‹ La Pologne, historique, littéraire, monumentale et pittoresqueChapitre 99 sur 105 · SI · texte numérisé non relu

SI

taient poar 3,000,0005 peu près (5,250,000 fr.), y compris ceux de ses dépendances. Mais malgré ses avantages de localité, Tomaszow n'aurait jamais pris un essor aussi prodigieux sans les lois libérales qui présidèrent à son établissement. Son Fondateur voulut élever un monument durable en étayant son système sur les bases éternelles d'égalilé, de Justice et de propriété. Vivre en faisant vivre les autres fut désormais Sa devise. Les ouvriers Indigènes ou étrangers, conventionnellcmcnt avec les maîtres, établissaient leurs salaires ; les corvées étaient prèsqu'abolies et remplacées, dans les alentours du moins, par un bail régulier, après six années gratuites. Ennemi constant de tout monopolisme, le fondateur ne rivalisa jamais avec les industriels, se contentant du loyer, de l'affermage de ses eaux et de ses autres revenus territoriaux. En uu mot, ce fut une petite république, dont l'intérieur était digne d'être étudié par nos faiseurs de systèmes. Les tissus de Tomaszow étaient même réputés dans les marchés de la Chine, où l'inexorable stabilité des préjugés semble avoir stéréotypé l'industrie exclusive et la misère du peuple. Ils en sont encore où ils en étaient sous Fô-hi. Ils affectionnent surtout les nuances vives, jaune, écarlate et bleu de ciel. Des essais ont été faits à Tomaszow pour inspirer an peuple juif de l'attachement pour sa terre nourricière en lui prodiguant une large et libérale protection. Ces efforts ont été couronnes d'un plein succès. Les spirales de cheveux s'échappant de dessous les calottes de cuir tombaient à l'cnvi sous le fer; les riches habits de soie, lissées par la malpropreté, faisaient place à l'habit à la française; les filles de Ruth se paraient à faire plaisir et rivalisaient de coquetterie avec les descendants de Jacob : c'était une chute de barbes universelle. Cet empressement de civilisation fut poussé au point que, lors des événements de 1830, plusieurs Juifs de Tomaszow prirent les armes pour ce qu'ils appelaient déjà leur patrie; mot qui jusqu'ici n'a eu d'application que pour le pays de Chanaan, tant il était communicatif, le sentiment d'expiation et de liberté qui se propageait dans toute la Pologne. Nous étions loin cependant de nous endormir sur la foi des traités de 1815, et de nous contenter de ces premiers succès arrachés avec peine au régime

oppressif qui nous gouvernait a cette époque. Nous attendions avec une angoisse indéfinissable le vrai moment de la régénération, où, comme des flammes pareilles se cherchent et se confondent, nous pourrions réaliser la jonction tant désirée avec les provinces détachées de la république : Dantzig, Posen, Riiow, Krakovie, Vilna, Kamieniec, Kowno, etc., persuadés qu'il n'y avait pour les nations de véritable bien que dans l'indépendance, de gloire que dans l'intégrité du territoire. Aussi ces sentiments, refoulés au fond des cœurs patriotes, eurent-ils une explosion terrible. L'insurrection de 1850 devait être le point de départ d'où la Pologne devait s'élever successivement bien plus haut qu'elle n'avait été sous les Boleslas et les Sigismond. Relever ses villes en ruine et faire refleurir ses campagnes abandonnées, ouvrir les chemins de l'Europe à l'Asie et devenir le terrain commun sur lequel les industries des deux mondes viendraient pratiquer leurs échanges, reprendre les grands travaux abandonnés par nos pères pour réunir d'un lien indissoluble la mer Noire à la Baltique, et couvrir les deux mers de nos vaisseaux pour porter aux deux pôles te fer de ses entrailles et l'or de ses moissons, unir sous les ailes de l'aigle sans tache toute la famille slave, aujourd'hui sans patrie et sans autels domestiques, pour la faire participer également au bienfait de ses lois protectrices, et, s'il le faut, pour la défendre con. ire l'agression des Mogols et des Parthes, qui depuis Genguiskan n'ont pas oublié les chemins de la Pologne ; enfin montrer à quel prix, après quelles effusions de sang on obtient l'indépendance et la liberté, oui, telles étaient les espérances de la Pologne lorsqu'une poignée déjeunes héros avait délivré Warsovîe de l'aspect odieux de son proconsul. S'il en fut autrement, il ne faut s'en prendre qu'à nos hommes d'Élat, hommes du lendemain, qui n'ont pas compris cette mission sacrée, et qui dès le début ont gàïé notre insurrection. A quels hasards, ô ciel, tiennent les destinées des empires !

Que devint Tomaszow quand le dernier escadron polonais, ayant franchi la frontière prussienne, déposa les armes, aux lointaines acclamalions du canon moskovite ?

J. CURISTIR OSTROWSXI.

Page 1