‹ La polygamie sacrée au XVIe siècleChapitre 15 sur 57 · INTRODUCTION XXV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXV

Sait-on pourquoi ces bons compagnons ont été nommés beaux pères? Quelqu'un ayant égard à leurs actes, et s'arrêtant sur le mot des pères, en a fait ce sixain :

Or çà Jacobins, Cordeliers,

Augustins, Carmes, bordeliers,

D'où vient qu'on vous nomme beaux pères ?

— C'est qu'à l'ombre du crucifix

Souvent faisons filles ou fils

En accointant les belles mères.

Or, ne se sont contentés ces galants de faire et dire en temps et lieu pis que tous les ruffîens qui entrèrent jamais au Huleu (') de Paris, mais ont bien osé en pleine chaire et en présence du crucifix et de tous les saints et saintes qui sont là faisant bonne mine, user de propos pour faire rougir toutes les putains, au moins toutes les courtisanes de Venise et de Rome. Témoin un Cordelier de Tours, prêchant en un village nommé Saint-Martin le Beau, près la ville de Bléré en Touraine, lequel au mardi d'après Pâques, faisant ses recommandations, dit : Mesdames, je suis tenu de vous rendre grâces de la libéralité dont vous avez usé envers notre pauvre cou- Yen!: ; mais si faut-il que je vous dise que vous n'avez pas considéré les nécessités que nous avons. Puis il ajouta un propos si vilain, c'est-à-dire si digne de son couvent, et si indigne de toutes chastes oreilles, que je n'en ai voulu souiller ce papier.

Peu à peu et de jour en jour le débordement s'est augmenté ; mais notre temps, ajoute Henri Estienne, l'a vu monté jusques au dernier degré, quand cette canaille est venue jusques à requérir qu'es confessions auricu-

(1) La rue du Huleu était autrefois réservée aux bordeaux et maisons closes.

XÏYI INTRODUCTION

laires il leur fût permis de manier les parties qui auraient été instruments du mal duquel on se confesserai-. Et étant remontré par un Evêque à l'un de ceux qui faisaient cette requête, la grande ordure que ce serait s'il fallait qu'hommes et femmes leur montrassent leurs parties honteuses ; il fit réponse que, si on ne trouvait point déshonnête que ceux qui oyaient les confessions contemplassent des yeux de l'esprit (qui sont beaucoup plus précieux que ceux de la chair) non seulement les membres qui ont commis les actes vilains, mais aussi les vilenies par iceux commises, qui leur sont découvertes en la confession; moins devrait-on trouver déshonnête qu'ils regardassent ces membres des yeux corporels. Et il allégua en outre que le confesseur, en tant qu'il représente le médecin spirituel, doit toucher son malade, ainsi que le médecin du corps touche et manie celui qu'il visite.

De quel langage pensons-nous que ces gentils prêcheurs usaient en leur privé, quand ils parlaient ainsi salement en public? Quand je dis en leur privé, je n'entends pas seulement en leurs cloîtres, mais aussi es cloîtres de leurs très chères sœurs; car on les voulait faire voisins les uns des autres, dont prit occasion un bon compagnon de dire : Voici la grange, et voilà les batteurs. Et sur ceci me souvient aussi de ce qui fut dit au roi Fleuri deuxième de ce nom par un certain plaisant. Car étant question d'aviser les meilleurs mo}rens pour faire trouver argent au Roi, il lui en proposa deux : dont l'un était que si le Roi voulait faire son office alternative, il lui ferait donner deux millions d'or. L'autre, qu'il commandât que les lits de tous les moines fussent vendus, et qu'il s'en fit apporter les deniers. Le roi lui ayant demandé où coucheraient les moines quand ils n'auraient plus de lits, il répondit : avec les nonnains.

Page 1