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progrfes. La catastrophe a, ainsi qu'il a et6 montre, coincide dans son histoiro avec un commencement de rel^vement materiel et moral, oil, s'adaptant aux conditions modifi^es de son existence, elley trouvait des ressources nouvelles. L'ampleur croissante du march6 russe lui valait une certaine compensation pour ce idle d'intermediaire entre TOccident et TOrient, auquel elle avait dA ses splendeurs passees et qu'elle retrouvait ainsi en partie. L'exploitation intensifiee de son sol et de son sous-sol, ou elle d^couvrait des -richesses insoupQonnees, lui fournissait pour ce renouveau d'activite des moyens, dont cependant la perte de son independance gAnait encore et limitait Teraploi. Son commerce exterieur, par exemple, se trouvait greve de lourdes servitudes. Les traites de partage attribuaient k la Prusse les issues de son reseau fluvial, dont la plus grande partie cependant etait comprise dans le lot russe, et le gouvernement prussien s'en prevalait pour prelever sur les exportations de cette origine une dime exorbitante. Un projet de canalisation reliant la Vistule et le Niemen aux ports russes de la Baltique fut couqu et mis en execution; mais, sur une observation de la Prusse la denon- Qant comme a contraire k ses inter^ts », Tentreprise fut abandonn6e.

A c6te de L(5dz, hameau devenu, au cours des cinquante derniferes annees, une des cites manu-

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facturi&res les plus importantes en Europe, Varsovie ne s'en est pas moins 6rigee ea grand centre commercial, k population quintupl6e dans le m&me espace de temps, et atteignant le million avant la guerre. En Posnanie et en Galicie, des conditions geographiques moins favorables ont concouru avec Texclusivisme economique des deux gouvernements allemands k rendre moins puissant Tessor de I'industrie et du commerce polonais. Au cours des derniferes ann^es, cependant, Texploitation commencee, dans la seconde de ces provinces, d*abondants puits de petrole et celle, projetee, d'un bassin minier, se rattachant, comme celui de la region de Piotrkow, en Pologne russe, au systeme silesien, sont devenues un element de richesse considerable. En Posnanie, d*autre part, favorisee par un outillage economique et une organisation administrative de premier ordre, Tagriculture a atteint le plus haut degr6 de perfection. Materiellement, k ce point de vue, ce pays est devenu un Eldorado, contrastant de faQon saillante avec la barbaric relative et la misfere de la partie de la Pologne la plus voisine, sous la domination russe, dont cependant le gouvernement prussien a reussi k faire, moralementy un objet d*envie pour ses assujettis polonais. /

Le bilan general de cet accroissement de fortune, realise depuis les partages dans T^tendue

entiere de rancienne Republique, a ete dress6 k plusieurs reprises. Les donnees s'en trouvent malheureusement mises en question aujourd*hui par les 6v6iiemeiiis r6cents» qui posent, k leur £gard, un redoutable point d 'interrogation.

Ravage par le choc prolonge des belligerants, puis mis en coupe r6gl6e par les vainqueurs du moment, on ne sait ce que ce pays a pu retenir des richesses qu'il possedait au moment de Tonverture des hostilites. A tout 6venement, les ressources intellectuelles et morales lui resteront, qu'il a su conserver et augmenter k travers ses epreuves. EUes lui permettront de reparer les ruines materielles que la dernifere guerre aura ajout^es k tons ses malheurs.

A quel niveau de culture la Pologne aurait pu se hausser depuis un sieclc et demi, si elle etait restee unie et libre, onne saurait 6videmment le conjecturer. Le demembrement et Tassujettissement ont necessairement entrave son progrfes. lis ne Font pasemp&che entiferement. Avec quelquesuns de ses poetes et de ses romanciers, de Mickiewicz k Sienkiewicz, cette periode de dissociation et de servitude a connu la plus belle floraison de la littSrature polonaise et, pour la premiere fois

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depuis Koperniky elle a vu portee au deli du pays la renommee de ses ^crivains. L'oBuvre de I'auteur de Quo vadis a pu paraitre sarfaite aux critiques delicats, qui d*ailleurs, en dehors de la Pologne, en ont generalement ignore la partie la plus savoureuse, ou I'imilation du cardinal Wiseman ou do Dumas pfere n*entre pour rien, A la verve du genial conteur, des lecteurs polonais en grand nombre out eux-m6mes prefere le mysticisme incoherent, mais puissant, de Wyspianski, le pofete-peintre de Cracovie, ou le realisme penetrant de Sieroszewski. Mais, dans Par le fer et le feUf ils ont cherch6 tout autre chose qu'un divertissement, ce qui les a emp^ches d y reconnaitre Timagerie populaire et grossi^re d*un romanfeuilleton. lis y ont gout6 surtout revocation de leur passe, pare de gloires en grande partie fictives, mais d'autant plus appr6ciees, parce que consolatrices et reconfortantes. Le secours qu'ils y ont trouve pour supporter les soufFrances et les humiliations de Theure presente ne saurait leur 6tre marchande et constilue d'ailleurs par luimeme un temoignage de vitalite. Eniin, bien qu'en un genre inferieur, Sienkiewicz aura tout de meme ete un grand artiste.

Les dons artistiques du peuple polonais ne peuvent fetre mis en doute, bien qu'il n'ait pu jusqu'i present en donnertoute la mcsure et bien qu'ea musique, par exemple, le genie mi-fran-

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Qais de Chopin soit reste un ph6aom&ne isole, au milieu d'un pullulement excessif de pianistes. Les circonstances ont singuli ere meat, jusqu'a hier, contrari^, en terre polonaise, les yoca|ions de cet ordre. Exile de Varsovie, le dernier directeur du Conservatoire de musique dans celte ville a, de nos jours, termine sa carriere k Paris Jans Torchestre de TOpera, et tel compositeur polonais de talent dirigeait «vant la guerre le Conservatoire de musique de New- York.

On serait mieux fonde, en apparence, k contester leS aptitudes scientifiques d'une nation qui, depuis Kopernik et Witelo, n'a gufere brill6 dans ce domaine. L'illustre d^monstrateur du double mouvement des planfetes sur elles-mfemes et autour du soleil n*a pas ete seulement un astro nome de g^nie. En une autre parlie de son oeuvre beaucoup moins connue, il s'est revels, mAme dans le domaine philosophique, penseur profond et hardi, pr^chant, au seuil du xvi*" siecle, la ^ necessite de chercher la verity partout et de la proclamer toujours, sans egards pour les conventions sociales ou les disciplines theologiques. Mettant en lumi^re Tunite de provenance du systfeme solaire, il posait le fondement de la methode d'investigation par analogic, dont les applications ont eu, depuis, une portee immense, et il introduisait dans les mathematiques la notion de rinfini*

■WALiszfiwftw. — La Pologne. 15

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On retiendra qu'il n'a pu d^velopper un tel enseignement qiik la faveur d'un regime de tolerance, sans autre exemple en Europe k Tipoque ou il a vecu.

L'oeuvre de Witelo et sa personne mfime sont k peu pr6s inconnues du public, mftme en Pologne, bien que cet autre savant semble avoir d6gag6 de ses etudes et de ses experiences les premiers Elements de Toptique, — au xui* sifecle! -** et bien que, dans son Hisloire des MatMmatiqtieSy Afontucla paraisse avoir k tort fait de lui un plagiaire de TArabe Alkazen, pbysicien du Xl^

Ge sont de glorieux titres; mais ils datent de loin et n'ont pas reQu de confirmation depuis. Kopernik est mort en 1343. Une presomption d'inoapacitd serait cependant, de ce cdti, insuffisamment justifiee. Le dSclin de TuniversitE de Gracovie, dans la seconde moitiE du xv*^ si^cle, a ii6 suivi, en Pologne, d'une p6riode de decadence ginirale, et, jusqu'ii une epoque r^cente, ce pays n'a plus possEd^de foyer scientifique. Au moment des partages, Wilno a paru quelque temps en passe de prendre ce r61e, et un des savants qui y professaient, Andr6 Sniadecki, a laissE une TheoHe des dtres organiques en deux volumes, que les Etudiants en m^decine pourraient, aujourd'hui encore, consulter avec fruit, au sentiment d'ua membre polonais de llnstitut Pasteur k Paris \

1. Le D' Ladislas Kopaczewski, La VeriUy Loadres, 1" juiQ 1918.

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Gr6ateur de la chimie polonaise, Fauteur ne s'est cependant pas fait connaitre k F^tranger, et, m^me en Pologne, son enseigaement n'a pas port^ les fruits qu'on itait en droit d'en attendre, parce quel' university de Wilno a bientdt cess6 d*exister. De nos jours, le flambeau 6teint a et6 rallum^ k Cracovie. L'universit6 de cette ville s'est relev6e de ses mines. & c6t6 d'une autre, cr66e en 1784 k L^opol, et elle a reQu en 1873 le complement d*une Acad^mie des Sciences. Le pays polonais tout entier s'est vivement interejsse k eette renaissance, dont le fruit a cependant i\A jusqu'4 present mMiocre. La cause semble devoir en Mre cherch^e en partie dans une fausse orientation du travail scientifique. Dans leur besoin instinctif de demeurer en communion etroite avecle passe, d6pAt pr6cieux de souvenirs, au contact duquel, k la fagon d'Antee, ils reprenaient des forces, les Polonais ont incline k porter essentiellement leur application et leur curiosite da o6te des recherches historiques. L' Academic des sciences cracovienne a elle-m^me donn^ dans ce sens son principal effort, et, comme la direction en a 6t6 fauss^e pour les raisons et dans les conditions qui ont 6t6 mentionnees plus haut, le produit ne s'inscrit pas trfes avantageusement dmns le bilan g6n6ral de situation, dont les elements actifs viennent d'etre indiques sommairement.

L'ensemble en est encourageant, s'il ne justifie pas des vues trop optimistes, ou, quelque indulgence qu'on doive sans doute k I'amour-propre national si cruellemisnt 6prouve, il serai tdangereux pour lui de chercher de trop illusoires consolations. Plus que d'autres qui en des temps recents meme ont recouvre leur ind^pendance, le peupte polonais a les moyens de se montrer digne du m^me bienfait, & la condition de proportionner ses ambitions aux ressources dont il dispose, sans vouloir, prematurement, en tropelargirrhorizon. Gomme ne manqueront pas assur6ment de le faire ceux qui s'interessent au redressement de sa destinee, en regard de Tactif, il lui convient, en effet, de porter en compte le passif qui y correspond, dans le lourd et douloureux heritage de son pass6.

L'effet doit y 6tre relev6 d'abord du courant d'emigration qui, depuis 1794, a saigne k jet continu la malheureuse nation, en y drainant par moments des elites. En France m^me, de nombreux descendants des Emigres de 1831 se sont fait une place honorable dans leur patrie d*adoption, et les Babi&ski, Dybowski, Klobukowski, Sienkiewicz, y ont de nos jours pris rang parmi ses meilleurs serviteurs. En gardant un pieux

souvenir i leur pays d'origine, pour la plupart, ils n'en parlent in^me plus la langue.

Le courant s'est, cependant, porte principalement au deli de TOcean. Le plus vaste edifice religieux des Etats-Unis appartient k la colonie polonaise de Chicago, dont les membres sont au nombre de plus de 300 000, et la population polonaise des deux Ameriques est evaluee k plus de quatre millions. Dresse sur le sol fran^ais, le drapeau de Tindependance naiionale vient de rappeler en Europe des miliiers de ces expatri^s. Combien, cependant, sont destines k ne plus jamais revoir la terre qui les a vu nattre, eux ou leurs parents!

Combien encore ont ete disperses a travers les immensites dela Russie, ou souvent ils ont perdu, sinon la conscience de leur origine, du moins les habitudes de mceurs et delangage sy rapportant! II est arrive recemment k Tauteur de voir un permissionnaire fran^ais et un permissionnaire polonais poursuivant un entretien amical en russe^ seule langue que le Polonais parldt, son camarade frangais Tayant apprise k Moscou, ou ses parents se trouvaient etablis avant la guerre. Mais, d'autres permissionnaires polonais survenant, ilsne purent prendre part a la conversation : arrivantd'Am6rique, ils ne parlaientquel'anglais.

La race juive a seule donne Texemple d'un exode de cette ampleur hors de son habitat propre

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et elle y a eie portee en partie seulement par des raisons analogues. Les causes dii pheno* mine en Pologne paraissent multiples. II y a une vingtaine d'annees, dans un congrfes scientifique en pays neutre, ua des Delbruck qui out figur^ dans la politique allemande de notre temps, celui des Preussische Jahrbucher, disait & I'auteur qu'il desapprouvait la politique du gouvernement prussien en Posnanie k raison non de sa cruaute, mais de son inefficacite. Etilajoutait, en maniire de plaisanterie, qu*il ne voyait qu'une solution au probleme en cause dans cette province, qui serait que TAUemagne employ&t toute sa flotte de commerce et de guerre k la deportation en bloc de ses sujets polonais dans unede ses possessions africaines.

Cette boutade, dont on appr6ciera la d61icatesse, a rcQu, en fait, une application au moins partielle. Les compagnies mari times d'Allemagne ont gagne des fortunes en embarquant par cen-* taines de mjlle, pour des destinations lointaines, des families polonaises, pour lesquelles le sort qui leur etait fait sous la domination allemande ou russe equivalait k un arr^t compulsif d'expa* triation. Pour beaucoup, d'ailleurs, Texil volontaire n'a figure qu'un des termes d'un dilemme dont Tautre etait le bagne ou la mort.

Apris la suppression des ecoles polonaises, la repugnance pour les icoles allemandes ou russes

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a cre6 un autre motif d'^vasion k 1' Stranger. Dans le college de Saint-Clement k Metz, oix ii a &t& eleve avant 1870, le marechal Foch a eu une quarantaine de compagnons polonais. L*un d'eux est rest^ en France. C'est celui qui ecrit ces lignes. En demeurant profond^ment attach^ k son pays d'origine, il n'a pu prendre sur lui d'y revenir k demeure, et il en a donn^ la raison k quelques-uns de ses amis Russes, qui ^taientfaits pour la comprendre; il leur a dit que, sous le regime qui y ^tait pratiqu^, il craignait de devenir anarchiste.

Aussi bien, si legitime que tiki le souci des parents polonais de donner k leurs enfants une meilleure Education que celle qu'ils pouvaient recevoir chez eux, Texpedient de les envoyer au dehors a m mal inspire. II 6tait destin^, en efFet, k les rendre impropres k s'accommoder des condi^ tions d'existence qu'ils devaient retrouver k leur foyer, oil c*6tait, cependant, leur devoir de demeurer et de lutter. Dans les derniers temps, cette v6rite a d'ailleurs &ii comprise. Vers le milieu du dernier si^cle, sans que rien Vy oblige&t, ^ pour ^chapper simplement k des d^goiits impatiemment support6s, respirer un air plus libre, ou se transporter dans un milieu de culture plus eievSe, une partie de Taristocratie polonaise a incline k former des etablissements peirmanents en terre etrang^re. Elle a donn^ genSralement la

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preference k la France, et, dans le voisinage de Vhdlel Lambert, demeure d'illustres et non volontaires exiles, une seule famille polonaise a poss^de k Paris quatre residences plus somptaeuses. De ce c6te, le courant s'est arrAte et un mouvement en sens inverse s'est mdme produit. Les porteurs de noms intimement lies k I'histoire du pays ont tenu k honneur d*y reprendre rang au poste de combat. Mais, par ailleurs, le flot a continue. D*apres des statistiques, qui reclament une verification, la population polonaise etait, avant la guerre, evalu6e k environ 23000000.

Mais ce chiffre comprend des contingents disperses k travers le monde entier, et ne represente pas, k beaucoup prfes, Teffectif disponible pour une restauration d'Etat polonais. Gette disponibilite dependra d'ailleurs essentiellement de Textension qui sera donnee, dans la reconstruction projetee, k ces a limites historiques » dont ceux qui en parlent ne congoivent souvent pas le trace de la meme maniere, et dans le « cadre » desquelles, pour employer une formule r6cemment introduite dans le langage officiel de TEntente, des ambitions rivales se sont heurtees depuis des sifecles et des elements ethniques divers mfeies et confondus, de faQon presque inextricable. Mais on est en droit d'esperer que, dans TEurope de demain, oil la Pologne retrouvera sa place, le droit de vie pour les peuples ne sera pas mesure

au nombre, et, en vue de Tavenir qui leiir est promis et des tdches qui les y attendent, les Polonais ont k faire etat d'autres plus graves dirficultes.

L'unite nationale a resiste au partage. Prolongee, cependant, pendant un siicle et demi, Tepreuve n'a pu separer les membres disjoints de la communaute et les soumettre k des regimes, des influences et des promiscuites de nature si diverse sans qu'il en r^sulUt k la longue un effet de dissociation plus ou moins accentu6. Unis par un objectif commun, les Polonais des trois parties de la Pologne, sans parler de ceux d*Amerique, ne sauraient plus avoir k cette heure ni la m6me conception de cet id6al, ni des aptitudes 6gales k en poursuivre la realisation.

D'une frontifere k une autre, la diff^renciation des idees, des caracteres et des facultes s*e&t sans doute equilibr^e, en une balance de valeurs ou le travail d*int6grationtrouvera un point d'appui. Les Polonais de Posnanie ont contract6 k Tecole prussienne, avec quelques defauts, des qualit^s d'ordre, de discipline et de reflexion, qui apporteront k la communaute reconstitute un element de pond6ration precieux. Par contre, tenus k r^cart de la vie politique, en dehors d'une figu-

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ration plut6t nominale que r^elie aa Parlement. exclus, mSme daas Tordre economique, de toute participatioQ au grand courani d'afifaires on la fortune de TAlIemagne a pris, avant la guerre, un si prodigieux essor, ils apparaissent quelque peu provincialises et pea en mesure de se mettre d'emblee au ton, au train et au rythme d'une existence d*Etat, dans un cadre plus etendu,

A ce point de vue, leurs freres da lot russe ont 6te mieux partages. Outre que, de 1807 k 1831 > ils ont en partie passe par Texperience d*une assez large autonomie, ils ont ete, dansles limites mftmes des dix provinces composant le royaume de Pologne dit « congressiste », inities k lagrande industrie et, dans toute I'etendue de Tempire russe, ils ont eu acc^s aux grandes entrep rises; ils y on t £t£ meme recherches comme ingenieurs, chefs des services techniques, ou avocats consultants. lis ont et^ toler^s mSme dans Tadministration centrale, ci condition de se contenter des emplois subalternes, et, dans Tarmee ou dans la diplomatie, ils ont pu parfois atteindre un rang plus 61ev6, sans renier leur nationalite. Ils mettront k la disposition du futur Etat polonais un personnel beaucoup plus experiments. Sa valeur, malheureusement, sera compromise par les tares contract6es au contact de la vie russe, telle que Vancien r^ime I'avait fagonnee. Sous le regime liberal inaugure en Galicie apris Sadpwa, les

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Polonais de cette province ont ben^fici^ de tous les genres d'exp^rience, mais, helas! k une ^cole detestable. Se gouvemant k pen pris librement depuis pr^s d'un demi-si^cle, ce coin de terre polonaise est resti k beaucoup d'6gards le plus arri^riy comme aussi le plus pauvre ; les Polonais y ont surtout appris k faire de la mauvaise politique. L'^ducation politique reste, d*une maniire gindrale, le c6t6 faible de cette nation.

Le malheur passe pour 6tre de bon enseignement, et, k cette ^cole, les Polonais ont sans doate profits. Us n'ont pas depouill^ tous leurs defauts, par la raison mftme qu'ils se sont appliques k rester Polonais, ce qui 6tait leur premier devoir, comme leur plus grand inter^t. Leurs esprits se sont cependant assagis, et leurs caract^res ont re^u une plus forte trempe. Mais ils ont contracts aussi des defauts nouveaux. D^primante et d^pravante, la servitude est mauvaise institu trice.

En dehors de la Galicie, et partiellement m^me dans cbtte province, Tiducation politique des derni^res generations polonaises s'est faite dans le cadre des groupements occultes, autre ^cole des plus malsaines. Les Polonais y ont ete port^s k une perversion d'id^es et de sentiments dont

Mickiewicz Iui-m6me s'est resseati, en rendant populaire le h^ros d'an de ses po^mes, un Lithuanien qui, sous le nom emprunte de Konrad Wallenrod, passe au service de TOrdre teutonique, pour, le trahissant, Tentrainer a un d^sastre. Le IVallenrodisme a et£ r6pudi6 depuis; mais, k la mdme 6cole, les Polonais ont developpe, avec plus d'exag^ration encore, cet esprit d*individualisme dont les exces ont si lourdement pese sur leur passe et qu'ils devront mod6rer dans Tavenir, pour echapper A Tincolierence des ideeset i Tabus des initiatives personnelles.

Un dicton veut que, dans un ddbat politique auquel deux Polonais prennent part, il y ait toujours pour le moins trois opinions en conflit, et la facilite d'un grand nombre d'entre eux k s'eriger en representants attitres des sentiments et des interets coUectifs n*a d*6gale que celle qu'ils rencontrent chez leurs compatriotes k s'en laisser imposer. Bien que Topinion publique doive dans leur pays k ce fait meme un degr6 particulier d'inconsistance, ils ne s*en laissent pas moins impressionner par ses manifestations les moins autorisees, et la galerie, ou se font voir des ch&les et des mouchoirs agites par des mains blanches, exerce sur eux une influence k laquelle pen sont capables de resister. L-histoire des insurrections polonaises, de 1794 k 1863, offre k cet 6gard des indications instructives.

Leur frequence et les conditions pen encourageantes dans lesquelles elles se sont produites semblent, k premifere vue, dementir Tobservation faite plus haut au sujet du defaut d'esprit combatif chez le peuple qui a porte au destin ces gageures hasardeuses. II y faut regarder de pres. Le signal du soulevement de 1830 a ete donn£ par quelques elfeves d'une ecole d'enseignes, et la galerie a fait qu'un homme de grande experience et de haute raison, tel que le prince Adam Czartoryski, s*est laisse engager k en prendre le commandement, au moins nominal. Le gouvernement insurrectionnel de 1863 a etc anonyme pendant toute la dur^e de son fonctionnement. Publics, les noms de ceux qui le composaient eussent souleve la ris4e universelle.

La p6riodicit6 et le caractfere aventureux de ces prises d'armes parait, d*autre part, en liaison avec la capacite h^reditaire d'illusion que les Polonais ont egalement d6velopp6e dans les souterrains et les chemins de traverse de la politique de conspiration. En 1830 et en 1863, comme en 1794, ils ont fait etat de secours imaginaires, qu*ils se croyaient assures d'obtenir. lis en ont k diverses reprises attendu de la Prusse! Un coup de feu ne pouvait Mre tire en Europe qu'ils ne se persuadassent qu on se battait pour eux, comme beaucoup etaient disposes k mettre le feu aux quatre coins du monde, dans la conviction

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que, nouveau Phenix, une Pologne libre et plus grande soriirait de Tincendie qu'ils auraient allum^.

Dans ces derniers temps, rendus par une douloureuse experience h des idSes plus saines, ils ont gen^ralement incline k une activity mieux inspiree et plutdt constructive, malheureusement paralysee encore par des habitudes d'incoherence et de disunion.

L'examen des tendances politiques, nuancees k I'infini, qui continuent k les diviser, multipliant en nombre constamment accru les partis et les antagonismes de principe et de direction qui s y opposent, ne saurait trouver ici place. Le developpement rapide des ^v^nements et des reactions qui en resultent risquerait d'ailleurs de ne lui donner qu'une valeur r^rospective, d'int^rSt assez mince. Le vent qui souffle en ouragan k travers I'univers en branle est fait pour balayer ces agregations ^ph^m^res d'atomes fluides, comme on aHea de se promettre que la vie nationale reconstitute et rendue k des conditions de fonctionnement normales les portera k sy rdsorber. Dans le Comity National constitu^ k Paris et reconnu par les allies, la fusion s'est dijk oper6e du parti de la d^mocratie nationale, repr^sente d'ailleurs par un des plus grands seigneurs du pays, titulaire d'ua immense majorat, et du parti realisle, reprdseat4 par celui de ses chefs qui itait le plus vivement

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attaqu6 de Tautre cAt6 de la barricade. C'est de bon augure, Toutes les barrieres de ce genre tomberont, on doit Tespirer, au grand souffle de la liberte.

Bn attendant, avec la discipline au rooins ^I6mentaire qu'ils reclament, la multiplicity de ces groupements a, dans une certaine mesure, favorisi le diveloppement de I'esprit d'organisation, dont les Polonais ne sauraient passer pour avoir 6t6 entiirement d6pourvus, m6me aux epoques de leur histoire ou il a paru leur faire le plus d^faut. Au moment oh la catastrophe finale les a surpriSy lis 6taient tout de m6me en passe de reorganiser, et fort brillamment, leur existence entiire, politique, sociale et ^conomique. En Posnanie, les associations polonaises k base coop^ative et les banques de credit, notamment, destinies k lutteravecla politique d'expropriation, peuvent passer pour des modfeles. On sera tente d'en attribuer lem6rite k Ticole allemande; mais, en Pologne russe mftme, les rares organisations de ce genre que le gouvernement tsariste a tolerfies depuis 1863 out, pour la plupart, fonctionni tris correctement. En dibordant de fagon assez singuli&re la sphere des intirets ^conomiques, Tune d'elles a mime pris dans la vie du pays une place considerable.

Prive de tout contact direct et normal avec la vie politique, il etaif inevitable que ce peuple,

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pour qui la politique avait ete plus de la moitie de Texistence, cherch4t de toute maniire k se replonger dans son element favori. Congus, vers le milieu du siecle dernier, sur le modMe frangais, les statuts du Credit Fonder du royaume de Pologne ont admis le choix par les interesses, c*est*&'dire les emprunteurs, non seulement du Conseil d'adminisiration, comme en Boumanie, mais de tout le haul personnel administratif, et il 6tait inevitable encore que, dans ces conditions, pcriodiquement renouvelees, les Elections prissent un caractere politique et iissent prendre k I'institution un semblant de representation nationale. L'^tablissement n'en a pas moins prospere, en donnant, k travers quelques ecarts et quelques defailiances, pleine satisfaction k sa clientMe.

Paradoxale dans son pass6 d'ind^pendance, Texistence de la Pologne a 6te, sous le regime de la servitude, pleine d'anomalies de tout genre, qui n*ont pas laisse de produire des consequences nuisibles. La tendance k mettre de la politique partout, et k en faire k tout propos, en est une. Ge n'est pas la plus funeste. Le regime issu des partages n'a pas 4t^ seulement plus ou moins oppressif, selon les temps et les lieux; il a 6te uniforraiment avilissant et d6pravaat.

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Eq lui-m6me, le niveau moral des gouveruemeats copartageants n'etait pas des plus elev6s. Les ^veaements recents I'ont assez montr6. II s'abaissait necessairement encore dans la pratique d'une politique de violence et de corruption alternees, dont les instruments non plus ne pouvaient Stre d'une quality tres 61evee. En Posnanie meme, le gouvernement 6tait contraint k n'employer que des rebuts, qui se corrompaient encore par TefietmSme des basses besognes auxquelles ils servaient, Telite s*y refusant, en depit de Tappet des hautes paies. A plus forte raison en Pologne russe, oii regime et personnel charg6 de Tappliquer r6voltaient un grand nombre de Russes eux-m^mes.

Au cours d*une carrifere accident^e, dont la demi6re Evolution, qui Ta jet6 dans les bras de TAUemagne, n'a pu surprendre que ceux qui ne Tonl pas approch^ de pr&s, Tancien leader des cadets, M. Milioukov, n'a jamais fait preuve d'une d^licatesse de conscience tres sensible. II a, cependant, communis quelque temps dans les id^es lib^rales et les inspirations g^nirenses avec r^lHe de son parti. Renvoye successivement des universites de Moscou et de Sofia, oil k la v6rit6 il s'occupait moins d'enseignement historique que

Waliseewski. — La Pologne. 16

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de propagande politique, il se trouvait en 1904 k Paris, apres avoir refus^, disait~il, I'offre d'une chaire k Yarsovie. Interroge par I'auteur sur le motif de sa decision, il repondait qu'a son sentiment rhistoire devait, k Varsovie, ^ire enseign^e en polonais par des Polonais.

£lle etait enseign^e en russe, par des hommes dont le moindre defaut etait d'ignorer ce qu'ils avaient charge d'apprendre aux autres, et, de concert avec ces russificateurs en chef, s'employant k fausser et k corrompre I'esprit de leurs 616yes, travaillait une ^quipe de tchinovniks, impuissants comme eux k accomplir roeuvre de denationalisation, objet principal de leur mandat, mais suffisant k exercer par leur seul contact une influence demoralisatrice, dont les rares Polonais admis k coUaborer avec eux se sont particulierement ressentis. Les journaux russes ont eux-mSmes relev^, il y a quelques annees, le cas d*un empIoy6 polonais du contrdle d'Etat, qui, ayant signale une malversation par lui decouverte, avait et6, pour ce fait, sevferement bldme et renvoyi en disgr&ce sur les confins de la Sib6rie.

Le seul correctif de ce regime, dont il a att^nue la nocivit6, s*est trouve dans son extreme incoherence. Au cours d'une promenade k cheval sur les rives sablonneuses et quasi desertiques du Niemen, Tauteur a eu un jour la surprise d'6prouver comme une vision de mirage. A

Textremite d'une vaste plaine, ou aucune trace d*habitation humaine ne se laissait apercevoir, Tapparence d'une cath^drale de style byzantin se 4ressait soudain devant ses yeux. Poussant sa monture, le cavalier dut reconnaitre qu*il n'etait pas le jouet d*une ill\ision. L'edifice aux vastes proportions se trouvait bien li,'Sans que rien expliquAt sa presence en ce lieu. Dans un repli de terrain voisin, un hameau de quatre feux n y sufBsaitevidemmentpas. De construction recente, Teglise paraissait d'ailleurs abandonnee et tombait en mines. D'^normes lezardes se laissaient voir aux murs, qui semblaient eleves avec une matifere bien fragile, et des herbes sauvages poussaient au parvis. Au retour, la clef de Tenigme futdomi^e au promeneur parses h6tes lituaniens. En quatre si6cles de domination, le gouverneraent ottoman n'a pas 61eve une mosqu6e aux pays moldo-valaques. Le gouvernement russe a rempli la Pologne catholique de temples orthodoxes. L'un d'eux encombrait nagufere la plus belle place de Varsovie, oil les autorites austroallemandes Font, depuis Toccupation de cette ville, affecte successivement au culte protestant et au culte romain. Une somme de SOO 000 roubles avait donc.ete affect^e k la construction d*une cath^drale aux coupoles byzantines dans la ville volhynienne de Dubno. Le hasard voulait que, k quelques centaines de lieues plus au nord, le

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nom de cette ville f&t aassi celui da hameau lithuaniea, riverain du Niemen, et cette coincidence avail saggere k d'ingenieoiL tchinovnikt I'id^e d'nne fructuense mystification. Les constmctenrs avaient employe quelques milliers de roubles k b&tir un Edifice en carton, qui, n'etaiit d'aucune ntilite au lieu ou ils le metiaient, ne devait soulever aucune reclamation ; ils a'^iaient partage le surplus, et le contrdle d'JBtat avait ferme les yeux. Theorie et pratique, le regime russe dans les provinces polonaises trouve dans cette anecdote une expression eloquemment symbolique.

L*epreuve en a 6te dure, et il ne se pent, hilas! qu*elle ne laisse des traces. A I'heure, cependant, ou elle semble toucher k sa fin, le temoignage est dd aux Polonais que, dans Tensemble, ils n'y ont pas succombe. Ils ont^ dans leur vie d'outre*tombe, traverse les sept cercles de I'enfer sans y encourir d^irr^mediables d6cheances, et, meurtris, saignants, mais point abattus ni avilis, ils ont garde leur honneur intact, comme leur foi, pour rheure de la resurrection^ qui, ils veulent le croire, sonnera demain.

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