‹ La Pologne inconnue: pages d'histoire et d'actualitéChapitre 39 sur 79 · A. Durand, 4 aotlt 1767, Arch, des Aff. ar., h Paris · texte numérisé non relu

A. Durand, 4 aotlt 1767, Arch, des Aff. ar., h Paris

118 LA POLOGNE INGOIfNUE

La Poiogne ayant seule succomb^ h ces ma^ noeuvres, les apparences sont, cependant, pour que son cas ait et^ distinct des autres. Et il a offert, en eflet, cette particularite que, Tanarchie etant universellement reconnue comme destineer a lui 6tre fatale, le propos d^libire de I'y maintenir n'a pas ete le fait de ses seuls ennemia. € II est prouve, lit-on dans Tinstruction donnee en 1760 par le cabinet de Versailles au marquis de Paulmy, envoy6 a Varsovie, que la conduite anciennement adoptee par la France en Poiogne 6tait tres impropre vis-i-vis d'un gouvernement qui ne pent Stre consid^re que comme une anarchic. Comme, cependant, cette anarchie repond aux interets de la France, toute la politique de celle-ci vis-i-vis de cet etat doit consister k Yy maintenir^ y> Et, dans Fhistoire des relations pourtant traditionnellement si cordiales entre les deux pays, le programme ainsi d^fini n'a pas, k ce moment, constitue une innovation^. Amis ou ennemis, la fatality a voulu qu'au xvm'' si^cle, tous les peuples d'Europe travaillassent pour le roi de Prusse. Fatalite n'est d'ailleurs souyent» dans la conduite des affaires humaines, qu'un nom d'em* prunt que ceux qui y reussissent mal donnent k leurs maladresses ou k leurs folies.

1. Recueil des Instructions donn^es aux ambassadeurs et ministres de France (Polog^ne), II, p. 217.

2. K. Waliszewski, Les Potocki et les Ceartoryski^ I, p. 121 et suiv..

l'anargbie 110

Si done la Pologne a v6cu dans Tanarchie les derni^res ann^es de son existence indSpendante, c'est en grande partie parce que, se gouvernant despotiquement chez eux, certains Etats, dont elle subissait rinfluence, ^taient anarchistes chez elle. La politique europ^enne de ce temps appa* rait organisie en forme de festin, od les plus forts ae repaissent aux dSpens des plus faibles, et od done la Pologne est vouie k figurer & la mani6re de Polonius, non where ske eats^ but where she i$ eaten. Dans le monde comme il est fait, faite oomme on la voit, elle est condamn^e k pirir. Simple constatation, ou n entre aucun dessein d'apologie, Ne pas hurler avec les loups, quand on Yit dausleur compagnie, constituo assurSment un acte d'imprudence, et, discutable en son prin* cipe, Topinion a pr^valb jusqu'ici qu'en matiire de morale les peuples et les individus rel^rent de regies diff^rentes. Mais les opinions cbangent, et 11 se pent qu'& ce point de vue TEurope de demain diff^re de celle d'hier. G est m6me la seule hypoth^se ou une chance de succ^s se laisse apercevoir pour un essai de reconstitution d'un Etat polonais. Agneau frayant avec des loups, la Pologne du xviii* siicle devait 6tre mangle. Si les loups ne doivent pas devenir moutons, rappeler Tagneau k la vie serait entreprise vaine et cruelle.

Au xviii* sifecle, I'anarchie n'est done pas, tant s'en faut, un produit specifique du pays oil fleurit le liberum veto. En 1701, aid6 par Tenergique Sommers, Guillaume d'Orange lutte avec une opposition qui lui a refus6 des subsides pour la defense du pays. Indign6s par Tattitude antipatriotique de la majorite tory aux Communes, les freeholders du comte de Kent appuient par une petition, conQue d*ailleurs en des termes mesur^s et prisent^e dans les formes legales, les protestations qui s*6I^yent dans le pays entier. Le droit de petition est reconnu par le bill of rights. Les petitionnaires n'en sont pas moins jetes en prison et ils y demeurent pendant deux mois, jusqu'^ la fin de la session. En fait d'anarchie, on serait en peine de trouver, dans I'histoire polonaise de la meme epoque, un trait d*egale force. Poursuivons la comparaison. « Le peuple ebranle jusqu^au fond par Tantagonisme des factions politiques, le tr6ne affaibli par les plus violents assauts, la chambre devenue un objet de haine et d'insulte de la part de la nation tout entiere.... » Comme vision de d6sagregation politique, le tableau est saisissant. A quel pays se rapporte-t-il?Macaulay pmiri/. La page appartient

k rhistoire de TAngleterre entre 1755 et 1762*. Et Ton peut en trouver de plus sombres. En 1780, le palais oil si6gent les Communes est entoure par une populace en fureur, qui menace d'envahir la salle des stances et oblige les deputes k prendre la fuite, en se frayant passage 6pee en main.

Pour soutenir Tepreuve et en sortir victorieusement, TAngleterre avait une constitution physique et morale plus robuste. Gomme consequence du mal commun, un certain parall^lisme de ph6nomfenes morbides se laisse, cependant, observer des deux c6t6s. L'un des plus saillants, en Pologne, a 6te Tatonie des organes fonctionnels, epuises par une dipense excessive et d^sordonn^e d'energie, la d6faillance, en particulier, ou la carence des magistratures faisant partie du selfgovernment provincial. En Angleterre, dans cette sphere, un r61e non moins important echeait k diverses fonctions corporatives, d'origine et de destination analogue. Or, il est arrive qu'au cours des ann6es 1748-1767 la corporation de la Cite de Londres Mt dans une incapacity presque absolue de remplir son office. Ses membres elus se refusaient k la tdche, ou se montraient impropres k s y employer. II y avait k cela, il est vrai, une raison particulifere, qui est elle-m6me, cependant, indicatrice de maladie politique et sociale.

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