‹ La polygamie sacrée au XVIe siècleChapitre 11 sur 57 · INTRODUCTION XIX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XIX

Vers le milieu du xvne siècle, saint Vincent de Paul, chargé par le Cardinal de La Rochefoucauld de faire une enquête sur l'état de dépravation de l'abbaye de Longchamps, dressait un réquisitoire peu suspect de partialité. Il constatait que, fondée en 1260 par la bienheureuse Isabelle de France, sœur de saint Louis, l'abbaye ne conserva guère plus d'un siècle sa ferveur primitive. Les grands biens dont elle avait été dotée furent la cause de son relâchement. Elle a servi autant qu'aucune autre communauté religieuse à justifier la maxime d'un Chartreux : « La piété a enfanté les richesses, et les filles ont étouffé la mère ».

Cette corruption remonte au grand schisme d'Occident, alors surtout que les religieux mendiants, établis dans le xme siècle, achevèrent de secouer le joug de la discipline régulière et se livrèrent à toute la violence des passions. Les discours prononcés dans les conciles de Pise.de Constance et de Bàle, ainsi que les ouvrages qui furent composés pour l'extinction du schisme et pour la réformation de l'Eglise, sont assez explicites pour permettre déjuger de l'état déplorable dans lequel étaient plongés les ecclésiastiques de tous ordres.

Le 25 octobre 1415, l'évêque de Lodi, prononçant l'oraison funèbre du cardinal de Bari devant le concile de Constance, représentait les ecclésiastiques comme tellement plongés dans les excès de la débauche et du libertinage le plus brutal qu'à son avis Diogène, cherchant parmi eux un homme, n'y aurait trouvé que des bêtes et des pourceaux.

Le 25 novembre 1415, Gerson présenta au Concile son traité de la simonie, dans lequel on lit ces mots : « Il n'y a plus dans le clergé ni loi, ni pudeur, ni bonne foi ».

Le 29 août 1417, au même Concile, le docteur Thi-

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