‹ La Pologne inconnue: pages d'histoire et d'actualitéChapitre 41 sur 79 · Walpole, Letters, Londres, 1857, II, p · texte numérisé non relu

Walpole, Letters, Londres, 1857, II, p

Les Russes oilt 6te tout de mftme plus nombreux k Maciejowice. Pour les combattre, Kosciuszko n'apas obtenu rarmde de 100 000 homines vot6e par la Difete dans un moment d'enthousiasme, mais point mise sous les drapeaux. Les Polonais repugnaient k r6tablissement d'une forte organisation militaire. lis n'etaient pas seuls k entretenir ce sentiment, a Une armee permanente n*est qu'un troupeau d'esclaves, et il n'est pas digne d'un peuple libre d'introduire Tesclavage dans son sein.... Si des epees sont necessaires pour la defense du pays, elles ne doivent pas 6tre mises dans des mains serviles. » Ces v6h6mentes protestations ne sont m6me pas d'un demagogue, comme TAngleterre du xviii* sifecle en a tant connus. L'auteur en est le grave l^giste Blackstone, publiant en 1765 le premier volume de ses savants Commentaires sur les lois anglaises *.

Et Walpole et le premier Pitt ont renonce k renforcer sur terre les moyens de defense de leur pays, qui, h61as! devait jusqu'i nos jours rester d6sarm6 k cet egard. Et le resultat est' qu'en 1757 la nouvelle d*un debarquement de 20 000 FranQais provoque une panique, k laquelle les hommes au pouvoir cMent eux-m6mes. « We are undone! » ecrit Chesterfield. « The empire is no more ! » lui repond Pitt. Et tons ne voient de

1. Commentaries on the Laws of England, Oxford, 1765-i759, I, 1. I.

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salut que dans un secours venant de Tetranger, d'Allemagne ou des Pays-Bas^

Panique, desespoir, prevision d'une catastrophe imminente, inevitable, et appel & I'intervention des voisins, la Pologne a connu ces 6tats de depression et ils ont contribu6 k paralyser ses forces. On a voulu, depuis, y decouvrir i'indice d'unsensprophetique, myst^rieuxet inexplicable, qui aurait ete imparti k ce peuple, en compensation de son incapacite k prendre conscience des r^alites pr6sentes^. II est plus simple d'y reconnaitre une des manifestations de la crise morale que les m^mes causes ont determinee dans les deux pays. L'Angleterre en a triomphe. Comment? Par quels moyens et k la faveur de quelles circonstances? C*est ce qu'il importe d'examiner.

Dfes la premiere moiti6 du xvm" sifecle d'abord, les abus du parlementarisme y ont rencontr6 un element de resistance, ou, avec la garantie d'un ordre politique et social plus stable, la base d'un compromis durable entre la chambre et le tr6ne devait se trouver. Les vingt annees du gouverne-

1. Chesterfield, juillet 1757, Miscellaneous IForfo, Londres, i777, IV, 198; Chatham, Correspondence, Londres, 1838-1840, I, p. 247- 256; Lecky, loc. cit., I, p. 504, II, 452.

2. Tarnowski, Les ^crivains politiqaes du XVP sUclCf II, p. 387.

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ment de Walpole y ont suffi. Le succfes obtenu par cet homme d'Etat parait avoir 6t6 AA, moins & ses talents personnels qu'aux m^thodes par lui employees et qui, aux mains de ses successeurs, ont donnS le m&me r^sultat. L'emploi en pouyait-il 6tre 6tendu i la Pologne? Et, dans Taffirmative, pourquoi n'a-t-il pas 6t6 tout au moins tent6? Les Polonais ont-ils k s'en blimer? Doivent-ils en concevoir du regret?

II est digne d'attention que, ministre de deux souverains d'origine allemande, Walpole a eu un sosie en Pologne, dans la personne du Saxon Briihl, qui, sous le nom de son mattre, a, de 1733 k 1763, gouvei'ne despotiquement la Saxe, mais a vainement essay6 d'en faire autant k Varsovie. Par le temperament, le g^nie politique et les moeurs, les deux hommes se sont ressemblds d'assez prfes. Pourquoi n'ont-ils pas eu la m^me fortune?

L'instrument principal d'influence et de pouvoir dont a us^, en Angleterre, le ministre des deux premiers George a et6 la corruption, pratiqui^e ouvertement, quasi ofiiciellement, et itendue k toutes le^ spheres de la vie publique. Walpole achetait tout et tout le monde : le roi en augmentant su liste civile, la reine en ajoutant 40 000 li-r vres sterling & son douaire, les pasteurs dissidents en pensionnant leurs veuves. Marcbandant et obtenant des credits de plus en plus ilev^s

pour son budget secret, il achetait Topposition en bloc par Finterm^diaire des rotten boroughs^ et au detail, en engageant les membres individuels du paiiement h, lui faire connattre que « chaque homme a son prix ^ )» .

A s'en rapporter aux donnies accept^es par les historiens polonais de la nouvelle ecole^, I'inaptitude de Brilhl, comme de ses pred^cesseurs ou successeurs, & se pr6valoir dii m&me expedient, offriraitTapparence d'un ph6nomfene inexplicable. « La venalitfi des hauts fonctionnaires, ecrit Tun de ces pessimistes, itait dans TEurope du xvm* sifecle un fait g6n6ral ; nulle part, cependant, elle n'a eu des consequences aussi terribles et inflames qu^en Pologne *. ^ Ces choses n'arrivent qu'i moi. Examinons les faits. Le mftme historien iSvalue k 150000 ducats la depense faite, de 1714 i 1771, par Fambassade russe k Varsovie pour des fins de corruption ^ Aprfes la Russie, la puissance qui a le plus distribu6 d'argent en Pologne au cours du xviii^ sifecle est la France, car la Prusse itait traditionnellement 6conome et TAutriche non moins habit uellement impficunieuse. Or, nous connaissons le budget dont a dispos6 k

!» PaHiamtMary or oonsiUvitlotmal History of England^ Loud res, 1761-1702, XIII, p. 30; Lecky, History of England in the XVIJI Century, 111, p. 56.

2. Korzon, Hist. intMeure de la Pologne sous Stanislas-Auguste , III, p. 45.

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