Ch. V
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elle n'6tait cepeadant pas pire, et ils s'employaient k ramender. Bien que son Evolution historique particali^re mtt leur pays, dans une certaine mesure, k T^cart de la vie europ^enne, il n'etait pas enti^rement Stranger aux courants reformateurs ou r^volutionnaires qui s*y pronon- Qaient k cette 6poque, se propageant parallMemen! et trouvant une impulsion commune dans le d^veloppement grandissant des Mudes philosophiques, le progres des sciences natureRes et le renforcement de Tesprit critique qui en r^sultait. Le contact sur ce point 6tait sans doute assez faible. Politique ou social, ce mouvement n'avait pas les m^mes raisons d'etre an pays de Modrzewski et d'Orzechowski' : on s'y trouvait depuis le xvi* sifecle, sous beaucoup de rapports, au point oil TEurope du xviii'' siecle arrivait seulement. On doit, en Occident, se p6n6trer de cette verite, si etrange qu'elle puisse paraitre.
La Pologne n*avait pas besoin de briser les fondements th^ocratiques de Tabsolutisme d'Etat : ils 6taient chez elle absents, inconnus ou demolis depuis longtemps. Et pas davantage de recourir k des speculations philosophiques pour restituer k leur titulaire legitime, — le peuple, — les prerogatives de Tautorite supreme : elle avait reconnu et consacrd cet ordre naturel des choses deux cents ans^ plus t6t. C'est une des raisons sans doute aussi pour lesquelles, trouvant dans ce
pays un terrain particuliferement favorable k la culture de la libre pens6e, le scepticisme religieux ny a pris que faiblement racine : rimpulsioii lui a manque, que lui donnait ailleurs le jeu des aspirations et des passions politiques. Sinon dans la forme, du moins dans Tesprit, les Polonais de ce temps demeuraient Chretiens en immense majorite, mais attaches k la doctrine originale de cette discipline, y r^pudiant les inQuences pa'iennes et y d^couvrant la justification de leur ideal constitutionnel : rex servus reipublicas,
Ecrivains et hommes d'Etat, les Polonais de ce temps sont en fait Strangers aux preoccupations dont s'inspirent leurs contemporains en Occident. lis ont d'autres soucis. T^l d'entre eux decouvre la source des malheurs de son pays dans Tantagonisme des trois elements : autorite royale, hegemonic aristocratique et pretentions du demos nobiliaire, qui, s y faisant 6quilibre, se paralysent mutuellement. Gomme remade, il recommande Tattribution d*une preponderance decid6e k la petite noblesse et la reorganisation du gouvernement en une forme enti^rement r6publicaine^ Tel autre, qui est le roi-philosophe Stanislas Leszczydski, aperQoit au contraire le vice essentiel des m^mes institutions dans un d^faut d^^quilibre, auquel il pretend rem6dier en
f . Rarnicki, De ordinanda Bepublicay seu de corrigendis defectibus reipublic«t 1709.
r^duisant, d'une part, le pouvoir royal par le retraitde quelques-unes de ses prerogatives, telles que la collation des- charges et des benefices, et en le renforQant, de I'autre, par la suppression de sa responsabilite ^ En depit de ses attaches frauQaises, il se maintient d'ailleurs strictement sur le terrain polonais, respectant et le principe de decentralisation, qu'il vise, au contraire, k d^velopper dans le domaine politique et administratif, et mSme la tradition du vote unanime, qu'il exclut seulement dans la sphere des pouvoirs electoraux. Mais, k la veille de la DiMe de quatre ans, ce dernier postulat sera d^k k peu pr&s universellement absLndonnS. Un elfeve du roi-philosophe, Konarski, aura rendu populaire un ouvrage *, dont les quatre volumes ne sont gufere qu'un plaidoyer continu contre le liberum veto.
Au moment de cette publication, qui coincide avec Tavfenement au tr6ne de Poniatowski, les idSes qui y sont d^veloppees ont dejii commence k prendre corps. Inspirees par le mouvement
1 . La toix libre du citoyen, ou Observations sur le gouvernement de Pologne, 1733.
2. Des mesures efficaces pour Vamendement de la Bipublique, 1760-1763.
142 LA POLOGNE INCOXNUE
intellectuel dont elle participe, des reformes sont k I'ordro du jour el en voie d'execution. Leur objet n'a, cependant, rien de commun avec ceux que visent, simultanement, les reformateurs ou revolutioQuaires d'Occident. En sens tout a fait oontraire meme, il s'applique au renforcement oil au developpement de certains elements de la vie publique, autorite royale ou institutions militaires, qui 1^-bas constituent, aux yeux du plus grand nombre, le vice capital de I'ordre de choses 6tabli et* sont pour cette raison violemment battus en breche.
Konarski et ses disciples semblent ignorer Yoltaire et son 6cole. L economiste Staszic les passe sous silence. Le a jacobin t» KoUatay, ainsi appele d'un nom qu'il ne parait pas avoir m6rit^, ne fait mention du plus grand nombre des ecrivains frangais, puremeat politiques, que pour passer outre a toute cette litt^rature, k laquelle il oppose, avec une preference decidee, I'cBUvre de Quesnay et de Dupont, ou il trbuve beaucoup plus d*inter^t^
G'est que, dans le domaine des problfemes economiques, la Pologne cesse d'etre une Atlandide, isolee dans Tocean europSen. Ses phases de developpement et ses experiences y sont les m&mes, comme les maux dont elle souffre et qui