CHAPITRE XI
PREUVE DU NOMBRE DES PUTAINS DES SERVITEURS DOMESTIQUES DES ÉVÊQUES, ET DE LEURS BATARDS ET MAQUEREAUX
La preuve est bien toute faite pour qui voudra se contenter de celle qui a été mise sur semblable article, à propos du nombre des putains, bâtards et maquereaux des cardinaux et archevêques. La différence gît seulement dans le nombre et dans les degrés de dignités : encore que je n'aie jamais vu pratiquer la séance pour le regard des dames cardinalisées ou épiscopées, si ce n'est que les unes et les autres sont grandement chéries et favorisées, voire jusques à celles qui servent à leurs moindres protonotaires et secrétaires. Quoi qu'il en soit, il est tout notoire qu'autant de maisons d'évêques il y a en France, ce sont pour la plupart autant de bordeaux et encore plus de puants cloaques. Pour moi je ne le trouve pas étrange, comme aussi savent tous hommes, de quoi sont faits les hommes. Monsieur l'évêque est homme, Monsieur son valet n'est pas cheval, on ne veut pas qu'ils se marient, il faut bien qu'ils en prennent sur le commun. Si vous dites qu'il n'est pas interdit aux domestiques épiscopaux de se marier, voulez-vous que de fait ad visé, ils se marient pour être coupaux ? Ne voient-ils pas bien comment ils se gouvernent à l'endroit des femmes des autres ? et que s'ils venaient à se marier, ce serait autant de gibier et proie pour Monsieur leur maître, ou pour la suite de son train. Aussi ne voyez-vous guère que telles gens se marient. Pour une après souper, il s'est trouvée femme d'honneur, qui pour plaisir accompagnée de
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a3 femmes, q filles et 8 servantes, allèrent présenter un momon (') à Monsieur l'évêque en son logis, qui les attendait, sans toutefois que cette femme honorable en sût aucune chose (car autrement tiens-je bien d'elle, qu'elle n'y fût point allée). L'évêque perdit trois écus. Pour compenser sa perte, il lit sonner les violons et ils dansèrent de telle force qu'il n'y eut femme, fille ni servante qui ne joua des orgues. Cette exécution se fit par l'évêque, 2 protonotaires, le secrétaire, 7 ou 8 chanoines attirés pour jouer la partie ; quant aux valets, chacun était assorti de même. Bref, depuis dix heures jusqu'à minuit le bal continua, et des confitures à la collation, tant que c'était merveilles. Cette femme honorable se trouva surprise sans y penser, car une vilaine maquerelle l'ayant fait entrer dans jle cabinet de Monsieur, sachant que d'autres femmes y étaient, elle trouva là un protonotaire qui la saisit et fit d'elle, comme est à présumer, ce que bon lui sembla, parce que la bonne femme sortant de !à chanta mille injures à cette maquerelle, jura qu'elle l'en ferait repentir. Et à l'instant même, les larmes à l'œil, sortant de cette vénérable compagnie, qui fut maquignonnée de même, l'évêque pour saouler ses plaisirs, fit venir ses palefreniers, et gaussant avec eux, ils confessaient libéralement les branles qu'ils avaient dansés en cette danse macabre, et Monsieur l'évêque de rire. El pour pénitence il chanta la grande messe le lendemain, qui fut le premier jour de janvier iôSr ; ce que nous avons expressément remarqué, à cause que le mari de cette femme est déterminé de ne mourir sans le rendre à Monsieur l'évêque ; et j'espère qu'il en sortira du fruit. Depuis, ce mari a quitté la messe et reconnu à ses dépens, et au déshonneur de sa femme, combien ce beau célibat lui coule.
Mais tout cela n'est rien, car qui en voudrait conter une infinité d'autres, jamais ne serait fait. Je n'ai point voulu nommer l'évêque ni la dame, l'honneur d'icelle mérite bien qu'une telle surprise soit mise sous silence : et si je l'ai entamé, ce n'est que pour servir à la preuve du présent article. Il est assez notoire à chacun quel gouvernement ces garnements tiennent avec leurs
Cl) Jeu de masques en carnaval.
LA POLYGVMIE SACREE AU XVIe SIECLE IÔ.7
maîtresses. Par le traité de la Polygamie sacrée, il est rendu raison que les 96 évoques, avec leurs vicaires généraux, officiers et serviteurs domestiques, paillardent chaque an avec plus de 3o.ooo femmes ou garces. C'est chose monstrueuse que de A'oir ce qui en est écrit. De ce nombre nous retranchons les trois grandes parties, tellement qu'il ne sera tiré hors ligne que ceux et celles qui vivent delà marmite, à savoir 5. 680 putains, autant de bâtards, 700 maquerelles et autant de maquereaux. Par quoi ci :
Putains 5. 680
Bâtards . . 5. 680
Maquereau:; 700
Maquerelles 700