‹ La polygamie sacrée au XVIe siècleChapitre 41 sur 57 · DES CHANOINES · texte numérisé non relu

DES CHANOINES

Quand nous mettons i5o.ooo serviteurs ou valets pour les chanoines, 3oo.ooo putains et autant de bâtards pour ces canailles, sans les maquereaux et maquerelles, nous n'approchons de beaucoup le nombre qu'il y a de plus. Tous les chanoines, à dire vrai, n'ont pas de valets, car leur revenu ne le peut pas porter : mais si vous examinez le train des suffragants, officiaux, doyens, archidiacres, chantres, primiciers (') et autres dignités canonicales qu'il y a en ces collèges. Tel d'eux se trouve qui d'ordinaire a cinq et six serviteurs, sans les maquereaux. Le moindre de ces valets entend et sait le moyen de friser la queue ; entre les compagnons de la ville, il n'y en a point de mieux venus : car l'un porte la clef de la cave de Monsieur, l'autre du garde-manger, et par ce moyen fête quelquefois les compagnons, quand le maître est à matines ou à vêpres. Ils sont si bien traités qu'au visage, du premier coup, on peut juger à leur trogne, s'ils sont serviteurs de chanoines ou de moines, tant ils sont gros et en bon point. Et comme tels n'ont pas beaucoup de peine à conquérir les garces ; car celles de leurs maîtres en amènent le plus souvent d'autres avec elles, et quand elles n'en amèneraient pas, ils savent bien où les prendre.

Le métier de ces garces est tellement usité dedans et à l'envi-

(') Dignitaires des chapitres,

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roti de leurs cloîtres que, passant par là, vous y sentez la venaison à pleine gorge, c'est-à-dire qu'il y a bien de quoi métier mené en matière de paillardise. Quelle dépravation ! Or, cela est un ordinaire : toutefois ma preuve est si évidente que dans ces cloîtres vous ne voyez autre chose que valets de chanoines. Non pas seulement par les cloîtres mais par les villes, il n'y a iille de pauvres artisans, maneuvriers, gagne-deniers, et autres, sur lesquels ces vilains ne Tassent brèche et le plus souvent pour une brique de pain blanc, ils défloreront une pauvre fille. Si elle est bien belle, c'est pour Monsieur le chanoine : si elle est moyennement belle et si le maître n'en veut pas, le valet sait bien comment il faut se substituer en sa place. Les trafics qui s'exercent en fait de paillardise entre ces vilains, sont si bien et amplement écrits au traité de la Polygamie sacrée, qu'il n'est besoin d'en spécifier ici autre chose, sinon qu'au lieu de 600.000 putains qu'il leur attribue, nous les restreindrons à la moitié, quoiqu'à la vérité il y en ait deux fois davantage. Et de fait qui jettera la vue sur telle vermine, il n'y a père ni mère qui ne doive trembler de péril et extrême danger où sont leurs pauvres filles et servantes ; car autant de tels et semblables valets que vous voyez, ce sont autant de taureaux banaux parmi des génisses et vaches au milieu d'une prairie. La différence gît en ce que le taureau banal s'escarmouche à la campagne, et ces vilains jouent leurs jeux aux dépens du Crucifix, dans le logis de leurs maîtres. Je sais bien que quelques-uns n'ont pas de grands valets et serviteurs, mais seulement de petits garçons pour faire allumer leur feu et chandelle. Qui a oreille pour ouïr entende. Par quoi ci :

Valets et serviteurs. . . . i5o.ooo

Putains 3oo.ooo

Bâtards Soo.ooo

Maquerelles 6.000

BIBLE MORALISÉE XlVe et XVe siècles Ms. fr. no 166

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