‹ La Pologne, historique, littéraire, monumentale et pittoresqueChapitre 46 sur 105 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

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première dignité après, Krjwe-Kriweylp, souleva le voile sacré, et se présenta devant les prince», suivi par les Weïdajotps : f Pripce», iJit-U, les dieux ont prononcé, et Krrweyto ya vpus (aire connaître leur volonté; mais avant que sa voix se soit fait entendre, il fpqt que tous lesfcomracs armés quittent l'enclos.

— Dites à Kriweyto, répqndit Kiey»,W en se levant, que le duc de Saraogitie ppspetfe et bot nore l'interprète des dieux, mais que ses, soldait les braves entre tous les braves, doivent rester ici ; caf ils y sont venus pour consacrer leurs glaives, afin de se préparer p de noçvpapx com-r bats.

» Ils n'opt point pffepsé Perkounas, et ils, ne redoutent pas Giltyna (déesse de la mort). Me$ soldats doivent être où je suis. Le peuple attend l'oracle des dieux. >

Les prêtres, tout confus, disparurent en uu instant sous Je voile sacré. Qp fit placpr le» Te* toniques en face des bnphpr», et le» Weîdalote»» des flambeaux à 4a main, les entourèrent en atn tendant le sigpal. La multitude avait le» yeux fixés sur le chêne ; le Sigopote éleva ja voix et dit :

t Princes, seigneurs, ministre», pt toi, pflPpbl de la Litvanie et de la Sapaogitifi, Kriwe-Âriweyio, serviteur des, dieux, et notre maître à tous, a consulté Perkouoa», et il vou» fait connaître par moi sa volonté* Le» dieux ont prononcé, une seule vjctf me doit mourir, une seule apaisera leur courroux et nous les rendra f»r vorables I » Le peuple écoutait dans le recueillement la voix du prêtre.

LcSigonote s'approche des prisonnier» fit leur dit : :,

« Le» dieux ont eu pitié de vous, une victime leur suffit, les autres vivront dan» le» prison» du vainqueur. Le sorf va décider lequel de voua doit périr-

— Pourquoi p'eu remettre au hasard ? s'écria Otto, Jtfoi, je veux mourir I » >

Le prêtre regarda le vieillard et lui dit avec un sourire ironique : < Le bœuf et le bouc qui vont au sacrifice doivent être jeunes et bien portants; à toi, il te manque une jambe et ta as des années de trop. Au reste, le sort en débridera. > H prit une urne, et, s'daressant aux Teutoniques, il dit : c Que le plus jeune d'entre vous tire le premier.

— Je suis le plus jeune, dit Weroer eu levant la visière de son casque.

— Plonge ta main, et qoe les dieux la dirigent. »

Un tremblement convulsif s'empara de Biruta quand elle vit le prêtre qui approchait l'urne de Werner: «H mourra, dit-elle à Kieystut. Sa vie est cerclée par le malheur, la fatalité préside à toutes ses actions. »

« Casse en deux cette baguette, prononça lentement le Sigonote : si la boule qu'elle renferme est rouge, tu es sauvé, les dieux ne veulent pas de toi ; mais si elle est noire, tu es leur élu. »

LeWeidalote présenta un plat d'étain ; Werner cassa la baguette, et une boule noire roula sur le plat.

t Les dieux l'ont appelé^à euxl » s'écria le Sigonote, et des applaudissements partirent de la foule.

Au même instant, Kieystut quitte sa place, monte à cheval, et d'un seul trait arrive devant le bûcher : • Arrêtez, arrêtez! dit-il, en arra-

Le Teutonique tira la baguette, la cassa, et une boule rouge tomba sur le plat. Les autres en firent autant, et tous furent favorisés. Kieystut, malgré le murmure du peuple et la stupeur des Weïdalotes, s'approche du Sigonote, regarde l'urne d'un air scrutateur, et dit : c 11 ne reste plus qu'une baguette : malheur à ceux qui m'ont trompé ! malédiction sur les traîtres! » Ace moment, Werner prend la baguette et laisse tomber une boule noire, c 11 doit mourir ! »se met à crier le peuple. Alors Kieystut relève la tête, ses yeux lancent des éclairs, et il dit, d'une voix qui fait taire toutes les voix : c Non, il ne mourra pas ! > Puis il s'élance sur son cheval et parcourt l'enclos. Le peuple le regarde et n'ose se révolter encore. Kieystut alors s'arrête et prononce ces mots : c Litvaniens, et toi, mon peuple de Samogitie ! vous tous, qui avez combattu avec moi pour notre commune patrie et pour notre foi ; vous

Sigonote : un des esprits que les dieux envoient aux hommes pour les avertir m'a dit que Giltyna avait mis des boules noires dans toutes les baguettes. Regardez; > et, cassant une à une les baguettes, «n vit dans toutes des boules noires.

« Grâce à vous, prince favori des dieux, reprit le Sigonote, sans vous, nous étions victimes de la trahison de Giltyna; mais comme par ce fait la volonté des dieux est devenue douteuse, il faut encore interroger le sort. > Ayant dit ces mots, il disparut sous le voile sacré.

Biruta, pâle comme la mort, attendait avec anxiété la fin de cette horrible scène. Olgerd cherchait à lui faire entendre quelques pu rôles d'espoir ; mais quand on a beaucoup souffert, on ne croit plus, et on regarde l'espérance comme une faiblesse. Kieystut s'était placé à la tête de sa cavalerie. Le Sigonote reparut en tenant dans ses mains l'urne teinte de sang, c Le sang des animaux sacrifiés a lavé le souffle fatal de Giltyna, dit-il. Que le plus âgé d'entre vous se présente.

— C'est moi qui doit mourir, dis Otto.

— Tu n'es pas digne du sacrifice.

— Misérable ! > s'écria Otto en menaçant le prêtre. Et le prêtre, sans s'émouvoir, répéta : « Que le plus âgé se présente. >

Un Teutonique s'avance ctdit : c Nous sommes placés par rang d'âge, et nous pouvons commencer l'épreuve.

— Tire donc le premier : une boule rouge, c'est hi vie; uno boule noire, c'est la mort. »

qui avez partagé mon bonheur, mes victoires, mes revers; vous, qui m'appelez votre chef et votre père, écoutez-moi, entendez mes paroles : ce Teutonique qui doit mourir est mon ami ; il a adouci les amertumes de ma captivité; et moi, poussé parla fatalité, j'ai répandu son sang. Mais les dieux l'ont sauvé alors, et aujourd'hui ce ne sont pas les dieux qui veillent sa mort, ce sont les prêtres: Peuple, permettrez-vous que l'ami de votre prince périsse sous vos yeux? — A la mort! à la mort! s'écrièrent les prêtres. — A la mort! répéta le peuple, tout prêt â se soulever.

— Vous ne me connaissez pas, infâmes ! dit Kieystut en se plaçant devant la cavalerie. Les troupes attendaient les ordres du chef.

Sur ces entrefaites, les prêtres soulevèrent le voile sacré, et on aperçut les trois divinités. Alors le peuple se jeta la face contre terre, les cavaliers baissèrent leurs lances, et Kriwe-Kriweyto se présenta.

« Prince, et toi, peuple de Lilvanie, dit-il, je viens au milieu de vous pour vous rendre la paix. Tous vous avez bien mérité des dieux. L'intrépide Kieystut, l'égide et la gloire de la patrie, a voulu sacrifier sa vie à l'a rai tic, et le peuple, en restant fidèle aux dieux, s'est montré digne de sa grandeur passée. Princes et peuples, soyez unis. Kieystut, présidez à la dernière épreuve, mêlez vous-même les baguettes dans l'urne, et présentez-les aux prisonniers. » Kieystut prit l'urne et se dirigea vers les prisonniers. On/.c tirèrent encore des boules rouges, cl

Werner, qui était le phts jeune, devait tirer le dernier; Kieystut approcha l'orne en loi disant: «Ami, j'ai fait tout ce qu'il a été en mon pouvoir, que les dieux cirigent ta main. » A ce moment le vent souffla avec violence, les branches du chêne s'agitèrent des nuages obscurcirent le

ciel Werner avait amené une boule noire !

• Dieu le vent ! • s'écria la victime, Dieu le veut! Je tous remercie, Kbystut, de vos généreux efforts, mais la destinée est implacable l J'ai demandé au Ciel de mourir près d'elle, il a exaucé ma prière. Dites-lui mes dernières paroles. • Kieystut était prêt à commander l'attaque, et déjà il se retournait vers ses troupes, quand Werner lui dit : c Prince, laissez-moi mourir, ma vie a été trop longue, mon âme a trop vécu... Adieu pour elle; adieu, mes frères; adieu, mon père ; > et, lançant son cheval, il arriva d'un seul trait au bûcher. Eu un instant les flammes l'enveloppèrent. ■ Rien ne nous séparera, dit le komtur. Tu me l'avais promis, 6 mon Gis, de mourir dans mes bras !

Attends-moi » et il s'élança sur le bûcher

ardent. Otto et Werner moururent ensemble : Werner, la victime des prêtres païens ; Otto, la victime du fanatisme catholique.

Kieystut quitta l'enclos avec ses troupes, qui le suivaient la lance baissée, en signe de deuil. Quand il approcha du pavillon, il aperçut les seigneurs de la cour qui transportaient Biruta

évanouie. Pour la première fois on vit des larmes dans les yeux de Kieystut; il serra la maind'Olgerd sans proférer une parole Kieystut, organisation grande et complète, avait compris la douleur...

Biruta ne se consola pas; elle sentait que, pour se venger d'elle, les prêtres avaient sacriflé Werner. Elle eût donné son trône, sa vie, pour anéantir leur puissance; mais le moment n'en était point venu : ce qu'elle put faire, ce fut de donner l'exemple de toutes les vertus chrétiennes, et son ûme, qui avait pressenti les destinées d'Hedwige, prépara la Litvanie à recevoir la parole du Christ. Le peuple a placé Biruta au nombre des saintes; il révère son nom, et près de Polonga, vers les bords de la mer Baltique, on voit encore la montagne de Biruta. Il y a deux siècles seulement qu'on célébrait un service en commémoration de la mort de Biruta. On trouve ce témoignage dans les chroniques nationales de Stryikowski.

Le peuple lilvanien se portait, en 1851, sur la montagne de Biruta, pour chercher sur la sur- ' face de la Baltique les bâtiments amis qui devaient apporter du secours aux combattants de l'indépendance.... Les bâtiments ne sont point venus ; la Samogitie est esclave ; la religion de Biruta est proscrite ; un crêpe funèbre voile la patrie de Kieystut ! Dieu et l'avenir pour le peuple !

Olympe Chodzko.

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