‹ La Pologne, historique, littéraire, monumentale et pittoresqueChapitre 79 sur 105 · G NE · texte numérisé non relu

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autre qu'aux Moskovites. Malgré ces observations, le parti suédois tomba.

Albert- Frédéric, duc de Prusse, fut d'abord prôné par les protestants polonais; mais les catholiques le repoussèrent. Firlcy s'était engagé à ce duc, et en avait reçu une furie somme d'argent : elle fut en pure perte pour celui qui la donna, cl accommoda fort celui qui la reçut.

Maurice, électeur de Saxe, cl Ernest, markgrave d'Anspnch, ne réussirent pas non plus : leur rang et leur fortune n'avaient pas assez de poids pour contrebalancer les plus forts.

Le parti moskovile était d'abord assez nombreux. Le Litvanicn George Haraburda, qui rumplissait les fonctions d'ambassadeur de Pologne en Russie, proposa le tzar Yvan ; il espérait par ce moyen opérer une fusion enlre les deux pays, et rendre le tzar moins cruel, à l'exemple des Polonais; il pensait aussi réunir sous un même chef la Slavonie. La Pologne détenait alors la lête de touics les nationalités slaves. Mais ces négociations échouèrent, car Yvan-Vnssiliévitscb voulait s'imposer lui et ses fds à la Pologne, et non recevoir la couronne par une élection. Loin d'offrir des avantages aux Polonais, loin de vouloir leur rendre les provinces qu'il avait prises, il prétendait qu'ils lui cédassent encore le palatinat de Kiiovie, et tout ce qu'ils possédaient depuis la Dzwina jusqu'aux frontières de la Litvanie. Il exigeait môme qu'ils lui promissent solennellement de ne prendre désormais leur» rois que dans sa famille, tant qu'elle leur fournirait des tzarévilschs pour les gouverner. Une juste indignation permit à peine à la diète d'écouler de si extravagantes propositions. Ceux qui avaient d'abord été portés pour Yvan abjurèrent son parti. Aussi voyant qu'il no réussissait pas, il écrivit à l'empereur Maximilien II:

• Nous réunirons nos efforts pour que leroyau-

> me de Pologne et la Litvanie ne se détachent

> pas de nos Étals. Il m'est indifférent que ce

• soit mon fils ou le vôtre qui occupe ce trône. • Dans toutes les circonstances, ces deux cabinets s'unirent quand il s'agissait d'anéantir la Pologne !

Toutes ces candidatures se trouvant écartées, la question allait se partager enlre l'Autriche et la France. L'empereur Maximilien se désista bientôt pour lui-même; mais il prônait son fils l'archiduc Krnest, qui se ménageait depuis l'année 13GC l'honneur de succéder à Sigisinond-Auguste. C'était par l'abbé

Cyre, de l'ordre de Clteaux, un de ses ministres résidant à Krakovie, que l'empereur avait entamé cette délicate négociation. A la diète d'élection, le cardinal Commendoni, légat du pape Grégoire XIII, exhortait la république à n'élire qu'un catholique. Les ambassadeurs autrichiens, Guillaume de Rosenberg et Duditsch de Horchowicza, originaire de Hongrie, soutinrent dans des longs discours leur candidat; on faisait voir son portrait; mais il ne parut pas assez séduisant pour augmenter le nombre de ses partisans ; enfin ils assuraient positivement qu'on ne mettrait aucun impôt sur les vins de Hongrie qui entreraient librement en Pologne. Ce dernier avantage, qui semblait devoir faire plus d'impression que tous les autres, loucha cependant peu les nobles polonais, tant furent puissantes la grâce, l'adresse et les promesses outrées des ambassadeurs français en faveur de Henri de Valois.

Jean Krassowski, gentilhomme polonais, fut le premier qui fil connaître en Pologne le nom du duc d'Anjou ; il inspira au roi Charles IX et à Catherine de Médicis, sa mère, le dessein de mettre la couronne de Pologne sur la tête de ce jeune prince. Ce Krassowski était un nain spirituel et intrigant; il flattait, il devint riche. Rentré en Pologne, Sigismond-Auguste et tous les seigneurs eurent la curiosité de s'entretenir de la cour de France, où il avait vécu longtemps. 11 était de leurs repas et parlait continuellement de Henri de Valois, dont il faisait un portrait si avantageux, qu'après la mort de Sigismond ils s'imaginèrent qu'on ne pouvait jeter les yeux sur un prince plus accompli. Krassowski repassa en France, avertit la cour que, si on voulait envoyer des ambassadeurs, le parti de Henri était déjà assez fort pour supplanter tous ses compétiteurs. On renvoya Krassowski en Pologne aussi proniptemcnt qu'il était venu, cl le petit bonhomme continua sa négociation. Charles IX avait attiré auprès de lui l'amiral de Coligny : ce fut lui qui détermina le roi à profiler des offres de l'aristocratie polonaise. Ce conseil, inspiré à l'amiral par l'intérêt des Huguenots qu'il délivrait ainsi de leur plus redoutable ennemi, agréait également à Charles IX dont il flattait la jalousie ombrageuse envers son frère ; Catherine de Medicis ne goûta pas moins cet avis, et les Guiacs, qui ne souffraient leurs supérieurs qu'avec impatience, applaudirent à l'éloignement du seul homme qui couvrait le crédit immense auquel ils aspiraient dans l'administration de l'E-

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tat. Ainsi, l'avis de l'amiral, quoique donné par un ennemi, fut adopté unanimement par les partis les plus acharnés les uns contre les autres. Charles IX choisit pour son ambassadeur Jean de Moniluc, évéque et comte de Valence, a qui il donna pour collègues Gilles de Noailles, abbé de Lille ; Guy de Saint-Gelais, seigneur de Lansac, et de Malloc, conseiller au parlement de Grenoble.

Le discours de Montluc et son habileté triomphèrent à la diète d'élection du parti autrichien. La cour de Vienne dépensa 500,000 écus, et n'atteignit pas son but ; ses ministres tenaient une table magnifique» et n'admettaient que les grands seigneurs : le moindre gentilhomme était reçu à celle de Montluc; la pluralité des voix se trouva donc pour Henri, les gentilshommes étant plus nombreux que les aristocrates.

La veille de la Pentecôte (1-4 mai 4573) le primat proclama, trois fois, le duc d'Anjou, et ses ambassadeurs jurèrent et signèrent les articles suivants : t Le roi ne doit ni nommer ni choisir de son vivant le successeur à la royauté, ni, pour cette fin, convoquer la diète, ni favoriser personne, ni en faire mention sous quelque prétexte que ce soit, pour qu'il soit toujours loisible aux Etats d'élire un nouveau roi à la suite de la mort du premier. Le roi ne portera pas le titre de maître et d'héritier, usité jusqu'à Sigismond-Auguste. Le roi maintiendra la paix avec les dissidents. Il ne déclarera pas de guerre. Il n'appellera la noblesse à aucune expédition générale. Il n'imposera pas d'impôts. Il n'instituera pas de nouvelles tailles. Il n'enverra pas d'ambassadeurs aux cours étrangères sans le concours des Etats de la république. En cas de partage d'avis pendant les délibérations do sénat, le roi s'associera à celui qui sera le plus conforme aux lois et aux avantages de la nation. 11 aura à ses côtés un conseil permanent, composé de sénateurs, qui seront changés tous les six mois; pour cette fin, il sera destiné, de diète en diète, seize sénateurs, savoir : quatre évéques, quatre palatins et huit caslcllans. Les diètes générales seront convoquées tous les deux ans, et même plus souvent, selon l'urgente nécessité de l'Etat. Les diètes ne dureront que six semaines. Les charges, les dignités, les starosties et les terres royales seront conférées aux indigènes et non aux étrangers. Le roi ne pourra ni prendre femme ni divorcer à l'insn et sans le consentement du sénat. En cas que le roi déro

geât aux lois, à la liberté, aux conventions, aux articles et au serment, les citoyens seront par là même déliés de la fidélité et de l'obéissance jurées par eux. > Tels furent les pacta convoita, dont l'origine remonte à l'année 1339 et dont nous avons parlé sous les règnes de Kasimir le Grand et de Louis de Hongrie. Ces pacta portaient aussi le titre A'articuli Henriciani. Outre cela on convint < que la France équiperait une flotte pour rendre les Polonais maîtres de la mer Baltique et leur redonner le port et la ville de Narva ; que, dans le cas d'une guerre avec les Moskovites, elle leur fournirait quatre mille hommes de ses meilleures troupes ; que Henri, tant qu'il vivrait, ferait passer tous les ans en Pologne 430,000 florins de ses revenus, et les consacrerait uniquement au bien du royaume; qu'il acquitterait les dettes d'État contractées du vivant et après la mort de Sigismond-Auguste ; qu'on admettrait aux écoles de Paris cent jeunes Polonais aux frais du gouvernement.» Une brillante ambassade polonaise fut envoyée à Paris, pour y chercher le nouveau roi.

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