LÀ P0L0GNE
» Dzitiba vint pour puiser de l'eau, le Kosak chanta » sa chansonnette, la Dziuba-se mil à pleurer.
« Ne pleure pas, chère Dziuba, je suis avec » toi; quand j'irai en Ukraine, tu me pleureras. » Malheureux chevaux, pourquoi faut-il partir, » pourquoi faut-il laisser tout ce que j'ai de plus » cher?»
> À qui est donc ce puits où le pigeon se » baigne? A qui est donc la jolie fille dont je suis > amoureux?
— Oh ! j'irai sur la montagne, je lui ferai signe i de main : reviens, reviens, mon cher Kosak, je » périrai sans toi ! » (N6 VI.)
On chante cet air en s'accompagna nt sur le téorbe, instrument favori des Kosak*. Le téorbe a quelque ressemblance avec la bandura dont l'origine vient de la gensla, le plus ancien des instruments slaves. La Gensla n'avait que trois cordes métalliques sur lesquelles on jouaitavec des bâtons. Le nom de Guslai z, qui veut dire devin ou diseur de bonne aventure, dérive de cet instrument qui s'appelait en langue slave Huszle ou Guszle.
Les airs russiens sont très-nombreux, tous ne sont pas notés. Ceux des noces et des festins varient à l'infini; dans chaque localité on les chante autrement. Plusieurs sont désignés par (les noms caractéristiques, comme Czumak, Rudio, Szumka, Kalinuszka, Kozak, etc.; ils servent en partie pour le chant et à la danse. Les paysans frappent la mesure en dansant Tropaka; les Kosaks s'élancent hardiment dans leurs pittoresques prysiudy. Aux environs de Kaniow on chante une Dumka sur le starostc de Kaniow, le Barbe-Bleue de nos jours ; près de Bohu>law un chant pareil sur Mazeppa; et le fumeux rempart de Trajan a donné lieu à bien des contes sur son origine. Le peuple, avec son imagination poétique, l'attribue à saint Georges, qui, ayant pris dans sa jeunesse un dragon vivant d'une force prodigieuse, lui aurait construit une charrue énorme; puis, ayant attelé le monstre, il aurait tracé le merveilleux sillon qui s'étend depuis la Bessarabie jusqu'au Polésie à travers les montagnes, les fleuves et les forêts. Ce rempart, qu'on appelle Wal zmiia, présente encore dans certains endroits des débris imposants. D'après une autre version, ce rempart aurait été élevé par Zmiia, chef de Khozars, alors maître de Kiiôw, pour se
garantir des incursions de trîbtrt de Dtoini. En parcourant le pays, on èst frappé dès récits sombres et des traditions fabuleuses sur les Châteaux solitaires, sur les vampires enterrés, sor les âmes enfermées pour quelques crimes dans les tertres Isolés (mogily), autour desquels on voit voltiger à minuit des revenants, fantômes (npiorr) aux yeux flamboyants. Le peuple crédule et superstitieux aime le merveilleux, èt redoute les revenants comme une punition du Ciel. La malheureuse destinée du peuple russien loi a laissé des impressions pénibles; ses souffrances morales s'exhalent en chants plaintifs, en récries mélodieuses : aimer, chanter et souffrir, voilà son présent et son avenir. Un silence de deuil plane sur la malheureuse Ukraine; ses bosquets verdoyants, ses vergers, ses prairies (lewady), ses bois solitaires harmonisent avec les peines secrètes de l'âme. D'un antre côté, les steppes uniformes de la Bessarabie se déroulent tristement comme les ombres do crépuscule; le vent de la mer Noire sourde dans les broussailles et balancent les chardons semblables à des vagues rougeatres; le pitre est la seule âme Vivante que l'on rencontre de temps en temps sur ces plaines immenses. L'oiseau à la huppe noire perce l'air de ces chants sinistres, il suit sa course en tournoyant au-dessus de tout ce qui se détache de la steppe. On n'entend au loin que le croassement des corbeaux, oiseaux de mauvais augure, et les gémissements des roues criardes des czuroaks qui traversent les steppes avec leur cargaison de sel.
J'ai indiqué le caractère principal de la musique populaire du peuple russien, dont les chants diffèrent sous plusieurs rapports dé ceux des antres nations slaves. La Litvauie, la Samogitie, la Podlaquie ont leurs chants à part. Dans un prochain article j'analyserai les poèmes populaires de la Litvanie, ces citants héroïques, véritables épopées qui datent d'une haute antiquité. Les derniers vestiges de la mythologie lit va* nienne offrent un intérêt vif et puissant. Les Lilvaniens, avant d'être Polonais, formaient une nation indépendante; leurs guerriers ne cédaient en rien à la bravoure des autres branches de la famille slave. L'amour de la patrie était chez eux une de leurs vertus héréditaires.
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