‹ La Pologne inconnue: pages d'histoire et d'actualitéChapitre 53 sur 79 · K. Waliszewskj, La Pologne et VEurope, p · texte numérisé non relu

K. Waliszewskj, La Pologne et VEurope, p

quelque chose des hauteurs auxquelles sa pensSe s'6tait 61ev6e k cette epoque, et, si invraisemblable qu'un r61e d'initiative exercS par elle dans une des phases du mpuyement r^formateur et rSvolutionnaire des temps modernes puisse &tre rendu par la situation humiliee oil elle est 4ombee presentement, Tevidence s*en impose. Le fameuxYoeu, auquel, devant la double menace de rinvasion su^doise et de la rebellion cosaque, le roi Jean-Gasimir s'est port6 en 1651, prenant Tengagement solennel de ne rien ^pargner pour briser les liens du servage, est une manifestation sans autre exemple dans Thistoire europ^enne de r^poque. Plus d*un demi-sifecle plus tard, en plaidant seulement la cause du peuple misereux des corveables contre les charges trop lourdes qui les ecrasaient et en proposant de les alleger par une modeste reforme fiscale, Vauban * s'attirait ladefaveurdu souverain. Theorieet pratique, le r6gime politique et social de la Pologne demeurait, meme aux heures de declin, trop penetr6 de I'ideal de liberte et d'humanite dont son pass6 plus glorieux s'6tait inspire, pour que I'influence ne s'en traduisit pas tout au moins par de g^nereuses impulsions.

i. La Dime royalcj 1707.

Trop exclusive au benefice d'un iot/kr^i de classe, trop inclinee aussi k des compromis avec Tabsolutisme d*Etat, garant le plus sui- d'un ordre politique et social con^u lui-m6me comme absolu, la doctrine physiocratique ne pouvait, en sa forme franQaise, diJmeurer longtemps en faveur dans un monde en mal de revolution.

Rousseau devaity prendre le dessussur Quesnay. Entre le mercantilisme et le physiocratisme, la lutte n*est qu'un prologue, et, dans le drame qui va suivre, le socialisme est destin6 i intervenir en arbitre. La Pologne ne sera que de loin associ6e a ces p6rip6ties. Ses physiocrates applaudiront aux reformes de Turgot et bl&meront la reaction qui interrompra et detruira son ceuvre*. En 1775, un an avant la chute du ministre, publies a Varsovie en traduction polonaise par FranQois Bars, un Polonais d'^ducation fran^aise, les Discours sur les quatre Etats feront sensation. Deux annees plus tard, aux jeudis du roi Stanislas-Aiiguste, le secretaire d'une Commission de reforme legislative constituee depuis 1776, Jean Wybicki, lira des Leltres patriotiques, oil les

1. Poplavvski, Recueil d'itudes politiqueSy Varsovie, 1774, p. 79, 108, 110, 312, 313; Staszic, Reflexions sur la vie de Jean Zcunoyski, p. 65.

aspirations du tiers franQais trouveront un echo sympathique et dont le retentissement sera considerable. A partir de 1782, un periodique, Le Memorial historique, et un autre, Le Journal du commerce k partir de 1786, en propageront Fesprit. Dans les ecoles fondles par une Commission (Teducation, autre prodiiit de Tactivite reformatrice de I'epoque, la jeunesse noble s'entejidra enseigner que « les bourgeois sont une classe honorable, qu*ils ont parfois gouvern6 les peuples, comme k Ath^nes et h Rome ».

Bien qu'il dut demeurer fidile jusqu'i la fin aux principes physiocratiques, Kollatay lui-m6me ne r^pugnait pas de fa^on absolue k Faugmentation de la part attribuee k r61ement bourgeois dans le gouvernement du pays. II mesurait cependant cette concession assez parcimonieusement, et, de fagon bizarre, la rattachait k la possession de la terre. Mais, tout en adoptant cette derniere idee, d'autres ecrivains de son bord allaient beauconp plus loin, se pronongant pour r^galite complete ^ Ceux-lJi subissaientTinfluence de Rousseau, non sans se ressentir de la confusion d*idees qui, si sensible dans I'oeuvre pleine de contradictions de ce penseur d6concertant, a

1. Abb^ lezierski (RudasiAski), Reflexions sur la classe non noble en Pologne, 1790; Staszic, Avertissements pour la Pologne, 1790; Laurent Rzewuski, PensSes sur la forme ripublicaine du gouvernement, Varsovie, 1790.

si grandement contribu6 k dichainer le conflit chaotique de tendances oil Tideal r^volutionnaire devait sombrer en Occident. En Pologne, donnant les plus belles promesses sur le terrain social, le mouvement reformateur en a ete entrav6 et Tceuvre de la Diete de quatre ans en partie compromise.

Faisant effort pour mettre d'accord avec luim6me Tauteur de V Etude sur Vorigine de Vinegalitd et du Contrat social, Staszic voulait que les hommes fussent egaux quant k leurs droits, mais non quant k la manifere de s'en servir*. Les legislateurs polonais de 1788-1792 n'ont pas mieux reussi k se d6gager du cercle vicieux ainsi cree dans Tesprit de ses disciples par le maitre genevois, qui, de son G6te, n'a pas laiss6 de subir, dans une certaine mesure, Tinfluence du contact pris avec le milieu polonais.

On a pu dire que, repudiation de r6tatisme, exaltation de Tindividu, gouvernement de tout le monde par tout le monde, pouvoir arbitraire des assemblees populaires, la th^orie politique du Contrat social et la pratique du regime polonais

Page 1