‹ La Pologne, historique, littéraire, monumentale et pittoresqueChapitre 95 sur 105 · NOTICE SUR LE LYCÉE DE KRZEM1ÉNIEÇ EN WOLHYNIE · texte numérisé non relu

NOTICE SUR LE LYCÉE DE KRZEM1ÉNIEÇ EN WOLHYNIE

Z jego wplywu i pracy tniec bed*. prawnuki , Dwie pamiatki najdroisxe : jçryk i nauki.

MOLRKI.

Grâces à ses effort* et à son influence, Nos neveux garderont, dans un long avenir, Deux plus précieux, deux plus nobles souvenirs, La langue maternelle, le bienfait de la science.

La Wolhynie est une des plus belles provinces de l'ancienne Pologne. Elle forme avec la Podolie, l'Ukraine et une partie de la Galicie, ce qu'on appelle les terres russiennes. C'est un pays généralement plat, mais, excepté la partie septentrionale diie Polétie, c'est un pays très-fertile. Un voyageur qui franchirait le Bug près d'Uyscielug, daos le mois de mai, je suppose, parcourrait une vaste plaine couverte d'épis jaunissants et de prairies émaillées de fleurs, fuyant à perte de vue. Quelques bois de chênes, de pins, de charmes et d'annes, reposeraient agréablement son œil fatigué par l'aspectmonotone deschamps, et la rivière de Lug, serpentant en mille détours, ajouterait au pittoresque de ce paysage.

En se dirigeant par la grande route de poste ù Dubno et la Podolie, notre voyageur passerait par la ville de Wlodzimierz, ancienne capitale de ducs russiens, aujourd'hui petite ville de district. Une cathédrale surmontée d'un dôme élevé, siège des évèques du rite grec-uni sous la Pologne indépendante, aujourd'hui déserte et convertie en hangar parle clergé russe, domine quelques centaines de maisons en bois, croupissant dans la (ange, recélant des Juifs et des garnisaires moskovites.Lecherain de Wlodximierzà Luçk (Loutzk) offre le même aspect de champs fertiles et de toïi 11.

cabanes chétives des paysans, sur lesquels l'oppression du gouvernement pèse d'un double fardeau, d'exaction militaire et du servage terrien. La ville de Luçk, dominée par un château situé sur les bords du Styr, est un ancien chef-lieu du palatinal de Wolhynie, et le siège épiscopal de l'Eglise latine.

De Luçk à Dubno le terrain, d'nni qu'il était, devient mouvant et ondoyé. Quand on fait le voyage en poste, quand les chevaux, dans ce pays classique de coursiers d'attelage, transportent le voyageur avec la vitesse de la vapeur, alors il lui semble être emporté par les vagues d'une mer agitée, qui tour à lour le précipitent et l'élèvent d une hauteur de vingt à trente toises.

Si, au contraire, il parcourt le pays en explorateur savant, il verra le terroir changer de nature près de Luçk; sablonneux d'abord, il se raffermit par degrés et devient plus argileux, la couche de terre végétale s'épaissit progressivement vers le midi, pour atteindre en Ukraine la plus grande épaisseurconnue en Europe. Les bois, qui, au nord de Luçk,en Polésieet dans presque toute la Litvanie, sont presque exclusivement de pins et autres arbres épinglés, changent avec le terrain en forô ts de chênes, auncs,charmes, hêtres, etc. , qu'on appelle foréti noires, par opposition aux forêts de sa-

pins toujours verts. A quelque éloignement du grand chemin, on aperçoit par-ci par-là des châteaux des riches seigneurs du pays. LaWolhynie est une des provinces les plus aristocratiques de la Pologne, la plupart de ses noms historiques y ont leur résidence. Les biens d'un Kadziwill ou d'un Sapicha touchent à ceux d'un Lubomirski ou d'un Jablonowski, et ne sont séparés des terres d'un Sanguszko ou d'un Mniszech que par lus domaines d'un Czartoryski, d'un Cbodkicwicz ou d'un Tarnowski. Celte noblesse de vieille roche, fière de ses ancêtres, qui ont rendu de grands services à la patrie, ûère de ses grandes fortunes territoriales qui lui procurent une espèce d'indépendance au milieu de l'oppression générale, est brave, hospitalière et patriote. Elle ne se laisse pas facilement corrompre par les cajoleries et les avances du gouvernement moskovite, prodiguant ses titres et ses croix à des ingrats qui, à la première occasion, lèvent l'étendard de l'insurrection au nom de la Pologne opprimée. — Quelques malheureuses exceptions ne prouvent rien contre l'esprit général qui anime la presque totalité. Une des qualités remarquables de cette noblesse, c'est encore l'amour des lettres et des arts. Ainsi, à la distance de quelques lieues sur le chemin que nous parcourons, vous trouverez à llorochow, château de Tarnowski, une collection des tableaux et des statues des premiers maîtres d'Italie, entre autres la belle statue de Persée du célèbre Ganova, les carions de dessins du meilleur peintre polonais Smuglewicz, etc.; à Mlynow, château de Chodkiewicz, un cabinet de chimie, monté à grands frais par le seigneur du lieu, qui compte parmi les savants les plus distingués de la Pologne ; à Miendzyrzecz, petite ville appartenant à Steçki, un collège supérieurd etudes entretenu en grande partie aux frais du propriétaire, et beaucoup d'autres établissements de ce genre, dont, hélas I une grandepartie a clé détruite après la dernière révolution, ù la suite des ordres émanés du cabinet de Pélersbourg.

D'un autre côté, les seigneurs de la Wolhynie ne manquent pas des vices communs en grande partie à tous leurs nobles confrères de l'Occident de l'Europe; ils sont vains, orgueilleux, dissipateurs, et quelques-uns, malgré leurs lumières, oppresseurs du bas peuple. Cette dernière observation ne s'adresse qu'à un petit nombre, parce que l'oppression générale sous laquelle gémit le peuple de ces contrées est due principalement au gouvernement russe, qui em-

pêche tout affranchissement du servage, meiarc

à laquelle la noblesse du pays est généralement

préparée.

■ Dubno est une ville de district un peu nieni bâtie que les précédentes. Le château des princes Lubomirski est situé à l'extrémité de la ville ur la petite rivière d'Ikwa. Dubno était autrefois renommée par ses contrait. C'est ainsi qu'on appelle en Pologne le rendez -vous général des propriétaires et des capitalistes du pays, à une certaine époque de l'année, pour conclure des marchés d'achats, de ventes, de baux, de biensfonds, d'emprunt d'argent, paiements d'intéréu, etc. Cette réunion est ordinairement accompagnée d'une foire et des réjouissances que l'aifluence des riches propriétaires rend lucratives aux entrepreneurs. Des bals, des concerts, même des jeux de hasard, vident bien souvent plus vile les poches des contractants, que les marchés conclus ne les remplissent. — Les contrats étaient pour la ville une source abondante de revenus. Un oukaze du tzar Paul Ier les transporta à Kiow, ville située à l'extrémité de trois provinces méridionales de l'ancienne Pologne, à plus de cent lieues de Dubno. Les propriétaires voisins sont forcés de faire un voyage de quelques semaines pour s'entendre sur leurs affaires.

A Dubno la grande roule se divise en deii principaux embranchements, doul une mène j Ostrog, l'autre à Radziwiiow et en Galicie. Ostrog.viUedudistrict, comme Wlodi«miera,Luç>et

Dubno, possède un ancien château autrefois!» résidence des princes Osirogski. Nous prendrons pour le moment avec notre voyageur l'autre chemin qui est celui dt Radziwiiow, c'est la grauii* roule de lirody, Léopol et tout l'empire d'Av-

A deux lieues de Dubno tout change d'aspoti ; le terrain devient sablonneux, le pin, l'arbre tm per virent, reparaît, les champs sont jonchés Je pierres quartzeuses et calcaires; plus loin, on voit des amas du silex dont on fait les pierres à fia en très-grande quantité ; ei,choseexlraordisair« ! dans celte vaste plaine qu'on nomme la Wf>U>yai«, on voit dans le lointain des montagnes bleuir > l'horizon.

Pour un habitant des plaines, la vue des montagnes a quelque chose de solennel, quelque chose qui élève l'âme et poélise les sentiments. Combien l'impression que leur aspect produim esl-elle pas louchante pour quiconque y fut né et élevé! Au milieu de ces hauteurs, ces rochers suspendus.

ces sentiers lortuenx, ces ravins, ces précipices, ces cimes couverts d'arbres verts ou de neige luisante, ont un charme irrésistible pour un habitant des montagnes. C'est autant de temples où il adore la Divinité, rêve la patrie, la gloire ou l'amour. Heureux si, descendu dans la plaine de la vio pour en éprouver la réalité, il ne durcit bientôt le cœur et ne dessèche l'imagination au point de ne voir dans ces hauteurs sublimes que du sable, de la pierre et de la mousse 1

Les montagnes dont nous parlons ne sont, à la rigueur, que des collines, et encore ne se présentent-elles ainsi que d'un côté ; mais au milieu d'un pays plat, c'est déjà quelque chose de rare que ces élévations de quelques cents pieds de hauteur. Ces monticules sont une ramification éloignée des monts Karpates. Nulle part elles n'atteignent 300 pieds d'élévation audessus do niveau de la mer.

Dans le district de Stary Konslanlynow, qui se trouve au midi de la Wolhyoie, sur la frontière de la Galicie autrichienne, elles forment un plaieau élevéauquel M.Eicbwald(l) donnele nom d'Avratyne et qu'il regarde comme le plus élevé de la Wolbynie, et néanmoins, dit-il, il est plein de marécages. Ce plateau s'étend d'Avralyne àBialoxorka (du nord au sud-ouest), sur une longueur d'un degré environ; mais il a peu de largeur. «On peut juger de son importance,» ajoute M. Eichwald, > quand on sait qu'il forme un point de partage entre la mer Baltique et la mer Noire ; que de son escarpement septentrional les fleuves coulent à la première, et que de sa pente méridionale ils descendent vers la seconde ; ces derniers sont en plus grand nombre et plus considérables. Ainsi, à l'ouest d'Olextnetz, le Bug a sa source : il se réunit à la Vistule et se décharge par conséquent dans la Baltique; et au nord, le Siyr, le Goryne, le Sloutch, vont rejoindre le Prypeç. Au sud, au contraire, on voit descendre du plateau toutes les rivières qui se jettent dans le Dniester par son côté gauche et qui sont par conséquent tributaires de la mer Noire, comme le Zbrucz, le Smotrycz, l'Uszyça, et à l'est se trouve la source du Bug russien et du liozek qui s'y réunit aussitôt après avoir coulé dans un lit de granit égal au sien. >

En approchant cesbauteursdu côté du nord, on passe encore une foisla petite et tortueuse rivière dlkwa, que notre voyageur venant de Luçk a déjà

(I) Natur historisebe skizzen von Litlhaucn Volhynicn und Podolien, p. 3 et 103.

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traversée a Mlynow et Dubno. Ici on la passe sur un pont en bois flanqué de deux auberges, et qu'on nomme Pont-Royal, parce qu'il a été construit à l'occasion du voyage du dernier roi de Pologne» Stanislas-Auguste, quand il allait à Koniow en Ukraine, pour avoir une entrevue avec son ancienne maîtresse, depuis protectrice et enfin spoliatrice, la tzarine Catherine, de Russie.

Passé le pont, la grande route vous mène par un terrain sablonneux dans la gorge môme des montagnes. Quelques villages disséminés à droite et à gauche du chemin, des bois verts quicouvrent les pentes, des chaumières blanches qui percent à travers les taillis, quelques rochers de couleur grisâtre suspendus sur des ravins profonds, des vaches paissant sur les coteaux et se frappant les flancs de leur queue ondoyante, tout cela forme ici un paysage alpestre auquel le voyageur de ces contrées ne manque jamais de sourire, fatigué qu'il est de l'aspect uniforme des plaines. Le chemin pénètre ensuite plus avant dans le ravin encaissé entre deux rangs de montagnes; il est bordé de deux côtés de jardins et de maisons de plus en plus fréquentés ; des voitures de paysans et des britskas bourgeois, et même parfois des équipages élégants de la noblesse, vous annoncent que vous entrez dans une ville que le grand mondo du pays a choisie pour sa résidence; mais vous passez près d'un quart de lieoe sans l'apercevoir. Vous ne la voyez que quand vous y êtes» Celte ville, amas confus de quelques cents maisonsen bois, quelques-unes en pierres, de trois ou quatre églises dont l'une est surmontée d'un grand dôme s'élevant fièrement dans les airs, le tout dominé par une montagne haute et escarpée, couronnée d'une citadelle en ruines ; celte ville» couchée dans le fond d'un ravin, entourée de hauteurs en amphithéâtre, c'est la ville de

KRZEMIENIEC.

(Prononces : Krchémiéoiétz.)

Que de souvenirs, que de joies, que d'amertumes s'attachent à ce nom vénéré dans toute la province, estimé de toute la Pologne ! C'est ici que l'élite de la jeunesse des provinces russiennes de la Pologne recevait le bienfait de l'instruction ; c'est ici que pendant vingt-cinq ans d'existence du gymnase ou lycée de Wolhynie, éiait le foyer des lumières de ces contrées; c'est ici que se sont formés tant de citoyens éclairés, d'ardents patriotes, des poètes nationaux, des

magistrats, des écrivains, qui servirent la patrie et leurs concitoyens de leurs bras et de leurs talents. Aujourd'hui c'est un cloître de moines du rite gréco- russe.

Le soufOe créateur d'un homme de cœur et de génie alluma ce foyer des sciences, l'haleine d'un barbare l'étcignit. Le lycée fut fondé par Thadé O-açki; c'est le tzar Nicolas qui le détruisit. — Grâce aux soins du premier, haut dignitaire de l'ancienne Polopnc, illustre jurisconsulte-historien, près d'un millier de jeunes gens écoutaient la voix de plus de trente professeurs de hautes études; grâce à la vengeance stupide du second, un clergé ignorant et brutal du rite grec récite des Kyrie qu'il n'entend pas, dans les murs qu'il a profanés.

S'il est un endroit cher à l'homme d'un esprit cultivé, c'est sans doute celui où , pour la première lois, il ouvrit son âme an vaste domainede l'inteU ligence.C'est pourquoi la petite ville de Krzemienieç jouit en Wolhynic.en Podolie et en Ukraine de cet attachement qu'un homme d'un âge mûr garde pour le maître éclairé de ses jeunes années; c'est une terre classique pour les gens lettrés de ces contrées. Que de fois ne vit-on pas dans cette petite ville des hommes qui, au déclin de leur carrière civile ou militaire, après avoir, comme soldats, arrosé de leur sang les bords du Tage et les plaines de Moskou, ou bien comme magistrats, écrivains ou simples citoyens, fait et défait tant de larges fortunes, gagné des renommées littéraires, servi la cause de leurs concitoyens, de ces hommes, dis-je, qui ont appris a connaître le monde sur une vaste échelle, venir s'attendrir à la vue de ces collèges où leurs enfants sont venus prendre leurs places, leur distribuer des prix de leurs mains, verser des larmes de joie sur leurs succès, et bénir la mémoire de l'homme qui a consacré sa vie à l'érection de ce monument destiné à l'instruction de leurs arrière-neveux! Eh bien, un caprice barbare, un instant d'une colère sauvage, ferma celte belle institution. On a dit aux pères : i Vous avez fondé cet établissement avec votre argent; votre grand citoyen y u?a sa vie et ses vastes capacités, je casse tout cela, moi, j'y place des moines : tel est mon bon plaisir. Taisez-vous ! et adorez le lieutenant de Dieu sur la terre »

Nous avons à dire quelques mots sur le Lycée et son fondateur. Tous les deux n'existent plus; mais ils vivent dans la mémoire reconnaissante des habitants.

Thadé Czaçki naquit en 1 765 à Porçyk en Wolhynie (districtde Wlodzimierz), dans le château de son père, grand éebanson de la couronne dePologne.Sa mère, née Catherine Malaebowska, était fdle de Jean Malachowski, grand chancelier de la couronne, et sœur de Stanislas Malachowski, depuis maréchal de la diète constituante de 17S8. Issu d'une famille noble et opulente, il fut destiné de bonne heure à remplir les plus haïtes fonctions de la république ; mais sa jeunesse fut traversée par quelques catastrophes dont quelques-unes n'affectèrent que sa famille, d'antres la patrie tout entière, dont elles occasionnèrent le total démembrement avant que Thadé ait atteint l'âge viril. Sa mère mourut quand il n'était qu'esfant; le père fut détenu prisonnier à Brody par les Autrichiens, après le premier partage de la Pologne en 1772, pour des motifs politiques. Son oncle fut son tuteur. Il reçut la première instruction dans la maison paternelle; il y étudia surtout les langues latine, allemande et française, aissi que les éléments des sciences et des lettres. Des sa tendre jeunesse, il manifestait déjà on goût vif pour les sciences et les lettres, un esprit supérieur et un cœur dévoué au bien de ses semblables. L'argent de poche qu'on lui accordait pour ses amusements, il le consacrait à renseignement de pauvres orphelins i Poryçk; il y entretenait a ses frais un précepteur, et il n'avait pas de plus grande jouissance que de se mettre examinateur de son école primaire. — C'est Napoléon enfant essayant le pelitcanon qu'il avait fabriqué à Ajaccio, et qui, changeant de calibre, conquit l'Europe.

En 1784, il se rendit à Warsovie pour commencer sa carrière publique. La cour de justice, dite Âssessoirc de la couronne, sorte de tribunal d'appel pour les juridictions des villes de la couronne, fut le premier forum où le futur grand jurisconsulte-historien fit son stage uniquement pour étudier les usages du barreau et la pratique des lois. Mais cette sphère rélrécie du légiste ne put satisfaire sa vaste intelligence. Il lia bientôt connaissance avec plusieurs hommes éminenu dans les sciences morales et politiques qui illustrèrent à cette époque la capitale de la Pologne, tels que les historiens Adam Naruszewicz, Jean Albertrandy. Il fréquenta la bibliothèque publique des Zaluski,daus ce temps un des plus riches établissements de ce genre en Europe, et là se préparait à la vaste carrière qu'il devait parcourir depuis avec tant d'éclat . Les prem icrsse rvices qu'il rendit au pays furent ses travaux comme membre

LA PC

d« la commission des mines, poste auquel il a été nommé par le roi Stanislas-Aogosie, le 30 avril 1784. Aidé de quelques savants, il fit des recherches de mines de sel gemme, produit qui manquait à la Pologne depuis que celles deVielitchka, les plus abondantes snr le continent, avaient été envahies par l'Autriche. Czaçki proposa à la diète de faire voyager à l'étranger quelques jeunes gens capables d'acquérir une instruction solide dans la science des mines, la métallurgie et la minéralogie. En vertu d'une décision de la diète, plusieurs de ces jeunes gens furentenvoyés à Schemnitz en Hongrie, d'autres devaient aller à Freyberg en Saxe ; mais les circonstances politiques, surtout la guerre de 1 79 i, mirent obstacle à leur départ. Un de ces derniers, M. Luc Golembiowski, resta depuis ce temps attaché à Czaçki comme bibliothécaire. Celui-ci lui fut redevable d'une multitude de notes et d'analyses qu'il fit des différents ouvrages, et que la vaste mémoire de Czaçki embrassait et conservait avec nne fidélité prodigieuse. M. Luc Goiembiowski fut depuis le bibliothécaire des princes Cr.artoryski à Pulawy, et enfin de la Société des amis des sciences de Warsovie, jusqu'à son abolition en 1833. Il est auteur de plusieurs excellents ouvrages en langue polonaise.

Nommé en 1786 membre de la commission des finances, Czaçki visita les bâtiments construits sur les bords du Dniester pour le service de la quarantaine, et y fit faire beaucoup d'améliorations. En 1787 il partit, comme délégué de la commission des finances, pour Yassy, capitale de la Moldavie, pour traiter avec le hospodar, prince Ypsilanty, de l'introduction du sel dans les provinces méridionales de la Pologne. Il lui présenta un mémoire dans lequel il prouvait l'infraction aux traités existants, et l'engageait, dans Fintérêt même de son pays, à baisser les droits sur le sel exporté. 11 en a reçu la promesse; mais les circonstances politiques dont la Pologne fnt ensuite victime en empêchèrent l'exécution.

La commission des finances avait dans ses attributions la surveillance de la navigation intérieure. Thadé Czaçki consacra, de sa fortune particulière, une somme de dix mille ducats (120,000 francs) pour faire dresser une carte hydrographique de la Pologne et de la Litvanie, avec indication de 4,819 rivières grandes et petites, et de tous les accidents de leurs conrs. Cette carte détaillée se trouve actuellement à Saint-Pétersbourg, où vinrent s'engouffrer tant de nos tré-

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sors en sciences, arts et collections précieuses !

Infatigable dans son zèle pour le bien du pays, il fit un tableau des avantages du commerce de la Pologne avec la Porte-Ottomane ; il insistait sur la nécessité de rendre navigable le Dniester qui déjà, dans les temps plus reculés, servit de voie de transport aux produits de la Pologne à la mer Noire. Il cita à ce sujet tous les traités existants, et rappela entre autres que l'évêque Adam Krasinski, quand il fut à Paris en 1769, proposa nne convention commerciale au ministre duc de Choiseul. Cette convention n'eut pas de suite à cause du changement du ministère en France et du premier partage de la Pologne qui le suivit. Cependant, en 1779, M. de Yergennes recommanda a M. de Saint-Priest, ambassadeur de France à Constanlinople, d'examiner ladite convention. M. Pierre de La Roche, envoyé par lui à Warsovie, ut des projets de commerce avantageux pour la Pologne, mais que la Russie empêcha d'admettre. Le duc de Nassau fut employé ù l'exploration du Dniester, et on lui doit la première carte de ce fleuve où la profondeur soit indiquée. En 1787, par les soins de Czaçki et par ordre du gouvernement, ce fleuve fut exploré dans sa longueur, depuis la petite ville Uszysa en Podolie jusqu'à Bender en Moldavie. Czaçki insistait pour que tous les soins du gouvernement fussent tournés à rendre ce fleuve navigable; il prévoyait l'immense avenir destiné à la mer Noire, et, voyant que ses couseils n'étaient pas suivis, dans nn instant d'amertume patriotique, il s'écria : t Je jetai plus d'un coup d'ceil sur notre > carte hydrographique; j'ai réfléchi combien le » pays aurait pu cire riche et puissant. Nousn'a- * vons pas utilisé les dons de la nature ! t

Les observations de Czaçki sur le commerce de la Pologne avec l'Angleterre prouvent clairement que cette dernière puissance avait toujours un grand intérêt à conserver la ville de Dantzig ù une Pologne indépendante, et que cet intérêt ne peut qu'accroître tous les jours.

Doué d'un esprit vif et pénétrant et d'une activité infatigable, il porta successivement son attention sur toutes les branchesde l'administration du pays, et contribua à leur perfectionnement par ses conseils et ses services. C'est ainsi qu'en 1786 il fit introduire un perfectionnement au jeu de loterie qui était une des branches du revenu public. Il demanda ensuite et il obtint que les commissions palatinales, dites du bon ordre, tinssent legouvernementau courant des besoins intérieurs

da pays* ainsi que de la quantité superflue des produits entassés dans de certains endroits; d'Un autre coté, il exigeait qu'on nommât des consuls «tons les villes commerçantes de l'étranger pour rendre le même service au commerce d'exportation. Enfin il présenta à la diète constituante un projet de réforme des Juifs.

Deux immenses volumes, déposés autrefois à la bibliothèque de Poryçk, contenaut plus de trois mille feuilles écrites pour la plupart de sa propre main, et ayant trait à la gestion des affaires de la commission des (inances, attestent de la prodigieuse activité de cet homme qui à vingt-deux ans avait déjà tous les mérites d'un homme public consommé.

A ce talent d'affaires émincnt, à cette vaste capacité, il joignait un courage et une force de caractère que rien ne pouvait ébranler. Lorsqu'on 1787 le conseil permanent qui administrait le pays, et qui était formé de membres imposés par la Russie, et par conséquent dévoués à elle, avait enjoint â la commission des finances d'acheter un hôtel pour l'ambassade russe à Warsovie, cet acte de lâche -complaisance trouva dans l'âme probe et énergique de Czaçki une vive opposition. De concert avec Roch Kossowski, trésorier de la cour et membre de la commission des finances, il signifia son refus d'obtempérer à ces injonctions, fruit d'une bassesse intéressée.

Celte conduite digne et énergique, jointe à de si grands talents, lui valorem les témoignages les plus flotteurs des membres de la diète constituante en 1790. Christophe Szembek, évéque de Ploçk, président d'une délégation de la dicte pour examiner le compte rendu de la commission des finances, et Onuphre Morski, castellan de Kamienieç, exaltaient les mérites de Czaçki devant la diète assemblée en présence du roi Stanislas-Auguste, cl le représentaient digne de la reconnaissance nationale. D'autres sénateurs et députés imitèrent cet exemple ; enfin le roi lui-même, faible jusqu'à lâcheté pour opérer le bien, mais assez intelligent pour reconnaître le courage des autres, s'exprima en ces termes dans la séance de 1791, 7 février : « Plus d'une fois fat déclaré combien j'estime les mérites et les talents de H. Czaçki, et quand le temps viendra, je prierai les états d'inviter unanimement M. Czaçki à continuer ses fonctions, sans recourir aux élections à son égard. » Heureux le citoyen qui, dans un pays libre, peut recevoir un pareil témoignage de son mérite en face de la représenta-

tion nationale, qui s'y associe à l'unanimité t

Son père, qui mourut vers ce temps, lui légua sa bibliothèque; il se trouva de moitié avec son frère, héritier d'une grande fortune, que nous le verrons dépenser de la manière la plus noble et la plus utile au pays.

En 1791 il fut délégué par la commission des finances, avec Jean Horaïn et Thomas Wawrzeçki. pour visiter le garde-meuble de la couronne, à Krakovie, où furent déposés tous les joyaux et les insignes de nos rois, avant qu'ils fussent volés, une nuit, par les Prussiens. Czaçki, liabile antiquaire cl savant historien, éveillait des souvenirs chcis à ses concitoyens, en décrivant ces précieux dépôts d'une antique opulence. La commission lui manda aussi de visiter la province de Krakovie dans les détails qui entraient dans les attributions de cette magistrature. Dans un rapport qu'il transmit à la commission, il fit ta description de Krakovie, cette résidence antique de nos ducs et de nos rois; il décrivit cet ancien château où chaque appartement, chaque pièce, porte le souvenir d'un événement mémorable dans l'hisloiro de notre patrie. Il démontrait ta nécessité de conserver cet édifice vénérable, témoin de sept siècles de notre gloire et de nos vicissitudes. Hélas! il ne prévoyait pas encore que quelques années seulement plus lard le perfide cabinet autrichien de Vienne en aurait fait tour à tour une caserne, un hôpital ou une prison.

La diète constituante, commencée en 1788, avait proclamé ta constitution le 3 mai 1791. Cette constitution, dans le temps une des meilleures lois cardinales de l'Europe, et la première constitution régulière dans notre pays, avait cependant quelques défauts que l'esprit pénétrant de Czaçki mesura d'un coup d'œil, et que nous, neveux do ces législateurs, nous avons aussi reconnus après beaucoup de discussions et des réflexions sur cette loi. Cependant, malgré que Czaçki fût opposé à quelques-unes de ces dispositions, il se hâta de lui jurer foi et obéissance, pour ne pas donner de prétexte à des scandaleuses divisions en face de l'ennemi, guettant le moment propice de déchirer ta patrie. A ce sujet il répétait avec lo prince Kasimir Sapieha, maréchal de la confédération litvanienne : < Ma cou* virtion m'appartient, et moi je suis là où est la roi, où aont les vertueux citoyens. * Malheureusement plus tard le rot ne suivit plus ces derniers.

Après l'établissement de la constitution du 3 mai, Czaçki présenta a la commission des

des observations sur le cadastre et sur l'arpentage de toute la surface de la Pologne, avec la démarcation exacte des palatinats et des dis tricts. Pour exécuter ee plan avec précision, Jean Sniadeçki, alors professeur de mathématiques et d'astronomie à Krakovie, conseillait de faire me surer l'arc du méridien depais les monts Karpates jusqu'à la mer Baltique, ainsi que l'arc de la ligne de latitude entre la Silésie et le Dniester, pour que toutes les localités sur la carte générale fassent placées d'après leur exacte longitude et latitude géographique. 6ur la proposition de Czaçki, Jean 6niadeçki et Félix Radwanski devaient entreprendre le travail d'une carte exacte du payât mois son second et troisième partage coupèrent court à l'exécution de ces travaux. Jamais aucune notion n'a été frappée au cœur d'une manière pins sanglante que l'infortunée Pologne : elle fnt déchirée au moment on, reprenant une nouvelle vie, elle marchait pleinement en voie d'améliorations sociales et matérielles.

Dans l'année 4791, le roi le décora du grand cordon de l'ordre de l'Aigle-Blene; celui de Saint- Stanislaa lui fut conféré dès l'année 1786; il portait aussi le titre destaroste de Nowogrodek. Toutes ces distinctions, qui bien souvent n'étaient qu'une marque de faveur royale, n'étaient cette fois qu'une récompensa méritée par de hauts et brillants services rendus à la patrie ; aussi plus tard refusa-t-il les honneurs, titres et décorations par lesquels des monarques envahisseurs de son pays voulaient se l'attacher.

Gomme délégué de la commission des finances, Ccacki prononça plusieurs discours à la diète de 1791, qui tous prouvent une profonde connaissance de l'économie publique, et un ardent amour du pays. En 4799, pendant le triomphe de l'infime confédération, oh plutôt complot de Targowica, soutenue par Catherine II, Czaçki était occupé & rendre compte de la gestion des affaires de la commission des finances aux personnes déléguées, et quand la misérable diète de Grodno sanctionna, sous la menace des canons russes braqués autour de la salle desdélibérations, le second partage de la Pologne, Czaçki se rendit à Krakovie, et là fréquentait les leçons académiques, accompagné d'une jeunesse nombreuse. 11 se voua a la vie littéraire, et fit des fouilles dans les couvents pour déterrer d'anciennes chroniques et des vieux diplômes pendreax.

Lors de la mémorable insurrection nationale, Rosciuszko, Czaçki prit part à l'administra-

tion des finances. Aussi, après l'issue malheureuse

de cette lutte à jamais mémorable, fut-il dénoncé à Catherine comme un des principaux rebelles. Un oukaze de la tzarine ordonna la confiscation de ses biens; Czaçki fut forcé de faire un voyage à Pétersbourg; so renommée l'y suivit, et Catherine, qui se piquait de protéger les gens d'esprit, se le fit présenter. I>e résultat de cette entrevue fut l'accusation de jacobinisme, dont il eut à se disculper devant Platon Zouboff, le favori de la tzarine. < J'ai gardé une fidélité inébranlable pour ma patrie; ai-je trahi par la mes devoirs envers le nouveau gouvernement? * Tel fut le langage de cet homme, qui dut sa fortune et sa gloire à un héritage illustre et à des mérites élevés, devant un satrape qui ne devait son élévation qu'à un caprice tout-puissant d'une femme débauchée. Menacé de la perte de toute sa fortune très-considérable (on pouvait l'estimer à plus de 5,000,000 de francs), il trouva dans l'étude une large compensation à ces chagrins de riche propriétaire dépossédé de ses biens. Il se proposait, après le paiement de ses dettes, de se vouer à la vie d'un homme de lettres à l'université de Krakovie, et de s'y occuper lui-même de l'éducation de ses enfants. Mais un événement imprévu changea cet état de chose». Catherine mourut; son fils Paul, qui, malgré son humeur sauvage, avait un fonds de justice dans l'àme, sentit sa conscience obligée à alléger les maux des Polonais, dont tout le crime fut d'aimer leur patrie avec ardeur. La langue polonaise fut rendue à l'usage des tribunaux et des écoles, les lois civiles de la Pologne furent maintenues, les prisonniers mis en liberté, et les biens confisqués retournèrent aux propriétaires. La forlunede Czaçki lui fut restituée, cl le premier usage qu'il en fit, ce fut de venir en aide aux patriotes relégués en Sibérie, et qui avaient recouvré leur liberté. Il s'occupa activement des souscriptions, dont il leur fit passer le montant, et auxquelles il participa lui-même dans une forte proportion.

En 4796 il fut choisi par la province de Kiiovie pour la représenter au sacre du nouveau tzar Paul 1", à Moskou. Profitant des bonnes dispositions de ce monarque, qui pouvaient n'être que passagères, il remit, par l'entremise du prince Kourakine, procureur du ëénat, une pétition au trône, dans laquelle il demandait nne amnistie générale, la translation des actes publics de Pologne dans un des gouvernements de Kiiow, de Podolie,oadeWolhynie,d'étabUruiitribuKild'a|>-

pel pour ces gouvernements, comme pour ceux de Litvanie; enfin de leur restituer le droit de choisir les maréchaux gouberniaux. Cette pétition fut agréée par Paul, qui, une fois en veine des faveurs, voulait nommer Czaçki sénateur de l'empire, fonctions que celui-ci déclina.

Le dernier roi détrôné de la Pologne, le faible Stanislas- Auguste se trouvait alors ù Moscou. Czaçki s'adressa à lui pour en obtenir la précieuse collection des manuscrits relatifs à l'histoire nationale. Stanislas, dont la seule qualité fut d'aimer les lettres, convaincu que ce n'était que dans les mains de l'illustre savant qu'elle pouvait fructifier, la lui donna. Celte magnifique collection avait coûté au roi trente mille ducats (près de 360,000 francs). Depuis ce temps Czaçki fut tout entier aux recherches historiques et savantes, qui en firent l'un des hommes les plus érudits de l'époque, un des auteurs dont la Pologne peut se glorifier à juste titre. Pendant son séjour à Moscou, il obtint de Laurent, marquis de Litta, nonce du pape en Russie, la permission de lire les livres défendus, permission qui lui était nécessaire dans ses rapports avec tes couvents et le clergé orthodoxe.

Le général Bekleschoff, gouverneur général de la Wolhynie, Podolie et Kiiovie, sachant que Czaçki avait accompli tant de choses utiles quand il était membre de la commission des finances sous la Pologne indépendante, lui demanda des observations sur le commerce du pays. Czaçki lui fournit un mémoire en langue française où il lui ouvrit ses vues sur les griefs dont le commerce de ces provinces avait à se plaindre.

Outre ces services si multiples d'homme public, le temps arriva où Czaçki devait prendre une des places les plus distinguées comme écrivain. En 1800, il publia son immortel ouvrage intitulé : Des lois litvaniennes et polonaises, leur esprit, leur sources et leurs rapports, ainsi que des choses contenues dans le premier statut promulgué pour la Litvanie en 1«>29; deux forts volumes in-4°. Cet ouvrage est un vrai monument scientifique. Craçki en sentit lui-même la grande valeur, quand il dit depuis, dans une de ses dissertations, qu'il fixera l'attention de nos neveux. Il a la forme d'un commentaire sur le premier statut litvanien. C'est pourquoi les matières n'y sont pas classées par ordre systématique, et l'auteur lui-même l'appelait une forêt. C'en est une en effet, mais une forêt de connaissances, d'érudition pro-

fonde immense, et d'idées ingénieuses. La pré* face est un chef-d'œuvre d'éloquence. Le traité sur les monnaies polonaises est le résultat de longues études sur la matière. Les notices air la langue polonaise, sur les franchises des Juifs, se recommandent par une critique savante et des vues élevées. Le tableau de l'état des lettres dans l'ancienne Pologne qui termine l'ouvrage a été universellement admiré. Cet ouvrage a mis en lumière une foule d'écrivains oubliés dont les travaux passés dans le creuset do génie de Czaçki ont fourni tant de précieux renseignements. En un mot, c'est le plus riche, le plus savant recueil d'observations historique», politiques, littéraires, sur la législation polonaise. Sousle point de vue historique Czaçki faisait dériver la plupart de nos institutions de la Skandinavie. Le tableau de celte influence des coulâmes et lois Scandinaves sur les nôtres a été reconnu depuis comme fort exagéré ; néanmoins il reste constaté avec Czaçki que le droit romain n'a point été la base de la législation polonaise et slave, malgré l'opposition que cette opinion rencontra delà part d'un de nos savants jurisconsultes, Jean- Vincent Bandtke. Le champ ouvert par Czaçti a été cultivé depuis par deux savants. Joachim Lelewel et Alexandre Macieiowski ont rectifié bien des propositions hasardées, éclairci bien des points obeurs dans l'histoire du droit; tons dent néanmoins ont toujours payé un juste tribut d'admiration au grand talent et aux vastes connaissances de leur prédécesseur.

Les principales productions qui suivirent la publication du traité sur les lois litvaniennes et polonaises, sont :

Dissertation sur les dimes en général, etparhculié rement en Pologne et en Lituanie, avectexposé de la nécessité de changer en redevance en grains celle qui se lève en gerbe. — Cette dissertation fut traduite en français par Alexandre Potoçki;

L'analyse des chroniques de la nation polonaise, des deux plus anciens chroniqueurs, Martin GoUus et Vincent Kadlubek ;

Du nom de Ukraine et de l'origine des Koiaks;

Dissertation sur les Juifs et les Karaites ;

Dissertation : Le droit romain était-il

base des lois litvaniennes et polonaises, et avonsnous eu beaucoup de lois et de coutumes commune* avec les peuples du Nord?

Dissertation sur les lois du duché de Masotie, et enfin un grand nombre de discours prononces en public, et de brochures sur différents sujets

LA POl

relatifs * l'iMtrueiion publique de la jcnnesse et l'école de KrcemtepHîç.

I* partie de la Pologne échue en partage au a.u roi de Prusse et quicomprenaitlacap'italeWarsev'e, fut dépouillée par son envahisseur même 4e ces avantages que le tzar Paul avait conservés à la Lityauie et aux provinces méridionales. La langue polonaise et les lois polonaises furent proscrites 4e l'usage des tribunaux et des écoles, Il fallait aviser au* moyens possibles de conserver ces précieux éléments de nationalité* Pans ce but, Thadé CïaçM» 4e concert aVee quelques autre» savants patriotes, tels que Jean Àjbertrandy, Stanislas Soltyk et François Dmochowski, fonda la société des amis 4es sciences (philomatique) 4e Warsovie, que Frédéric- G ui|laume,roide Prusse, approuva le \'T juillet 180$, voulant éviter le reproche d'être ennemi des lumières. Moins scrupuleux, que luj, le t*ar NiQo- I» 1er 1'% abolie d'un tn>U de plume en 1852. Toutes les œuvres glorieuses du grand citoyen dont qquf traçons l'esquisse biographique

devaient donc être réduites en poussière par le despote du Word dont u rp pressentait pas la venue, k'artft de la postérité a déjà prononcé

aur ^us les deux, quoique pous ne soyons que contemporains du second,

Occupé a réunir les matériaux, pour |'Ai«(ofr«

de h Pofogw, Czaçki demanda et obtiRt du roi

4e Pru§se et de sop ministre Alvçnslebpn (1802) la permission de visiter les archives secrètes des

chevalier! Teutoouive* à Kœnigsberg, où il

trouva plusieurs Pièces authentiques d'une grande importance. Il alla voir ensuite le tombeau de Kopernik à Frauenbourg, et transmit les ossements de notre célèbre compatriote à la Société des amis des sciences de Warsovie et aux prineçs Gz&ftoryski à putawy-

Muni d'une recommandation du roi Stanislas- Auguste aux autorités des monastère?, ilen visita nn grand nombre, entre autres celui des Bénédictins à Lysa-Gora (le mont chauve), en furetant partout les vieux manuscrits et les bouquins sur lesquels les pieux cénobites laissaient s'amonceler d'épaisses couches de poussière. La chronique indiscrète prétend qu'il se commit dapa ces visites plus d'un de ces larcins en usage chez les bibliophiles. Ce qu'il y a de certain, c'est que si les bibliothécaires des couvents, qui pour (a plupart avaient aussi le garde-manger dans leurs attributions, trouvèrent après ces visites quelques vides les rayons, le public gagna quelques H.

OGNE. 441

vertes littéraires et S*Vantes déplus. — Le clergé mémo séculier su prêtait néanmoins d'assez bonne grfce à aider notre savant dans sas recherches de vieux livres et manuscrits. Le chapitre diocésain de Kuïavie» outre autres, le reçut, dans sa tournée, avec de grands honneurs dus à la haute renommée de cet homme extraordinaire. Il visita ainsi Dautzig, Posen, Gnèsne, Kalisz e| autres villes de la Grande-Pologne.

Lorsque le duc de Richelieu, général gouverneur d'Odessa, depuis ministre en France, eut donné de l'impulsion au commerce de la mer Noire, Caaçki, toujours en tète 4e chaque entreprise profitable au pays, forma une sooiété commerciale avee Stanislas Soltyk, Joseph Drzewieçki et Michel Waliçki, pour l'exploitation du commerce de blé et du bois avec la France et les pays riverains de la Méditerranée. Le 9 juillet 1803, un vaisseau marchand, du nom âeThadè Cxaçkx, appareilla du port d'Odessa pour Trieste. Avant le départ, le duo de Richelieu fut fêlé à bord au milieu des salves tirées des canons polonais.

En 1803, Alexandre confia à C|caçki la direction de l'instruction publique dans les trois gouvernements de Wolhynie, de Podolie et de Kiiow, et le nomma visiteur des écoles dans ces provinces. Depuis oetle époque, sa vie fut consacrée tout entière à 1 éducation de la nouvelle génération du pays. L'instruction publique dans les trois provinces précitées était alors dans un état déplorable. Trois écoles de district en Wolhynie et en Podolie, et deux dans toute l'étendue de b vaste Ukraine, voilà tout ce qu'il y avait d'établissements pour l'éducation de la jeunesse. Czacki, dès qu'il fot placé à la tête de l'enseignement public du pays, sentit le besoin de créer un oentre des lumières, un établissement de hautes études, une école qui pat former des jeunes gens dhin esprit assez cultivé pour répandre l'instruction à leur tour dans les points les plus proches de la circonférence. Une fois cette nécessité reconnue, il tourna tous ses efforts vers l'accomplissement de ee plan ; et il mit autant d'énergie et de zèle dans l'exécution qu'il mettait de promptitude et de justesse dans la conception. Dans ee but, il chercha un endroit convenable pour établir un gymnase supérieur des sciences et des lettres, et après un examen approfondi de toutes les convenances qu'offraient sous ce rapport les différentes villes de la Wolhynie, il fixa son choix sur

LA POLOGNK.

qu'il immortalisa par la mémoire de son œuvre.

Celle ville réunissait en effet la plupart des conditions qu'on pourrait exiger pour un établissement de ce genre. C 'était un endroit salnbre, un site romantique au milieu des montagnes, une petite ville de district qui, sans être un centre du mouvement commercial et militaire, élaitcependant située dans une position assez centrale, pour que les habitants des provinces méridionales polonaises y envoyassent leurs enfants. Si on considère que Czaçki avait aussi en vue la Galicie autrichienne, qu'il n'oubliait pas être une partie de la commune patrie, et dont il voulait cl est parvenu à tirer des élèves ; cn6n, si à lout cela on ajoute les spacienx édifices de l'ancien collège des Jésuites et de l'ancien couvent des moines Basilicns, qui, avec quelques changements faits à propos, offraient un local convenable pour l'établissement d'une vasie école, on reconnaîtra que le choix du lien a été fait avec on ne peut plus de discernement. Nous insistons a établir ce point, parce que dans la suite le gouvernement russe s'est servi plusieurs fois du prétexte d'un vice de position, pour vouloir transférer d'abord, et ensuite pour casser l'école de Krzemienieç.

Mais il ne suffisait pas d'avoir reconnu la nécessité d'une école supérieure et choisi son emplacement, il fallait encore trouver des fonds suffisants pour son établissement et son entretien. Czaçki savait bien qu'il ne pouvait que très-faiblement compter sur l'appui du gouvernement, il s'adressa donc au patriotisme des habitants. Il fallait une autorisation du ministre de l'instruction publique de Saini-Pétersbourg pour recueillir les souscriptions. Le bonheur voulut que le poste du ministre fût occupé alors par Pierre Zawadowski, homme éclairé et issu de cette noblesse petit-rnssienne qui a conserve quelque peu de sang polonais dans ses veines. L'autorisation fut accordée, et Czaçki commença, avec l'appui de quelques concitoyens distingués, tels que Philippe Olizar, Michel Sobanski, Alexandre Chodkiewicz, Adam Rzewuski, Joseph Drzewieçki, etc., à réunir les dons volontaires pour l'érection d'un monument digne de la reconnaissance de la postérité. Il serait impossibled'énumérer toutesles sortes de démarches, d'insinuations, de prières, d'expédients de tous genres auxquels cet homme, tant adonné au bien public, eut à recourir pour surmonter les obstacles que des préjugés enracinés, la défiance du gouverne-

ment, l'envie de quelques individus lui opposaient sans relâche dans l'accomplissement de son noble projet. S'il était permis de descendre à une telle comparaison, je dirais que jamais commis voyageur, dans les pays mercantiles, ne déploya une si grande activité dans le placement de sa marchandise, que celle dont fit preuve ce grand seigneur revêtu des plus hautes fonctions, pour assurer la réussite de sa sublime entreprise. Il savait intéresser l'avare, convaincre l'obstiné, rassurer les scrupules du prêtre, fléchir l'avidité du marchand. Il faisait à ses frais de longs voyages, de fréquentes tournées, en persuadant, invitant, suppliant. — Nobles, prêtres, Juife et même jusqu'aux fonctionnaires moskovites les plus inflexibles entre tous, quand il s'agit de débourser de l'argent dans un but élevé, devenaient dociles à sa voix. Je ne craindrais pas d'avancer que pareil dévouement dans un homme de ce rang n'est pas à trouver dans la société actuelle de l'occident européen (1).

Grâce a ces efforts, à cette persistance dans la poursuite du but élevé qu'il s'était proposé, Czaçki se trouva à même de demander un diplôme pour l'ouverture de l'école de Krzemienieç. Il s'adressa, pour l'obtenir, à l'intervention du prince Adam Czartoryski, alors en faveur auprès d'Alexandre, et curateur de l'Université de Wilna dans le ressort universitaire duquel se trouvait Krzemienieç. Lu lettre que Czaçki loi écrivit à cet égard est digne d'être rapportée: < Dans les mains de Yotre Excellence, écrivit-il, > sont déposés les sorts du bonheur ou de l'in- » fortune. La bonne volonté, les sacriâces des

(I) Pour donner un échantillon des sacrifices auxquels Thuilé Czaçki sut faire consentir les différente» daw* d'habitants pour fonder l'école supérieure dcKrzcmitniev. je citerai quelques exemples pris au hasard :

Philippe Olizar donna une fols 84,000 ferlas.

Le docteur Lernet, médecin, 123,000 c'est-à-dire une. grande partie de sa fortune, dont il légua ensuite le reste, près de 400,000 florins, pour l'entretien perpétuel de quatre pauvres étudiants. Il ne laissa h son dis qu'a peu près 100,000 fl.

Les moines Carmélites, 1,000

Une confrérie de Juifs à Krzemienieç, 400

Korsak, abbé de Zydvcxyn, 9,000

La princesse Sanguszko donna le «filage de Grabowk».

Un valet de cbamhre, 150

Quatre pauvres gentilshommes, iM

Le magistrat (conseil municipal) de la petite viUe de Krzemienieç, 10,000

Madame Ouvaroff, femme d'un général russe, etc., 1,000

La valeur réelle d'un florin de Pologne est de 60 «estimes, sa valeur relative égale I franc 60 centimes.

i patrimoines et de l'amour-propre sont portes

• en hommage. Mais c'est à vous, prince, qu'api partient la direction à donner à ce zèle ver* i tueux. Déjà la carte de l'histoire est toute » prête pour y inscrire votre nom. Ici, les na- » lions jugeront Auguste et Mécène. C'est le seul

> moment d'éterniser, et la mémoire du prince » cl le bonheur du pays pur l'instruction de la i jeunesse. Car les générations passeront, et le

• descendant de la race illustre des Jagellons ne

• sera pas toujours au gouvernail de l'éducation » pnblique » Hélas! quelle prophétie ! l'Auguste du Nord (il place à un Tibère; Mécène est dans l'exil avec la jeunesse des écoles, et l'éducation de lu nouvelle génération est dans les mains des popes!.... Mais écartons ces tristes réflexions pour revenir à notre sujet.

Le diplôme de l'école fut signé par Alexandre, le 19 décembre 1803. Le gymnase de Wolhynie fut ouvert le 4*r octobre 1805, en présence d'un public composé de tout ce que la province comptait dans son sein de personnages marquants parmi les fonctionnaires électifs, le clergé et la noblesse. Ce jour-là, Czaçki fit entendre sa voix éloquente; il se livrait à la satisfaction qu'éprouve un homme de bien et un citoyen dévoué a la gloire de son pays, après l'accomplissement d'une œuvre grande et utile. L'espoir de fonder une institution durable remplissait ce noble cœur d'un juste orgueil. Après le tribut de reconnaissance à la magnanimité du monarque, phrase de rigueur dans un gouvernement absolu qui ne l'a cependant en rien aidé, il traça d'une manière éclatante les bienfaits de l'instruction,et prédit qu'elle serait un jour l'instrument de la fraternité des Slaves d'abord, et des bommes de toute race par la suite. Le minisire Zawadowski, en lisant ce discours, écrivit à Czaçki, dans un moment d'extase, une lettre qu'il termine par ces mots : • A ceux qui soutiennent

> l'opinion que la nature épuisée de produire » des grands hommes se repose, je vais indi- » quer le génie de Czaçki qui ressuscite les lettres

> là où elles étaient plongées dans lu léthargie ; » et c'est à lui, qui a accompli celte œuvre, que » servira l'inscription : Nomenque eril indélébile » tttlrum. ■

L'organisation du gymnase de Wolhynie fut entièrement conforme aux idées de Czaçki. Cependant, avant de les mettre à exécution, il consulta quelques savants distingués, quelques professeurs expérimentés dans l'éducation publique.

OGNK. ±43 Ignace Poloçki, Hugues Kollontny, Jean Sniadeçki, lui communiquèrent leurs observations là-dessus, et ce n'est qu'après une mûre réflexion qu'il s'arrêta nu plan suivant :

Le gymnase fut divisé en deux grandes répartitions, en classes élémentaires et en cours de hautes études. Les classes étaient au nombre de quatre, chacune d'une année. On y enseignait la religion catholique du rite romain et grec, la géographie, l'arithmétique, les éléments de géométrie et d'algèbre, la morale, l'histoire ancienne et les langues grecque, latine, polonaise, française, allemande et russe ; il y avait une chaire de langue et de littérature anglaise, mais l'élude de celle langue ne fut pas obligatoire.

Les classes élémentaires terminées, l'élève passait au cours de hautes éludes. Ces cours avaient trois divisions, chacune de deux ans. Dans la première, les cours principaux étaient, en fait de mathématiques : la géométrie supérieure, l'arpentage, le dessin topographique, la trigonométrie plane, l'algèbre supérieure; en fait de sciences morales et politiques : l'Écriture sainte, la logique et la philosophie morale, l'histoire universelle, ancienne cl moderne, la géo- . graphie ancienne; en fait de lettres, les littératures de toutes les langues enseignées dans les classes : c'était la première section.

La seconde division comprenait, en fait de sciences physiques et mathématiques : la physique expérimentale, la géographie astronomique, la trigonométrie sphérique, la géométrie descriptive, la théorie des machines, l'architecture civile, l'agronomie, cl comme supplément, l'art de vacciner, l'horticulture.

En fail de sciences morales et politiques : le droit naturel, le droit politique et le droit des gens, l'économie politique et la statistique universelle.

En fait de lettres, c'était la seconde section progressive des littératures précitées.

La troisième division, enfin, présentait, en fail de sciences physiques et mathématiques : la géométrie analytique, les calculs intégral et différentiel, la mécanique analytique, la chimie théorique et appliquée aux arts, la zoologie, ta botanique, la minéralogie, et, comme supplément, l'hygiène.

En fait de sciences morales et politiques : les instiiotes du droit romain, le droit civil et pénal du pays, l'histoire du droit.

En fait de lettres, celte troisième division

comprenait, outre la troisième section des littératures de toutes les langues étrangères énumérées, la prammaire universelle, la bibliographie et la bibliologie, les antiquités grecques et romaines, la critique littéraire.

En fait de beaux-arts, il y avait une chaire dé dessin et de peinture, une de musique instrumentale et une de musique vocale.

Enfin les arts gymnastiques, c'est-à-dire l'escrime, la danse, 1 equitation et la natation, complétaient le cadre de l'éducation qui embrassait en tout dix ans de temps.

On voit par ce tableau que le gymnase de Wolhynie donnait à ses élèves une espèce d'instruction encyclopédique éminemment utile, tant à ceux qui ensuite choisissaient une faculté spéciale dans l'Université ou ils arrivaient également bien préparés pour chaque branche d'études, qu'à ceux surtout qui embrassaient en sortant une carrière civile ou militaire.

Un établissement si vaste exigeait un corps enseignant nombreux et distingué, et des riches établissements de collections, musées et autres secours scientifiques.

L'infatigable zèle de Czaçki pourvut à tous ces besoins. Des professeurs habiles furent engagés à Krakovie, à Wilna ; on fit voyager à l'étranger des jeunes gens pleins de talent, pour occupêr à leur retour des chaires confiées provisoirément à quelques vieux débris de l'ancien système. L'école de Krzemienieç compta, pendant sa durée de vingt-cinq ans, un grand nombre d'hommes honorablement connus dans les sciences et la littérature en Pologne (i).

(I) De ce nombr« sont Joseph Czech, auteur de quelques ouvrages en mathématique», traducteur ri'Kuclhfe {

Alnisr Felinski, traducteur de Deiille, auteur d« la meil<- IcUre tragédie classique en polonais ;

L'abbé Aloise Osinski, auteur d'un dictionnaire phraséologique de la langue polonaise et de plusieurs a«tr«« ouvrages littéraires ;

Mtchet Chonski, auteur de plusieurs ouvrages estimés, en économie politique*

Joseph Korzeni+vski, connu par ses poésies lyrique* et acs Essais dramatiques {

W. Beiser, botaniste et entomologiste distingué, ami et correspondant de de Candnlle k Ocrjcré, auteur d'Une Flore de la Galicie autrichienne ;

M. /risznietvski, aujourd'hui professeur à Krakovie, auteur de plusieurs outragea philosophiques et historiques •

Jurkowski, savant helléniste, auteur d'un grand dictionnaire grec-polonais dont l'impresaum fut interrompue bar la révolution de l&30'et la mort de l'auteur ;

Vldynski, auteur dW géographie ancienne appréciée parle savant Lelewel;

Jentz, jeune homme pWn de talent, tuuf t * Parla, en

Parmi les établissements et collections iciedùfiquésdont le zèle de Czaçki dota l'école Mtitmieuieç, il faut compter en premier Hèo h bibliothèque, dont les principaux éléments furent^ là bibliothèque privée du dernier roî de Pologne, Stahislas-Augûste, achetée après sa murt, par Czaçki, pour T,S00 dûcais eh or (êntlron 90,000 IV.) ; elle renfermait quinze mille cinq cent quatre-vingts voluines, et dans ce nombre une précieuse collection d'dùVrages classiques dans toutes les langues, ainsi que plusieurs faretés typographiques; 2° les dons gratuits de ta princesse Théophile Sapieha, de Jean Potoçkl, de MikoszèWski, etc.; 3° lés achats partiels faits à quelques savants et aux libraires. Avant la révolution de 1830, la bibliothèque de Krzemienièç comptait près de quarante mille volumes. L'emplacement en était spacieux et décoré avec Une.

Le cabinet numismatique, acheté également pour la somme de 7,300 ducats en ôr, après la mort de Stanislas-Augusté, était une des plu remarquables collections de cê genre en Europe. Il comptait vingt et quelques mille pièces, dont plusieurs d'une grande valeur scientifique.

Les appareils de physique et de chimie furent achetés en partie à Paris des sommes prove* nant des dons volontaires ; d'autres étaient offerts par quelques riches particuliers, tels que Stanislas Zamoyskl, Michel Czaçki, etc. Parmi les plus remarquables, on distinguait le système du monde de Kopernik, fait par Àdaros. Le mécanisme Ingénieux de cet appareil donnait un mouvement aux principales planètes èn ivoire,

1859, pendant son voyage scientifique entrepris dans le but de Se perfectionner dans les sciences physiques et surtout la chimie appliquée «us ans, et dont les restes re> posent au cimetière du l'ère- Lachaise;

Zenoivicz, chimiste connu du tuoude savant en Pologne par sa nouvelle théorie de la formation des corps, ba»fc sur l'électricité |

Jarkowski, bibliologue, cité avec éloge dans les livres hiMiographlqucs de Lelewel ;

Joseph Jaroszeuivti et Alenitotre Mçkitn ici, Jurisconsultes distingués;

Frrczynski, agronome savant, élevé du célèbre Tbaer à Rerliû (Motggclln) ;

FtraeftmiiftA, peintre d'hfMofrt, membre de ftadémit des Beaux-Arts a Vienne : il a fermé piusitart #tert< qui font honneur au paya ;

Kafzk(M>ski, auteur d'un voyage en Crimée; pendant U révolution de 1830, médecin en chef de l'armée nationale.

Enlin, nous ajouterons ici que le a* van t Jvacktm IMtwel a débuté dana sa carrière littéraire comme adjoint a la bibliothèque de Krcehiienk'ç et inspecteur du cabinet des

Gerlache de Gommery. ancien émigré, officier de l'armée de Condé, enseignait la littérature française d'après La Harpe.

LA POLOGNE. m

proportionné ft celttl qu'elles Snbfosent dans la j polonais ; mais, suivant les bonnes traditions dessus do cabinet rie phyaiqne, Czaçki

nature. ÀO*

fil Monter ttn petit observatoire astronomique et le pourvut dlhstruments indispensables pbnr h» observations tant astronomiques que météorologiqties.

Ayant toujours en voe nne application réelle et immédiate de* sciences, il fonda une école pratique rie inéeanlelens attachée an Gymnase. Il h pourtttt d'une collection des modèles et lui donna des professeurs habiles. Cette école rat d'une grande utilité pour le pays.

Lé cabinet de minéralogie fut formé en grande partie des dons des particulier*. A la prière de Czaçki, le prince Joseph Peniatovvskl donna au Gymnase de Wolhynle la belle Collection de minéraux qu'il hérita de Son frère le prince primat. Elle !Vjt ensuite augmentée par les offres do chambellan Sosnovrski, de Frédéric Moszynskl, Waliçki, Kolontay, et d'un riche marchand de Saint- Pétersbourg, nommé Sltnlkofî, qui fol pénéiré d'une vraie admiration pour Ctocki, tant cet homme extraordinaire agissait sur les esprits même les moins bien disposés pour Ses efforts patriotiques. Le cabinet minéralogique fut depuis augmenté par des âchais considérables, au point dô fermer uhfe des plus belles collections de ce genre.

parmi tant de riches établissements scientifiques, le jardin botanique occupait Une des premières places. Excepté le manque d'eau vive, c'était le plus beau jardin des plantés Cohnn en Pologne. Il occupait un espace fort étendu, et les serres contenaient plus de cinq mille espèces de plantes exotiques les plus rares. Il fut établi par f Anglais Mlckler, sous la direction de r*ran* çois Scheidt, professeur de botanique.

Tels étaient les établissements que les sciences devaient à la munificence des habitants et aux soins de l'immortel Czaçki. Que sont-ils devenus? On lésa confisqués, transportés, éparpillés; quelquesuns, comme le cabinet de médailles, sont allés grossir la collection privée du tzar à Pétcrsbottrg!!

Depuis l'établissement de l'école de Rrzemieniec, Czaçki ne vécut que pour elle, ainsi que pour la propagation des lumières dans les provinces dont il dirigeait l'instruction publique. H n'a pas pneependant se reposer un instant sur ses laurier*, l'œil inquiet du gouvernement soupçonneux suivait tout ses mouvements. Le gouvernement russe voyait avec mécontentement qu'une institution de ce genre se trouvât dans une province

ouvernemen taies, on laissait fairè jusqu'à cè que tout fût Complètement ac hevé, pour ensuite s'approprlerlô tout et acquérir ainsi sans peiné le fruit des éffôrts et des sacrifices des Polonais.

Effectivement, trois ans après la fondation do Gymnase a Rrzcmienieç, on prétexta que la ville était mal Située pour uné école centrale, et on était Suf le point de décréter sa translation dans le fond dé la Moskovie. Czaçki fut frappé de cette nouvelle Comme d'un coup de foudre, tl s'adressa au ministre 2awadoVf$ki, en lui peignant toute l'horreur d'une pareille conduite. Cet homme, qui avait un penchant pour Czaçki, fit si bien auprès de l'empereur, que l'école fut maintenue a soft lieu et place, et parvint même plus tard à obtenir la donation des biens-fonds de la starostie de Krzémienieç au profit de f école. Mais ce n'était que lé prélude dés persécutions qu'on allait diriger contré l'auteur, dont on n'avaii pu tout <T un coup anéantir l'œuvre.

Le 2f> janvier 1807, lorsque Napoléon, aprè» la bataille d'Iéna, entra dans le dttché de War- SOvie, Czaçki fut accusé de connivence avec les compatriotes de ta Vislule pour rejeler la domination étrangère, ce qui était assez probable. Mais pour avoir un prétexte de persécution, on prétendit avoir saisi de lui un propos qu'il était certain de n'avoir pas tenu. Sur cette banale accusation, le général KuluzofT, gouverneur général dé KiiôW, le fit partir pour Rharkoff, où il resta SOUS la surveillance de la police. Fatigué d'être éloigné de sa famille et de l'objet de ses soins, l'école qu'il venait de fonder, il écrivit Une lettre à l'empereur en demandant un jugement en règle. En réponse à cette démarche, on le fit amener sOus escorte à Saint-Pétersbourg. Là, un comité fut formé du cotmeKotschoubcy, ministre de l'intérieur, du prince Lopoukhine, ministre dé la justice, et de Nicolas NovOsilizofT, conseiller intime, pour examiner la conduite de Czaçki. Le dernier des trois membres qui plus tard se fit connaître à la Pologne comme persécuteur de la jeunesse, et dont le nom est en exécration dans toutes les provinces polonaises, fut le plus actif accusateur de notre grand citoyen. Celui-ci s'expliquait avec calme, mais avec dignité ; il énuméra tout ce qu'il avait tâché de faire pour le bien du pays, et confondit ses accusateurs par une dénégation ferme et absolue. Voyant qu'on n'avait pas de charges suffisantes même aux yeux des fonctionnaires russes, pour le perdre dans l'esprit de l'empe-

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