‹ La polygamie sacrée au XVIe siècleChapitre 43 sur 57 · CHAPITRE XYI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XYI

PREUVE DU NOMBRE DES PRIMATS ET CHEFS DES ORDRES, A SAVOIR DE CLU.NY, CITEAUX, PRÉMONTRÉ, GRAMMONT, SAINT ANTOINE DU VAL, DES ESCOLIERS ET AUTRES SEMBLABLES ; DU NOMBRE DÉS MOINES, DU NOMBRE DE LEURS PAILLARDES, DE LEURS MAQUE- REAUX ET MAQUERELLES.

En i456 abbayes et 2.822 prieurés qu'il y a en l'église gallicane, vous avez 170.000 moines ou religieux, y compris les prieurs. Par les registres et catalogues imprimés, contenant le dénombrement de ces abbayes et prieurés, vous pouvez voir et connaître de la certitude de ce nombre. II y a bien peu de banquiers en la Cour de Rome, qui n'aient d'ailleurs la liste de toutes les dites abbayes et prieurés.

Pour le regard de leurs paillardes, à prendre les moines un par un, vous ne trouverez pas qu'ils aient tous quatre ou cinq paillardes, car le revenu de la plupart ne porte d'en nourrir tant, mais ceux qui sont si ebastes que de n'avoir qu'une ou deux paillardes, assurez-vous que dans leurs cabuets et hautsde-ebausses, vous y sentez la fumée de sodomie à pleinp gorge. Entre eux-mêmes vous n'entendez autre ebose qu'à se taxer de bougrerie, à moins qu'ils aient 7 ou 8 paillardes à commandement.

C'est chose admirable que sous cette vie monacale il se fasse de si grandes paillardises. Selon le témoignage qui en est représenté par le traité de la Polygamie sacrée, les moines ont en Fiance plus de 800.000 femmes ou filles à commandement :

vrai est qu'il y en a bien telle qui soit aussi bien aux Chanoines qu'aux Moines. Ces vilains sont fertiles en génération et engendrent des bâtards infinis ; mais pour rendre notre preuve pins simple et certaine, nous réduirons ce grand nombre de paillardes à la moitié, autant de bâtards, et à 5.ooo maquerelles et maquereaux, encore qu'il y en ait bien davantage, selon que l'on peut voir.

Quant au nombre des moines, il n'y a abbé ni prieur qui ne l'ait limité, de manière que la vérification en est aisée à faire, et ceux qui ont connaissance du règlement et ordre des abbayes et prieurés de France savent par où commencer pour avoir du premier coup la preuve de cet article. Le nombre des putains est un peu plus difficile, car toutes ces vilaines ne sont pas enregistrées au catalogue des abbés, ou bien elles ne portent pas le froc, comme aussi il faudrait bien du pain et du vin pour nourrir telle vermine. Toutefois quand on considérera bien les raisons spécifiées au traité de la Polygamie, on trouvera qu'ils en nourrissent davantage ; néanmoins, comme il vous a été dit, nous en avons retranché la moitié.

D'autant que la nourriture de tant de paillardes, maquereaux et maquerelles semble incroyable, et qu'il est impossible que de simples religieux, qui n'ont que leurs prébendes, puissent nourrir deux ou trois paillardes, il faut songer que qui représenterait la prébende d'un chacun, selon que l'abbé ou son fermier est tenu de la lui distribuer, il n'y a prébende, veux-je dire, qui ne soit suffisante pour nourrir quatre et cinq commères avec son moine.

Quant à mettre en avant que toutes les abbayes de ce Royaume ne sont pas si avantageusement prébendées à l'avantage et profit des religieux, estimez qu'il n'y en a pas une, où le religieux ou moine n'ait moyen de se prévaloir davantage encore, pour payer ses ménétriers, c'est-à-dire pour jouer, nourrir et entretenir les commères.

Nous avons les baux à fermes des abbayes de Saint- Denis en France, de Fécamp de Montirandé, de Saint-Germain-des- Prés, de Marmoutier, de Saint-Ouyn, voire de toutes les Abbayes et Prieurés de ce Royaume. Entre tous lesquels nous avons

LA POLYGAMIE SACREE AU XVl° SIECLE 1 0 I

choisi celui de l'abbaye de Cluny, et des charges auxquelles les amodiateurs sont tenus. La raison pourquoi nous l'avons pris, c'est à cause de la réformation et sainteté que l'on dit être en ce couvent, voire par dessus tous les autres ordres ; car selon le dire du commun bruit, les moines sont tellement reclus, qu'ils ne sortent jamais de leur Abbaye. Ils n'oseraient, par manière de dire, manger, pisser, ni rire, sans le congé du Prieur cloîtrier; ils vont à matines à onze heures avant minuit. Bref, leur service divin est perpétuel, les femmes n'entrent jamais dans l'enclos de leurs cloîtres, tellement que selon la sévérité et rigueur de leur règle, il n'est pas possible que cette preuve soit telle ni si véritable que nous la maintenons.

Cela a été cause qu'avec plus grande diligence nous avons recherché et vérifié la sainteté de ces vénérables. Or, qui en voudrait croire un nommé saint Barthélémy, grand facteur et négociateur de l'Abbé, tous ces pauvres moines seraient bougres et sodomites ; ce que je ne crois pas, car de compte fait nous avons trouvé dans la ville de Cluny, Lordon, Montrachel, Massilly, Montagny, Vitry, Bassy et plusieurs autres villages circonvoisins de Cluny, de 7 à 800 putains de moines. De m'arrêter à exprimer comment ces moines ainsi étroitement resserrés peuvent exercer la paillardise, il ne faut que lire au traité de la Po,ly garnie sacrée, et on y verra des subtilités monastiques et débandades de moines les plus voluptueuses qu'il est possible de penser. Il est vrai que la plupart de leurs bâtards, putains et maquerelles, ne sont guère avancés des biens de ce monde; le plus grand trafic qu'ils font, c'est d'aller mendier et quelquefois quérir un fagot de bois dans les bois de l'Abbaye.

Je veux de là conclure que si ce saint couvent, si dévot, si resserré, et tant bien réformé, met tant de bêtes en besogne, à votre avis, que devraient faire les autres abbayes, les moines et religieux desquelles ont, quand tout est dit, la bride sur la tête, voire telle liberté qu'ils ne se trouveraient pas bien couchés, sinon que leurs commères eussent fait leurs lits, ce qui me fera tirer hors ligne notre nombre susdit. Par quoi <;i :

Moines . .

Putains . .

Bâtards .

Maquereaux .

Maquerclles .

4oo.ooo

4oo.ooo

5o.ooo

5o.ooo

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