‹ La Pologne, historique, littéraire, monumentale et pittoresqueChapitre 97 sur 105 · EN MAZOVIE · texte numérisé non relu

EN MAZOVIE

( Prononce* ; OtUsn et To*t\ȂHOr-)

« Des siècles ponr grandir : pour déchoir, des instants !

Tels furent sos détins : sa longue décadence

P'upc lutt? *am Un u'« point lasse le temps :

Un peuple a tout perdu s'il perd l'indépendance ! »

Dei.AYIG*b, à renitt.

« Pologne! »om magique qui prête su* chose* en apparence la plus froides tout l'intérêt de la poésie. « Akukynk.

c Des siècles peur grandi»; pour déchoir, des instants I a Tel fut aussi le sort du pays embrassé par l'Oder d'une part, et le Dnieper de l'autre; et les doux grandes oligarchies républicaines, Ye«i»a et la Pologne, ont plus d'un rapport dans leurs dejitiaéos comme dans leurs institutions.

L'ouvrage du savant Surowieçki sur l' luduttne et lu ddcadtno* deê mils* eu Pologne, publié en 1810, est un guide parfait pour quiconque veut étudier en vaste objet \ aussi, tout en retraçant les fautes et les longs malheurs du passé, nous aurons à nous occuper d'une époque moderne.

Pi» r rai tous les établissements qui ont couvert le pays durent la période de 1815 à 1850, nous bous a r Fêterons de préférenee sur Toaiaszew, oolonie résumant en elle tous les genres d industries. Ce nouveau Manchester, sortant du sein des forêts comme une apparition magique, sera pour nous le type de la Pologne dejat l'avejsir, de même que la ville d'Uiasd, avec

son manoir démoli, ses champs a perte de vee, est une fidèle image de la Pologne agricole ci guerrière de nos aïeux.

L'asservissement des cultivateurs, autorisé d'abord en 1496, et graduellement accompli sons 1rs rois électifs, porta bienlèt ses fruits. Le paysan slave, d'une même origine que les nobles, malgré les insinuations de certains chroniqueurs, se voyait arracher une à une les libertés qui avaient fondé son bien-être et la gloire de la nation, et le féodalisme, odieuse importatioa de l'Allemagne, commençait à relover sa tête blasonnée. Ce nouvel ordre de choses, en détruisant le principal attrait do travail, la propriété, ne tarda pas à réagir snr l'aspect général du pays. Les invasions et la peste vinrent continuer ce que l'esclavage avait commencé. Depuis Boleslas-le-Chaste, ees déluges de peuplades se sont succédé; les barbares n'obtenaient des succès qu'en sacrifiant les masses,

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tactique que plusieurs puissances du Nord ont conservée jusqu'à nos jours. Ils se retiraient arec un butin immense, et laissaient le pays jonché de cadavres. L'épidémie étendait alors ses ailes malfaisantes sur ce vaste champ de bataille: et celle de 1831 peut nous attester que l'Europe a tont à craindre de l'Orient. Les hymnes que chantaient nos aïeux en se préparant an combat contiennent des supplications contre ce fléau. Les cités polonaises, qni ont aggloméré tombeaux sur tombeaux, en sont aussi un désolant témoignage, et toutes les couches de cette alluvioo historique portent le caractère particulier de cette époque. Après le pillage tant de fois réitéré de nos archives et bibliothèques par les Suédois d'abord, et par les Prussiens et les Moskovites tout récemment, il nous reste encore cette histoire plastique, écrite en ruines sur les pages ensanglantées de notre pays, et c'est de là qu'il faudra faire surgir un jour les documents qui manquent ailleurs. Si aux alentours de chaque ville on ordonnait un jour des fouilles pour explorer les terrains inférieurs, et pour raccorder les tronçons épars qui ne se sont dressés jusqu'ici que devant l'inspiration du poêle, on pourrait former une reconstruction de la Pologne plus complète et plus fidèle qne celle qui existe dans tous nos monuments typographies. L'avidité de nos ennemis vint, après l'esclavage, lesTatars et la peste, consommer celle œuvre de destruction : témoin les recherches qui ont été faites à Bydgoszcz (Bromberg). Partout et à une distance considérable de son enceinte , on trouve sous terre les murs de somptueux édifices et des voûtes superbes, qui attestent son ancienne étendue et sa richesse. Trois assises de pavés indiquent trois époques de chute et de renaissance. La première se trouve à quelques pieds &ous terre, la seconde à un mètre plus bas, et la dernière à deux mètres sous ta seconde, de manière que le sol semble s'être exhaussé de 14 pieds. Après le dernier partage, lorsque les Prussiens exploraient cet Uerculanum slavon, ils trouvèrent ensevelis sous des ruines incendiées plusieurs timbres de monnaies, de l'argent en barres et des vases superbes du même métal. Leurs mains industrieuses surent bientôt les convertir en thalers. Cette découverte inattendue fut pour eux le signal d'une immense dévastation. Plusieurs châteaux furent démolis de fond en comble, et leur beauté même ne pouvant les soustraire à ces recherches impies, des monuments

TOMK II.

tombèrent que Gcnscric lui-même eut épargnés. Guidés par un instinct de hyène, les spoliateurs flairaient partout de l'argent ou de l'or enfouis, les tombeaux même devinrent l'objet de leur avidité. Bien des fois la jeune reine de Prusse, pour charmer les yeux d'un illustre guerrier, se vêtit des diamants et des perles dont une main sacrilège avait dépouillé la châsse magnifique de sainte Marie à Czenstochowa ! Peut-on s'empêcher de citer ici la ruine superbe du chûtenu de Rawa, que Surowiecki appelle à juste litre le Colysée polonais! Ce château fort, construit par les évéques do Ploçk pour protéger le pays contre les invasions étrangères, fut destiné plus lard à recevoir les prisonniers d'Étal; et plusieurs princes du sang même, ennemis de la république, vinrent jusqu'à la fin de leurs jours y expier leur félonie. Les fondements sont jetés sur un pilotis au milieu d'un marais, dont les eaux emprisonnées par des digues servaient à inonder les fossés. Cette ruine eut le sort de tant d'autres : on fit jouer une mine sous les bases d'une tour gigantesque placée à l'un des saillants. Tout ce qu'on put obtenir de cet acte de vandalisme, fut de séparer les murailles sans pouvoir les faire crouler : et cette tour ainsi désunie, avec sa voûte conique au sommet, présente de loin l'aspect d'un bonnet épiscopal, souvenir de ses anciens fondateurs. Tel fut aussi le destin du château d'Uiazd dont nous reparlerons plus lard. Un ministre du grand-duché de Warsovie, visitant un jour les environs de Brzeziny, observa qu'une mare d'eau qui lui barrait le passage venait une heure après de disparaître entièrement. Curieux de pénétrer la cause de ce phénomène, il fit creuser le terrain au même endroit, et l'on ne tarda pas à découvrir de vastes catacombes ayant jadis servi, comme leur disposition semblait l'indiquer, à la sépulture des Ariens, secte jadis très-répandue en Pologne. Dans beaucoup d'endroits, au milieu des campagnes, la terre foulée par les pieds des chevaux rend un son creux et profond qui atteste infailliblement la présence de pareils souterrains; souvent la charrue, en soulevant la première enveloppe do terrain, heurte des ossements sans linceul, ou des pièces d'armure qui devaient sans doute servir à une génération de géants. Dans des bourgs presque abandonnés, qui offrent à peine quelques masures inclinées, il y eut jadis des diètes, des assemblées, des cours plénières, où des augustes personnages trouvaient chez leg

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habitants asile et opulence. Beaucoup d'autres villes semblent avoir aussi dans la suite des âges passé d'un endroit h l'autre : comme Sandomir, Lublin, Gnèzne, Kruszwica, Wielun, -Sieradz, Wiskitki, Szremkonin, Loraza, Wizny, Raygrod, Goniondz, Drohiczyn, Mielnik, et une foule d'autres dont les murs, les faubourgs, les monuments, ensevelis dans les jardins et les bruyères, forment ainsi une vaste ceinture de décombres. On pourrait appeler ce monde ancien, recouvert de la lave des siècles, la Pologne souterraine ; et notre nation, comme le Christ avant les jours du salut, est tout entière descendue dans les tombeaux.

Tel est le sentiment pénible qui saisissait les voyageurs étrangers depuis Regnard, William Cox, Schultes, etc., lorsqu'à va nt l'époque de notre régénération, ils s'avisaient de parcourir ce pays qu'ils appelaient un vaste désert, inania régna / sans daigner songer aux convulsions terribles qu'il a dû traverser pour arriver à cet état d'épuisement. Hais si quelqu'un au monde devait s'abstenir de ces observations outrageantes, ce devaient être les voyageurs allemauds : enfants de Cham, devaient-ils compter les brèches de nos murailles qui les avaient protégés pendant plus de cinq siècles? On serait tenté de a'écrier ici avec Crébillon : « Eh! doit -on hériter de ceux qu'on assassine ? » Un guerrier, en revenant du combat, suspend aux murs de son cluUeau son armure tout en pièces, mais il ne l'insulte pas. Il y a lieu de s'étonner qu'après tant de désastres, la Pologne ait pu garder encore le peu d'industrie et de bien-être qu'elle possédait avant sa dernière transformation ; et il faut en convenir, ce pays doit avoir une force immense de reproduction et de vie pour n'être pas tout à fait devenu ce que les étrangers la font, un désert, et pour avoir toujours alimenté l'Europe affamée de ses produits eogendrés sous le fer et les lois despotiques des spoliateurs. Quelquefois, en parcourant ce désert, on trouve un tronçon de colonne gisant sur le sol et couvert à demi de verdure, qui semble le dernier reste d'un manoir enseveli ; un rocher debout et isolé au milieu de la campagne, un cénotaphe peut-être! énigme à jamais insoluble que le passé semble avoir léguée à l'avenir. Quelquefois aussi, et d:ms les contrées méridionales surtout, on voit de loin en loin un tertre pareil à celui de Vanda près de Krakovie : un kurhan (tertre) dont la verdure attire des troupeaux de chevaux

sauvages répandus sur les savanes, et dont 1« fleurs portent encore un parfum d'héroïsme et de grandeur. Ces collines, qui ont à peine us nom, sont les tombeaux d'un millier de bravet; tombeaux plus éloquents que les statues et les inscriptions, parce qu'ils nous révèlent d'un seul regard toute la destinée d'un grand peuple; ils nous rappellent que ces héros d'autrefois ont eu durant toute leur vie une même pensée, U patrie; un même sort, les combats ; uue même récompense, l'oubli. En beaucoup d'endroits, ces restes précieux sont confondus avec les os de leurs ennemis : Germains, Tatars, Moskovites, Suédois, Musulmans. Ici la Pologne semblerait un rivage plusieurs fois envahi par l'Océan du peuples, et sur lequel en se retirant ces Barbares n'auraient laissé que les restes d'un festin de cannibales. Ailleurs, c'est un rocher fréquemment frappé par la foudre, et que l'hirondelle des mers n'oserait plus choisir pour son gîte et son asile. Des champs, inondés jadis de moissons dorées, se couvraient de bruyères faute de mains pour les cultiver; les forêts, comme un linceul mortel, s'étendaient alors sur toute la surface du pays, et, dans leur marche envahissante, semblaient vouloir l'engloutir avec tout ce qn'il avait de splendeur, de richesses et de liberté.

C'est la peut-être aussi le secret de ce patriotisme fervent de la jeunesse polonaise, digne des anciens âges, de ce feu sacré qui finira par dévorer ceux mêmes qui s'efforcent de l'éteindre. Un seul de ces mouvements est une histoire tout entière : il la remplit d'une indignation immesse contre ceux qui ont fait couler tant de larmes et de sang sur le sol fertile de son pays. Peut-elle interroger un seul de ces débris sans que tout lt passé ne se lève à ses yeux? elle réchauffe avec son souffle généreux cette étincelle découverte sous les cendres, elle doone un corps a tous ces héroïques fantômes qui l'entourent, et l'idéal de grandeur et de vertu dès l'enfance apparu de» vant elle, est le but sublime vers lequel sa vie entière doit se précipiter, le -rêve qui doit l'accompagner au tombeau. C'est à leur aspect qu e\k s'écrie : Exoriatur aliquù $» ouibut uitor.

Dans le bruit des vents qui gémissent à travers des portiques abandonnés, dans le murmure solennel et profond des forêts qui jadis furent des villes, elle croit entendre la voix des aïeux Ini criant vengeance, ou la trompette de l'ange qui dit à tous ces illustres morts : < Levea-vous. » Voilà la source de l'enthousiasme ches le peuple

LA POLOGr*E.

polonais, penple de pasteurs établi sur les cendres des guerriers, qui grandit et se multiplie sous le fer; de cette propagande de liberté qui atteint par nue inévitable contagion ceux mêmes qui Tenaient pour l'étouffer. Cest qu'il y a dans la grandeur de nos horizons, dans l'inculte fertilité de nos plaines, dans l'enivrante pureté de notre ciel, un élément de l'indépendance qui se communique a tous les êtres, qui fait battre plus virement les cœurs les plus communs. Et je défie un étranger, quelque prévenu qu'il soit contre nous, de ne pas emporter, après un mois ou deux de séjour, quelque chose de polonais dans l'âme. (Test que dans ce pays on vit d'une existence plus rapide, tout nous porte irrésistiblement vers l'infini : les grandes pensées viennent sans effort, les dévouements sont plus faciles, et c'est comme une révolution intime de cette vie supérieure dont vivaient nos ancêtres, à laquelle tout homme semble appelé, dont il porte aussi le germe dans son sein.

En traçant le tableau des villes polonaises, nous avons aussi fait celui d'Uiazd dans les différentes phases de sa prospérité. Son origine, de même que celle de toutes les villes sur la Piliça, comme Przedborz, Inovriodz, Suleiow, etc., se rattache an règne de Kasimir le Grand. Uiazd est situé dans l'ancien palatinat de Lenczyça, et Tomaszow, fondé en 1822 par Antoine -Rawicz Ostrowski, en est une dépendance. Celte ville, qu'il ne faut pas confondre avec un autre Uiazd construit par les Ossolinski au xvne siècle dans le palatinat de Sandomir, fut d'abord la propriété des DœnhofT, famille opulente ayant des ramifications étendues dans la Prusse polonaise, formant le littoral de la Baltique. C'est par une alliance de la maison des DœnboflT avec celle des Ledochowski et des Ostrowski, que, sous Stanislas-Auguste, Uiatd échut à ces derniers. Ville dénuée de commerce et d'industrie, elle ne doit son existence qu'à l'extrême fertilité des plaines qui l'environnent. Ces plaines, par la variété de leur végétation, présentent de loin l'aspect d'un plaid montagnard, étendu avec ses milles couleurs sur la plage fleurie : partout on voit la campagne couverte de froment , comme d'une poussière d'or soulevée par un souffle invisible ; de seigle aux reflets argentés, et de sarrasin avec sa tendre et virginale rougeur. Ces carrés de blé sont traversés par intervalle d une verte ceinture de merisiers ou de pommiers sauvages, avec, un panache de peupliers balancé gracieuse-

ment par le vent. L'horizon est borné comme à l'ordinaire par d'immenses forêts précédées de quelques jeunes ormes ou sapins, sentinelles perdues d'un ennemi qui s'avance. La Piaseczna. rivière jadis considérable, aujourd'hui pouvant à. peine se traîner vers la Piliça et rétrécie parmi des ruines comme les destinées de la Pologne, fait mouvoir quelques moulins délabrés. Les habitants de cette ville, jadis opulente, s'occupent en hiver de voitnragc et de tannerie ; en été, de la culture des terres. Le seul commerce qui se fasse remarquer dans les rues, les boutiques d'épicerie et d'étoffes sont entre les mains des Juifs. A quelque distance de la ville est une maison en bois un peu meilleure que les autres, demeure presque toujours veuve de son propriétaire, située dans l'enclos d'un jardin somptueux jadis, aujourd'hui redescendu jusqu'au rang de simple potager. Les ruines informes du château des Dœnhoff complètent ce véridique tableau et dominent toute la contrée environnante. La destruction de ce château fort fut d'abord commencée par les Suédois sous le règne désastreux de Jean-Kasimir, lorsqu'abandonné par le roi, cerné par un ennemi dix fois plus nombreux, Czarnieçki tint en échec les armées soi-disant victorieuses, et, par la rapidité de ses marches, se multiplia sur tous les points. Le château subit alors plusieurs attaques, et depuis ce temps il n'a pu être complètement restauré. Les toits couverts de plomb et les grillages des fenêtres suffirent seuls à défrayer tout le siège, et d'après ce détail on peut se faire une idée de son étendue. La blanche église d'Uiazd , construite par le primat du royaume André Olszowski, fut tout entière tirée de son sein, aussi plusieurs de ses pierres portent encore les cicatrices des boulets suédois. Les vieillards se rappellent encore de l'avoir vu dans toute son imposante grandeur. Douze salles d'armes, portant chacune les noms d'un des mois de l'année, soutenaient autant de voûtes en plein cintre, et les fenêtres, au nombre des trois cent soixante-cinq jours de l'année, formaient le pourtour des murailles. L'espoir d'y trouver des trésors enfouis, qui du reste pouvait être justifié par quelques traditions locales, provoqua, comme nous l'avons dit plus haut, la ruine complète de cet édifice, et après avoir démantelé les saillants, démoli pierre à pierre les murailles, creusé jusqu'aux fondements, on ne trouva que des armures et des sabres à demi rongés par la rouille. Le peuple, dépositaire ordi-

uaire des traditions, son histoire et sa poésie transmise, répétait à voix basse, pour se consoler de ce mécompte, qu'au moment des recherches le trésor avait été enlevé la nuit par le démon de l'endroit qui devait le rendre seulement à ses anciens propriétaires, aujourd'hui sur le rivage d'exil, et devant un jour revoir les tombeaux de leurs aïeux. On montrait en effet, et je l'ai vu moi-même, une échancrure carrée dans une muraille double, qui devait, disait-on, contenir le précieux dépôt. J'ignore jusqu'à quel point il faut ajouter foi à cette légende, mais il est certain que, pour le salut du château d'Uiazd, il aurait mieux valu qu'elle n'eût jamais existé, plutôt que de réveiller la rapace convoitise de nos ennemis. Peut-être aussi le sens caché de cette tradition voulait-il exprimer que celle ruine elle-même, empreinte d'un charme ineffable de vétusté, était le trésor des aïeux, le seul héritage d'un passé plein de gloire, que l'avenir devait respecter ; mais il n'entrait pas sans doute dans les vues des spoliateurs de l'interpréter de cette manière.

Non loin de là se trouvait une colline, pareille aux lertres de l'Ukraine et de la Podolie : c'était sans doute une tombe commune pour les guerriers qui avaient défendu le château ; mais on ne peut savoir rien de positif à cet égard, car des dieux slavons mutilés par le temps et retrouvés dans le voisinage auraient pu faire croire que cette colline était un autel destiné à recevoir le xniçx ou le feu sacré des anciens païens du pays. Oh ! ce manoir écroulé, cette colline lumulaire, sur le front de laquelle le doute plane comme uue ombre menaçante, ces plaines recouvrant les dépouilles des guerriers et dédaignant de produire des moissons pour les ennemis triomphants, cette rivière encombrée de débris; n'est-ce pas là toute la destinée de la Pologne ? n'est-ce pas la trace désolante du torrent des peuples qui dans sa course impétueuse aurait entraîné jusqu'aux ruines ?

Voilà la Pologne dans le passé, voyons maintenant ce qu'elle deviendra dans l'avenir.

En quittant l'enceinte d'Uiazd du côté de l'est, le regard embrasse un des sites les plus délicieux en Pologne. Le terrain, à partir de ce point, s'élève insensiblement en pente douce, et à la distance d'une lieue et demie on distingue un castel d'une structure pittoresque avec une tourelle carrée à la base, octogone au sommet, et surmontée d'une coupole hémisphérique. Un drapeau rouge

.OGNE.

et blanc, s'agitant comme une flamme vivante sur l'azur du ciel, annonce la présence du propriétaire... Un drapeau funèbre l'a remplacé depuis l'année 1831. Au milieu des plaines de sable qui l'environnent, cette éminence parait une oasis suspendue dans les airs, avec ses dômes de forêts et ses cascades argentées ; des constructions nouvelles brillent comme des points lumineux sur des masses profondes de verdure, et Toraaszow de loin présente l'aspect d'uae ville construite comme par enchantement au milieu d'une forêt dont la hache n'aurait pas en le temps ou l'audace de frapper les sommets. K mesure qu'on approche de cette apparition lamineuse, elle grandit et se développe aux regards; le terrain, légèrement ondulé comme une mer à l'approche de l'orage, se coupe en gorges profondes, en détroits sinueux, imitant le mouvement des vagues, et bientôt l'on découvre une nappe unie et brillante, un lac formé parla limpide Wolborka, aux roues hydrauliques des mines d'acier et des fabriques sans nombre qui composent cette colonie. Des maisons blanches aux toits d'un rouge éclatant sont venues en foule se grouper autour du bassin , et semblent Itères de s'y mirer avec leur attrait de jeunesse et de beauté. Plus loin, une ville tout entière avec ses places spacieuses et ses rues bien alignées se dessinent sur les touffes opaques du Gustek, qui forme à lui seul tout le fond du tableau. Le Gustek, cette forêt de chênes à laquelle nous avons dans les Nuit* d'exil consacré quelques pages dictées par un sentiment réel et profond, ne pourrait être comparé, grâce à sa primitive et luxuriante végétation, qu'aux forêts diluviennes du Nouveau-Monde : elle est restée pour nous sans rivale pour la beauté et la variété de ses sites, comme elle le sera toujours pour les souvenirs d'enfunce qui s'y rattachent. Ici la Wolborka se déroule dans toute la sauvage indépendance de ses allures. Tantôt elle semble assoupie au milieu des fleurs et trahit à peine le mouvement de ses ondes, étendue voluptueusement au soleil comme un serpent azuré; tantôt elle s'élance comme éveillée à l'approche d'un ennemi, se divise en mille filets d'argent, étreint de ses hras des Ilots chargés de verdure et de nénuphar aux fleurs jaunissantes, puis retombe en mille cas» cades pour se réunir encore, et remplir tons ces rivages d'harmonie et de bruit. Kllc semble ne quitter qu'à regret cette pelouse qu'elle chérit comme uuc tille capricieuse rappelée par sa

mère, et par mille détours bizarres, mille coudes I sinueux, elle diffère l'instant où elle doit se jeter | dans les bras de la belle Piliça, qui la porte à son tour dans le sein du grand fleuve polonais, la majestueuse Wistule. Les chênes de cette forêt, ou plutôt de ce jardin naturel, respectés par la hache, ne tombaient souvent que sous le poids des années ou déracinés par les orages. Quelquefois un chêne mort unissait les deux rives de la Wolborka, et, soutenu par ses arêtes comme par de solides arcs-bouiants, il s'arrondissait en voûte harmonieuse au-dessus des flots. Des fleurs, des tronçons d'arbre, des lianes entraînés par le courant, venaient s'attacher à ses rameaux, et le pont couvert de mousse offrait un passage facile et sûr aux habitants des bois. Ces arbres arrivaient souvent à des dimensions énormes, et chaque siècle semble avoir apporté un attrait de plus a leur belle vétusté. Quelquefois ils se creusaient par la base ; l'édifice tout entier n'était soutenu que sur de frêles murailles, et menaçait ruine depuis des siècles : ces troncs ainsi excavés pouvaient contenir sans peine des familles tout entières. Lors du passage de la grande armée en 181 1, lorsque la contrée environnante, envahie par des troupes sans frein et sans discipline, était livrée à toutes les horreurs du pillage, lorsque les colonnes sous les ordres du roi de Wesiphalie en étaient déjà venues à de sanglantes représailles envers les habitants d'Uiazd, le Gustck devint l'asile inaccessible de plusieurs familles composées de vieillards, de femmes et d'enfants, et les chênes, ces contemporains des Léchites, en ouvrant leur sein pour les recevoir, étendaient leur feuillage protecteur sur le front de ces pauvres réfugiés.

La Pilitça, rivière navigable, à son confluent avec la Wolborka, semble avoir épuisé toutes les richesses de ses eaux pour embellir ce Delta polonais. Des mines de fer, des carrières de pierre à bâtir, du calcaire excelleut, se trouvent répandus avec profusion sur ses rivages. On y avait même remarqué des indices de bouille, mais les dispendieuses recherches entreprises à ce sujet ont été interrompues par la révolution du 29 novembre 1830.

Les bois environnants de sapins, d'ormes, de chênes ou de mélèzes, offrent d'excellents matériaux de construction. On ne sera pas fâché d'apprendre comment les mines de fer furent découvertes par Thomas Ostrowski, l'ancien ministre du trésor sous la république de Pologne :

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