‹ La polygamie sacrée au XVIe siècleChapitre 13 sur 57 · INTRODUCTION XXI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXI

« O gros goddons, damnés infâmes, écrits au livre du diable, larrons et sacrilèges, pensez-vous que les fondateurs de vos bénéfices vous les aient donnés pour ne faire autre chose que paillarder et jouer auglic(1)?Et vous, messieurs les ecclésiastiques, avec vos bénéfices, qui en nourrissez des chevaux, des chiens, des paillardes» des histrions, demandez à saint Etienne s'il a eu paradis pour avoir mené telle vie que vous menez, faisant grand'chère, étant toujours parmi les festins et banquets, en donnant les biens de l'Eglise et du Crucifix aux paillardes et aux histrions, nourrissant des chiens et des oiseaux de proie du bien des pauvres. Il vous vaudrait mieux être morts aux ventres de vos mères que mener tel train. »

Oyons maintenant parler le gentil Menot, qui lave la tête à ces galants aussi bien que nul autre, et d'aussi bonne grâce. Il déclare perdue une jeune fille qui, une année durant, a vécu avec un prêtre « à pot et à cueiller ». Il dit aussi que, quand les gendarmes entraient dans les villages, la première chose qu'ils cherchaient, c'était la putain du curé ou du vicaire. Mais au regard des prélats (à ce qu'on peut juger par ce qu'en dit ce prêcheur) on eût bien fait d'avertir depuis un des bouts de la ville jusques à l'autre : Gardez bien votre devant, madame ou mademoiselle. Car outre celles qu'ils entretenaient en leurs maisons, ils avaient leurs chalandes par tous les endroits de la ville ; mais ils prenaient plaisir à faire les conseillers cornus, sur tous. Et le bon était qu'il fallait toujours que les grosses maisons eussent un prélat pour compère, de sorte que souvent il adve-

(') Jeu de cartes dans le genre de la bouillotte. L'eipression se retrouve dans Villon, Le grand Testament, dans Coqlilliart, Nouveaux Droits, etc. — Voir Godefrot, Dictionnaire de l'ancienne langue française.

rïïl INTRODUCTION

nait que le mari priait pour compère celui qui était déjà son père, sans qu'il en sût rien. Mais il appelle en son latin Facere placitnm domini episcopi, paillarder avec un évêque. Et, pour conclusion, il montre que de son temps les prélats avaient les iilles, les femmes mariées, les veuves à leur commandement.

Barletta. prédicateur dominicain du xv° siècle, crie contre les nonnains qui font des bâtards. Et Pœtanus nous raconte nommément des monastères de nonnains de Valence en Espagne, qu'il n'y avait point de différence entre iceux et les bordeaux. Il ajoute bien davantage, c'est que les nonnains (parlant en général) ou font mourir leur fruit étant encore en leur corps, par le moyen de quelques breuvages, ou bien étranglent leur enfant si tôt qu'il est fort, et puis le vont ensevelir en quelque retrait.

D'après Michel Menot, une farce n'était trouvée bonne où il n'y avait un messire Jean allant aider à ses voisins à faire leur besogne en leur ménage ; et de fait alors il ne fallait qu'un bon prêtre pour servir comme d'étalon ou de taureau banal à tout un grand village. Mais en la fin, tant les prêtres que les moines, étant las de chevaucher des haridelles, ont voulu monter sur aussi belles hacquenées que les prélats : voire aucuns sur des plus belles juments d'Espagne. Témoin le cordelier et docteur en théologie nommé Dicquo Darnac, qui ayant de long temps présenté son service à la femme d'un chevalier d'une ville d'Espagne, nommé Rhodorio, fut en la fin étranglé par lui (auprès duquel il se trouva couché, pensant être couché auprès d'elle), faute de s'être mis en bonne dévotion alors qu'il s'allait mettre en besogne, ou faute d'avoir bien fait le signe de la croix, ou faute de s'être bien recommandé à son maître saint François.

Pour les moines — et plus particulièrement les Cor-

Page 1