C LA POLOGNE
reur, Czaçki écrivit à Alexaudre une lettre lerminéc par ces mois :
« C'est sur la même page que sont inscrits nos » devoirs emers le prince, que nous lisons l'aveu » du monarque que notre honneur, notre liberté » et nos biens sont sous sa sauvegarde. »
Alexandre, qui, dans celle période de sa vie, se piquait de libéralisme, lui répondit en termes flatteurs que ce procès, qui l'avait vivement affligé et qui résultait des circonstances du moment, restait annulé. Il l'assura en même temps de sa reconnaissance impériale pour le bien qu'il avait opéré.
Peu de temps après, le prince Adam Czarioryski ayant entrepris un voyage en Courlande, Czaçki le remplaça comme curateur de l'Université de Wilna, et pendant le rourl intervalle que dura ce remplacement, il montra ce que l'instruction publique en Lilvanie aurailgagné s'il eût été maiulenu à ce poste éminent, car, à toutes les bonnes intentions de Czartorv^ki, il joignait une grande activité dont ce dernier était tout à fait dépourvu. Le gouvernement moskovile, pour l'indemniser, pour ainsi dire, des vexations dont il avait été l'objet, voulut le faire monter en grade (quoiqu'il fût déjà conseiller intime, grade correspondant au rang de lieutenant général) et le décorer de plusieurs ordres. ■J'ai refusé toutes ces i faveurs, dit-il dans une proclamation adressée
• au Gymnase de Wolhjuie ; je crois avoir mérité
• par là un droit plus fort à l'estime des profes-
• seurs et des élèves. «Certes, il ni* se trompait pas.
Revenu auprès de sa chère école, il fut reçu avec transport par les pi ole&seurs et la jeunesse chérie pleine tic dévouement pour les sciences et la vertu, car c'est ainsi 'qu'il av;iit Ihabitude île s'exprimer sur son compte. Son retour fut signalé par rétablissement d'une école spéciale dépendante du Gymnase et d'une haute utilité pour un pays vaste, mais où les propriétés étaient mal délimitées. Cette école, c'est celle de géomètres arpenteurs, qui fut approuvée par Alexandre, le 27 juillet 1807. Vers la fin de la môme année, il présenta au gouvernement le projet de la créalion des deux commissions destinées à rechercher les sommes appartenant au fonds de l'éducation publique, et à juger les différends entre les particuliers qui en étaient débiteurs et le fisc. Cette double magistrature était nécessaire pour sauver les fonds appartenant autrefois à l'ordre des Jésuites, et qui, après l'abolition de cet ordre, furent donnés, par la diète polonaise de 1775, au
profit de l'éducation publique. Le désordre qui régnait dans la hiérarchie judiciaire en Russie laissait dépérir celle partie de la propriété publique; il fallait donc avoir recours à des commissions extraordinaires. Les moti fs développés par Czaçii furent agréés par l'empereur Alexandre, qui, par un oukaze du 21 décembre 1807, institua deux commissions intitulées : Commission judiciaire des fonds de l'éducation publique, dont une a Wilna pour les gouvernements lilvaniens; une autre à Krzcmienieç pour les goubernies méridionales deWolhynie, Podolie et Kiiow. Czaçki fut nommé président de cette dernière, dont les membres furent quelques nobles de mérite. Le poste de greffier fut confié par Czaçki à un homme capable et patriote, François Skarbek Rtidiki, qui rendit en même temps de grands services au Gymnase par le classement des médailles dn cabinet numismatique. La commission des fonds de l'éducation revendiqua dans les premières années une somme de 2,550.000 florins polonais, dont profilèrent les établissements de l'instruction publique.
Un des plus beaux titres de Czaçki à la reconnaissance publique, ce fut l'organisation de* écoles primaires. Il sut intéresser le clergé catholique à la création de ses écoles. Le clergé de Loulsk s'engagea à établir une école primaire auprès de chaque église paroissiale; celui du diocèse de Kamicuieç en Pwlolie, y consacra le dixième du revenu des curés. C'est de celte manière que le clergé se read vraiment uiile an pays, ei jamais Instruction du peuple ne marche avec plus de succès et plus de célérité que quand le clergé éclairé s'en charge. Le curé devrait être toujours, et partout, le directeur responsable de l'école primaire de la paroisse. Czaçki sentit cette vérité, aussi ne laissait-il échapper aucune occasion de communiquer avec le clergé catholique ; il tâchait, cl il parvint en partie à le gagner à la grande cause de l'édocalion populaire. Le plus grand empêchement à la diffusion des lumières dans le peuple des provinces méridionales de la Pologue, c'est le clergé ignorant, brutal et pauvre de l'Église grécorusse. Ceci explique clairement pourquoi le gouvernement d'aujourd'hui tâche de supplanter le catholicisme de ces provinces par le schisme.
Czaçki reçut des donations pour la création de quatre-vingt-cinq nouvelles écoles paroissiales en Wolhynie, de vingt-six en Podolie etdc quinze en Kiiovic. La noblesse de celle dernière jho-
viace vota, à sa suggestion, un subside d'un rouble en assignat (4 franc) par flme mile, ce qui produisit la somme de 492,000 roubles au profil des écoles de cette province.
Malgré celte longue série de services éminents rendus à la cause de l'instruction du pays, il fut dans sa destinée, comme dans celle de tous les hommes supérieurs, d'être calomnié par des médiocrités méchantes. Une basse dénonciation fut dirigée contre ce grand citoyen, en conséquence de laquelle une commission fut instituée à Zytoniierz, clief-lieudu gouvernemcntdc la Wolhynie, pour rechercher si les revenus de l'école ne manquaient pas leur but, si le mode d'enseignement étaiteonforme aux besoins, et enfin si Krzemienieç était un endroit convenable pour des institutions dans le genre de celles qu'il renfermait dans son sein. Ce dernier reproche fut, comme nous voyons, méchamment reproduit à chaque occasion par les ennemis acharnés de la propagation des lumières en Pologne. Czaçki fut péniblement affecté de toutes ces bassesses ; il expliqua tout avec dignité, éclaircit tout, môme ce qui ne lui fut pas demandé : • Je ne demande pas, dit-il
• dans son explication, qui a parlé au uom de > mes concitoyens? qu'il se cache. Je ne tirerai
• pas le voile derrière lequel il se réfugie, je sens
• au contraire plus vivement le devoir de penser > à l'éducation publique pour que de pareils exem-
• ples ne se renouvellent point. Il y a une commission instituée, qu'elle juge!» La commission, en effet, composée de quelques membres honorables de la noblesse du pays, au lieu d'un arrêt de condamnation, après une sévère investigation de tous les détails, ne trouva que des éloges a donner aux grands services et au dévouement sans bornes de cet homme qu'on est fier de nommer son compatriote.
Cet éclatant témoignage des hauts mérites de Czaçki fut suivi d'un autre plus éclatant encore. Les habitants de la province de Wolhynie demandèrent, en 4803, à Alexandre, la permission d'ériger un busle en marbre de Czaçki dans la salle de la bibliothèque de Krzemienieç, et de frapper une médaille eu or pour en éterniser la mémoire.
Cette permission fut accordée; la médaille qu'on frappa porte d'un côté une composition allégori que : Minerve éveillant d'un soup de baguette le génie des sciences assoupi; de l'autre, l'effigie de Czaçki avec l'exergue : Grati cives Volhyniœ in memoriam sempiternam : * Les citoyens recon de la Wolhynie, en mémoire éternelle, »
Un des derniers actes de sa vie, fut l'ouverture du Gymnase à Kiiow. Le discours qu'il prononça en recevant des mains du général gouverneur Miloradovitch le diplôme du monarque, renferme des pensées élevées, et qu'il exprima avec une grande adresse pour ne pas blesser la susceptibilité du Russe. Le corps du prince Constantin Ostrogski, célèbre général polonais au xvi« stècle.et celui du comte Roumianzoff Zadounayski, un des meilleurs généraux russes dans la guerre contre les Turks vers la fin du xvuie siècle, reposent à Kiiow. Czaçki se prévalut de cette circonstance pour dire ces sublimes paroles : « Dans l'espace des siècles, les grands » hommes gardent entre eux une sorte de frater- » nité. Ils comparaissent devant le trône duTrès- » Haut, qui est le père de tous les peuples.
> Chaque brave défenseur, chaque vertueux et
> intelligent conseiller de sa patrie a le même
> mérite devant sa justice éternelle. La nature, » ajouta-l-il, efface les longues files des tertres » tumulaires qui témoignent de fâcheuses dissen- » sions entre les peuples, l'instruction devra les » effacer dans les cœurs des hommes. Les inimi- » tiés des Slaves devraient être sacrifiées sur l'au- • tel de l'intelligence, i C'était pressentir la révolution de 4 830, qui mil sur ses drapeaux qu'elle transmettait aux Russes, l'inscription : Pournotre liberté et la vôtre.
\& malheureuse issue de la guerre de 4842, dans laquelle Czaçki mettait quelques espérances du réiabh'ssement de la Pologne, agit d'une manière très-facheuse sur sa sauté affaiblie par tant de travaux et tant de chagrins. Dans le commencement de l'année 4843, se trouvant à Zytomierz, ayant appris l'arrivée du prince Adam Czartoryski à Krzemienieç,, il s'y rendait en toute hàlc; mais arrivé à Dubno, une violente fièvre nerveuse ne lui permit pas de continuer sa roule. Après quelques jours de maladie, il expira le 8 février, en recommandant au prince Czartoryski, présent à son chevet, l'avenir de la nouvelle génération et son école de Krzemienieç. Conformément à sa dernière volonté, il fut enterre à Poryçk dans le tombeau de ses pères mais son cœur fut conservé à l'église de l'école de Krzemienieç, déposé dans une urne avec cette inscription tirée de l'Écriture sainte : Ubi thésaurus tuus, ibi et cor tuum : * Où est ton trésor, là est aussi ton cœur. »
La cérémonie funèbre à l'honneur de Czaçki fut célébrée à Krzemienieç avec une grande pompe
U POLOGNE
04 un profond chagrin, et chaque année, aniuite, le 90 juip, jour de la fermeture dp» cours» le service fgnèbre précédait I» distribution dei pr« consistant en médailles, d'or tt d'argent,
Après la mort dp «en illustre fondateur, ! eçpie Rriemipflipç dura encore dix-lmit ans; «a se» statuts, rédigé* par C«açkï, forent approuvés, par Alexandre ; en 18gt, elle reçut le titra de lyeée do Wolbynie. Quelques ans après,
lorsque, IfovosUlwfi, devenu curateur d© l'u,«.r
versiié de Wilna, exerça iea persécutions ccatie ia jeuneasP de cette université, Kraemieniec ei ressentit la GQnlre.epup 1 une police tracassicre fui imposée à l'école, et chaque manifestation de patriotisme fut sévèrement réprimée. Enfin, lorsque la révolution de 4850 éclata à Warsovie, l'école fut d'abord licenciée, et un an après complètement abolie par Nicolas, qui fit placer dan ses murailles des moines du rite grec.
Henri-Edouard Cwmwii.
UIAZD ET TOMASZOW