‹ La polygamie sacrée au XVIe siècleChapitre 16 sur 57 · INTRODUCTION XXVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXVII

— Mais il s'en faut beaucoup qu'il y ait tant denonnains que de moines, répliqua le Roi. A quoi il eut aussi la réponse toute prête : Il est vrai, Sire ; mais chacune nonnain en logera bien pour le moins une demi-douzaine.

Les prêtres séculiers ne sont pas oubliés dans le chapitre de la lubricité et paillardise des gens d'Eglise; et l'article de la confession auriculaire donne prétexte à Henri Estienne de rappeler quelques faits scandaleux. a De ma part, dit-il, j'ai bonne souvenance d'avoir ouï reprocher à Paris à un prêtre qu'il avait paillarde avec une femme dedans l'église même, incontinent après l'avoir confessée. Aussi j'ai ouï faire le récit d'un curé qui fut surpris (il y a environ douze ans, auprès de Vienne en Dauphiné) paillardant derrière le grand autel, le jour du grand vendredi, avec une qu'il faisait semblant de confesser, avec laquelle il avait déjà de longtemps intelligence. Pour punition de quoi il fut condamné par l'Evêque du lieu de ne chanter messe dedans un certain temps (*). »

Enfin, pour borner cet aperçu, qui ne peut prendre les proportions d'une étude profonde, nous nous contenterons de citer quelques passages de 1' « Ecrit de Nicolas Clémangis, docteur de Paris et archidiacre de Eayeux, touchant l'état corrompu de l'Eglise, par lequel on pourra voir la source et confusion de l'Eglise romaine».

« Les ministres de l'Eglise, au lieu des vertus dont il faudrait qu'ils fussent ornés et emparés, sont souillés d'ordure de tous vices. Les richesses et la prospérité temporelle ont engendré l'insolence en l'Eglise. Quand aujourd'hui on vient à prendre les charges pastorales, il

(!) Henri Estik.nne, Apologie pour Hérodote. La Haye, 1735, livre 1, cb. r«i, 21 et passim.

XWIII INTRODUCTION

n'est pas question de penser au soin des âmes, à donner la vraie pâture de la parole de Dieu, ni au salut ou édification des brebis ; on enquête seulement de l'abondance et quantités des revenus.

Les Ecclésiastiques se sont enflés par une arrogance et un appétit de domination, puis se sont laissé amollir par une superfluité efféminée. Trois vices les rongent : la paillardise, qui demande les délices du vin, des viandes, du dormir, des jeux magnifiques, des infâmes maquereaux et putains ; l'orgueil, qui voulait des hautes maisons, tours et châteaux, des palais somptueux avec ostentation de meubles infinis, d'habillements précieux et de chevaux ordinaires pour le train ; l'avarice, qui a amassé soigneusement de grands trésors pour pouvoir fournir aux choses susdites.

Le choix des prêtres est d'ailleurs déplorable : on voit parmi eux des ignorants, sachant autant de latin que d'arabe, et même qui ne savent pas discerner l'A d'un B. Comme mœurs, ils sont pirement conditionnés. De là vient que partout se trouvent tant de prêtres méchants et misérables, gros ânes, qui, par leur infâme conversation, sont cause de scandale et ruine. De là vient que le peuple les a en si grand mépris et détestation.

Les cardinaux sont arrogants, insolents : ils méprisent les évèques qu'ils appellent communément évesqueaux. Ils tiennent un grand nombre de bénéfices incompalibles, sont en même temps moines et chanoines réguliers. Ils ont jusqu'à quatre à cinq cents bénéfices des meilleurs et des plus gras, en font le trafic, les louent pour des pensions annuelles.

Les adultères, paillardises et fornications souillent la cour romaine ; les prélats mènent une vie très infâme, exerçant publiquement usures et trafics. On les appelle les banquiers delà grande et haute table.

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