‹ La Pologne, historique, littéraire, monumentale et pittoresqueChapitre 94 sur 105 · SI · texte numérisé non relu

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choix, à la face du ciel et des hommes, le nom de son roi. Le vaste champ témoin muet de la puissance nationale d'autrefois, s'étend encore aux environs de Warsovie. Les rempart» et les trois grandes portes, dont l'une donnait vers la Grande - Pologne, l'autre vers la Petite-Pologne, et la troisième vers la Litvanie, et par lesquelles entraient majestueusement les sénateurs, les députés, les magistrats, et toute la noblesse de la république, ont disparu comme tant d'autres souvenirs qui enrichissaient cette Grèce du Nord.

Une grande cérémonie religieuse, célébrée à l'église de Saint-Jean, au son de toutes les cloches, ouvrait, avant la solennité politique, à l'immense population le chemin de la capitale au champ dont nous venons de parler. Les sénateurs y occupaient une vaste salle en bois appelée le tzopa. Les députés se tenaient près d'elle dans un cercle ouvert appelé le kolo. La noblesse entière se rangeait plus loin, sous autant de lentes qu'il y avait de palatinats. Toute arme y était prohibée. (Confed. de 1573 et de 1674.)

Le choix du maréchal fait dans le kolo, les députés se rendaient au sénat. Après le discours d'usage adressé par le maréchal au primat, et la réponse de ce dernier, le chancelier communiquait à haute voix \es pacta conventa du roi défunt, les affaires non réglées parles lois existantes (exorbitant ter), et les mesures concernant l'ordre et la tranquillité pendant l'élection. Les deux ordres 6e séparaient de nouveau, et alors l'ordre équestre, ou la Chambre des députés, choisissait dans son sein douze juges ponr siéger dans le l ri banal dit lekaptur, réglait les exorbitant at et rédigeait les nouveaux pacta conventa. Ces travaux , qui ne demandaient ordinairement que trois semaines de temps, en prenaient quelquefois six & compter du jour de l'ouverture delà diète. En 1696, en excluant les indigènes du nombre des candidats au trône, on prescrivit aux étrangers d'être de la religion catholique. (La conféd. de 1096 et la bulle du pape Sixte V. ) Campés loin de Warsovie, ils se faisaient recommander par leurs ambassadeurs, qui, placés à leur tour sous la haute surveillance dans les villages avoisinant le lieu de l'élection, ne s'y rendaient qu'à l'invitation de la diète. Quel spectacle que celui où les rois descendaient du haut de leurs trônes dans la poussière d'une lutte parlementaire pour briguer les faveurs de la république! Quelle

puissance que celle du peuple chez qui la couronne n'était que la récompense offerte au plus digne! C'était le comble de la grandeur morale, en même temps que l'origine de grands malheurs poliliqnes dont la Pologne devint a la fin la victime.

Dès que les ambasseurs avaient quitté la salle où siégeaient les deux ordres réunis, le primat prenait la proie pour rappeler les noms des candidats, et pour recommander au nom de la patrie l'ordre et la festination dans le choix. Après quoi, il entonnait avec les assistants l'hymne Veni creator, et les renvoyait avec le signe de la croix à leurs postes respectifs. Les sénateurs et les députés volaient séparément. Le primai communiquait le résultat de leurs votes ù toute la noblesse. En parcourant ses rangs, il proclamait devant chaque palatinat trois fois le nom du candidat élu : à quoi on répondait approuvé (zgoda). Ainsi choisi, le roi était de nouveau proclamé comme roi par le primat, et reconnu dans cette dignité par les grands maréchaux de l'armée, par tous les fonctionnaires et tonte la nation.

La diète de l'élection, après avoir fait prêté au roi, ou en son nom ù ses ambassadeurs, le serment pour les pacta conventa, etaprès leuravoir remis l'acte de l'élection qui contenait ordinairement l'exposé des considérants, et ta prestation de la fidélité et de l'obéissance de la part de la nation, s'occupait ensuite des funérailles du roi défunt, et de l'inauguration du nouvel élu. Tous ces actes ainsi que les décrets de la diète avaient force de loi, et les méconnaître, c'était commettre un crime de haute trahison. (Conféd. de 1573.)

Les villes ne prirent part ù la diète d'élection, qu'en 1632. Cependant dans l'élection d'Auguste II, Krakovie et Léopol représentaient seules la bourgeoisie polonaise. Les pacta conventa de Michel furent approuvés par les villes de Posen, de Warsovie et de Wiloa. Parmi les villes prussiennes, celles de Thorn, de Dantzig et d'Elbing, étaient admises à envoyer leurs votes aux représentants de la république. L'élection de Jean III fut approuvée au nom de ces villes par l'archevêque de Varmie. En 1648, on exigea de la part d'autres villes prussiennes, désirant participer à l'élection du rot, une légitimation préalable. Cette mesure fut approuvée par la confédération de 1733.

Les ducs régnants de la Prusse, ainsi que ceux de la Kourlande et de la Poméranie, récla*

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m ère m en vain cel honneur jusqu'en 1674. Le noblesse de ces pays participait à l'élection, en vertu du privilège de leur incorporation à la république de Pologne *

Les militaires polonais n'obtinrent cette prérogative qu'en 1648, à la condition qu'ils voteraient Comme nobles, et non comme membres de l'armée.

Les sénateure et la noblesse de la Litvanie apparaissent dans les diètes d'élection en 1569. Le droit leur fui oonlirmé par Etienno Batory, M>chel et Jean 111.

La iièti d« coroiiaiwn, ou de couronnement, suivait immédiatement l'inauguration du roi et la preatation du serment put les sénateurs et lu noblesse présents à Krakovie. Elle se tenait dans celle dernière ville, et était convoquée par les deux, ordres pendant la diète d'élection. Sa durée était de deux à six aemaines. Lu diète de coronation qui a suivi l'élection de Jean Kasimir a duré plus longtemps; celles d'Auguste H, d'Auguste 111 et les suivantes ne dépassèrent pas le terme prescrit.

C'est à la diète de coronation que le roi resnettait le sceau de la république au chancelier, qu'il sanctionnait les statuts et les lois de ses prédécesseurs, promettait de défendre le puys, de protéger la religion et de reconquérir les provinces perdues. Les formalités selon lesquelles fut rédigé et prononcé cet acte n'ont presque pas été changées depuis Etienne Batory. Sigismond 111 y ajouta sa protection aux tribunaux ; Wladislas IV en » fait autant pour la religion grecque; Jean Katimir a garanti les droits nationaux de la Prusse; Auguste II étendit lu même promesse aux pulatinats de Smolensk, de Sévérie et de Cserniechow. Tous ces actes commençaient par les titres du roi, contenaient les noms de ses prédécesseurs, et se terminaient par les signatures de» deux ordres et celles des villes.

Après cette déclaration, prononcée ù haute voix, le maréchal de lu dicte adressait »" roi le discours de félicilalion, et les députés basaient sa main. Le primat rendait ensuite compte de l'état de la république, et la diète sanctionnait de son consentement les actes faits pendant l'interrègne. Celte dernière formalité fut prorogée pour la première fois sous le règne de Batory, et écartée entièrement sous celui d'Auguste II.

Quelquefois la diète de coronation réglait aussi les exorbUantiat. Sotis le règne de Jean UI,

cette question fut renvoyée à la diète suivante, et, tous celui d'Auguste 11, elle fut soumise à mie diète spéciale.

Avant lu clôture de la dièto de coronation, os rédigeait un édit confirmant l'élection et l'inauguration du roi. Cet édit était publié dans «mm le pays. Etienne Batory le fil placer à la tête de recueil des constitutions et des décrets de b diète de convocation. Autrefois, outre le poavoif législatif, la diète de coronation exerçait aussi le pouvoir judiciaire. Cette prérogative tomba n désuétude depuis le règne de Jean III.

Dès que la diète de coronation était close, le roi envoyait un ambassadeur au pape pour lui faire partde son avènement au trône. Wladislas IV dérogea le premier à celte formalité, que les rois suivants n'ont point cherché à remettre en vigueur.

Outre les assemblées dont nous venons de parler, il y avait dans les circonstances extraordinaires, et lorsque la diète ne pouvait pas être convoquée selon les formes prescrites, des réunions volontaires de la noblesse. Ces réunion, appelées les confédérations, avaient pour bat le salut du roi et de la république (pro iahtte rep et reipublicœ). — Tout s'y décidait à la majorité des voix. Les décrets rendus au nom de* sénateurs, et des grands dignitaires de l'ordre équestre étaient signés par le maréchal de la confédération et la noblesse. La solutioa de» questions importantes trouvait souvent l'appui dans la force armée, car c elaient les seules réunions où l'usage des armes n'u jamais été de* fendu. Les questions moins graves passaient à la décision des conseils composés des sénateurs et de quelques membres de l'ordre équestre. Ces conseils constituaient' une espèce de diète. On y décidait à la majorité des voix.

Telle était la vie politique de ta Pologne pendant six siècles. L'histoire ne présente pendant cette période aucun pays où une masse de de m millions de nobles ail eu aulant de liberté ea théorie et eu pratique. La Pologne égale par sa civilisation, l'emportait par ses institutions aur toutes les puissances de l'Europe. Si François Ier et Charles-Quini avaient un émule digue de leurs talents dans la personne de Sigismoad-Aaguste ; si Corneille, Bossuet et Kacine se sont laissé devancer par Jean Kochanowski, Pierre Kochanowski etSkarga; si Sully, L'Hôpital, dAguesseau et autres célébrités politiques et parlementaires se sont rencontrés avec une foule d'o-

LA POLOGNK.

rateurs et d'hommes d'état comme Zamoyski, Oraechowski , Tarnowski , etc., la France, pays certes le plus avancé alors en occident, restait bien en arrière sons le rapport des idées et des institutions libérales pratiquées par sa sœur du Nord. — L'abus de ces institutions par l'aristocratie a fait déchoir la Pologne, mais leur souffle primitif la ranime encore, et le jour

viendra où, corrigée par l'expérience et fortifiée dans l'école du malheur, elle se relèvera plus belle et plus puissante que jamais, car elle saura imposer à ses nobles sentiments la règle de la raison , et embrasser dans l'unité morale et intelligente, non une partie de la nation, mais la nation entière.

Jules Wyslocch.

THADÉ CZAÇKI.

([Prononcez : Tschatzki. )

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