INTRODUCTION X.X1X
Les bénéfices sont donnés par le Pape, à l'instance des princes et seigneurs, à cette famille séculière ignorante de toutes les affaires et mystères de l'Eglise. Au lieu de savants en saintes lettres et gens de bien, on voit des ambitieux, des flatteurs, des bateleurs, infectés de tous vices, tels qu'on les voit ordinairement aux cours des grands princes et seigneurs.
Ces prélats n'ont que le souci d'amasser des deniers. Pour l'argent ils estrivent, ils débattent, plaident, querellent, guerroyent; car ils endureraient plutôt la perte de dix mille âmes que de dix sols.
Si quelque bon pasteur se refuse à suivre ce train, mais s'efforce de gagner les pauvres âmes par saintes exhortations et prédications, ils crient qu'il n'est qu'un badin, indigne de la prêtrise.
C'est qu'en effet les prélats étaient riches avant de recevoir la charge pastorale; mais en recevant le ministère, il leur a fallu épuiser leurs bourses. Alors ils s'efforcent sans trêve de les remplir, mettant toutes leurs marchandises en vente.
En plusieurs diocèses les curés font marché avec leurs pasteurs et composent avec eux pour tenir publiquement des concubines davantage qu'ils vendent sans rien déguiser les dissolutions et vices de leurs sujets.
On n'est au reste admis clerc ou à quelque ordre ou degré ecclésiastique sinon à prix d'argent : nulle enquête sur la vie passée, nulle information sur les mœurs. Nous voyons quasi tous les prêtres ne savoir lire sinon à grand peine et en comptant les syllabes.
Voluptueux et recherchant leurs plaisirs, ils vivent plus selon Epicure que selon Jésus-Christ : fréquentant ordinairement les tavernes, buvant, mangeant, banquetant et passant le temps à jouer aux dés ou à la paume. Puis étant saouls et ivres comme soupes, ils crient, ils tem-