Lichocki, Mimoires, Poznah, 1862, p
2. Limanowski, Histoire du mouvement social^ L6opol, 1888, p. 376.
3. Lettre sign6e par Charles Marx, Fr. Engels» Paul Lafargue et F. Lesueur, voir LimaDOvvski, Le Patriotisme et le Socialisme, Geneve, 1881.
porter la cocarde nationale, admis mSme bientot k I'egalit^ de droits avec les citoyens fran^ais, les emigres polonais de 1795 congoivent naturellement de vives sympathies, comme ceux d'aujourd'hui, pour la nation a laquelle ils doivent cet accueil. Constituee k Venise, une Socidte de patriotes polonais entre en correspondance suivie avec le Comit6 du salut public d'abord et ensuite avec le Directoire. EUe est admise k entretenir un repr^sentant accredite aupres de ce gouvernement et autoris^e k en avoir un k Constantinople, avec lequel Tambassade frangaise a ordre de s3*entendre pour les affaires polonaises. A un moment, il est meme question de retablir k Milan la Constituante de 1788-1792. Ce projet sera abandonn^, mais les debris de Tarm^e polonaise se rallieront k Tombre des drapeaux frauQais. Pour a la destruction de TEurope f^odale »? Non certes. Comme les legionnaires polonais d'aujourd'hui au front d'Occident, ceux de 1795 n'auront d'autre volont6 que de combattre pour la d61ivrance de leur patrie.
La France, k laquelle ils parattront unis si etroitement, ne sera pas aussi celle du Comite du salut public, ni m6me celle de Bonaparte. lis concevront, k leur gr6, une France id^ale, k laquelle ils allieront une Pologne 6galement id6alis^e, fiUe de leur imagination, poetiquement paree des plus hero'iques vertus et libre de tons
defauts. D'oii, depart et d'autre, au contact de la r^alite, d'inevitables d^senchantements, qui, du cdt6 de Polonais, au cours de Texistence d'outretombe k laquelle ils etaient condamnis pour un espace de temps si long, devaient aboutir k cette reaction de pessimisme ou on les a vus ploughs en dernier lieu.
Dans cette derniere phase, revenus eux-mSmes des orgueilleuses illusions oil ils s'etaientcomplus, les pontes nationaux ont fait reproche aux ancetres de n'avoir pas mieux mis k profit les bienfaits de la Providence, qui « leur avait donne tout ce qu'elle pouvait* ». Ce chef d'accusation, oil une part d*inconsciente presomption se laisse encore aisement d6couvrir, semble mal justifi6. Les Polonais sont assurSment un peuple heureusement done a beaucoup d'6gards, et des conjonctures plus heureuses que celles qu*ils ont rencontr^es dans leur histoire leur auraient, peut-on supposer, permis de tirer meilleur parti des brillantes qualites dont ils ont fait preuve, m6me depuis la catastrophe qui a mis fin k leur independance. Leur malheur a cependant voulu que, corame en 1794, ils se trouvassent souvent aux prises avec des situations pour repondre auxquelles ils auraient eu besoiii de certains autres dons, qui leur ont ete precis6ment refus6s, et, en
1. Epigraphe mise par Szujski en t6te de son Histoire de Pologne,
particulier, de cet instinct de combativitS dont Tabsence a constiiu6 un des traits les plus saillants de leur physionomie historique. La devise d'H6raclite : polemos mater panton, leur a le plus absolument r6pugn6.
Au terme de la crise actuelle, la renovation europ^enne et mondiale qu'elle parait annoncer aura, on pent Tesp^rer, pour effet, sinon de proscrire k jamais toutes les formes de la violence, du moins d*en restreindre I'emploi, errant ainsi pour les peuples dont Tesprit est pacifique et dont les moyens de resistance sont faibles des circonstances plus favorables. Reste k savoir si et dans quelle mesure Teflfroyable epreuve qu*elle a dA subir depuis prfes de 150 ans laisse la vaincue de 1794 en situation de se pr6valoir de ce changement. C'est ce que les pages qui suivent auront pour objet de determiner.
Waliszewski. — La Pologne. 43