Dans la vaste cour du château ducal, on avait élevé des arcs-boutants ornés de branches de chêne, et au fond on voyait la statue voilée de Perkonnas, entourée des Weidalotes qui tenaient un bouc noir et un coq noir couronnés de fleurs. Dans le vestibule, on avait placé la statue de Laïmela, déesse du mariage et du bonheur domestique; la tête de la déesse était ornée d'une guirlande de fleurs de lis et de roses ; des groupes de jeunes filles, vêtues de robes de lin, entouraient la statue, et au bas du piédestal se trouvaient les profondeurs oh l'on conservait les serpents domestiques. Une des jeunes filles versa du lait dans nne coupe, et aussitôt les serpents affamés se jetèrent dessus en levant la tête pour regarder les spectateurs; l'augure était favorable, et en même temps on aperçut deux cigognes qui fendaient l'air, en allant de l'est à l'ouest au-dessus du château 1 La joie des prêtres fut au comble, les jeunes filles entonnèrent des hymnes sacrées, les dieux souriaient à l'hymen de Kieystut!

On ouvrit les portes de la grande salle, et Kieystut , revêtu des attributs de son rang , entra suivi par son frère Olgerd et par les principaux Litvaniens ; il marcha droit à la statue de Perkounas et s'inclina trois fois. Un des Weidalotes lui présenta une coupe d'or remplie de sang de bouc, il la versa sur le feu sacré, et la flamme tourbillonna en l'air ; le sang du coq fut également répandu, et tous les augures furent favorables. Les entrailles du bouc et du coq furent jetées au feu, et la coupe d'or fut donnée en présent à Kriwe-Kriweyto. Alors, on entendit le son de la trompette, le voile de la statue de Perkounas tomba, le peuple se jeta la face contre terre! La trompette sonna encore une fois, et le peuple se releva.

cette province, et poussa la cruauté jusqu'à faire ( Kieystut, après avoir fait trois saluts, dit : t Roi écarteler les habitants. Enfin Patrik, fils de | du ciel qui commandes au tonnerre et aux orages.

ta fondra contre nos ennemis, disperseles par le souffle de les orages! Donne à ion peuple le signal de la victoire ; daigne nous prouver que tu as exaucé nos prières ! » Et les étincelles du feu se répandirent en éclats sur son manteau. Le peuple poussa des cris de joie, et les grands de la suite enlevèrent Kieystut et le portèrent en triomphe dans une salle ornée des trophées pris sur l'ennemi. Kieystut, après cette ovation, alla en personne chercher Biruta.

Birula, revêtue des habits royaux et entourée par les femmes de la cour, attendait le grand-duc; il se présenta devant elle, la prit par la main, et lui dit : « Aujourd'hui est un jour de bonheur et de gloire ; mais demain la vengeance, demain la guerre. » Biruta, pour toute réponse, serra la main de Kieystut. Après cette entrevue, Kiesytnt et Biruta se rendirent dans une salle où étaient réunis tous les grands de la Litvanie. Kieystut s'approcha de son frère Olgerd, et lui dit : « Frère et seigneur, voici l'épouse que j'ai choisie avec votre permission; à titre de frère aîné, je la coofie à votre amour fraternel. — Frère, reprit Olgerd, que les dieux te récompensent en elle de tout ce que tu as fait pour la patrie et pour moi. Le bonheur que te donnera Biruta comblera les voeux de tes sujets. » Puis, se retournant vers l'assemblée, il dit : < Rendez hommage à la grande-duchesse : c'est elle qui ordonne ici, moi je ne suis plus que son bote. Des cris d'allégresse partirent de toutes parts, et chacun se prosternait en passant devant le trône on était assise Biruta.

Après cette cérémonie, Biruta, Kieystut et Olgerd montèrent à cheval et parcoururent les rues de la ville, aux acclamations du peuple qui se portait en foule sur leur passage. Des festins splendides au château, des fêtes, des réjouissances publiques terminèrent cette grande journée.

Au milieu de ces pompes et de ce bonheur apparent, Kieystut avait de graves préoccupations; il sentait qu'il ne lui était pas possible de proclamer la religion chrétienne, sans soulever toute la nation. Sesintérèts politiques lui faisaient un devoir de ménager les croyances et même le fanatisme; car, sans le concours de son peuple, comment pourrait-il triompher des Teutoniques? Mais toutes ces raisons d'état ne lui firent pas renoncer a faire bénir le mariage de Biruta par un prêtre chrétien.

Pendant la captivité de Kieystut, Patrik et Olgerd avaient réuni une armée considérable pour

tenter de le délivrer. Son évasion miraculeuse, non retour inespéré, ne calmèrent pas la haia« des Litvaeiens, et les préparatifs de guerre se con t inuèren t. On fit venir les Russie ns et I e s T a tan de Krimée avec leur khan, qui voulurent btea être les auxiliaires des Litvaniens. Ces fores réunies montaient à soixante-dix mille hommes. L'armée fut divisée en deux corps : le premier, commandé par Olgerd, devait marcher sur Koenigsberg; le second, sous les ordres de Kieystut, devait marcher sur le Nathangen. Ces deux corps devaient ensuite se réunir entre le Niémen et le Pregel. Cette combinaison fut conduite avec le plus grand mystère, afin de surprendre les Tcuioniques. Le lendemain des fêtes on quitta Troki. Biruta accompagna Kieystut. \

Cette levée de boucliers mit l'Ordre teutonique en péril ; jamais plus imminents dangers ne Pavaient menacé. Aussi voyait-on des courriers sur toutes les routes, qui ordonnaient de faire de nouvelles recrues. Quelques troupes arrivèrent de l'Allemagne et de la 8uède. Maie, malgré tous leurs efforts, l'armée teutoniqne ne monta pas au delà de cinquante mille hommes. L'infériorité du nombre ne décourageait pas les Teutoniques, car ils avaient un avantage immense sur les Litvaniens, ceux-ci ne possédant point d'armes à feu, et les Teutoniques en étaient munis abondamment.

Le grand-maltre, prévoyant que les premiers coups tomberaient sur la fertile Sambie, réouit tontes ses forces dans les en virons deKoenlgsberg, et il envoya Schindekopf vers la Samogitie pour y attendre la première invasion. Le mouvement de Schindekopf n'eut aucun résultat, car Olgerd retardait les hostilités dans le dessein de contenir l'ennemi du coté de la Samogitie. Kieystut se dirigeait sur Grodno à marches forcées, et avant que l'ennemi pot soupçonner son approche, il attaqua le château de Johannisboorg et s'ea empara.

Le komtur Otto, réveillé en sursaut, sortit de sa chambre et vit les Litvaniens garrottant les Teutoniques sur la grande place. La rage le saisit, il court autant que sa jambe de bois le lai permet et poursuit Kieystut l'êpée à la main : « Monstre, lui dit-il, lu veux t'abreuver du sang

des chrétiens ! eh bien, frappe-mol! » et il découvrît sa poitrine.

• Vous êtes le komtur Otto, dit tranquillement Kieystut.

— Oal, c'est moi : assouvis ta vengeance, et épargne mes frères.

— Komtur, je sais que vous aimez d'une tendresse filiale un des frères de votre Ordre, je veux parler de Werncr vonWindeken. Moi aussi fui de l'affection pour lui, je lui dois de la reconnaissance et je vais m'ncquitler envers lui. Je n'Imiterai pas les Tectoniques qui traitent avec lwrbarie les prisonniers litvaniens. Je donne la liberté à quatre d'entre vous ; choisissez-les, le reste aura h» vie sauve, mais ils seront prisonniers de pierre. Ma reconnaissance pour Werner n'est pas le seul motif qui m'engage a en agir ainsi, je me rappelle encore Votre honorable défense lorsque j'attaquai autrefois le château, et aujourd'hui, ne vous êtes-vous pas conduit en brave? Kieystut honore le courage dans ses amis et même dans ses ennemis. »

Le vieillard, touché jusqu'aux larmes, choisit an sort quatre chevaliers, cl avant qu'il arrivât au camp du grand-maître pour lui annoncer la fatale victoire des Litvaniens, Kieystut avait déjà pris le fort d'Orlstelbourg et avait fait sa jonclion avec Olgerd. Olgerd, par un mouvement inopiné, repoussa Schindekopf, et les deux corps d'armée litvanfenne assiégèrent simultanément le fort de Rudawa.

Les Teutoniques, enfermés à l'est par le Niémen, à l'ouest parle Prégel, ayant derrière eux la mer Baltique et au front les Litvaniens, se trouvaient dans une position désespérée. Tonte temporisation eût été fatale, il fallait vaincre ou mourir.

Le grand-maître quitta son camp situé près de Ftschbausen, et marcha sur Rudawa ; H parcourut les rangs de l'armée en encourageant chacun à faire son devoir. Pendant ce temps-là, les prêtres priaient et donnaient des absolutions aux troupes agenouillées, puis ils s'armèrent de la croix et se mirent en tête des colonnes. La trompette des Lhvaniens se faisait entendre et donnait le signal du combat.

Lespremierscoupsde Kieystut furent terribles, les centres des colonnes teutoniques furent enfoncés; tout pliait sous l'impétuosité desLitvaniens.lorsqne le courage et lesang-froid du grandmaréchal Schindekopf arrêtèrent le danger. Le combat dura depuis le lever du soleil jusqu'à

l'après-midi. Schindekopf, a la tète de la 'grosse cavalerie, tomba sur l'aile d'Olgerd; dans son détachement se trouvaient le vieux komtur Otto et Werner vonWindeken. Walguna commandait un détachement de réserve.

Les Tatars, effrayés de la contenance de la grosse cavalerie, cédèrent le terrain; Schindekopf en profita ponr attaquer Olgerd qui recula devant la violence de l'attaque.

Le grand étendart de Lilvanie planait au-dessus de l'armée du centre, ci c'est là que se portèrent toutes les forces de l'ennemi. Le vieux Otto et Werner se jetèrent en furieux sur ('étendait, et Otto parvint à s'en saisir. A celte vue, les Teutoniques crièrent victoire ; mais la défaite ne découragea pas Kieystut : lui et Olgerd se rallièrent et fondirent sur les Allemands; mais la terreur s'était répandue dans l'armée lit va» nienne, et le vénérable Gastold vint apprendre à Biruta que les troupes se débandaient. Aussitôt elle monte a cheval, rallie les fuyards et les conduit elle-même au combat. Kieystut la snpptiait de se ménager, la recommandait à Gastold, rien n'arrêtait son courage. L'armée, animée, électrisée par la présence de cette femme héroïque,' lit des prodiges de valeur; Kieystut se porta sur le corps de Schindekopf, c'était le plus terrible de tons ses adversaires : il visa au chef, et deux flèches lancées le blessèrent au visage; mais" Schindekopf les arracha et ne se rendit pas ; sa rage au contraire augmenta, et Kieystut voulut essayer un combat corps à corps. Il s'ap-î proche de son ennemi, lui brise son armure et I étend roide mort. Le vieux Otto prit le commandement, Werner était toujours à ses côtés; mais tous deux, après d'inutiles efforts, furent désarmés et faits prisonniers.

Quand les prisonniers furent conduits au camp litvanien, Werner aperçut sur le chemin un homme qui luttait contre la mort. Il s'approche et reconnaît Walguna : « Cet homme est le père de votre grande-duchesse, dit Werner aux Litva? niens ; permettez-moi de le secourir. » Mais tout! secours était inutile, Walguna n'avait plus qu'un moment à vivre : sa main défaillante fit signe à Wernerqu'il voulait parler, et, d'une voix éteinte, il prononça ces mots : < Adieu, Werner; si vous voyez jamais mon enfant, portez-lui ma béné-

diction!...

— Et votre pardon, dit Werner.

— Le pardon, quand je la condamne au fond de mon cœur l et c'est vous, vous, Werner, qui lui

avez conseillé d'abandonner son père, vous qui lui avez conseillé de se réfugier chez des païens. Un Teuionique !.. Mais je vous pardonne;* et en prononçant ces mots H mourut.

< Il est mort en blasphémant, dit le komtur Otto.

. — Pardonnez-lui, reprit Werner, il est mort comme il a vécu, avec la crainte de l'Ordre. >

Quand le combat eut cessé sur tous les points, les Allemands se retirèrent et les Litvaniens aussi , car, après avoir fait de part et d'autre des efforts surhumains, il n'était plus possible de livrer un combat décisif.

Celte bataille entre les Litvaniens et les Teutoniques est une des plus sanglantes dans les annales de ces peuples. Kieyslut commandait soixante-dix mille hommes, et le grand-maréchal, ayant sous lui vingt-six komturs et deux cent trente chefs, commandait cinquante mille Teutoniques. Malgré ces forces immenses pour le temps, la victoire resta indécise : cependant les

taille. Mais Kieyslut avait porté un rude coup à la puissance teutoniqoc, et depuis lors elle s'affaiblit à chaque nouvel événement.

La Lit va oie resta païenne, malgré les vœux de Biruta. 11 fallait encore un demi-siècle pour opérer la régénération chrétienne; il fallait encore un demi-siècle pour accomplir cette grande œuvre. Les Gis d'Olgerd et de Kieystut hâtèrent à Tannenberg et à Grunewald ce que leurs pères avaient commencé à Rudawa.

Werner, marqué au doigt de la fatalité ; Werner, chargé par le Ciel de toutes les missions douloureuses, dut apprendre à Biruta la mort de son père; Werner fut introduit dans le palais ducal. « Madame, djt-il en abordant la grandeduchesse, je viens encore pour faire répandre des larmes. Plus d'espoir, c'est le mot de mon âme, c'est ce mot qui nous sépare et qui nous rapproche toujours! Walguna n'est plus, et c'est moi qui viens vous apporter ses dernières bénédictions!— Mon Dieu! dit Biruta, donnez-moi de la force.» A ce moment Keiystut entra, il venait pour parler à Biruta de ses inquiétudes sur le sort de Werner. Werner, comme on l'a dit, était au nombre des prisonniers, elles Weidalolcs

voulaient que toutes ces victimes fussent immolées à leurs dieux. Que faire dans cette circonstance? Kieystut avait le peuple à ménager, car, après une victoire indécise, il fallait au moins te faire un rempart de l'opinion : la guerre était près de recommencer; où serait la force du souverain sans le concours du peuple? Kriwe-Kreweyto, qui voyait son pouvoir s'affaiblir par le mariage du grand-duc avec une chrétienne, excitait le peuple à la révolte et demandait des victimes pour apaiser les dieux. La politique de Kieyslut ne lui permettait pas de braver Kriwe- Krcweyto. Mais Werner, fallait-il l'immoler deux fois!... Biruta connaissait les tristes préoccupations du grand-duc, et quand Werner eut accompli son douloureux devoir, quand, encore une fois, il eut dit adieu à Biruta, Kieystut s'approcha d'elle et lui dit : c Pauvre femme, pouvais-je croire que mon amour vous causerait tant de chagrin ! Je sais ce que j'ai souffert, moi, homme, quand mon père est mort dans mes bras. Une arme à feu, cette infernale invention des Allemands, a tué mon père : c'est la source de ma haine contre les Teutoniques; ils sont cause aussi de la mort de Walguna... Mais qu'ils reposent es paix! et nous, Biruta, pensons à ceux qui souffrent et qui -vivent. Le sort de Werner doit nous occuper sans relâche.

— Quel espoir pouvez-vous avoir?..

— La volonté de Kieystut, c'est pins que de l'espoir. Demain, je me mettrai à la tête de ma cavalerie, et je me rendrai à Romnowe; vous m'accompagnerez avec Gasiold. Kriwe-Kre»

weyto, qui fut d'abord Weidaloto, m'a élevé ; Gédymio l'avait nommé mon précepteur, mais les événements nous ont depuis séparés, et j'ai su que des rapports vrais ou faux l'avaient souvent irrité contre moi; cependant, dans mon enfance, il m'aimait comme un ûls. > En disant ces mots, le front de Kieystut se rembrunit, puis il ajouta : < Ce n'est point ma faute* si ses sentiments pour moi ont changé ; le duc de Samogitie et de Troki ne pouvait toujours voir un précepteur dans Kriwe-Kreweyto : quelques victoires m'avaient émancipé, ce me semble? Demain, nous nous trouverons face à face avec Kriwe-Kreweyto, et l'homme parlera à l'homme. Je sais que les Weidalotes me sont hostiles, ils condamnent mes relations avec Werner et mon intérêt pour lui, et ils rendraient la liberté à tous les prisonniers, si je voulais leur sacrifier Werner ; il n'y a point de pitié, point de compassion dans leurs cœurs;

ce qu'ils veulent, c'est l'abaissement de Kieystut ; ils verront si je fléchis jamais ; ils verront si ma cavalerie est moins forte que le décret de Kriwe- Kreweyto. Tranquillisez-vous, Biruta, j'ai l'expérience de la vie ; trois fois j'ai été prisonnier; je ne croirai une chose impossible que quand j'aurai dit : C'est impossible/

— Vous êtes parvenu a vous échapper quand vous étiez en prison, pourquoi ceux qui vous intéressent n'auraient-ils pas le même bonheur?

— Ne comparez pas, Biruta !

— !.Oui, vous avez raison : vous étiez seul, et Werner ne voudrait pas abandonner le vieux komtur Otto!

— Confiez-vous à ma volonté ; » puis prenant liruta, il lui dit adieu, et sortit pour

ses ordres.

XVHl

Le» Weidalotes de Romnowe furent dans une grande perplexité, en apprenant que Kieystut arrivait à la tète de sa cavalerie ; on ne pouvait guère douter des intentions du grand-duc, car sa troupe était en partie composée de chrétiens dévoués à sa volonté. Les Weidalotes craignaient donc qu'on ne voulût délivrer de force les prisonniers, et dans ce cas il était bon de préparer le peuple pour qu'il s'y opposai. Mais Kieystut ne hasardait rien, et avant d'user des moyens extrêmes, il voulait proposer un accommodement ; dans ce but, il se présenta seul devant Kriwe-Kreweyto.

II parla d'abord en politique ; mais voyant que ce moyen échouait devant la haine et la passion, il rappela d'anciens souvenirs; il rappela les droits que donnait une ancienne amitié.

■ Consultez votre conscience, mon honorable père, dit Kieystut, et personne n'osera s'opposer 4 votre volonté. ,

—Je suis l'organe de la volonté des dieux, et je m'abaisse devant leurs oracles.

— Avec moi, dit Kieystut, soyez vrai; laissez jaittir la lomtèretde votre esprit pénétrant, et si, à l'exemple de vos prédécesseurs, vous alliez vous sacrifier sur un bûcher, je n'y verrais qu'une soif de gloire, et l'ambition de vous faire un née éternelle. »

Kriwe se tut; puis il reprit en affectant grande douceur : t Ma modération vous prouve

que je vous aime encore; cependant j'aurais pu vous rappeler ce que je suis, et arrêter la fougue de vos paroles; mais loin de moi cette sévérité ; je ne sens qu'un désir, celui de vous être agréable : pourtant je ne peux rien promettre. Vous craignez le peuple, Kieystut, vous redoutez sa colère, sans cela vous auriez déjà employé la force; mais si vous craignez le peuple, moi je dois craindre les Weidalotes. Comme vous, mon pouvoir est grand, mais il n'est pas égal à celui des dieux. Quand l'orage agile la mer, quand les flots menacent un navire, que doit faire un pilote expérimenté? il doit faire uue offrande aux dieux, pour désarmer leur courroux ! Telle est aujourd'hui notre position. Les dieux ont demandé du sang, et leur volonté est irrévocable ; mais une seule victime suffit, une seule, vous me comprenez. Adieu, mou fils, je vais me recueillir, et dans peu l'oracle aura parlé par ma voix.

— Une seule victime, se dit Kieystut, je me soumettrai; mais par Perkounas, que ce ne soit pas Werner, car si le sort le désignait, je prouverais au monde que je ne crains ni le peuple, ni l'enfer. »

Pendant qu'il réfléchissait aux moyens qu'il emploierait, Gastold arriva avec Biruta ; ils venaient de faire des tentatives pour favoriser l'évasion de Werner, mais il était gardé si sévèrement par les Weidalotes, que rien ne .put réussir.

Sur les bords de la Niéwiaza, s'élevait Romnowe, la capitale sacrée du paganisme litvanieu ; elle avait été construite sur les débris de la Romnowe prussienne, détruite jadis par la fureur des Teutoniques.

C'est là, dans une antique forêt, et au pied d'un gros chêne, que se trouvaient les trois principales divinités païennes : Perkounas, dieu de la foudre; Poirimpos, dieu de l'abondance, et Pikiellos, dieu des enfers et du malheur. Un voile dérobait les statues aux yeux du peuple ; les Weidalotes supérieurs, appelés Sigonotes, composaient le conseil de Kreweylo, elles souverains avaient seuls le droit d'en approcher. Les habitations des Weidalotes étaient dispersées ça et là, et à l'extrémité de la forêt se trouvait un palais destiné à recevoir les grands-ducs quand

ils arrivaient pour apporter leurs offrandes à Kriwe-Kreveyto. Vis-à-vis du palais s'élevait le château de Kriwe, qui surpassait en magnificence celui des grands-ducs. Auprès du cliâieau on apercevait une pelile tourelle en briques, c'est là qu'on gardait les prisonniers condamnés au feu, et an milieu de la plaine était réservée une place entourée d'une haie vive et impénétrable où on consommait les sacrifices. Deux avenues y conduisaient : l'une pour le peuple, et l'autre pour les prêtres.

Au lever de l'aurore, une foule innombrable se pressa autour du temple ; la cavalerie de Rieystut entoura toute l'enceinte, elle attendait le premier signal pour délivrer les prisonniers. Treize bûchers étaient dressés; celui du milieu, qui dominait tons les autres, était destiné au komtur. Quatre pieux fixés par des anneaux de fer dépassaient les bûchers; on attachait là les quatre pieds du cheval, et le cavalier enchainé à sa selle brôlait sans pouvoir faire un mouvement.

Le peuple attendait avidement le moment du sacrifice, et Rieystut seul savait qu'on n'immolerait qu'une victime. Tous les prisonniers se préparaient donc à la mort, ils se confessaient et s'absolvaient mutuellement, «'exhortant ù mourir en vrais chrétiens.

Le vieux komtur Otto el Weruer, avaient été placés, grâce à l'intervention de Gastold, dans une prison plus spacieuse et plus commode que celle des autres prisonniers. Les deux amis souffraient moins depuis qu'ils étaient réunis; ils parlaient du passé, ils parlaient de ce grand château abandonné où le komtur avait passé ses premières années ; ils parlaient du couvent de Nonnenwerth et de la sœur Marie. Un jour qu'ils s'entretenaient avec plus d'épanchement, plus d'effusion que de coutume, ils furent interrompus par un coup qui retentissait sur un écusson d'airain : c'était un signal de mort ( On avertissait les prisonniers que le moment de l'exécution était veau. Le komtur leva les yeux au ciel et dit à "Werner : « L'éternité va bientôt commencer pour nous, mais auparavant je vais te révéler tous les secrets de mon cœur. J'ai observé religieusement des vœux téméraires ; je dis téméraires, cor un homme ne peut promettre toute sa vie. Oui, Werner, j'ai renoncé à tous les bonheurs de ce monde, mais tu n'imagines pas ce qu'il y avait d'amertume dans mes regrets; et je pleurais sur toi plus que sur moi-même, toi pauvre enfant

sans nom As-tu lu dans mon âme, as-tu cher

ché en moi les caresses d'un père ? viens donc dans mes bras, mon fils, mon Werner, viens te ranimer à mes embrassements, je sais ton pèré, et sœur Marie était ta mère... Mon (ils, continua Otto, pendant que Werner sanglotait dans ses bras, depuis vingt-trois ans je lutte avec moi-même. Je t'appelais à moi et je n'osais te presser contre mon cœur ; ton courage, tes vertus me remplissaient d'orgueil, et ma tendron paternelle ne pouvait lo récompenser. Mats aujourd'hui, à l'heure de la mort, l'âme n'a plus de secret, tu sais tout, tu sais si je t'ai aimé, tu ak si je t'ai plaint. La vie toujours cruelle, le monde toujours injuste nous ont séparés, mais la mort nous réunira.

— Grâces soient rendues à Dieu» répéta WeN ner ; bien heureuse la mort, le passé n'est plus rien. Mes pressentiments ne m'ont point trompé, j'avais pour vous un attachement filial, et je ne séparais pas votre pensée de la sœur Marie : vous deux vous étiez mes deux chères affections. Je n'osais vous interroger sur ma naissance, j'attendais, j'espérais vos aveux.

— Je devais me taire, car telle était la Voloaté du grand-maître, et si j'avais révélé ta naissance, l'Ordre n'aurait pas voulu l'admettre dans ses rangs. Mais laissons le passé, jouissons d'un instant de bonheur, premier et dernier bonheur de ce monde: Dieu nous pardonnera cet épanchement. Viens, mon fils, viens sur le sein de tofc père, ne l'éloigné pas de moi. Ah ! si on voulait nous laisser mourir ensemble 1

— Je m'attache k vous, mon père, rien ne pourra plus nous séparer...

— Ils sont trop cruels pour nous mettre sur le même bêcher!

— Dieu nous réunira, mon père, mais d'Wfc j'en serai toujours séparé !..

— Tu penses à Biruta dans ce moment f..

— Pardonnez-moi, mon père, j'ui sacrifié mon amour au devoir d'ici-bas, mais mon âme n'a pas renoncé à son âme!

— Regarde, le jour commence à poindre; élève tes pensées vers Dieu, oublie la terre, réternité te menace ou l'appelle !..»

!>e père et le fils s'agenouillèrent, et dirent les prières de la mort; quand th eurent lai h dernière oraison, les Weidalotes Outrèrent et apportant deux manteaux de Teutoniques pour en revêtir les prisonniers qui devaient aller i la mort avec le costume de leur Oréto. t Habtttes-

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ïoûs vite, dirent-ifs, vous qui serez immolés aux djeux. Réjppissez-vous, vous pourrez contempler Perkounas. Allons, hâtez-vous, car l'airain va repentir. »

Les deux prisonniers se préparèrent à la mort avec un courage 4e martyr; ils s'armèrent, se revêtirent de leurs manteaux, et furent prêts au premier signal, Le son lugubre se fit eptepdre, et le benpisseraeut des chevaux leur apprit qu'on les attendait. < Ce n'est point le hennissement de mon fidèle coursier, dit Otto; il a bien fait de mourir sur le champ de bataille, il ne partagera pas mes douleurs d'aujourd'hui.

— Batez-vou»,ou vous attend,» dit un Weïda* lote en entrant dans la prison. Les deux prisonniers sortirent, et trouvèrent pnze Tputonique» qu'on allait mener au sacrifice. Le komtur leur doupa sa bénédiction, et après s'être embrassés, ils se dirigèrent vers le lieu de l'exécution.

Olgerd, Kieystuf et Biruta, entourés de leur cour, vinrent occuper les places qui leur étaient destinées pour la lugubre cérémonie.

Biruta venait là comme un condamné qu'on conduit au supplice ; elle s'était défendue, elle avait résisté tant qu'elle avait pu aux instances de Kieystut ; cependant elle dut céder, car Kieystut lui prouva que son absence pourrait être prise comme une offense envers les dieux, et par suite amener un soulèvement dans le peuple ; mais il lui jura solennellement qu'aucun prisonnier ne serait sacrifié. Tranquillisée sur le sort de Werner, Biruta se résigna.

Dès que les princes furent pssis, un Weïdalote, habillé de blanc, frappa trois coups sur lecusson d'airain. Un silence général succéda au bruit: c Kriwe-Kriwcyto a consulté les dieux, dit te Weîdalote, et que tout s'abaisse devant la volonté du ministre sacré de Perkounas!.. » A ces paroles, le peuple se jeta la face contre terre, et les princes inclinèrent la tète. Lp Weîdalote frappa encore trois coups sur l'écusson d'airain, et te peuple se releva ; alors des fanfares annoncèrent l'arrivée des prisonniers. Douze Tcutoniques, précédés par le komtur, entrèrent dans l'enclos, et derrière eux marchait à pas comptés la cavalerie de Kieystut ; lesWeidalotes suivaient de loin ce cortège.

Le plur. figé des Sigonolcs, celui qui avait la

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