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CHAPITRE X

PREUVE DU NOMBRE DES PUTAINS ÉPISCOPALES, MAQUEREAUX, BATARDS, MAQUEREELES

De 160 évoques qu'il y a en l'église gallicane, qui aura bien lu le traité de la Polygamie sacrée, croira qu'ils ont plus de 8 ou 900 putains, nourries aux dépens du crucifix, sans y comprendre les femmes mariées, sur lesquelles la volupté épiscopale est exercée en plusieurs manières. Les unes, pour maintenir leurs maris en l'autorité et crédit envers Messieurs les Evèques et demeurer en leurs offices, se laissent couvrir à assez bon prix, tellement qu'avec quelques petits présents, elles se tiennent pour bien satisfaites ; il y en a d'autres qui veulent être entretenues et parées, et telles coûtent infiniment aux Prélats, et sont si rusées qu'elles savent bien tirer la quintessence d'une gibecière sacrée. De toutes telles denrées, paillardises et adultères, il y en a beaucoup plus qu'il ne serait à désirer, et qui coûtent beaucoup à nos Prélats, mais simplement nous tirerons bors ligne à chacun 4 putains, 4 bâtards, un maquereau et une maquerelle, qui reviennent à 960 personnes, à savoir 384 putains, 38o bâtards, 96 maquereaux et autant de maquerelles. Pour témoignage de quoi, on emploie la preuve ci-devant produite, sous le nom des cardinaux et archevêques.

Et davantage pour fortifier la preuve, il y a plus de G. 000 personnes au moindre diocèse du Pioyaume de France, qui déposeront toujours qu'elle contient vérité, excepté qu'au lieu d'une

l3?. LA POLYGAMIE SACRÉE AU XVIe SIÈCLE

putain, faudrait y en mettre deux, au lieu d'un bâtard deux, et ainsi des maquereaux et maquer elles.

Si on demande pourquoi on ne baille autant de putains aux évoques qu'aux cardinaux, la réponse est facile : car entre les évoques, la sobriété de paillardise y est plus manifeste en tant que, par hypocrisie ou autrement, les uns veuillent paraître plus chastes que les autres. En outre entre si grand nombre d'évêques se trouvent beaucoup plus de sodomiles qu'entre les cardinaux. D'objecter qu'il est impossible qu'un évoque puisse avoir autant de putains à cause qu'un bon mari se contente bien d'une seule femme, cela est bien vrai ; mais le célibat a cela de particulier que, sitôt qu'il est enfreint, il se déborde à toutes restes. Et il y a 6.000 personnes au moindre diocèse pour déposer de la vérité de cette preuve, c'est-à-dire qu'il y en a plus de Soo.ooo en France dignes d'en porter témoignage.

Je ne dis pas que si précisément les évêques faisaient leur résidence actuelle dans leurs diocèses, ils se pourraient bien passer d'un moindre nombre de putains ; et comme il s'en trouve d'entre eux de ménagers et avares, qui voudraient bien, s'ils pouvaient, se restreindre, il leur est impossible, d'autant que leur dignité les appelle de fois et d'autres à voyager et se trouver en grandes assemblées, sans les sollicitations de leurs procès où leur présence est de tant honorée et respectée, que les femmes non seulement des avocats, mais des principaux magistrats se rendent intercesseresses pour la conservation des biens de leurs évêchés.

Cela ne se fait pas, si les dames sont belles, sans remuer bien souvent le bâton de la crosse, en telle sorte néanmoins que tous les fruits qui en reviennent, nous les laisserons à la garde et aux dépens de Messieurs de la Justice. Et s'ils en osent dire mot, ou bien s'ils regrettent que leurs femmes soient ainsi épiscopées, à leur dam. Pourquoi tolèrent-ils le célibat ? Veulent-ils que Messieurs les Prélats soient bougres? Mais, dira quelqu'un, ils ont leurs garces. Voulez-vous, pour réponse, qu'ils charrient toujours leurs putains avec eux? II ferait beau voir qu'un évêque, au côté de la putain, donnât la bénédiction au milieu d'une rue; vous les feriez abhorrer des plus simples papistes ! c'est pour-

quoi aussi toutes les femmes signalées, soit de Présidents, conseillers, Maîtres des Requêtes, ou quelques autres notées, ou épiscopalement marquées qu'elles puissent être, ne seront tirées hors ligne. Comme aussi ne seront) ces grandes dames et demoiselles initrées et saintement courtisées toutes les l'ois que nos évêques vont en cour, parce que qui voudrait en faire état, faudrait bien surhausser notre nombre. Aussi il n'est pas à dire que toutes celles qui se jouent du battant de leurs cloches vivent pourtant de la marmite ; le déduit des dames ne s'examine pas toujours jusque-là. Par quoi ci :

Putains, bâtards, maquereaux et maquerelles . . 060

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