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circonstances et des decisions prises par un Conseil Permanent^ Emanation du Parlement et instrument, depuis 1764, d'un progris considerable accompli dans la r^forme des institutions du pays. Les credits affectes k Tentretien de la cour et de la chancellerie, aux services du tr^sor et k Tamortissement de la dette, ont 6t6, de 1776 a 1784, ordonnanc^s d'aprfes ce budget.
La date en est k retenir. EUe a de quoi surprendre les esprits familiarises avec la ligende de la barbarie polonaise. On est d' accord, en effet, pour apercevoir le premier embryon d'un budget frangais dans le cilebre c compte rendu au Roi » de Necker qui est de 1781. Dans les autres pays d'Europe, TAngleterre exceptee, ce mode d'administration financifere n'apparait qu'au xix*" di^cle.
En Pologne, la publicite des operations du tresor et le contrdle sur elles exerc6 par le Parlement remontent au xvi®. Division du budget en deux parties et contr61e de la moiti6 mobile par la representation nationale sont des traits ou la Pologne est incontestablement en droit, avec TAngleterre, de revendiquer un titre de priority. Le pessimisme impenitent de quelques historiens de ce pays a trouv6, il est vrai, k opposer k ce mirite une particularity par laquelle le regime financier de la R^publique se serait distingue des autres de la faQon la plus f4cheuse, a savoir la non- participation de la noblesse aux charges
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communes. G'est un exemple en plus du parti prip de d^nigrement k Tendroit de leur passe dont ces ayocats du diable sont affectes. La noblesse frauQaise n'a et^, et encore de fagon tr&s restreinte, d^possMee de la franchise fiscale dont elle jouissait qu'en 1697, et, posterieurement mSme k cette re forme imposee par une detresse financi^re extreme, le poids principal des impo* sitions de toute nature est rest^ dans ce pays a la charge de la classe non privil^giee. En Angleterre meme, en depit d'une legislation fiscale basie sur des principes tr^s* differents, le taux extrftmement has de Timpdt foncier et la severite des lois reglant le droit de chasse {game-laws'^ creaient sur ce point, au benefice de Taristocratie, une in^galit^ tr^s marquee. Les repartitions d'imp6t exonerant telle ou telle autre classe ont au surplus, toujours et partout, constitue un trompe-rceil. Ne payent en effet qiie ceux qui ont, et, de fagon ou d'autre, I'argent est pris \k ou il se trouve. La noblesse polonaise n'a pas echappe k I'application de cette loi naturelle.
La franchise fiscale qu'elle s'attribuait n'etait cependant pas sans r^duire dans une certaine mesure les ressources du tr6sor. Le budget polonais de 1776 se balan^ait en recettes et dSpenses par 17 000 000 de florins, soit un pen plus de 8000000 de francs. Vers le milieu du siicle, les revenus de TEtat polonais ne depassaient pas la
moitie de cette somme, soil 1/75 de ceux qui etaieat recueiilis en France et 1/12 de ceux que Frederic II parvenait k tirer du coin de terres sablonneuses qui constituaient alors le domaine de la Prusse.
Encore, cependant, un rapprochement trop rigoiireux preterait en cette matifere i erreur. Le budget polonais de 1776 ne conxprend aucune provision pour les d^penses administratives au sens le plus large. Pasun centime pour la justice, la police, Tinsiruction publique. La Pologne ne se passait pourtant pas de tribunaux; elle poss^dait un service de s<!lret6 publique au moins rudimen* taire> et, i c6t6 de TUniversite de Cracovie qui vegetait, quelqijies 6coles y ^taient ouvertes. En France, en Autriche et m^me en Angleterre, tons ces etablissements faisaient une consommation de deniers publics assez considerable. lis consti-* tuaient aussi en Pologne un objet de d^pense relativement grande, au chapitre de la justice surtout; mais il y ^tait pourvu autrement. Un systi^me irhs large d'autonomie fiscale en faisait les frais, au moins en principe* Le personnel judiciaire 6tait retribu^ sur un fonds sp^Q^l, aliments directement par les parties. Les Scoles possedaient une fortune independante. La police des campagnes Stait faite par les propriStaires fonciers et celle des villes etait entretenue aux frais des domaines de la couronne. Pour h$
Wauszewski. — La Pologne. "7
autres parties, enfin, I'admiuistration relevait des Di6tines, ayant, en principe to uj ours, comma organes ex6cutifs, une 6quipe extrfimement nombreuse de fonctionnaires non retribu^s, gentilshommes acceptant gratuitement la charge de ces services publics. On sait que, dans des conditions analogues, sinon identiques, le budget dont Tempereur romain disposait,. comme chef de la Confederation germanique, ne depassait pas 13 884 florins.
Le a paradoxe » polonais trouvait li aussi sa place. Pas plus que Tautonomie administrative au sens le plus large, Tautonomie financifere des diverses provinces de la vie publique n'a sans doute pas 6te un trait particulier a ce pays. Mfeme en Angleterre, cependant, elle n*a atteint une telle ampleur, ni obtenu. au moins en th6orie, une application aussi syst6matique.
Le systfeme 6tait-il vicieux en lui-m6me? On observera que les d6sordres et abus de toute nature, sous le poids desquels Tancien regime a succomb6 en France, ont pu 6tre attribu6s, avec quelque apparence de raison, k la ruine des vieilles institutions f6odales h caractere precisement d'autonomie centrifuge*. La decentralisation administrative de Tancienne Pologne ne saurait d'ailleurs d*aucune faQon 6tre rendue
1. Taine, Les origines de la France contemporaine, VAncien Regime, p. 47, 100.
responsable du mauvais fonctionnement do son gouvernement ; elle n'a pas, en effet, assez fonc-^ tionn6 elle-m&me pour que Texpfirience fAt concluante. Le plan en a 6t6 couqu Iris largement, mais Tex^cution a et6 d^faillante, avant que les organes correspondants eussent reQu une forme et un developpement en rapport avec leur destination. N*etaient-ils pas susceptibles de perfectionnemeni? Le demos nobiliaire n'y a pas r^ussi ; mais il se cohdamnaiti ne reussir sou vent k rien, en Youlant tout faire lui-m6me, et le temps aussi lui a manqu^.
Les tumultueuses reunions des Diitines etaient ^videmment incapables de prendre s^rieusement soin des finances de leur province, ou de s*occuper des routes i y construire. Comme toutes les assemblies similaires, elles c6daient au penchant invincible qui les ported faire de la grande politique ^ Elles se sontavis^es, cependant, vers la fin, en 1789, de tirer de leur sein des instruments d'administration plus effectifs, Commissions (Tordre civil et militaire permanentes, dont Tactivit6 a 6t6 trop courte pour servir de mesure i leur m6rite^. II 6tait trop tard.
Au centre comme dans les provinces, les ressources ont toujours, en outre, fait d^faut aux
\ 1. Pawiiiski, loc; cit., p. 389, 390.
^ j 2. Ibid,, p. 411-412; Kalinka, La DikU de quatre anSy I, p. 497;
lorzon, Ateneam, Varsovie, 1882, I, p. 454.
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besoins, parce que les proportions de retablisse-'. ment politique d^passaient ses capacites d'alimentation. R6duite k 24 000 hommes, avec un effectif donnant la proportion de 1 4 24 par rapport k la France et de 1 & 3 par rapport au petit Danemark, Tarmee permanente de la Republique n'en absorbait pas moins plus de la moiti^ du budget central. Mais \k encore des r^aerves doivent Mre faites.
La France du xvm* slide entretenait une armee vingt-quatre fois superieure en nombre k Tarmee polonaise. Avec quoi? Avec les revenus de son tresor? lis ny pouvaient assur^ment suffire. Si grandement superieurs qu'ils fussent aussi k ceux du tresor polonais, lis avaient k r^pondre k des cbapitres de depense que laPologne ne connaissait pas : 17 000 000 en 1784, au t budget ?> de Necker, pour la famille royale, une quarantaine de mil* lions de 1754 k 1764 pourM'*' de Pompadour. Les frais du militarisme fran^ais de (^ette epoque out 6t6 converts par d'autres ressources. Louis XIV a laissS une dette de 2 600 000 000 livres. Amortie en partie, sous le rfegne de ses successeurs, par Texp^dient sommaire de la banqueroute, elle reclamait encore, cinquante ans plus tard» ^
une provision annuelle de 63 865 722 livres pour le paiement des arr^rages dus sur le reliquat.
De mAme dans les autres pays. Catherine II a emis des assignats pour 137 700000 roubles et emprunt^ 116196 556. Dans TEurope entiire, ce regime financier n'a, en dehors de la Pologne, comports qu'une exception : avec un revenu de 17 millions de thalers, tir6s d'un des plus pauvres pays du continent, Fr6d6ric II a entretenu 160000 soldats et lafss6 60 millions d'^conomies. Mais ces soldats ^taient des ouvriers, employes k une industrie qui, aux mains des HohenzoUern, s'est montr^e jusqu'i hier des plus productives. Pour autant que la fortune des armes les favorisait, d'autres pays tiraient aussi de € Textraordinaire des guerres » de quoi subvenir au deficit chronique, fruit des armements constamment et extravagamment accrus. Pour les raisons qui ont 6ted4ji mises en Evidence, la Pologne ne pouvait d aucune fagon participer k ces pratiques. Elle n'^tait pas de la fatnille.
D'autre part, si merveilleusement fructueux qu'en fut le rendement, le mecanisme politique tout entier, auquel la Prusse de Frederic II a dA une grandeur si disproportionn6e avec ses ressources naturelles, avait deux grands defauts. II 6tait d'abord extr6mement dur k supporter : aux environs de Berlin, d*une huba deterre rapportant 9 thalers 3/4, le paysan avait k payer au tresor
8 thalers et 3 gros. En second lieu, ce mecanisme riclamait un mecanicien d'igale valeur : quelques anuses apr^s la mort du grand magicien, les Economies par lui 16gu6es k son successeur faisaient place k une dette de 24 millions ^
Ce n'est pas tout. Le peuple prussien fut toujours militaire par vocation, et, si an historien allemand a attribu6 k la nation polonaise le caract^re d' c une dSmocratie militairement organisee^ », et, si on s'est assez g^n^ralement plu k lui reconnaitre des instincts belliqueux, c'est Ik une opinion qui ne resiste pas k Texamen des faits. Sans doute, moustache retrouss6e et sabre au c6t6, le gentilhomme polonais aimait k se donner un air martial, et, pauvre, r^duit k pousser lui-m^me la charrue sur les quelques arpents de terre d*ou il tirait sa provende, il ne quittait pas son arme, mAme en se livrant k cette besogne 6minemment pacifique; mais cela ne faisait pas qu il Mt plus prompt k repondre a Tappel, quand il s'agissait de mettre flamberge au vent pour d'autres batailles que celles, trfes pen meurtriferes, auxquelles donnaient lieu des querellesde cabaret. A Raclawice (4 avril 1794), seul exemple de resistance victorieuse oppos6e k Tennemi, k
1. Pre«ss, Fr, der Grosse, Berlin, 1832-1834, IV, 415; Philippson, Gesehichte des preassischen StaatsweserUy Leipzig, 1880- 1882, I, p. 449, II, p. 260-263.