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CHAPITRE XXV

ARTICLES DRESSÉS PAR LES PRÉLATS DE l'ÉGLISE GALLICANE, POUR EMPÊCHER QU'ON NE TIRE DU CABINET DU ROY LES TROIS PERLES PRÉCIEUSES QUI Y SONT.

Les prélats de l'Eglise gallicane, avertis de la conférence que les deux gentilshommes avaient eue, sur le Saint-Sacrement de l'autel, et que la messe ne tenait plus qu'à un bien petit filet ; d'autre part, que si le traité de la Polygamie venait à être mis en lumière, et principalement l'état du revenu de l'Eglise gallicane, il était bien à craindre, non seulement que le Roy les dépouillât de tous leurs biens, mais aussi que la noblesse et le tiersétat ne se ruassent sur eux, pour leur en faire tout autant qu'on avait autrefois fait aux Templiers, résolurent que pour empêcher tout cela, même afin qu'on ne puisse tirer les trois perles précieuses qui étaient dans le cabinet du Roy, il était requis de pourvoir à leur cas, et par les mêmes moyens qu'on avait toujours fait lors, et quand principalement ils se trouvaient les plus enferrés en telles affaires ; qu'il fallait faire publier partout :

Que désormais les prélats et ecclésiastiques se reformeraient selon et à la forme que le droit canon et autres saints décrets le portaient ; qu'une telle poussière était si délicate et propre que, la jetant dextrement aux yeux des plus habiles, il y avait assez de quoi les éblouir et leur faire perdre la mémoire de tous les bruits et découverturcs qu'on a faites de leur Polygamie ; que c'était à faire de s'abstenir le plus qu'on pourrait de visiter les dames, même celles des gentilshommes, sur le soupçon de ja-

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lousie, à laquelle ils commençaient d'entrer ; qu'il était très requis de conférer les principaux bénéfices et collations aux enfants des principaux gentilshommes, qui font contenance de vouloir se révolter ; leur prêter deniers, s'ils en ont affaire, sans intérêt. Et parce que entre ces gentilshommes, il y en a de si scrupuleux, qu'ils veuillent fonder leur révoltement sur ce qu'aucunes de leurs parentes religieuses se trouvent enceintes de quelques ecclésiastiques, c'est à faire à leur faire donner dispense de se pouvoir marier, pour couvrir tel scandale, et par le même moyen leur donner et choisir quelque bon parti, afin de donner, s'il est possible, quelque contentement à ces scrupuleux.

Pour le regard des articles de la réformation, je n'en sache point de plus propres, va dire l'un d'eux, que de prendre les mêmes qui furent déjà forgés pour rabattre ce grand coup de marteau qu'on donna sur notre marmite au colloque de Poissy, m'assurant que quand les simples et bons catholiques entendront la lecture d'iceux, ils seront retenus au zèle, devoir, amitié et affection qu'ils nous ont toujours porté.

— Cette voie, répondit un prélat, est fort convenable, mais ces articles ne s'étendent point, sinon pour prévenir la doctrine et religion que les Ministres commencèrent à introduire dès lors en ce Royaume. A présent il est bien question d'autre chose ; car on veut, si bien vous y prenez garde, invalider de tous points notre célibat, et tout par le moyen de ce beau traité de Polygamie que je n'ai point vu, bien ai-jc entendu, que si l'on continue à le publier, il n'y aura grands ni petits, qui ne nous crachent au visage, tant il montre et déteste notre vie et conversation. Au moyen de quoi il me semble qu'outre ces articles, on doit ajouter et faire accroire à un chacun :

Que les prélats et autres ecclésiastiques se sentant chatouillés de concupiscence, ou bien n'ayant le don de continence, à toutes les fois qu'ils se sentiront piqués ou aiguillonnés des désirs de la chair, promettront et jureront sur le Saint-Sacrement de l'autel de jeûner neuf jours au pain cl à l'eau ;

Qu'il ne sera loisible à ces prélats et autres ecclésiastiques, de parler ni de communiquer à femmes ni tilles, sinon en présence

de leurs maris et parents, à peine d'être dégradés de leur prélature et dignités ;

Que pour avoir meilleur moyen de se contenir, ceux du clergé ne boiront du vin que deux fois la semaine ; que si, pour la débilité d'estomac ou autre infirmité de quelques-uns, ne pouvaient boire de l'eau, ils useront de l'hydromel, ou autre breuvage propre et convenable pour leur santé ;

Que s'ils sont appelés à quelques festins ou banquets de noces, ils se contenteront de danser un simple branle, avec les plus beaux, saints et gracieux gestes desquels ils se pourront aviser. Que la confession auriculaire ne se pourra faire, sinon qu'en la chapelle ou autre endroit où elle se fera, il y ait pour le moins cinq ou six personnes, afin que le père confesseur ne se puisse remuer que bien à point.

Ces cinq articles furent trouvés fort pertinents, et il fut arrêté qu'ils seraient ajoutés aux autres, que nous avons ici transcrits mot à mot, avec une petite modification sur chaque article ; et ce pour démontrer plus clairement l'artifice de ces vénérables, qui n'ont recours qu'à contenter les Princes, seigneurs et tiersétat, de mines et paroles vaines, comme ils ont toujours fait. Car il est très notoire à chacun que, quand ces articles furent publiés, après le colloque de Poissy (*), il n'y en eut jamais un qui se soit mis en devoir d'effectuer ou d'exécuter le moindre d'iceux, chose qui est si notoire, qu'il n'est pas possible de plus. De les vouloir derechef faire publier, je m'en rapporte bien à eux ; mais je sais qu'ils sont de si près éclairés, qu'il leur sera bien malaisé de faire croire quelque chose de l'exécution d'iceux, parce que leur doctrine est reconnue aujourd'hui pour autant de vent. Et pour la rendre encore plus détestable, ce traité intitulé De la Polygamie sacrée, représente entièrement tout l'exercice d'icelle ; et le pis que j'y vois, c'est que le grand et admirable revenu de l'Eglise Gallicane est tellement découvert, que le Roy s'en peut accommoder de cinquante ou soixante millions d'or,

1 ') Le colloque de Poissy eut lieu en ij6i, en présence de Charles IX et de la reine mère Catherine, entre les théologiens catholiques et les Réformés, parmi lesquels Théodore de Bèze et Pierre Martyr. Il ne produisit aucun résultat.

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sans faire tort à personne. Mais ce qui décrie plus leur marchandise, est que la noblesse s'est trouvée si ignominieusement coupaudée et cornardée, que si elle laissait passer ainsi légèrement une telle et si vilaine turpitude, ils seraient dignes d'être huches (') pour les plus marauds et bélîtres du monde.

(') Appelés, désignés à haute voix.

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