UGNE
et ce conte, qui semblerait par son caractère merveilleux digne de figurer dans l'anthologie arabe, nousa été rapporté par un témoin oculaire.
Le château d'Uiazd fut toujours ouvert à l'indigence. Un pauvre voyageur frappé de paralysie vint un jour y demander asile et protection. Malgré l'opposition des gens, il fut accueilli, et bientôt il dut son rétablissement aux soins qui lui furent prodigués. Il profita de sa première excursion dans les bois environnants pour apporter au propriétaire un gros fragment de minerai, en affirmant que le fer, ce précieux métal qui assure la richesse et l'indépendance des nations, se trouve dans le terrain, et n'attend que la main de l'homme pour l'en faire sortir. On ne perdit pas de vue l'avertissement du pauvre artisan, des fouilles furent ordonnées malgré l'opposition de plusieurs experts appelés à cet effet, et bientôt l'on découvrit une mine abondante dont l'exploitation continue depuis plus d'un demi-siècle. Les Polonais ayant accepté comme un fait accompli la nationalité précaire et morcelée qui leur fut imposée en 1813, et amenés par les guerres de l'empire jusqu'au comble de l'épuisement, ne songèrent plus qu'ù réparer leurs désastres et à améliorer leur existence. Ils feignaient de croire à la véracité des garanties politiques qu'on leur offrait, et à la stabilité de leurs relations commerciales avec la Russie. C'est dans cette période de quinze ans, comprise entre le congrès de Vienne et la révolution, que se sont opérés les prodiges dont nos yeux ont été les témoins. Les blessures de la Pologne se cicatrisaient peu à peu, et bientôt elle aurait pu rivaliser avec la France et la Belgique par le développement de son industrie et la beauté de ses produits. Tomaszow, favorisé par la nature elle-même, offrait le plus beau canevas pour réaliser les projets de régénération que son propriétaire Antoine Ostrowski, membre de la Chambre haute, et plus tard commandant de la garde nationale, avait conçus dès son jeune âge. Il ne s'agissait plus de relever Uiazd, où, avant de construire, il aurait fallu tout démolir, et défaire l'œuvre lente de la décomposition que plusieurs siècles avaient accomplie : Tomaszow donc devint le lieu de son choix.
Il suffira de rendre ici par un seul trait le rapide accroissement de cette colonie. En 1822, elle n'avait que ses usines et quelques masures infirmes pour loger les ouvriers; en 1830, elle était peuplée de cinq mille ûmes, et ses produits s'expor*