‹ La polygamie sacrée au XVIe siècleChapitre 36 sur 57 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

!*REUVE DU NOMBRE DES PUTAINS, DES SERVITEURS DOMESTIQUES, DES CARDINAUX ET ARCHEVÊQUES, DE LEURS BATARDS ET MA QUERELLES

Si l'on veut accepter le dire d'un proverbe usité entre les hommes, le nombre des putains des serviteurs domestiques des cardinaux sera justifié du premier coup. Ce proverbe porte : tels maîtres, tels valets. Les prélats et cardinaux sont lascifs, aussi bien sont les valets ; les prélats sont paillards, les valets sont de même ; ils ne sont pas cardinaux, mais cardinalement ils servent. Au plus grand et plus profond bordeau de France, les vilains et sales propos lascifs ne s'y tiennent comme on fait en la maison d'un cardinal ; j'appelle sur ce à témoins tous ceux qui les fréquentent. Là-dedans, de jour et de nuit, vous ne voyez autre chose qu'amener de la chair fraîche, ainsi appellentils les pauvres filles et femmes qu'ils débauchent ; et après qu'ils en ont fait, ils s'en moquent à bouche ouverte, à moins qu'ils soient prévenus de vérole ou bouche chancreuse. Cette chair fraîche ainsi produite n'est pour rien comptée, à cause que ce sont épaves de cour, si ce n'est d'aventure pour les écuyers, maîtres d'hôtel, secrétaires et argentiers, quelques protonotaires, gentilshommes et autres signalés de la maison, qui prennent leur ordinaire à l'endroit de quelques demoiselles qui suivent la cour ; pour voir le train desquelles, je renvoie les lecteurs au traité de la Polygamie sacrée, auquel est fait mention de la manifeste paillardise, que les domestiques des cardinaux

exercent à l'endroit de ces courtisanes, jusques aux muletiers qui, après en avoir pris leurs déduits, ont fait que les cardinaux ont eu leurs restes. Ce train de tels domestiques nous représenterait une infinité de putains et ribaudes ; nous les laissons néanmoins pour telles qu'elles sont, encore que la preuve en soit assez facile.

Nous prétendons seulement à mettre en évidence les femmes et filles qu'ils débauchent et aussi qu'ils entretiennent, lors et quand le cardinal ou prélat va en son archevêché et abbaye.

Il n'y a ville ni bourgade où ces vilains ne corrompent jusques aux plus honorables familles ; le moindre valet de ces prélats se tient pour si bien qualifié, qu'il se fait appeler monsieur en grosses lettres. Ils se font loger par fourriers et maréchaux des logis, et bien peu partent de leur logis, sans avoir fait un coup au déshonneur de leur hôte ou hôtesse ; et s'ils n'en peuvent venir à bout, ils suscitent un plus grand qu'eux, afin de leur servir de planche, et d'exécuter ce qu'ils prétendent. Si la fille de la maison est riche, on la mariera à quelque maquereau ou à monsieur le secrétaire ; est-elle mariée, la voilà perdue ; car elle voit une telle et si grande corruption en telles canailles, qu'il est impossible qu'elle ne glisse parmi telle .'polygamie, que depuis le matin jusqu'au soir et depuis le soir jusqu'au matin, une fille tant honnête et bien apprise fut-elle, ne saurait entendre autre chose que traiter de l'amour, baiser, jouer, chanter, danser, voire faire toutes ces mignardises de cour. Elle est tentée au reste d'une infinité de louanges, sobriquets ; et les petits présents trottent parmi cela, avec les sollicitations de leurs maquerelles subtiles. Je vous laisse à penser en quel danger est une telle fille ; de 5oo il est malaisé d'en exempter une. Pour la preuve de mon dire, j'interpelle tous leurs diocésains de me servir ici de témoins. Ma preuve est d'ailleurs grandement fortifiée sur les secrets qui sont sur ce découverts au traité de la Polygamie sacrée, qui rend fort bonne raison de ce qu'il n'y a pas un Cardinal en France, qui ne fasse chaque an avec ses domestiques, /4.800 putains ou paillardes. Voilà le fruit que nous apporte leur beau célibat, qu'il faille que jusques à leurs valets, nous souffrions l'ignominie de leurs turpitudes, et

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non seulement l'ignominie, mais que nos pauvres soient frustrés de ce que ces paillards et putains gourmandent.

Au lieu de 7 ou 8.000 putains qu'on devrait tirer hors ligne, il n'en sera couché que 6 pour chacun de ces

domestiques, ce qui reviendrait à 1-44°

Leurs bâtards à 600

Leurs maquereaux et maquerelîes à 200

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