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CHAPITRE XXVI

s'ensuivent les articles desquels les prélats et ecclésiastiques de l'église gallicane prétendent se servir pour prévenir le coup de marteau qu'on va donner sur le plus haut de LA tête de leur polygamie sacrée avec une brèvh modification SUR CHAQUE ARTICLE.

I. — Puisque la dignité de l'état ecclésiastique consiste en une due élection et établissement légitime des évèques et prélats et que de là, comme du chef, dépend la fermeté et ruine de l'église, vu que les serviteurs sont tels que le gouverneur du peuple, et que tel est le Prince du pays, tels en sont les habitants ; tandis qu'on se réglera par nouvelles lois (au lieu du droit antique intermis à cet endroit^ et que l'autorité des Concordats aura vigueur; ii a semblé bon que, sitôt que quelqu'un sera nommé par le Roy très chrétien à la vacance d'une église cathédrale, sa nomination soit signifiée au chapitre des chanoines et au peuple par affiches mises aux portes du temple, et autres places publiques de la ville et des principales villes du diocèse, le jour assigné aux susdits. Auquel jour celui qui est nommé pour avoir place en cette église soit tenu d'v comparaître pour être examiné, et soit libre à toute personne qui le connaîtra coupable de quelque vice ou crime, tant en la doctrine et religion qu'en la vie et les mœurs, de le déclarer au chapitre. Après qu'il sera présenté et que ceux qui mettront quelque chose en avant contre lui (s'il y en a aucuns) auront été entendus en chapitre, ou que le temps de faire reproches sera expiré, sans que

iSG LA POLTGAMIE SACRÉE AU XVIe SIÈCLE

personne ait mis en avant chose à laquelle on doive s'arrêter, et que la nomination sera connue ferme et valide, il fera profession devant le chapitre, c'est à savoir, l'évêque en présence de l'archevêque, appelé nommément pour cet effet, ou en son ahsence devant deux évêques de la province, et le chapitre de l'église vacante ; le primat devant deux archevêques, si faire se peut commodément, ou devant un pour le moins, accompagné de deux évêques et du chapitre. Cela étant fait, qu'il ne soit pas jugé idoine pourtant avant que d'abord, en la présence des susdits, et à leur discrétion, il n'ait prêché publiquement, ou pour le moins lu et exposé un passage de l'Ecriture sainte qui lui sera proposé par l'archevêque ou les évêques. Puis cela dûment parachevé, il faudra qu'il soit confirmé par provision du Pape : et si on impute à celui qui est nommé quelque vice ou crime qui, par disposition de droit commun, empêche la provision, ou qu'on aperçoive une telle ignorance en lui, qu'il ne puisse satisfaire à cette charge, que l'affaire soit incontinent renvoyée au Roy, qui, selon son jugement et sa prudence, pourvoira à l'église vacante ; et que cependant on garde perpétuellement et inviolablement cette procédure, d'examiner ceux qui sont désignés, à savoir, le premier, le second, et le tiers, et ainsi conséquemment de tous les nommés, pour succéder à ceux qu'on aura rejetés, à cause de leur incapacité.

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Je ne veux que vingt-quatre heures pour rendre un archevêque capable de monter en chaire, et douze heures pour un évêque, pourvu toutefois qu'il sache lire; aussi n'en voyezvous pas beaucoup, qui par incapacité soient privés de la nomination du Roi/. Les articles secrets de la Polygamie sacrée sont tellement autorisés par notre Saint Père le Pape, qu'encore que l'évêque fût au berceau, pourvu que sa mère ait été polygamiée, du moins qu'elle produise (vous m'entendez bien là où il faut), sa capacité se trouvera plus que suffisante : à la charge toutefois, qxC étant parvenu en âge, il se contiendra dans les limites et bornes du célibat, c'est-à-dire que, autant

de coupaux et bâtards qu'il pourra faire, autant d'amis et serviteurs il gagnera pour la Polygamie. Et de vrai il y a bien peu de gentilshommes qui veuillent se laisser cor narder , sinon que l'archevéqae ou le prélat confère à lui ou à ses enfants quelque bon et beau bénéfice, selon que cela se pratique ordinairement. Un gradué sera bien savant et habile, s'il est préféré à une putain, quoiqu'à la vérité autant vaut-il qu'elle l'ait, comme le gradué, attendu que le gradué et la putain pratiquent un même train en la Polygamie.

II. — Tout ce qui aura été fait en l'examen de celui que l'on trouvera capable, étant confirmé par les signatures de tous ceux qui y auront assisté et scellé du sceau des prélats, soit envoyé avec la confession de foi signée de sa main, et scellée du sceau désigné, au protecteur de l'Eglise gallicane à Rome, pour en faire son rapport au Pape, qui ne pourra légitimement pourvoir à l'église vacante, que d'abord il n'ait vu ce témoignage notable et digne de foi.

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Pour ne déroger à la dignité et autorité de sa Paternité, encore qu il y eût quelque tache^ bas âge, ou autre incapacité, Sa Sainteté g dispensera selon quelle verra être a faire, autrement sa souveraineté serait plus bridée qu'il ne faudrait.

III. — Que ci-après on n'élise pour évêques que des hommes nés de légitime mariage, ayant atteint l'âge de trente ans entiers. S'ils sont prêtres, qu'ils soient consacrés publiquement par l'archevêque avec deux évêques, ou en l'absence de l'achevêque, par trois évêques de la province, et ce dans six mois après la provision à eux octroyée par le Pape ; si d'aventure ils ne sont consacrés par le Pape même, ou de son autorité, en la cour de

LA P0L1GAM1E SACHEE AU XVIe SIECLE

Rome. Et quant à ceux qui seront déjà en possession de l'Evêché sans être prêtres, qu'avant six mois ils soient ordonnés et consacrés prêtres, en quelque dignité qu'ils soient élus, fussentils cardinaux.

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De n'être poi?it évéques, sinon qiïils soient nés en légitime mariage, cela ne se peut faire, car comment voudriez -vous assurer en V Eglise gallicane la pudicité d'une femme parmi tant d'évéques et èpiscopaux ? La certitude de la probité d'une femme ne se tira jamais au clair au milieu de trois ou quatre millions de personnes, qui font état et profession de Vexercice de la polygamie. Pour le regard des Prêtres et Evéques, voir de tous les bénêflciers gallicanes, je crois que je n'aurais pas beaucoup d'affaire s'il était besoin de prouver que les deux tiers et un sixième sont bâtards et fils de putains. Toutefois, j'estime que leur sacrée légitimation les dispense, nonobstant tout cela, de tenir cent millions d'écus de rêverais ; car qu'ils soient prêtres, consacrés ou non, c'est toujours tout un, moyennant qu'ils aient les uns cent, quatre-vingts, soixante et quarante mille écus de revenu. Il faut bien dire que celui qui a couché un tel article n'a pas lu le traité de la Polygamie sacrée, par lequel, si bien il y veut prendre garde, peut-être que lui-même se trouvera bâtard.

IV. — Que les archevêques et évêques n'abandonnent point les églises ou diocèses, mais comme bons pasteurs, s'y tiennent assiduellement, autant que faire se pourra, résidant principalement en leurs villes, ou pour le moins es lieux du diocèse, qu'ils estimeront plus convenables pour le bien de l'église. S'il leur advient d'être absents plus de trois mois, que l'archevêque rende raison de son fait au plus prochain évêque de sa province, l'évêque à un archevêque, ou, en son absence, à un autre

évêque le plus proche ; qui fera autrement, soit astreint aux peines ordonnées par le Concile de Trente.

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Si ce n'est pour aller visiter ses amis et se réjouir avec ceux qui exercent le train de la Polygamie, laquelle, d'autant quelle requiert résidence personnelle, il est bien raisonnable que l'évéque plante son bourdon aie lieu qu'il est appelé, et que s'il veut quelquefois aller en cour, pour reconnaître ses brisées, le Pape lui accordera toujours la licence accoutumée et épiscopale.

V. — Pareillement les évêques seront attentifs à prier Dieu, et soucieux de lire les écritures saintes, pour annoncer euxmêmes au peuple la parole de Dieu : ou si quelque chose les empêche de ce faire, qu'ils en donnent la charge à gens propres, aux sermons desquels ils assisteront, autant que faire se pourra. Que leur vie aussi soit tellement réglée, que (suivant le commandement de l'apôtre) ils soient irrépréhensibles, présidant comme il appartient sur leur maison et famille ; qu'ils montrent exemple de vie innocente à tout leur troupeau, et que chacun d'eux soit tellement éloigné d'orgueil et de toute dissolution, que leur attrempance (') et modération soit recommandée de toutes parts.

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Dire des prières et litanies selon leur bréviaire, et les heures à l'usage de Rome, lire les Ecritures selon les lunettes du Pape, et annoncer au peuple les commandements de Sa Sainteté; et encore les grands empêchements et affaires qu'ils ont pour le fait de la Polygamie; tout cela fait qu'ils

(') Atlrempance ou allèmprancè, tempérance, mesure.

commettent des gens pour prêcher la légende dorée. Leur vie est réglée, comme chacun sait, tellement que si la sodomie ne marche, Von fait trotter mademoiselle de la Polygamie. Il ferait beau voir qu'un prélat, qui a 60 et 80.000 écus de revenus, s'abaissât jusque-là, que de vivre ministralement : il peut bien s'éloigner d'orgueil, mais de piaffer et de paraître, cela appartient de droit à un prélat.

A I. — Que les évoques prennent garde que nul n'ait la charge de prêcher ou d'instruire la jeunesse en la doctrine, duquel on ait certains témoins, qu'elle est saine et conforme à la foi catholique. Qu'ils donnent ordre aussi qu'il ne soit permis à aucun (s'il n'a congé d'eux) de prêcher en public ni en privé, ni d'instruire la jeunesse. Tout pasteur qui ne remplira ces conditions, troublant par ce moyen l'Eglise de Dieu, soit réprimé comme turbulent et séditieux.

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C'est-à-dire que tous bons et loyaux pasteurs de la parole de Dieu, ne puissent monter en chaire, s'il est possible, pour l'annoncer, ni moins pour catéchiser, ni instruire la jeunesse : car partout où ses ministres montent en chaire, ils font de terribles brèches à la Polygame.

VII. — Que les évoques mêmes célèbrent le très saint sacrifice de Christ, du moins aux jours solennels, et administrent les sacrements, quand le lieu et le temps le requerront.

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Ils auront plutôt découpé ou célébré soixante sacrifices ou

messes, que d'exposer en chaire la quatrième partie du moindre verset pris de V Ecriture.

VIII. — D'autant qu'en divers endroits on a introduit une très méchante coutume ou plutôt une corruption en l'église, que quand un évoque, ou quelque autre élevé en dignité, ou que quelqu'un des chanoines chante messe, on lui fait faire un banquet, où les chanoines, et ceux qui ont à chanter cette messe, nous avons été d'avis d'ordonner qu'on ne fasse plus cela à l'avenir, ce que nous voulons aussi être entendu de ces banquets que les archidiacres et leurs officiaux se font faire aux Synodes par les évêques.

Sur quoi est fondée une telle parcimonie, je ne sais; si c'est par nécessité, elle est mal fondée, car la Polygamie est la meilleure table du monde et nul n'a de meilleur moyen de V entretenir. Celui qui s'est avisé d'une telle épargne, ne sait peut-être pas les avantages qu'a un chanoine d'ainsi festoyer son prélat, et pareillement les évêques de banqueter les archidiacres et leurs officiaux aux sijnodes. Quelque taquin ou chicaneur a composé cet article, qui n'entend pas bien le midi.

IV. — Qu'aussi les évêques imposent eux-mêmes les mains à ceux qui reçoivent les ordres, sans plus se servir à l'avenir de vicaire ni suffragants ; et quant aux suffragants survivants, qu'ils ne fassent l'office de l'évêque, sinon quand il sera grièvement malade, ou qu'il y aura un autre empêchement légitime. Ce que nous laissons tellement à la discrétion de l'évêque, que cependant nous l'admonestons d'avoir souvenance qu'il doit

rendre compte à Dieu, souverain juge. Aussi faudra-t-il prendre garde de ne recevoir au nombre des clercs ceux qu'on aperçoit aucunement n'avoir pas intention de servir à l'église.

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Les évéques et suffragants ri auront pas beaucoup de peine à discerner et trier les clercs qu'ils voudront recevoir, car ils les trouveront plus que dévotionnés, pourvu qu'on leur donne de quoi dîner et le moyen d' entretenir leur Polygamie.

X. — Et afin qu'on se puisse plus commodément passer de suffragants, que l'évoque obtienne congé du Pape de pouvoir permettre, par autorité apostolique, aux abbés et autres, pourvus de grandes dignités ecclésiastiques, de consacrer les églises, les cimetières, les vaisseaux et vêtements sacrés.

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Toute la crainte que j'ai, c'est la peine que les abbés auront en ceci, car ils souffrent déjà tant de charges et peines, pour notre mère Sainte Eglise, qu'ils mériteraient bien d'être un peu soulagés.

XI. — Qu'on confère les saints ordres de telle sorte, qu'il n'y ait apparence ni soupçon quelconque, d'avarice ni gain, ou tel autre mal, et qu'on n'exige rien de ceux qui reçoivent les ordres, non pas même pour les lettres dimissoires ('). Toutefois, les greffiers prendront pour leur peine, papier et cire de chaque lettre, cinq sols tournois seulement.

(') Lettres signées par un évêque et scellées de son sceau, par lesquelles il renvoie un de ses diocésains à un autre prélat pour en recevoir les ordres (terme de droit canon).

BIBLE MORALISÉE XlVe et XVe siècles Ms. fr. n» 166

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LA POLYGAMIE SACRÉE AU XVIe SIÈCLE ig3

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Qu'on exempte les êvêques des décimes, ils quitteront ou feront quitter, à leurs greffiers et à eux, les émoluments des saints ordres, sinon ils paieront par manière de provision.

XII. — D'autant que ceux, à qui le Pape a donné privilège d'exercer les charges épiscopales, octroient à tous propos les lettres dimissoircs, ce qui fait souventes fois que des gens ignorants et non exercés sont avancés aux saints ordres, nous voulons qu'il leur soit défendu de ce faire ci-après ; mais que cela soit à l'évêque, qui obtiendra le pouvoir du pape même ; et quand le siège épiscopal vaquera, que le chapitre n'octroie point lettres dimissoircs, sinon à ceux qui, pour cause nécessaire du bénéfice dont ils sont pourvus, doivent être promus dans certain temps.

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Si vous cuidez bailler lettres dimissoires à d'autres qu'à des ignorants ou des bêtes, voilà votre marmite à bas. Ne voyez-vous pas que, si peu de clarté qu'un homme puisse avoir, il connaît V impiété et abus de la messe ; mais si vous dites là-dessus qu'il y a des jésuites et quelques autres savants, cela est vrai. Mais ils sont, comme l'on dit, mercenaires à gages, ou piliers fondamentaux de la Polygamie, encore qu'ils sachent très bien que tout n'en vaille rien.

XIII. — Quand le siège vaquera, s'il advient qu'on obtienne du chapitre lettres dimissoires, et que ceux qu'on a reçus aux ordres ne soient trouves capables, ou n'aient moyen de vivre, ceux qui auront octroyé lesdites lettres soient sujets à même loi que les évêques.

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Si voies ne changez cet article, ou bien que le fassiez pratiquer, la Polygamie périra et ne tardera pas beaucoup : car elle a cela de propre, qu'elle donne moyen de vivre, voire bien et opulemment ; et encore meilleur moyen depolygamier. Voilà pourquoi elle a tant de rufisques et maquereaux ce qu'elle n aurait pas, si on ne voulait recevoir à son service que ceux qui auraient de quoi vivre.

XIV. — Que par chaque an, les évèques en personne visitent leurs diocèses ; et si quelque diocèse était de si longue étendue que la visite ne se pût faire en une année, il suffira d'en faire une partie, et d'achever le tout dans deux ou trois ans. Qu'en cette visite ils gouvernent tellement qu'ils corrigent ce qu'il faudra corriger, contiennent le clergé en son devoir, et admonestent aussi le peuple de son salut.

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Il y a telle chevauchée épiscopale, faite il n'y a pas deux ans, oie six curés ou leurs vicaires ont produit trente-neuf femmes et filles à leur évéque et à son vicaire ; pensez que ceux de sa suite en avaient leur part. La preuve de ceci est particularisée au douzième chapitre du troisième livre de la Polygamie sacrée. Aussi telles visites se font de gaieté de cœur ; car il y a du plaisir et profil très grand à les faire. Il est sorti grand fruit de telles visitations : car l'auteur du traité de la Polygamie confesse que, par le moyen d'icelles, il a tiré l'état au vrai de toutes les putains, des bâtards et maquereaux de l'Eglise gallicane.

XV. — Qu'à tout le moins une fois l'an, les évêques assemblent le Synode, et se gardent de renvoyer incontinent ceux qui y viendront, comme s'il n'y était question que de choses légères, et de peu d'importance ; mais suivant l'ancienne coutume de l'Eglise, qu'ils examinent la loi, la doctrine et les mœurs de chacun ; qu'ils réforment diligemment ce qu'ils verront avoir besoin de réformation, et avertissent chacun de son devoir. Les archevêques aussi assignent le synode provincial de trois ans en trois ans, au second Dimanche d'après la Pentecôte, ou à tel •autre jour qu'il leur semblera le plus convenable.

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La foi et doctrine des papistes est telle qu'eux-mêmes s'en moquent ; mais la marmite et la Polygamie l'affermissent si fort, qu'il faut bien être muni de V esprit de Dieu, si 071 ne se laisse glisser parmi la douceur de ces voluptés et richesses, desquelles sont enrichis ceux qui la suivent. De leur synode, autant en emporte le vent.

XVI. — Que les évêques, qui doivent être charitables par dessus tous, aient soin spécial des pauvres, avisant que les biens des hôpitaux, maladeries et hôtels-Dieu, soient employés aux usages auxquels ils sont destinés, qu'ils fassent rendre compte chaque an, aux administrateurs de ces biens, sans exception de personne, qu'en cet endroit les administrateurs se conduisent de telle façon qu'on n'aperçoive en eux tache quelconque d'avarice ou de mauvaise conscience ; autrement que l'évèque les démette de celte charge.

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Il faut faire rendre compte aux Evêques et à ceux du Clergé les beaux premiers ; et si je ne montre que chaque an ils dérobent aux pauvres plus de 25 millions d'or, je veux

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perdre la vie. Car par l'état au vrai qui est dressé au trentième chapitre du septième livre de la Polygamie, se verra que depuis 60 et tant d'années, il n'a passé saison, qu'en argent, blé, vin et autres denrées, V Eglise gallicane n'ait dérobé aux pauvres plus de 25 ou 30 millions d'or, sacrilège Vun des plus grands qu'on saurait penser. De s'excuser sur ce que le Roy a levé des décimes, l'excuse ne vaut rien ; car Sa Majesté n'a rien décimé ou équipolè (') sur la part et portion de ce qui peut appartenir aux pauvres, mais sur la leur, sur laquelle encore on fera voir qu'ils ont fraudé et dérobé à Sa Majesté, depuis le commencement de la levée de ces décimes, plus de 200 millions d'écus. Et pour le regard des hôpitaux et maladeries, on les fera bien compter après. Il ne faut donc pas s'ébahir si mademoiselle de la Polygamie piaffe, bondit, paillarde, bougeronne, corrompt, pollue et gâte, par ces incestes et paillardises, toutes les familles de ce royaume, vu que de deniers clairs et liquides, elle dérobe chaque an aux pauvres la somme que je viens de dire. Qu'ils tiennent donc et fassent tant de synodes qu'ils voudront, qu'ils célèbrent tant de messes ou sacrifices qu'il leur plaira, on voit bien que tout cela ne sont que piperies, qu'ils vident seulement leurs mains de ce qu'injustement ils retirent aux pauvres, et après nous parlerons à eux.

XVII. — Qu'on fasse tel honneur aux évoques qui sont élevés en suprême dignité, qu'au chœur et au chapitre, ils soient les premiers et plus haut assis, selon qu'ils auront choisi leur place. Que tous les chanoines et autres qui ont quelque dignité, et tiennent rang, et tous ceux qui en général ou en particulier servent en quelque sorte que ce soit en l'église, ou dépendent d'icelle, soient tenus de leur obéir et sachent qu'il est besoin qu'iceux les visitent et les admonestent de leur devoir. Quant aux différends de ceux qui mettent en avant le droit

(i) Eyuipoter, faire quoique chose d'équivalent.

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d'exemption, s'il y a 3o chanoines, les évoques en choisiront pour conseil six des plus anciens, ou quatre pour le moins, si le nombre est plus petit, afin de connaître et juger avec lui de cela. Et tout autre que la juridiction et administration des biens soit laissée en son entier au chapitre, si l'évêque est absent. La censure des chanoines seulement de cette église cathédrale, soit faite par ceux qui de droit, par coutume ou statut, ont autorité de la faire; tellement toutefois que l'évêque étant de retour puisse parachever ce qui sera commencé.

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Il est ici question d'une police, pour faire manger le paiti paisiblement à des larrons, contempteurs et ennemis de la vérité du Fils de Dieu, sur laquelle police je ne veux m arrêter.

XVIII. — D'autant qu'aujourd'hui les consciences de plusieurs sont en fort grande perplexité, à cause des crimes par eux commis, la connaissance desquels est réservée aux évèaues, tellement qu'ils ne recourent point au remède tutélaire de confession, ne trouvant confesseur qui les puisse absoudre, ou par crainte de blesser leur renommée, aimant mieux périr que de découvrir leurs fautes à celui à qui la connaissance en appartient ; étant aussi détournés de ce faire quelquefois à cause des dépens, quand il faut aller loin pour obtenir absolution ; il faut avertir les évêques que, ayant égard à la honte et dépense de ces gens, ils donnent charge aux curés ou à leurs vicaires, qui seront trouvés capables, de pouvoir absoudre tous contrits et dûment confès de tous péchés secrets, excepté le meurtre, l'hérésie et l'excommunication. Pour ces mômes causes, ii faut supplier le Pape d'aviser sur les irrégularités et cas réservés, permettre et donner puissance aux évêques, de pouvoir absoudre de cela.

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Cette absohition privilégie grandement la Polygamie sacrée : car toutes leurs 'paillardises, incestes, sodomies et autres tels et détestables vices, qui régnent au milieu deux, sont mis par ce moyen en la fosse d'oubli. Aussi est-il bien à présumer qu'une telle absolution vise là, en considération que puisque par le célibat, il leur est interdit de se marier, il faut bien les soulager aux dépens de la majesté du commandement de Dieu, de si horribles et abominables crimes; mais d'autant qu une confession ne vaut rien sans satisfaction, quelle récompense ou réparation d'honneur feront-ils au gentilhomme ou roturier duquel ils auront pollué la femme, fille ou chambrière ? L'article ne fait mention de satisfaction ou réparation aucune, aussi m'en tairai-je pour cette heure, vu qu'aussi bien perdrais- je mes peines.

XIX. — L'imprimerie est un art qui apporte beaucoup de commodités à la Chrétienté, pourvu qu'on imprime des livres utiles ; mais au contraire c'est une invention pernicieuse, si on publie par tels moyens des livres vicieux et pestilents, tels que de notre temps on en a mis grand nombre en lumière, sans exprimer le nom de l'imprimeur. Afin que cela ne se fasse plus, nous désirons qu'il soit défendu par édit du Roy, que les imprimeurs ou libraires aient à imprimer ou vendre publiquement ni secrètement aucun livre, qui n'ait été lu ou approuvé de celui ou ceux auxquels, par le commun avis des plus anciens chanoines, l'évèque, au diocèse duquel habitera le libraire ou imprimeur, aura donné charge de vérifier le livre, lequel contiendra le nom et surnom de l'auteur. Le même sera fait de tous placards, peintures ou portraitures. Et quant aux imprimeurs et libraires, revendeurs ou colporteurs, qui courent çà et là, semant ces livres, que la justice les réprime.

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L'imprimerie vraiment est un moyen duquel il a plu à Dieu se servir pour découvrir non seulement Vimpiètê et train abominable de la Polygamie; mais il veut aussi, par la clarté de son esprit, illuminer V entendement et le cœur de tous hommes, pour les diriger en la droite voie de la justice. Ça bien été la cible où le Pape a le plus visé par la censure et faculté de ces vénérables théologiens, pour priver la Chrétienté de tous les bons livres, qu'ils ont senti propres pour l'édification de l'Eglise du fis de Dieu; mais c'a été autant de peine perdue par eux, d'autant que aujourd'hui les plus simples hommes connaissent très bien quelle différence il y a entre tels livres et leurs bréviaires, entre leurs missels et le Vieil et Nouveau Testament. Ils fie parlent plus de brûler les imprimeurs, libraires, revendeurs et colporteurs, sachant très bien que, grâces à Dieu, il y a aujourd'hui en chrétienté cinq cents imprimeurs qui, ribonribaine (l)du Pape et de toute la Papauté, imprimeront tous les livres canoniques, ensemble ceux que lesbotis et saints serviteurs de Dieu nous ont laissés. Imprimeront pareillement la Polygamie sacrée, afin que les Rois, princes et seigneurs puissent connaître de combien ils ont été abusés en icelle, et les vilains et sales bouquets que ces monstres ont mis sur le chaperonde leurs femmes et files, en tant qu'ils les ont faits coup aux et cornards; et eussent toujours continué, si l'imprimerie n'eût fait la première découverte des perles et pierres précieuses cachées clans le cabinet du Roy.

XX. — D'autant que la censure d'excommunication, pesante et redoutable aux fidèles chrétiens (car quel plus grand mal

(J) Terme populaire, -vieux et burlesque, qui signifiait : à quelque prix que ce soit, nonobstant toute résistance' et empêchement (Ph. Leboux, Dictionnaire comique).

saurait-il advenir à un chrétien que d'être sépare de la compagnie des fidèles, privé de la société de l'Eglise et de la communion du précieux corps du Christ h tant plus doit-on cire soigneux de ne prononcer sentence d'excommunication à la volée, pour des causes si légères, afin que cela ne fasse mépriser, évanouir ou anéantir la discipline ecclésiastique, ce qui adviendra avec le temps, comme nous estimons, si l'on n'observe ce qui s'ensuit. Premièrement, quand il sera question d'une matière et cause civile, il ne faut point que les censures ecclésiastiques soient mêlées parmi l'ordre de procéder, pas même quand quelques interlocutoires interviendront ; et il ne faut recourir à ces censures que quand il n'y a plus d'autre remède,. Si le défendeur ajourné ne veut contester, ni comparaître, qu'il soit mis en défaut, et le juge le tienne comme ayant contesté. S'il refuse de répondre à ce que la partie adverse mettra en avant, qu'il soit réputé avoir approuvé et confessé le tout, en telle sorte toutefois qu'on ne passe outre que sur le second défaut, et apre^ qu'il aura été légitimement appelé sur le premier. Quant aux injures et outrages de paroles en forme de méfaits, encore ne faut-il sur icelles décerner des monitions générales, et ne voulons qu'à l'avenir on obtienne telles monitions, aux fins de révélation, comme on dit, si ce n'est pour fautes et causes d'importance, dont l'évêque connaîtra premièrement, et examinera îe tout soigneusement. Bref, qu'en la suite des procès, il n'y ait censure ecclésiastique ; mais quant à l'exécution de la chose jugée, nous entendons que l'excommunication ait lieu, pourvu qu'en présence des gens dignes de foi, et qui en puissent rendre suffisant témoignage, s'il est besoin, il ait été fait une suffisante monition. Lors le juge prononcera sentence d'excommunication. Voilà quant aux causes civiles.

Quant aux criminelles, nous estimons qu'on pourra bien prononcer sentence d'excommunication contre ceux qui, ayant été plusieurs fois admonestés par l'Eglise, sans montrer signe de pénitence, sont coupables de quelques grands forfaits, comme d'hérésie, d'adultère, larcin, empoisonnement, sorcellerie. usure, et d'autres semblables, qui pour la plupart sont condamnés à punition corporelle par les lois civiles, et damnent les

âmes éternellement. Car c'est bien raison, que ceux qui ne veulent recevoir correction, soient diffames devant tous, et retranchés du corps comme membres pourris. La désobéissance doit ainsi être traitée, vu que rébellion est comme les péchés des devins, et que vouloir suivre conseil est autant qu'être idolâtre. Celui qui contre ce que dessus prononcera sentence d'excommunication contre quelque personne que ce soit, et étant admonesté, ne reconnaîtra point son erreur, soit contraint de pa^er à l'excommunié tous les dépens, dommages et intérêts. Or, d'autant qu'il y en a aujourd'hui plusieurs tant éloignés de la crainte de Dieu et de la vraie piété, qu'ils ne craignent pas beaucoup d'être excommuniés, le Roy sera prié de faire emprisonner tous ceux qui, par malice et obstination, seront demeurés excommuniés l'espace d'un an entier ; et qu'ils ne sortent de là, que premièrement ils ne soient absous, afin que, comme malgré eux, ils soient contraints de venir à repentance, et se réconcilier à l'Eglise.

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Messieurs les Polygames, vous n'approcherez jamais du vrai sentier, pour parvenir à une droite sainteté et légitime discipline ecclésiastique, qu'au préalable voire Polygamie ne soit ce?isurée, supprimée et tellement éteinte, qu'il n'en soit jamais de nouvelles. Et alors vous verrez comme il faut censurer et discipliner ceux qui s'oublient es points desquels vous touchez, car vous n'y entendez non plus qu'au haut allemand. Il est vrai que vous dites merveilles ; mais la pratique ne se puisera jamais en ce que vous venez de dire.

XXI. — Une sentence de censure ecclésiastique, de suspension ou prohibition donnée par un homme ou généralement par une loi ou canon, ne pourra contraindre (selon ce qu'aussi le concile de Bàle en a déterminé) une personne quelconque de s'abstenir de communier aux Sacrements) assister au service divin,

fréquenter et trafiquer avec celui qui aura été ainsi censuré, nommément ou expressément, contre certaine personne, collège, université, église et lieu : ou si, d'aventure, il n'appert si évidemment que celui-là est tombé en sentence d'excommunication que nul n'en puisse prétendre cause d'ignorance, ou excuser le fait en sorte quelconque. Ce que nous ordonnons non pas pour favoriser aux excommuniés, ou amoindrir leur condition ; mais pour ôter de l'entendement des simples gens le scrupule qui les tourmente.

Quand ils sauront ce que c'est de la vraie discipline ecclésiastique, ils sauront jusques où doit s étendre un tel article.

XXI'I. — Qu'à l'avenir les dignités et charges ecclésiastiques ne soient conférées qu'à gens capables et chanoines de même capacité, âgés de a5 ans, recommandés par leur érudition et bonne vie. Et il faudra qu'ils résident et fassent leur charge en présence et selon que la dignité et l'office, ensemble l'institution, le statut, droit et coutume des églises le requiert, que ces dignités et charges soient telles, que ceux qui y seront appelés, aient de quoi les exercer, servant à l'église, et avançant le bien d'icelle avec les autres. Et combien qu'ils ne soient que désignés chanoines, ils pourront entrer en chapitre et s'asseoir en leurs places, sans qu'ils aient cependant plus de distribution en chapitre, qu'à leurs dignités n'appartient. Cependant le Pape sera supplié que ci-après nul ne soit ainsi désigné chanoine.

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Leur érudition et bonne vie, c'est d'être intesliculès afin de faire valoir la Polygamie, selon que la dignité et l'office,

LA POLYGAMIE SACREE AU XVr SIECLE 20.}

ensemble l'institution, le statut, droit et coutume des églises le requiert, de manière que s'il y a en la ville quelque belle et honorable femme, ou fille, — qu'elle soit si bien sollicitée ■par le chanoine ou ses maquerelles, qu'on la mette au pli de la Polygamie.

XXIII. — Que les archidiacres à qui appartient de faire les visites, les fassent en personne, et non par leurs vicaires, s'il n'y a légitime empêchement, dont l'évêque connaîtrait. Qu'ils ne fassent pas cette visite en courant et à la légère, mais avec soin et prudence. Qu'en faisant ces visites, ils aient le revenu des bénéfices, comme s'ils étaient présents en Pégase ; qu'ils n'outrepassent point leurs limites, et rendent compte de leur visite aux évêques, à qui la connaissance en appartient ; qu'ils ne prennent connaissance des causes difficiles et d'importance, et se gardent d'user de censures ecclésiastiques, s'ils ne sont autorisés de l'évêque, lequel pourra aussi les réprimer, s'il connaît qu'ils aient fait chose quelconque pour gain déshonnête, ou aient offensé en quelque autre sorte que ce soit.

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Pour bien savoir l'entier de ces visites, voyez un peu sur la fin du quatrième livre du traité de la Polygamie, et vous découvrirez merveilles en matière de Polygamie et gains illicites et dèshonnètes que ces archidiacres pratiquent sur tous ces pauvres vicaires de villages, qui, pour en échapper, prostituent non seulement leurs garces, mais sont contraints d'être maquereaux, pour satisfaire à la lubricité de ces vénérables. Bien est-il sorti un très grand fruit de telles visitations, non seulement pour le dénombrement de leurs paillardes comme a été dit ; mais aussi pour savoir l'état au vrai de tous les revenus d'iceux.

Des chanoines.

XXIV. — Qu'es églises cathédrales les chanoines ne soient créés avant qu'avoir l'âge de 18 ans, de bonne vie et passablement doctes ; tellement qu'on puisse espérer qu'ils donneront un jour conseil à l'évêque. Es églises collégiales, qu'ils soient d'âge compétent.

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II leur suffit d'être passablement doctes et de savoir lire, et de parler trois ou quatre mots de latin de leur bréviaire. Leur bonne vie gît de bien faire la cour aux dames, et paillarder en toutes sortes, sinon qu'ils veuillent se servir de la Sodomie.

XXV. — Que deux chanoines que les évèques peuvent avoir à leur suite pour conseillers, perçoivent les revenus et fruits entiers, tant gros que menus, de leurs prébendes, et les distributions ordinaires, sans s'arrêter en cet endroit aux constitutions des Papes, statuts et coutumes, au contraire.

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Que les distributions soient telles que leurs putains, maquer elles et maquereaux, soient canonicalement nourris et entretenus, et mieux, s'il est possible, attendu qu'ils sont conseillers de l'évêque.

XXVI. — Que les chanoines s'emploient notamment à lire les Ecritures saintes. Et d'autant que pour le grand bien de l'Eglise,

LA POLYGAMIE SACRÉE AU XVI0 SIÈCLE 20.r)

il est requis qu'il y ait des hommes doctes, lesquels y reluisent comme la splendeur du firmament, et qui puissent enseigner plusieurs à justice ; nous estimons être raisonnable que les nouveaux chanoines, jeunes d'âge et peu savants, aillent étudier quelques années aux bonnes lettres, spécialement en théologie, en quelque université, qui ne sente point mal de la foi ; et que le chapitre ait égard aux revenus de la prébende, leur assigne et ordonne pension pour entretenir leurs études. Cependant il faudra que pour chaque an ces ebanoines étudiants envoient à leur chapitre un vrai et fidèle témoignage de leurs maîtres et docteurs, qu'ils aient à bon escient étudié et bien employé le temps. Après qu'ils auront suffisamment demeuré aux études et profité, ils seront rappelés du chapitre, pour venir servir à l'église et seront tenus d'obéir, autrement seront privés de leur pension et de tous les autres fruits de leur prébende et chanoinerie. Que les autres ebanoines, sans excepter ceux qui sont en dignité, avec tous les prêtres des villes où il n'y a point d'université, soient soigneusement admonestés par l'évèque et par les recteurs des églises, d'aller ouïr les leçons des docteurs en théologie. Et là où il y a université, qu'ils ouissent souvent les professeurs des saintes lettres, autrement qu'ils soient censurés par les évêques et par les plus anciens du chapitre, selon que leur nonebalance et mépris le requerra.

Il convient au préalable d'octroyer un terme compétent aux jiauvres prêtres pour apprendre à parler latin, autrement ils n'entendraient rien en telles leçons. Je puis dire que de mille il n'y en a pas un qui sache entendre ni parler la langue latine, voire encore que ce fût quelque latin de cuisine. Il n'y a pas un papiste qui n'en puisse bien rendre témoignage.

206 E..V POLYGAMIE SACRÉE AU XXl" SIÈCLE

XXVII. — Qu'es églises cathédrales où il y a plus de trente chanoines, on assigne deux prébendes à deux docteurs en théologie, l'un desquels interprétera publiquement les Saintes Ecritures, trois fois pour le moins par chaque semaine, excepté es lieux où il y a une prébende assignée pour cet effet à un théologien ; l'autre prêchera tous les dimanches et jours de fêtes, quand l'évêque le commandera, réservé les jours qu'il tiendra compagnie à l'évêque ou à son commis à la visite. Et en ce temps ensemble les autres jours qu'il prêchera hors la ville par le commandement de l'évêque, il sera estimé présent en l'église. Et quant aux églises où il y a moins de trente chanoines, qu'on assigne une prébende à un docteur en théologie, qui lira et prêchera tour à tour. Que l'évêque choisisse gens propres à cette charge et prébende, sans s'arrêter aux mandements apostoliques, ni aux nominations scholastiques ; et que les théologiens ne puissent résigner leur prébende à aucun, s'il n'est approuvé de l'Eglise même. Qu'es églises de chanoines réguliers, il y ait aussi un théologien de leur compagnie, si faire se peut, à moins que ce soit un docteur régulier ou séculier, qui ait la charge de lire et de prêcher, moyennant un honnête gage; jusqu'à tant que quelqu'un d'entre eux soit propre à telle charge. Qu'es notables églises collégiales, soit aussi assignée une prébende à un théologien, qui lira et prêchera aux mêmes conditions que dessus. Et afin de pourvoir tant plutôt aux théologiens, desquels on a nécessairement affaire aujourd'hui, nous avons été d'avis que le premier bénéfice vacant soit conféré aux théologiens, soit que la collation en appartienne à l'évêque ou au chapitre, en commun ou séparément ; que le Pape soit supplié de trouver bon que l'on supprime une prébende es églises cathédrales où il y aura vingt prébendes et davantage, afin que les fruits provenant de cette prébende soient à l'avenir assignés à un maître d'école ou à plusieurs, selon qu'il sera trouvé expédient par l'évêque, et par le chapitre, ayant égard aux lieux et aux personnes. L'institution de ces maîtres d'école soit à celui à qui la collation de la prébende appartient. Si l'élection appartient à tout le chapitre, il se présentera, et l'évêque l'installera en sa charge. Si ceux qui auront ainsi pris la charge d'enseigner la jeunesse ne s'acquittent

de leur charge droitement et soigneusement, qu'ils soient déposés par l'avis de l'évêque et du chapitre, et d'autres suhstitués en leur place.

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De vrai si Von n'accélère ces prêcheurs théologiens, la Polygamie va prendre le plus terrible et étrange Soubresaut qu'il est possible ; mais je ne sais quels prêches ils pourront faire pour la soutenir. Car de vouloir soutenir les points fondamentaux de la messe, les petits enfants en savent trop aujourd"1 hui pour les réfuter, et se moquent de tous les badinages d'icelle, ce qui me fait dire que si tous les chanoines d'un même accord et consentement, et à un même jour, se font couper les génitoires, soyez sûrs qu'il y a plusieurs bons et simples papistes qui ne détraqueront pas si aisément de la papauté, comme on pense. Pour le moins cela les abusera encore un peu de temps, et cependant on fera toujours bouillir la marmite. Je ne sache point de théologie plus propre ni convenable en ce misérable temps que celui-là ; et si les chanoines et tous autres ne viennent à se châtrer, je prévois bientôt non seulement l'extinction de la Polygamie, mais la privation de leur grand et admirable revenu. Du temps du colloque de Poissy ils instituèrent bien quelques prêcheurs séditieux, mais ils en furent bientôt las.

XXVIII. — Que dorénavant, sitôt que les chanoines des églises cathédrales et collégiales seront reçus, ils puissent recevoir tous les fruits de leurs prébendes, tant gros qu'autres, pourvu qu'ils résident et fassent leur charge en personne : sinon que par spéciale et légitime fondation de certains lieux, les susdits gros fruits soient dus expressément pour certain temps à d'autres églises, pour la fabrique ou pour certains autres usages de dévotion.

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Ces considératioyis, selon In circonstance des temps, personnes et autres choses, font trouver cet article raisonnable, sauf toutefois erreur de calcul.

XXIX. — Tous ceux qui ont quelque dignité es églises cathédrales et collégiales, et tous les chanoines aussi, après avoir atteint l'âge de vingt ans entiers, soient avancés aux saints ordres de prêtrise, sinon que par statut ou fondation des églises, leurs prébendes soient désignées pour les diacres ou sous-diacres. Qu'es églises cathédrales il y ait sept diacres, si l'église en peut porter autant ; sinon, qu'il y en ait tel nombre que l'évêque et le chapitre aviseront être bon. Quant aux diacres et sous-diacres, il faut que les dimanches et jours des fêtes solennelles, ils reçoivent l'hostie, encore qu'ils soient prêtres, afin qu'en communiant si souvent ils incitent le peuple à les ensuivre. Qu'es Eglises collégiales, où il y a assez grand nombre de prêtres, on fasse de même que là où sont les diacres et sous-diacres. Item es monastères où les moines, en plus grand nombre que faire se pourra, communieront avec les diacres et sous-diacres.

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Je ^e puis penser la raison pourquoi il prescrit si grand nombre de diacres et sous-diacres, vu qu'un seul diacre ne sera encore guère empêché à distribuer les aumônes qu'ils ont accoutumé de faire. Si c'est pour mieux dérober le bien des pauvres, c'est très bien; car pour dérober 25 ou 30 millions d'or, il y faut plus que d'un diacre. Quant à cette nouvelle communion qu ils introduisent chaque dimanche, je ne vois pas qu'ils se constituent en grands frais pour cela : c'est à faire à un setier de blé chaque an, pour toute l'église

LA POLYGAMIE SACREE AU XVI0 SIÈCLE 20g

gallicane, duquel vous ferez 30 millions d'hosties ou dieux si vous voulez.

XXX. — Que les chanoines se comportent en telle sorte que leur vie convienne à leur nom, lequel signifie régulier ; leur modestie et modération soit telle qu'ils fuient toute dissolution et ne fassent rien qui offense le peuple ; que d'esprit et de pensées ils servent Dieu en psaumes et cantiques ; que les évêques aient l'œil sur toutes ces choses, afin qu'ellent se fassent comme il faut selon la règle des Saints Pères, et spécialement du concile de Bâle, où entre autres décrets est ordonné qu'à certaines heures, les chanoines assistent au service et chantent. S'ils ne le font, que l'évêque, à qui appartient de pourvoir que Dieu soit bien servi en l'Eglise, les censure. Que ces chanoines, spécialement les plus jeunes, chantent messe aux jours ordonnés l'un après l'autre, chacun à son tour, s'il ne survient empêchement légitime, dont le chapitre jugera. Si ainsi, ils donneront charge à un de leurs compagnons de suppléer à leur défaut.

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Quelle régularité, quelle modestie, d'avoir toujours cinq et six femmes et filles a paillarder et adultérer? Depuis soixante ans, il y a plus de 30 millions de chanoines en l'Eglise gallicane, desquels on ne saurait dire qu'il y en ait eu cent purs et nets de paillardise ou de sodomie. Je ne parle point de leur impiété; car être chanoine, c'est être en tout confit en idolâtrie et superstitio?i. Voila leur belle régularité, et de polluer, et faire coupaux de braves et honorables personnages, pour être abusés de leur canonicale prêtrise et réputation.

2IO LA POLYGAMIE SACRÉE AU XVIe SIÈCLE

XXXI. — Que les chanoines à qui l'élection des prébendes et la provision des églises paroissiales et autres écherra, ensemble tous autres collateurs de bénéfices de l'Eglise, avisent se comporter tellement en ces collations, qu'ils ne regardent à leur particulier, ni en confèrent à leurs valets, ce qu'ils ont en leur puissance, sous prétexte que par le moyen de ces custodi nos ('), ils jouiront tout le temps de leur vie, des revenus du bénéfice qu'ils auront baillé ; que les collateurs avisent aussi, suivant la sentence du canon, de conférer les bénéfices entièrement, sans aucune diminution des fruits, et sans pouvoir faire péchés touchant cela.

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A qui voulez-vous qu'ils puissent mieux les conférer qu'à leurs valets? ne faut-il pas bien les récompenser de tant de maquerelages qu'ils font ? Toutes peines valent salaire.

XXXII. — Que les chapitres des églises cathédrales et collégiales soient admonestés par leurs évèques de faire visiter par gens de bien, et qui par long usage sont bien versés aux affaires de l'église, les livres de leurs statuts, afin de corriger soigneusement et de bonne heure ce qu'ils y trouveront appartenir au gain et profit de quelques particuliers, et susceptible de susciter noises entre les frères, plutôt que pour confirmer paix et amitié entre eux. Cela fait qu'ils rapportent tellement leur correction à l'évêque, que pour l'avis et autorité d'icelui, elle soit confirmée. Et si le chapitre a été nonchalant en cet endroit, ou semble mépriser l'exhortation de son prélat, en délayant ou différant, lors l'évêque pourra de son autorité, par le conseil de quelques anciens chanoines, prendre ce livre des statuts, et en ôter, changer, ajouter et retrancher ce que bon lui semblera.

(*) Laïques tenant des bénéfices en qualité de simples dépositaires.

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Pourvu qu'ils n'altèrent aucune chose des licences, privilèges, immunités, franchises et libertés acquises de si longtemps, en la cabale de la Polygamie sacrée par ceux du clergé, qu'ils changent au reste tout ce qu'il leur plaira.

Des Curés.

XXXIII. — Que les évêques n'établissent personne pour être curé qu'il n'ait atteint l'âge de 25 ans, ayant bon témoignage de la foi et vie, selon le temps et le lieu.

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Sans préjudice toutefois de ceux qui sont déjà pourvus desdites cures, du nombre desquels s'en trouvent plus de 25 ou 30 mille, les plus savants desquels commencent à apprendre à lire, et les autres à chanter messe. Il y a aussi des cuisiniers, muletiers, palefreniers, laquais, et autres en grand nombre, qui ont deux et trois cures, et dispense d'en tenir autant. El encore qu'ils ne sachent lire ni écrire, ils ont des vicaires si capables qu'au besoin ils diraient bien une messe des trépassés sans livre.

XXXIV. — Ceux que les patrons présentent, et qui sont nommés ou élus, ne soient réputés bien établis, reçus et confirmés en présence de quelques-uns des plus anciens du cbapilre avant qu'ils n'aient fait preuve de leur suffisance. Si pour leur ignorance ils sont rebutés, les patrons en pourront présenter un

autre, pour une fois seulement, et si celui-ci est rejeté par l'évêque, et qu'à cette cause il implore l'aide d'un prélat supérieur, rien ne lui pourra être accordé, que la cause de ce rejet ne soit bien connue et légitimement vidée.

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L'évêque ou son vicaire général auront égard à la corpulence de celui qui sera présenté; afin que s'il est capable d'être bien reçu à V endroit des dames, ou de servir d'étalon en la polygamie, il soit traité comme il appartiendra, le favorisant au reste peu* tous les meilleurs moyens, desquels se pourront aviser.

XXXV. — La présentation et collation des Eglises paroissiales soit à ceux à qui de droit, par privilège, statut ou coutume, elle appartient, en telle sorte toutefois qu'à l'avenir personne ne les confirme de plein droit ; ainsi que l'institution perpétuelle en appartienne à l'évêque, en réservant cependant la présentation à ceux qui confesseraient absolument. Toutefois, cela ne s'étendra point aux prieurés, ni aux bénéfices réguliers que les abbés et prieurs ont coutume de conférer. Et afin qu'Ss ne soient baillés à gens ignares, inconnus et insuffisants, le Pape sera supplié de se déporter entièrement des collations de ces églises, jusqu'à six mois à compter du jour que le bénéfice vaquera. Tous ceux qui, par droit de réconciliation ou mandement apostolique, ou par autre moyen que par l'autorité de l'ordinaire, auront obtenu une église paroissiale, ne pourront entrer en possession d'iccile, que d'abord ils n'aient été examinés par les évoques, en présence de quelques-uns des plus anciens du Chapitre ; et s'ils se sont trouvés capables, il leur sera loisible de quitter leur droit pour une fois à qui bon leur semblera, pourvu que cela se fasse dans un mois après et que ceux à qui ils

LA. POLYGAMIE SACRÉE AU XXI° SIÈCLE 2l3

auront résigné soient approuvés par les mêmes moyens que dessus.

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De manière quil y aura assez de loisir de trouver sa raison de son bénéfice. En moins d'un mois, je penserai? vendre pour douze cent mille écus de bénéfices si tant fen avais. Au moyen de quoi s'ils ont envie d'en faire argent, ils n'auront qu'à se retirer à Lyon ; là trouveront-ils des maquignons de bénéfices tant qu'ils voudront, et d'ailleurs des banquiers en cour de Rome, qui leur diront bien l 'adresse qu 'il faut sur ce tenir pour en faire deniers. Que s'il s'y trouve quelque difficulté, il n'y a chicanerie de Inquelle on ne puisse bien en telle affaire se développer.

XXXVI. — Il serait bien requis qu'on donnât ordre de pratiquer le secret du Concile de Ghalcédone (*) où il est défendu qu'un clerc soit enrôlé en deux églises, et que quiconque est ordonné, soit assigné à certaine église. Si cela doit être observé es simples prêtres, il le doit encore plus être en celui qui est commis sur une paroisse, pour avoir soin des âmes. Mais d'autant que plusieurs par importunité obtiennent souventes fois du Pape absolution de ce décret, et permission de tenir plusieurs cures, où il y a charge d'âmes, cela soit tellement modéré, qu'on ait tel égard, qu'il appartient à notre saint Père le Pape, et qu'on trouve quelque expédient pour faire que les décrets des Papes ne nuisent point les uns aux autres. Cet expédient sera, que le Pape veuille que tout privilège par lui accordé ait valeur, si celui qu'il a absous de ce décret fait apparaître à

(1) CLalcédoine ou Chaldédon, aujourd'hui Kadi-Keni, ville de Bithynie, sur le Bosphore de Thrace, vis-à-vis de Byzance. On y tint le concile œcuménique de 45i qui condamna Eutychès, lo chef des monophistes, enseignant quil n'y avait en Jésus-Christ qu'une nature, la nature divine.

2l4 l'A POLYGAMIE SACRÉE AU XVI* SIECLE

l'évèque assiste des plus anciens du Chapitre, et des théologiens de cette église, qu'il a été ahsous de ce décret pour cause juste, et que cela ne nuira à aucune des églises, desquelles il doit être curé. Pourvu aussi que ce point soit religieusement observé, à savoir que les églises paroissiales soient en un même évêché, ou à tout le moins ne soient éloignées l'une de l'autre de plus d'une journée de chemin.

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Nous avons la liste d'un bien grand nombre de curés, mais sous divers noms ; en telle sorte que lui seul et pour le tout, en tire entièrement le revenu, sans les prieurés et chapelles. En telle négociation ou maquignonnage les vicaires sont bien à leur gage, et promènent la Polygamie, comme il faut, témoin le pénultième chapitre du 5" livre de la Polygamie sacrée.

XXXVII. — Que les curés et autres qui ont charge d'àmes résident en leurs églises. Ceux qui auront plusieurs bénéfices qui, à cause des charges d'àmes ou pour autre occasion, requièrent qu'on fasse résidence, visitent bien souvent l'église où ils ne résideront point ; et qu'ils établissent des vicaires de vie et de mœurs approuvés, lesquels rendront raison de leur foi et doctrine à l'évèque ou à son vicaire, avant qu'entrer en leur charge.

Moyennant qu'il chante bien messe, fasse bien Veau bénite, dispense bien les libéra me et de profundis, conjure le temps, et au reste, qu'il ne soit apprenti des tours et immunités de la Polygamie, il passera toujours partout.

LA POLYGAMIE SACRÉE AU XVIe SIKCLE 2l5

XXXVIII. — Que tous ceux qui ont et qui auront charge d'âmes, soient ordonnés prêtres dans l'an à compter du jour de la collation du bénéfice. Le Pape sera supplié de ne donner privilège de délai, ni de permettre qu'aucun soit absous de ce canon de recevoir les ordres.

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Sa Sainteté n'est pas si sévère qu'elle ne dispense toujours ceux qui le méritent et lui seront recommandés ; autrement, comment voudriez-vous que ceux qui sont encore en bas âge, et qui ne savent encore lire fussent traités. D'autre part, qui voudra ainsi effaroucher les jeunes prêtres? Il est à craindre qu'ils ne se marient el se rangent du coté de ceux de la religion, chose à laquelle on doit bien prendre garde, et pour cause.

XXXIX. — Que les curés chantent messe le plus souvent que faire se pourra, et méditent soigneusement en la loi du Seigneur, instruisant en icelle le troupeau qui leur est commis, et prêchant principalement les dimanches et jours de fêtes sur le fondement de notre foi et religion, sur les articles de foi, les principaux commandements de la loi et de l'église, sur ce que Notre Seigneur Jésus-Christ requiert de nous, comme il faut prier et servir Dieu. Qu'ils administrent les sacrements selon la coutume de 1" Eglise catholique, et déclarent en langue vulgaire à ceux qui les voudront recevoir, quel est l'efficace et l'effet d'iceux. Qu'ils prennent bien garde aussi comme les enfants sont enseignés en leurs paroisses, et s'avisent de ne recevoir maîtres d'écoles ni prêcheurs, s'il n'appert par lettres de l'évêque, qu'ils aient été envoyés de lui. Finalement, qu'ils se comportent de telle façon que, par doctrine et exemple de vie, ils paissent le troupeau.

2l6 LA POLYGAMIE SACRÉE AU XVI* SIÈCLE

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Méditer soigneusement en la loi du Seigneur, c'est dire son bréviaire, selon l'institution des Papes ; mais d'astreindre les curés de prêcher les dimanches et jours de fêtes sur les points de la foi, je m'en rapporte à l'êvêque. Bien peut-il croire que, s'il le fait, tout ira à vau l'eau : car de mille curés et mille vicaires, il n'y en a pas un qui sache dire ce qu'il en est de la foi, encore moins des points de la justification d'icelle. De faire quelque prône pour faire prier Dieu pour les trépassés, apporter leurs offrandes et autres telles choses usitées, ils y sont assez bien pratiqués, mais du reste gardez bien qu'ils n'y touchent.

XL. — Quejlcs sacrements soient administrés gratuitement, item la sépulture et autres choses semblables sacrées. Que le curé n'en exige rien, se contentant de ce qui lui sera donné volontairement par ceux qui recevront lesdits sacrements, ou de ce qui lui est dû par une louable coutume, laquelle nous n'entendons changer ni abolir par ce décret, vu qu'il est raisonnable que celui qui sert à l'autel vive de l'autel, comme l'écrit l'apôtre. Et ne doit-on permettre que celui qui administre les choses spirituelles ait disette et soit fraudé des temporelles, par ceux qui reçoivent les divines de lui.

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On est bien content d'accepter cet article de point en point • car puisque celui qui sert à l'autel doit vivre de l'autel, les curés et vicaires donneront bien ordre qu'ils n'aient disette de rien, ni qu'ils soient fraudés des temporelles par ceux qui reçoivent les divines d'eux. Que si tort leur était

sur ce fait, ils ne manqueraient pas de s'accommoder et de prendre de leurs biens, aussi bien qu'ils se savent accommoder de leurs femmes et filles quand ils en ont besoin. Mais aussi devrait-on changer ce qui est porté par cet article, et contraindre les curés de ne recevoir rien des Sacrements, ce qui rendrait beaucoup de curés étonnés de leur bâton; comme des baptêmes, communions, mariages et sépultures, ils tirent une grande finance de deniers, comme ci-dessus nous avons dit, quand nous avons parlé du baise-main du clergé ; car, ptiisqu'ils reçoivent les dîmes qui suffisent pour nourrir, toutes charges payées, plus de dix fois autant de prêtres qu'il y a en France, pourquoi percevront-ils offertoires des choses qui doivent être d'elles-mêmes gratuites. Tellement que cet article ne dit pas nommément qu'il faille bailler aux curés, mais il guigne du doigt qu'il sera méritoire de renforcer notre mère sainte Eglise d'écus.

XLI. — Il n'y a rien de plus séant aux curés que de paître le peuple de la prédication de la parole de Dieu, laquelle est la vraie viande de l'âme. Souventes fois, ils sont empêchés de ce faire, étant contraints de publier, en chaire ou au prône, des lettres monitoriales, des édits, des ordonnances de justice, et semblables choses profanes. Partant nous sommes d'avis qu'il faut entièrement s'abstenir de cette coutume. Mais aux jours de fêtes par eur signifiés, et après que, suivant la coutume, le peuple aura été admonesté de prier Dieu pour les trois états, que le curé expose l'évangile ou quelque autre passage de l'Ecriture sainte, accommodé à l'édification du peuple. Quant à ces lettres monitoriales, édits et ordonnances, qu'ils soient lus au portail et à l'entrée de l'église, avant ou après la messe.

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De lire tels billets avant ou après la messe, ce n'est pas

2l8 LA. POLYGAMIE SACRÉE AU XVI9 SIÈCLE

convenable, car la plupart des paroissiens, les uns viennent tôt, les autres viennent tard. Puis aussi la plupart, aussitôt que Dieu de la pàtenôtre est levé, ils partent pour s'en retourner, ce qui me fait dire qu'il n'y aura pas grand inconvénient à les publier au sermon ou au prône du curé, vu que les arguments de ces précités ne sont pas de si haut style qu'il rien puisse bien sortir quand il voudra. Le plus difficile qu'il y a affaire, c'est de savoir bien annoncer les fêtes qxCon aura la semaine en laquelle on doit entrer, et après les anniversaires. Pour le regard des monitions, il ri y a que deux ou trois mots en latin au commencement, le reste est en français.

XLI. — Que les enfants apprennent dès leur bas âge ce qu'ils doivent Croire, demander en prières, faire et éviter : et si on a bien et fidèlement traduit en langue française le Symbole des Apôtres, l'Oraison dominicale et la Salutation angélicjue, les commandements de la loi et de l'Eglise, soit commandé aux pères et maîtres d'école d'enseigner cela à leurs enfants et disciples. Que les curés les récitent en chaire bien distinctement, tant en latin qu'en français ; en telle sorte, que le peuple puisse suivre aisément celui qui lira, et les retienne pour fréquente répétition.

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Mais si le peuple sait ce que signifie le Symbole, ou les dix commandements de Dieu, voilà la messe culbutée : ils verront que Jésus-Christ est au ciel, et partant n'est pas icibas dedans le petit triboulet de Jean Blanc. Les bonnes offrandes des glorieux saints et saintes, et toute la kyrielle des idolâtries, bailleront du nés en terre; car s'il ri y a qu'un seul Dieu qu'il faille adorer, et s'il est défendu de faire des images, que dÀra-t-on de l'adoration des Saints, quelque belle robe qu'ils leur puissent bailler pour mettre

différence entre V adoration de V idolâtrie et doute ? Partant, 'prenez bien garde à cette modification.

XL1II. — Si les curés sont si ignorants qu'ils ne puissent faire leur charge en quelque sorte que ce soit, que les évoques leur donnent des vicaires propres et coadjuteurs, aux dépens d'iceux curés, ayant toutefois égard aux lieux, aux revenus et aux personnes.

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La charge n'est pas difficile, que vous diriez bien, car puisqu'il n'est question que de chanter messe et de faire un prône, qua-t-on à faire de les surcharger de vicaires ou coadjuteurs? ce leur sera autant de dépense, et le train de leur polygamie d'autant intéressé, à quoi Von doit bien avoir égard, vu quil est ici question de nourriture et aliments de femmes et enfants.

XLIV. — Que les évêques, en faisant la visite, s'enquièrent si les curés ou vicaires perpétuels des paroisses ont une portion canonique et suffisante pour s'entretenir, payer les droits épiscopaux et faire aumône : qu'ils en fassent leur rapport au synode, afin que ceux qui y doivent pourvoir, après avoir appelé lesdits curés ou vicaires, y avisent aussi.

MODIFICATION

Je neveux pas dire que pas un curé ait portion congrue avec son prélat ou abbé, si on les en veut croire ; toutefois, la cure est bien petite, sHln'ya moyen de s'entretenir passablement au train de la Pohjgamie. Surtout prenez garde que le droit de décime est compté ici pour néant ; et moyen-

nant que la polygamie soit échauffée, les droits êpiscopaux payés, et quelque peu d'aumône baillée, suffit.

Des prêtres.

XLX. — Nul ne soiL ordonné prêtre s'il n'a atteint l'âge de a5 ans ; et ne puisse être dispensé de cela pour privilège quelconque, ni par aucune grâce du Pape.

0 combien de prêtres il faudrait déprêtrer, si ceci était observé ! Les alouettes seraient à grand marché, car la Normandie et la Bretagne produisent tant de prêtres crottés, qui sont cadets, qu'ils ne laisseraient p>as une alouette (ainsi appellent-ils la messe) qu'ils ne missent la griffe dessus : et le plus souvent ils sont si heureux en telles chasses, que pour une matinée ils emportent leur belle demi-douzaine. La raison est, qu'ils ont le feu tellement au corps, n'ayant atteint vingt ans, que pour avoir de l'eau vers les gorges, il faut bien leur porter quelque petite aile d'alouette. Pour cette occasion, l'auteur du livre de l'ècono nat du clergé du Pape s'accorde bien à cet article ; mais il tranche bien plus avant, car il veut que dès qu'ils commenceront à s'emprétriser, ils se fassent châtrer, ce qui serait bien le moyen le plus expédient qu'il serait possible de penser, pour garder d'ainsi souvent écorcher les pauvres alouettes.

XLVI. — Que ceux qui doivent être ordonnés prêtres, aient un bon témoignage de dehors. Et afin qu'il en puisse apparaître, il faut que celui qui désire être avancé aux saints ordres, fasse

publier à haute voix, par deux dimanches, ap peuple assemblé en l'église, son nom et sa délibération, et que ce soit en une paroisse en laquelle il ait demeuré deux ans entiers ; puisque l'assemblée soit priée, et chacun en particulier, de déclarer s'il y a quelqu'un qui lui veuille ou puisse mettre au devant quelque crime ou méchanceté ; et que tel personnage ne soit reçu aux ordres, que d'abord il n'apporte témoignage de celte procédure, confirmé par les signatures du curé ou de son \icaire et des marguilliers de l'église, si autant il y en a.

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Je ne sache plus beau moyen que d'avoir aussi un témoignage des femmes, vu que puur elles et non pour autre, la polygamie y est dressée ; car Von sait bien que quant au ministère sacerdotal, tel qu'il y est exercé, tout cela sont autant de fariboles. Les pauvres paysans s'e?i moquent à vue d'oeil, ils savent bien aussi que la virginité et le don de continence des prêtres, ce sont autant de songes qu'o?i leur veut faire accroire. Que voulez-vous donc qu'ils testi fient de celui qui désire être avancé aux saints o)-dres, sinon qu'on veut qu'ils rendent témoignage d'un poulet qui ne demande qu'à couvrir leurs poules.

XLVII. — Que personne ne soit ordonné prêtre, s'il n'a un bénéfice, ou un certain et suffisant patrimoine, au moyen duquel il se puisse convenablement et commodément nourrir et se comporter honnêtement ; et que par le bienfait du Prince et revenu du prêtre ne puisse s'aliéner. Si celui qui ordonne fait autrement, qu'il soit contraint à nourrir le prêtre qu'il aura ordonné.

2 22 LA POLYGAMIE SACRLE AU XVI SILCLE

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Qu'on ne surcharge point le prêtre de plus de cinq ou six putains, il viendra lien à bout de les nourrir, sinon que la cure soit assise parmi les landes de Bordeaux ; encore les cures y sont merveilleusement bonnes, aussi la polygamie n'y est pas oubliée. Mais quelle raison y aurait-il, que celui qui est pauvre soit incapable de prêtrise? Ce nest pas la richesse ou disette et nécessité, qui peut rendre un homme propre à soutenir Jean Blanc ; car il a si bien martelé le crucifix qu'il y a assez de quoi arroser les grands, les gros et les petits, moyennant que les uns ne veuillent dévorer tout, et ne laisser rien aux autres.

XLVIII. — Que ceux qui sont appelés aux ministères ecclésiastiques, n'y soient avancés que de degré en degré et par intervalle de temps.

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Les degrés tels qic'ils sont observés n'empêchent pas que les favoris des grands ne soient avancés aux ministères ecclésiastiques, selon les occurrences : comme par exemple si une abbaye ou un évéché, où quelque bon bénéfice venait à vaquer, et qu'il fût requis d'être prêtre sacré, faudrait- il être si scrupuleux, que n'oser attenter sur V anticipation de l'abrègement ? ce serait tenir la bride trop courte à la grande escarcelle des bênéficiers. Que si cela était mis en pratique, et que je voulusse un peu manier les mains pour le brouet du Crucifix, avant trois mois je ferais déclarer plus de cinq cents prélats indignes et incapables de leurs bénéfices, pour n'être impresbytérisés .

XLIX. — Le Pape soit supplié que désormais on ne fasse point de prêtres français à Rome, ni en Avignon, si d'aventure le Pape même ne leur impose les mains : cela fera qu'on n'en ordonnera point que d'abord ils n'aient été diligemment examinés par leurs évêques, lesquels ne leur octroient lettres dimissoires que bien rarement, et quand il en sera besoin.

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Sauf en tout et pour tout le bon plaisir de Sa Sainteté, si lin pauvre Français, encore qu'il ne sache rien, et qu'il ait servi de maquereau à Rome, en faveur d'un cardinal ou évèque, pourquoi ne pourra- t-il obtenir de Sa Sainteté V imposition de ses mains, et se faire prêtre?

L. — Que nul prêtre ou diacre, ou autre de ceux qui sont en l'ordre ecclésiastique, ne soit absolument ordonné, mais que l'évêque assigne un certain lieu à ceux qui sont ordonnés pour y faire leur charge, afin que quand ils seront avancés du tout, ils ne trottent point ça et là, changeant à leur plaisir l'administration de l'église à laquelle ils sont destinés et obligés. S'ils quittent leur place sans le faire savoir à l'évêque, qu'il leur soit défendu de chanter messe, ni de faire autre semblable exercice ; et qu'ils ne soient reçus d'évêque quelconque, sans lettre de recommandation.

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Laissez courir ces pauvres prêtres tant qu'ils voudront, vaut-il pas autant qu'ils chantent messe qu'un autre? autant vaut la messe d'un pauvre bélître que d'un bien opulent, joint que la polygamie indifféremment reçoit toutes gens à son service, moyennant qu'on ne fasse profession de la vraie religion. En ce cas, la porte d'icelle lui est interdite. La

raison? à cause qu'elle recherche de trop près le train qui y est mené.

LI. — Que les prêtres sachent leur charge être de prier et sacrilier, administrer les sacrements comme il appartient, et servir d'exemple aux autres, en toute patience et doctrine.

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Les prêtres ont toutes leurs heures si bien marquées, qu'il rfy en a pas uns, sans qu'on fasse quelque exercice, comme matines, primes, sextes, nones (l), vêpres, sa?is le temps et le loisir qu'il convient prendre pour la conduite de leur polygamie.

LU. — La charge des diacres n'est pas de sacrifier, mais bien de lire l'évangile, et de servir au prêtre qui sacrifie.

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Diacres sont bien autrement respectés en la polygamie, car ils y tiennent après les évoques le premier rang.

LUI. — Les prêtres qui pour le présent sont ignorants et moins capables, soient admonestés par les évoques, d'être attentifs à la lecture et à l'étude des saintes lettres. S'ils sont nonchalants à l'étude, qu'ils soient suspendus de l'exercice de leur charge, jusqu'à temps qu'ils seront devenus plus savants.

(!) Termes de liturgie. Les heures de jour et de nuit élaient divisées en veilles de trois heures ; car les chrétiens devaient faire des prières de trois heures en trois heure».

BIBLE HISTORIALE XIV^ siècle Ms fr. n* 167

ÉFftfogmnt pamc tt raiflm wnenu les ttflmmeutc jârluxuie i&iffiwneîe

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Suspension tant que vous voudrez à V encontre des prêtres ignorants, pourvu qti'ils ne puissent préjudiciel' en rien à la polygamie; et il semble que ceux du clergé de l'Eglise gallicane, en ce cas, se garderont très bien de se méprendre.

LIV. — Que les évêques ne souffrent nullement que les prêtres d'un autre diocèse trottent et courent par le leur, mais les renvoient incontinent à leur église. S'ils n'obéissent, qu'ils soient réprimés, selon les peines ordonnées par les Canons.

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Si les évêques coupent la queue si près aux pauvres capelans (') étrangers, je vois les pauvres prêtres de Bretagne el Normandie bien étourdis de leur bâton ; car pour toute leur légitime, ils nonl su obtenir de leurs aines qus d'être promus aux saints et vénérables ordres de prêtrise. Si messieurs les gros loups veulent corbiner (r) tout pour eux, à quoi s'appliqueront ces pauvres diables, lesquels possible pour tout le droit de leur légitime, nont su avoir qu'une haquenée blanche, dont ils auront fait présent à Vèvêqae du lieu où ils seront réfugiés, pour être incorporés au nombre des habitués de ce diocèse. Après sa mort, si son successeur veut chasser ces forains, que feront-ils de leurs mains? ils ne sauraient gagner un morceau de p>ain s'ils ne le dérobent.

(1) Moines.

(2, Voler.

Des Monastères.

LV. — Que nul ne condamne et n'empêche les enfants d'entrer es monastères et de prendre l'habit de moine, pour s'exercer dès leur bas âge à la piété et s'accoutumer à la façon de vivre des moines ; en telle sorte toutefois, qu'il ne soit loisible aux garçons, avant l'âge de 18 ans, et aux filles, avant 16 ans, de faire vœu et de se rendre profès,

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Nous mettrons une restriction à cette règle qui la tranchera par le beau milieu, c'est qu'il est permis de détourner la légèreté des esprits volages de la jeunesse, si elle se veut 'précipiter au mal. Or, que celui qui se veut embarquer dans une moinerie se veuille perdre, il n'est que trop notoire, voire même du temps de saint Augustin, qui semble avoir montré à Vœil V origine de la dépravation monastique, qui est aujourd'hui glissée dans les cloaques de ces gentils cloîtres réguliers. Car si on veut trouver des hommes adonnés à tous vices, à luxure, bougrerie, sorcellerie, et tels autres, il n'est besoin d'aller à Gomorrhe et Sodome. Ainsi nous voulons dire que le soufre qui embrasa Sodome est aujourd'hui dedans ces lieux reclus, qu'ils parent de telle sainteté. Au surplus, pour certaine vérification de cet article, je ne voudrais employer que ce qui est assez au long discouru par l'auteur de la Polygamie sacrée, des bordèleries, sacrilèges, sodomies, sorcelleries et dèmonomanies des moines.

LVI. — Que les primats et chefs des ordres, à savoir, de Cluny, Cileaux, Prémontré, Grandmont, Saint-Antoine du Val,

LA POLYGAMIE SACRÉE AU XVI0 SIÈCLE 2 2y

des Ecoliers, et autres semblables ; item les abbés et prieurs qui ont, comme on sait, une juridiction ordinaire sur les petits monastères et prieurés, aient à visiter les couvents et prieurés qui leur sont sujets, encore qu'ils soient possédés par des Commandeurs. Qu'ils donnent ordre que, pour rétablir l'ancienne discipline, les moines aient à conformer leur vie et leurs mœurs à la règle de leur ordre ; qu'ils prennent leur réfection et dorment ensemble, qu'ils vaquent ensemble à l'office divin et aux exercices de la piété ; qu'ils soient attentifs ensemble à la lecture des saintes lettres ; qu'ils aient toutes choses communes, si ce n'est que l'un d'eux recueille le revenu de quelque office ou bénéfice, dont il aurait le titre. Bref, qu'ils vivent de telle façon qu'on aperçoive vivre en eux la règle de leur Ordre. Que ces visiteurs commandent, s'il en est besoin, que les édifices en ruines soient refaits et réparés, si on les voit tomber en décadence ; mais qu'ils donnent ordre qu'en chaque monastère il y ait un certain nombre de moines, qui ne pourra être retranché à l'appétit des abbés ou prieurs, en considérant toutefois la fondation, les revenus, charges et dépenses de chaque monastère ; et ces choses, après en avoir suffisamment connu, demeureront fermes et stables. Et si quelqu'un se plaint d'avoir été surchargé et trop rudement traité en cela, tandis que le chapitre général de l'ordre ou le parlement en connaîtra et jugera, ce qui aura été commencé et ordonné par les visiteurs, soit observé et accompli.

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Pour éviter prolixité, nous ne parlerons pas de la bride qui est ici baillée pour retenir messieurs les prélats qui, je m assure, ne passeront jamais ce qui est ici couché, de diminuer le nombre des moines d'une abbaye ; car, en premier lieu, ce serait altérer le pouvoir qu'ils ont sur ces galants, qui ont leur froc rebondi, et qui se veulent huper contre celui qui est établi par celui qui a pouvoir de commander à toute la prêtr ailler ie. Ce nest pas tout, messieurs les prélats

formellement s'y opposeraient, pour plusieurs autres raisons, dont les deux principales sont, à savoir : que Lieu n'est pas servi par la multitude des méchants, mais par le petit nombre des gens de bien. S'il en est aùisi, pourquoi ne leur sera-t-il loisible d'envoyer aux Canarides ceux-là qui troubleraient la bergerie monacale ? Mais ce n'est, pas là le mal. Le principal intérêt que fy vois est qu'ils n'auraient pas le moyen de fourrer dans leurs bouges la prébende des exilés et relégués.

LVII. — Que l'exemption de ces primats des Ordres, demeure en son entier, selon l'ancien droit de leurs privilèges, tant en leur nom que de leurs inférieurs et sujets, en ce qui concerne la correction régulière de la vie monastique. Quant à la doctrine et aux délits commis en l'administration des bénéfices non exempts, ils seront sujets à la correction et au châtiment des cvêques, auxquels ils porteront tel honneur que de raison, lors même qu'iceux iront s'enquérir de ces choses dedans les couvents.

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Ici les mêmes moinillons formeront complainte à rencontre des grands, gros et puissants moines, parce que telle exemption a pris pied sur la comparaison dont on a accoutumé de dépeindre l'injustice qui est aujourd'hui trop pratiquée par le monde; c'est que parmi les toiles d'araignée, les grosses mouches y sont bien peu souvent empiègèes, mais de 500 moucherons, il 7i'en réchappe pas un. Le manière qu'encore qu'on retienne l'ordre de supériorité, pourtant n'est-il pas à conclure, qu'il faille que l'abbé, qui est un adultère, incestueux, sodomite, voire même sorcier, envoie aux enfers son pauvre religieux, qui se sera tant oublié, que d'avoir en sa présence parlé à sa femme. Il fallait par lui commencer la justice. Et c'est l'argument dont use Noire-Seigneur, pour

LA POLYGAMIE SACREE AU XY1° SIÈCLE 2'>f)

préférer la pauvre pécheresse repentante que les Juifs voulaient lapider, parce quelle avait été surprise en fornication.

LVIII. — Que de chaque monastère, spécialement de ceux qui ont de grands revenus, quelques moines seront envoyés es universités — pour étudier ; et qu'ils soient logés es collèges de leur Ordre, s'il y en a, ou en ceux des autres Ordres. Qu'on assigne à chacun une pension annuelle de soixante livres pour le moins, que les abbés seront tenus de payer entièrement s'ils ont leur table commune avec les moines. Et pour cet effet on implorera le secours du Rov. S'il y a opposition ou appellation, que nonobstant icelle, le décret des Saints Pères demeure en sa vigueur, et soit mis à exécution ; mais si l'abbé fait table à part, le couvent ayant égard à la dépense qu'y eût faite le moine, fournisse cette somme, tellement toutefois qu'il ne soit contraint d'en fournir davantage. Cependant l'autorité du décret aura même effet à l'endroit du couvent que de l'abbé. Et afin que cela se fasse plus commodément, que par sentence du chapitre général, confirmée par autorité apostolique, soient assignés à ces collèges-là certains revenus, qu'on prendra sur les abbayes et prieurés conventuels.

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Ceci de soi-même n'est pas en tout à mépriser, vu qu'on ne saurait assez louer ces bonnes et saintes co7istitutions qui ont ordonné et établi des collèges, pour y réformer la jeunesse, et la faciliter aux bonnes mœurs et sciences libérales ; mais il y a deux extrémités dont l'impiété monastique a empuanti de si belles institutions, qui ont fait que ces collèges étant composés de gens oiseux, fainéants et, en un mot, de moines, n'ont pas été le jardin et la pépinière des sciences et vertus séant à un homme chrétien, mais plutôt à des superstitions vaines et frivoles spéculations, et le plus souvent

à sorcellerie et arts diaboliques. L'Europe aujourd'hui n'est remplie que de livres de magie que telle naque de gens reclus ont forgé dedans leur diabolique caboche; tellement qu'il eût été beaucoup plus expédient que la moinerie se fût laissé pencher en Vautre extrémité, et, quittant le monde, se dépouillât de soi-même, ce qui est à dire, à parler en bon français, se faire pourceaux, que d'être sorciers, endiablés, forcenés et enragés ; car au moins si leur condition eût été un peu brutale, elle n'eût pas été diabolique. Ce sont ceux qui à bon droit pourront requérir la réformation de cet article, car selon la règle du glorieux saint Benoît, il est défendu d'étudier, de peur qu'on ne tombe au sens réprouvé, où ceux-là s'étaient laissé couler, qui n' a t trempant (') pas, comme il fallait, leur étude, se sont dévoyés du vrai sentier de toute piété, sainteté et vertu; car quel besoin aurontils de foncer à l'appointement, pour soudoyer l'entr événement de ceux qui, enfreignant la règle, se seraient amusés aux lettres? Si on dit que les collèges sont déjà fondés, je le veux bien, moyennant aussi qu'on m'accorde qu'ils pourront retirer leur épingle du jeu quand il leur plaira, c'està-dire, qu'ils pourront redemander ce qu'ils auront fourni pour telle dépense, entièrement opposite et répugnante à leur règle; car s'ils ne le prenaient, ils seraient indignes de l'Ordre où ils se seraient astreints par serment et vœu solennel, et partant indignes et incapables de posséder les biens et revenus qui sont baillés à leur ordre, afin qu'ils soient illettrés.

LIX. — Qu'es plus notables monastères, si les facultés le peuvent porter, soient établis deux précepteurs, dont l'un enseignera la grammaire, l'autre lira en théologie : auxquels les pères de l'Ordre, assemblés au chapitre général, assigneront gage sufTisant. Si le revenu du monastère n'en peut entretenir deux,

(1) Modérer,

qu'au moins il y en ait un. Et s'il y a des moines propres à faire telle besogne, qu'ils soient préférés à des étrangers.

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Cela serait bien bon, mais comment voulez-vous que les moines enseignent les autres, ou bien qu'ils soient instruits, vu que la plupart d'iceux ne veulent vivre que monacalement, ce qui vaut autant à dire en pourceaux, après être bien saouls, dormir, et quelquefois rafraîchir leur bratjette dedans le ruisseau delà polygamie. Si les précepteurs, qu'on veut ici introduire pour les moines, enseignaient comme il faut farcir le ventre d'un moine, quels moyens il faut tenir pour jouer de la sodomie, captiver la beauté des femmes, vivre en athéiste, en pourceau et en épicurien, alors, et en ce cas, je m'assure qu'aucun des moi?ies ne grommellera contre cette ordonnance, car ils seront bien aises d'être de plus en plus raffermis en ce qu'ils pourchassent de cul et tête.

LX. — Es monastères où il y a assez grand nombre de moines, qu'ils tâchent de répartir tellement le temps des prières et du service divin, qu'ils aient loisir d'étudier. Et s'il faut tant employer de temps au chœur, aux heures canonicales, qu'on ne puisse avoir relâche pour penser à autre chose, que les supérieurs y avisent et pourvoient si bien, que les moines puissent vaquer à la prière et à la lecture.

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Voire, mais de boire, de manger, déjouer, de dormir, de paillarde?', de bardachiser, de jouer de la sorcellerie, on n'en touche ici rien ; ce sont néanmoins sept item qu'on ne peut ôter de la caboche des moines. El quand tout est dit,

pourquoi veut-on qu'ils étudient, car, encore que nous leur offrons la qualité de pourceaux (dont nous requérons pardon) , il n'est pas besoin qu'ils se rompent guère la tête à la lecture, d'autant que ceux qui sont fichés si assiduellement à l'étude, le plus souvent en perdent tout le se?is. Or, on sait que tout moine, d?s qu'il s'est embéguinè d'un capuchon, perd la moitié de son entendement, qu'il laisse au monde; l'autre partie, quand elle est dans le couvent, s'il la veut charger de lettres, il faut un rien pour tomber en frénésie. Que si tant soit peu ils étudiaient, et fussent troublés exorbitamment de leur raison, jamais maître Gonin (') ne sembla mieux un bateleur ; Us ont déjà l'habit, il ne resterait plus rien que marcher en public, c'est pourquoi ils sont reclus.

LXI. — Que tous les autres moines qui n'ont point de primats ni de supérieur de leur Ordre, soient visités par les évêques diocésains, lesquels, selon leur droit et autorité, visiteront les moines qui sont sans puissance d'évêques. Et quant à ceux qui, par privilège, ne reconnaissent d'autre supérieur que le siège apostolique, qu'ils soient aussi visités par les évêques, mais comme délégués du siège apostolique, ayant pour adjoints quelques moines de sainte vie de même ordre, lesquels ramèneront leurs compagnons à l'intégrité et sainteté de la discipline monastique ; surtout qu'i.ls soient admonestés. S'il y a quelque monastère même d'un autre ordre, établi et réformé selon les règles des Pères, auquel on tienne un chapitre général, qu'ils y aillent, et qu'ils règlent leur vie selon la réformalion de ce monastère-là.

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Moyennant qu'on ne fasse que remontrer , baste : ce qui

(l) Habile faiseur de tours qui vécut à la Cour Je François Ier. Au figuré, joueur de gobelets.

entre par une oreille sortira aisément par Vautre. Déjà sontils tant battus du son des psaumes, évangiles et épitres, qu'ils chantent et lisent en l'église, si toutefois ils ne s'en fâchent point; encore que tous ouvertement ils soient là condamnés comme idolâtres, démoniaques et superstitieux. Mais si les Evêques voulaient, sous prétexte de cette visite, user de censure, réprimander, respériser, ou quelquefois faire bailler le noviciaire aux moines délinquants, il n'est à douter qu'incontinent, on ne leur baillât par les joues du plat d'un bel appel, comme de juges incompétents, lesquels ils ne reconnaissent pour leurs supérieurs, parce qu'encore, qu'ils aient lettres apostoliques d' attribution de justice, elles sont illusoires, comme subrepticement obtenues, au préjudice d'un tiers qui devait être appelé.

LXII. — Qu'es couvents des Mendiants, y ait un certain nombre de moines, qui puissent vivre commodément, ayant égard au lieu et au temps.

Messieurs les gros Rabbi (') n'ont pas tort de vouloir accourcir le plus qu'ils pourront la besace des Mendiants. Au titre de verb. signif. au droit canon, on pourra voir que les curés avaient déjà bien poussé à la roue, pour froisser toute telle gueuserie ; et Us semblent avoir double raison. La première est que ces galants sussent ce qui leur appartiendrait, Vautre qu'ils ont peur qu'après qu'ils ont bien tiré la couverte de dessus les épaules du pauvre populaire, si ces affamés viennent à la toucher guère rudement, ils ne la fassent tomber à terre, et ainsi réveillent le peuple du sommeil de bêtise où il a croupi par le passé, et qu'après il ne

(') Babbi : rabin, maître, quelquefois même le Christ. Employé d'une manière dénigrante pour désigner un magistrat sans importance.

se rue sur la prêlraillerie, d'estoc et de taille, et les ècorche tout vifs .

LXIII. — Que tous les monastères de moines et de nonnains soient réformés selon les règles et ordonnances de chaque Ordre. Et pour ce qu'en ce malheureux temps où nous sommes, de toutes parts se lèvent des méchants désespérés qui, outre les autres vices dont ils sont souillés, estiment jeu et passe-temps de débaucher et de ravir finalement les vierges sacrées et vouées à Dieu ; le Roy sera supplié de faire remettre sus et pratiquer contre telles gens, les anciens et nouveaux édits des roys et empereurs. Outre plus, le Roy sera supplié qu'es monastères où les abbesses et prieures ont accoutumé d'être perpétuelles, elles demeurent semblablement celles qui sont de trois ans en trois ans, ou à autres certains temps, demeurent aussi tellement que l'ancienne règle soit observée en cet endroit. Qu'elles ne puissent être élevées, ni par autre moyen quelconque, à cette dignité, qu'elles n'aient atteint l'âge de 35 ans, que ci-après elles ne soient point nommées par le Roy, et ne puisant être transportées d'un ordre en un autre. Qu'elles ne sortent des monastères, sans légitime occasion, et ne permettent aux nonnains de sortir que d'abord elles n'aient obtenu congé de leurs supérieurs.

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La loi contre les ravisseurs des nonnains 7i'a aucun lieu aujourd'hui pour deux occasions : la première est que la plus grande partie des chrétiens ont les yeux dessillés aujourd'hui, et voient que c'est une captivité où Satan tient enchaînés ces pauvres nonnains. Dira-t-on que celui est ravisseur, qui ôte des pattes d'un loup la brebis qu'il avait 'pour la dévorer! L'autre raison est qu'il n'est plus question de ravissement, ou que celles qui sachant bien le tort quelles se font, ne veulent p>as dénicher de la tanière où elles sont

tenues pour saintes vierges, ont de certains bouquets, qu'elles envoient à leurs rufsques, qui n'ont peine que d'entrer vers elle, sans les transmarcher dehors. Et sur ce qui est dit que les nonnains ne sortent point dehors qu'avec grande difficulté, les nonnains s'y opposeront. Pour leurs exceptions elles diront qu'il faut aller porter la besace en l'honneur de madame Sainte-Claire, qui est le plus gentil manteau pour préserver les nonnains d'être ravies : car elles s'en font donner sous celte besace, au travers du ventre, au long et au large et partout. Et qui serait celui qui voulût hasarder sa vie pour avoir une putain publique ? Il y en a tant d'autres qui ne sont encloîtrées.

LXIV. — Que les moines qui sont tout à fait ignorants, emploient le temps à faire quelque chose honnête en leurs monastères, de peur que l'oisiveté ne les gâte.

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Que voulez-vous qu'ils fassent ? ils ri ont point appris de métier, et encore moins ont envie de s'y entremêler tant soit peu, car cela répugnerait à la vie angélique, qui jamais ne gagne sa vie au labeur de ses mains, ou au travail de son corps. Ce point-là est tellement arrêté en la vie monastique, que celui qui veut parler de faire quelque chose pour éviter oisiveté, à l'exemple des anciens moines, il ne peut espérer que des horions à la monacale, d'autant qu'il veut confondre la vie contemplative avec l'active, qui est l'un des plus grands blasphèmes qu'on puisse vomir contre notre mère sainte église. Il est bien vrai qu'ils peuvent bien s'exercer à quelques ouvrages, comme à bien boire, à bien manger, à

(') Vivre dans la débauche.

ribler ('), à dormir, à paillarde?, et se bailler par les joues de la sodomie et sorcellerie.

Des Commanderies.

LXV. — Ceux qui ont des Commanderies ou prieurés conventuels, soient tenus, six mois avant la publication de ces d crets-ci, de s'avancer aux Ordres, ceux spécialement qui sont en âge. Et quand ils auront atteint l'âge de 20 ans, qu'on les fasse prêtres.

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A l'exemple du glorieux saint Monseigneur saint François, ils s'en garderont bien : lequel, comme nous lisons dans sa légende, ne voulut jamais s'impresbytériser, reconnaissant qu'il était trop débile pour porter, non pas sur ses épaules, mais en ses doigts, capitaine Jean Blanc. Messieurs les Commandeurs pareillement, étant bien informés du devoir de prêtrise, et que selon les saints cano?is il faut spécialement et distinctement confesser ses péchés avant que messifier, ils aimeront beaucoup mieux demeurer insacrès que prêtrises. La raison est que le crucifix papal jette des gouttes de vin, d'eau, d'huile, de pain, de chair (cela se doit prendre à la paracelsique) (') qui ont telles vertus, que celui qui en a mis sur le bout de sa langue ou de ses lèvres, bon gré, mal gré qu'il en ait, est contraint de se polygamier, ce qui vaut aidant à dire, dépuceler les filles, paillarder avec femmes mariées, et en somme exercer la bordèlerie. Que s'ils venaient tous les jours dire à leur confesseur qu'ils ont

(') A la charlatan. Paracelciser, faire le charlatan ; imiter le médecin Paracelse.

LA POLYGAMIE SACRÉE AU XVl" SIÈCLE 237

couché celle nuit arec une telle et telle, il serait à craindre qu'ils ne se rendissent coupauds en matière de polygamie, ce qui est à dire qu'ils apprissent à leur confesseur où gît le lièvre, afin qxdl vînt après y chasser pour en avoir sa part.

LX.VI. — Que par chaque an, les Commandeurs soient tenus de résider six mois pour le moins en leurs monastères et prieurés conventuels, que ce pendant ils vaquent à prières, lectures des saintes lettres et prédications de la parole de Dieu. Et si euxmêmes ne peuvent prêcher, qu'ils entretiennent des prêcheurs à leurs dépens et assistent à leurs sermons ; que les bâtiments soient bien entretenus, qu'ils reçoivent bénignement les étrangers, soient charitables envers les pauvres, autant que leurs facultés le pourront permettre. Et pour faire cela plus aisément, qu'ils réservent du blé en grenier tant que pourra suffire ; et que les visiteurs donnent ordre que tout ce que dessus soit mis à exécution.

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Mais comment voulez-vous qiCun commandeur qui a 4 ou 5 tels priorés puisse y demeurer six mois par an? Vous savez lien qu'il n'a qu'un corps. Pour ce point, de la part des" Commandeurs, l'opposition sera formée pour V impossibilité qui est en ceci. Il ferait beau voir que, pour celte belle ■résidence, il fallût faire baisser le barbot de la marmite. £ ant aux charges qui sont ici mises sur messieurs les commandeurs, jamais ils ne les supporteront, d'autant que ce n'est pas l'état d'un bon gentilhomme prieur d'amasser des r.'i urnes dans une étude auprès des livres ; la chasse lui est entièremen t duisante (l). Il est bien vrai que quelquefois ils se ruent sur les livres : c'est, ou quand il fait trop chaud,

(l) Convenable.

ou un temps fâcheux. Cette étude est entièrement composée d'autre façon que les autres, qui sont mornes et solitaires : il faut toujours être deux, trois, quatre, plutôt plus que moins ; et là on ne feuillette que les livres qu'ils appellent des Roys. Ce n'est pas les deux livres des Roys qui sont dans la Bible, ils sont bien d'autre style, on les appelle cartes, tarots, la prime, le flac, le triomphe, le trente et un, la condonade ('), et tels autres exercices, oit la plupart de ces vénérables passent la plupart des jours et des nuits. Quant aux pauvres, ils ne savent ce que c'est ; au lieu diceux, ils ont des pages, valets, laquais, estafiers, chiens, oiseaux, chevaux, et des putains à relais qu'ils tiennent en laisse ; c'est à eux que vont les réserves qui sont ici destinées pour les pauvres.

LÏVII. — Que les abbés, prieurs et commandeurs, aient soiu de la vêture, nourriture et instruction des moines, comme sf c'étaient leurs enfants, ayant près d'eux, comme a été dit, de bons et doctes précepteurs qui auront gages, selon la puissance des monastères. Que les susdits conversent avec les moines, comme les pères avec leurs enfants, et leur soient en exemple de vertu, tellement que les moines se proposent l'abbé pour patron qu'ils devront ensuivre. Finalement qu'ils se comportent si modestement et frugalement que cbacun connaisse qu'ils ont renoncé à tous excès et dissolutions, tant en viandes, habillement, qu'en autres choses.

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La comparaison n'est ;jcs mal prise des abbés avec les

I 2) Termes de jeux. Le flac est peut-être le flux, dont parle Rabelais, une sorte de brelan. « Le jeu des tarots représente une république mieux que les échecs ne représentent la Cour d'un roi... 11 y a des chevaliers, des sergents, des triomphes, des empereurs et des fous » (P. Garasse, Recherches des Recherches').

pères : car tant ainsi que le père, qui doit, par sa veriu, redresser son enfant, et s'il bronche, le perd, et le corrompt s'il lui montre exemple d'une méchante vie et désordonnée ; pareillement les abbés, qui doivent être miroirs à leurs moines de toute pureté et chasteté, s'ils leur apprennent toute lubricité et paillardise, les gâtent entièrement. Or, on sait, par ce qui a été ci-dessus dit sur le 6\5e article, que le crucifix papal jette des gouttes qui engendrent dans le corps de ceux qui les engoulent des serpents de polygamie, de sorte que je conclus que ce que le 'patron, ce que les abbés pourront bailler à ces moines, ne serait que pour les polygamiser. Mais on dira que ceci sert pour les réformer et redresser au chemin; là-dessus je réplique que celte ré formation ne peut se faire qu'axe préalable on ne leur ait retranché leurs morceaux, et qu'on leur ait mis de Veau dans leur vin, pour autant que les clous dont les papes ont attaché leur crucifix ont pris si avant, que sans cesse il ne fait que dégoutter, et qu'il a si lien arrosé jusqu'à aujourd'hui la prélraille, que de ces (jouîtes s'est consacrée cette grande rivière de richesses, où le clergé se fourre si avant qu'il s'en enivre, car omne nimis vertitur in trop.

LXVIII. — Durant que le Royaume de France a obtenu ce privilège du seigneur Dieu, que presque tous les ordres des moines épars et multipliés en tous les endroits de la chrétienté reconnaissent que les fondateurs sont sortis de là, tellement que jusqu'à ce jour, presque tous les couvents épandus au long et au large continuent de rendre obéissance et être imitateurs des ordres de Cluny, Citeaux, Prémontré, Grandmont, Saint-Antoine, le "Val des Ecoliers et autres semblables qui sont en ce royaume, comme les matrices premiers (*) et principaux couvents de leurs Ordres ; pour conserver l'état de l'ordre monastique, et conserver en cet endroit l'honneur du royaume de France, il

1) Les matricules, les originaux.

2 f\Q LA POLYGAMIE SACRÉE AU XVI* SIÈCLE

nous semble tout à fait nécessaire que ces susdits premiers et principaux couvents de moines, que l'on appelle chapitres, doivent avoir pour toujours la liberté, puissance et autorité d'élire les primats ou généraux de leur Ordre ; de peur qu'il n'advienne, au grand dommage de l'église, que quelque ordre demeure un long espace d'années sans chef et sans pasteur, comme il est advenu, ce que nous ne pouvons dire sans douleur, à l'honorable ordre des moines de Prémontré. Et pour ce qu'en ce temps-ci, les commandeurs tiennent plusieurs monastères, an moyen de quoi il ne se peut faire qu'avec plus grande peine qu'un seul primat ou général contienne en devoir tant de couvents et si éloignés l'un de l'autre ; nous avons estimé tout à fait nécessaire qu'en chaque ordre, lorsque les abbayes, prieurés ou de l'ordre de Cluny, de Citeaux, de Prémonlré, ou de ce petit nombre de monastères d'autres Ordres maintenant possédés par des moines, viendront à vaquer, ils ne puissent être obtenus que par les titulaires, qui auront auparavant fait profession de la règle de l'Ordre dont l'abbaye ou prieuré sera, et qui auront, pendant l'espace de dix ans entiers, vécu en cette règle. Quant aux abbayes qui sont maintenant en commanderie, quand elles vaqueront par la mort des commandeurs, elles seront conférées en titre comme s'ensuit : à savoir les dix premières vacantes en l'ordre de Prémontré, vingt en l'ordre de Citeaux, cinq en autres ordres, les moines demeurant en même condition, et sans faire préjudice aux autres monastères. Et afin que ces choses demeurent fermes, le Pape sera supplié de ne dispenser de ce décret personne de ceux qu'il ordonnera abbé ou prieur des monastères susmentionnés. Semblablement le Roy très chrétien sera prié d'approuver ce que dessus et de le faire mettre à exécution, confirmant par ses lettres patentes ce que par Henry et François second, ses père et frère d'heureuse mémoire, princes aimant Dieu, a été octroyé à l'ordre de Citeaux.

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C'est ici une branche de la tyrannique usurpation dont les

papes de Rome se sont voulu surhausser par dessus toutes les autres églises de la chrétienté. Je ne me donnerai pas grand peine de tout ceci, moxjennant que ceux qu'il veut subalterner, comme enfants de la France, s'accordent d'y venir baiser le babouin (') : les Roys et V Empereur se sont bien tant humiliés que de baiser la pantoufle du Pape. Je ne discute point donc du droit, seulement je requiers leur consentement.

De l'ornement.

LX1X. — Que toutes choses se fassent honnêtement et par oi'dre comme l'apôtre le commande ; et quand le peuple assiste au vénérable sacrifice de Christ, et le sermon se fait au peuple, qu'il ne soit privé de ce bien, et qu'on ne dise point d'autres messes. Qu'elles se disent avant le sermon et la grand'messe, ou qu'on attende à les dire après, de peur que le peuple distrait par tant de choses diverses, ne soit aussi détourné de la messe et du sermon, que cela se pratique aussi quand une messe solennelle ou paroissiale se chante. Que le prêtre n'approche de ce très saint mystère du corps de Christ, que d'abord il ne se soit éprouvé soi-même, ayant donné ordre que les péchés soient nettoyés par la confession sacramentelle. En célébrant ce mystère, qu'il se comporte si bien, que par une prononciation distincte, et par contenance et cérémonie convenable à un si grand mystère, il émeuve le peuple à méditer la grandeur d'une si excellente chose. Que l'on observe en tout et pour tout le décret du Concile de Bàle, enseignant comme il faut célébrer le service divin.

(') Baiser le babouin ou faire baiser le babouin, c'est faire des soumissions à quelqu'un, ou obliger quelqu'un à se soumettre avec honte (Ph. J. Le Roux, Dictionnaire comique )

2^2 LA POLYGAMIE SACRÉE AL XVIe SIÈCLE

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C'est bien raison que ces maîtres joueurs de passe-passe s'apprêtent pour bien badiner et emmuseler le pauvre populaire. Nous ne dirons ici qu'en passant la confession auriculaire, qui est possible, la plus dure charge qui soit en toute la messerie, d'aller déclarer à so?i compagnon où est la meurole de ses pommes (*), afin qu'il en aille prendre sa part; mais aujourd'hui ils sont mieux faits à cela qu'un singe à porter haut de chausses. Ils vous troussent court un petit confiteor, et chassent les mouches avec deux ou trois petites croisades, et puis net comme devant. Quant aux gestes dêvotieux de la messe, comment veulent-ils que celui qui ne saura pas parler latin, et à grand peine lire dans son bréviaire, observe la distincte prononciation, comme nous avons l'histoire du prêtre de Saint-Hilaire à Paris, qui, ayant bien bu le soir, ne se peut désenivrer le matin : il prend tous les habits messaux, fait au mieux qu'il pouvait. Quand il en fut au capitaine Jean Blanc, je ne sais s'il fut étonné, ou s'il s'était troublé de so?i sens, ou finalement si le vin le faisait balbutier, il commence vn peu plus haut qu'il ne fallait, selon les canons et pour son honneur, a dire ces mots : Hoc est porcus meus, transposant P en C Je vous laisse à peyxser s'il observait la disposition des syllabes, telle qu'il faut.

LXX. — Et après il est expédient pour l'avenir, suivant l'ancienne coutume, que quand messe se dit, non seulement celui qui sacrifie, mais aussi les diacres et autres ministres des moindres ordres de l'église communient les dimanches et fêtes solennelles ; et il faut exhorter souvent que pour- cultiver la mémoire de la Passion du Christ et de notre rédemption, ils communient souvent, après s'être confessés et avoir reçu l'absolution.

(') Le lieu où on garde et conserve les pommes.

LA. POLYGAMIE SACKÉE AU XVIe SIÈCLE 243

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Otez la confession et absolution et laissez la seule communion de Jésus-Christ, je la leur passerai, moyennant qu'ils m'accordent trois points : le premier est qu'elle ne se fera point par les magiques et transsubstaniiantes croix et paroles, mais seulement selon V institution de Jésus-Christ et la nature du Sacrement. Le second est que les rasés ne seront point plus privilégiés que ceux qu'ils appellent laids. Le tiers est, qu'il sera défendu aux prêtres de recevoir deniers, or, argent, œufs, beurre et telles choses, soit pour la confession, soit pour la communion.

LXXI. — Que tous les clercs rendent à Dieu le service qu'ils lui doivent, en chantant comme il appartient, montrant par le dehors même, que le cœur et la chair servent au dieu vivant ; qu'ils soient soigneux de dire leurs heures canoniques et d'entendre ce qu'ils lisent, de peur que ce que dit le prophète ne leur soit reproché : « Ils approchent de moi des livres, et leur cœur est loin de moi, vu que celui-là est maudit qui fait l'œuvre du seigneur lâchement ». Ainsi donc, que les louanges divines soient chantées posément, et par intervalles, sans trop hausser la voix, ayant toutefois égard à distinguer les jours de fêtes d'avec les jours ouvriers. Outre plus, qu'on ôte ce chant mal et rompu, où il y a du gringotis (*) et du bruit, et mille prononciations de mots. Tandis qu'on chante, et qu'on lit hautement au temple les prières canoniques, que personne ne se promène, ne lise rien particulièrement hors du chœur, mais honore Dieu en chantant avec ses frères. Au reste, que les clercs et prêtres dressent tellement leur chant, qu'ils émeuvent le peuple à dévotion et élèvent

(!) Chant, gazouillement.

les cœurs à Dieu. Que l'on ne joue sur les orgues, dont l'usage est es temples, que louanges de Dieu et cantiques spirituels, rejetant toutes chansons impudiques et indignes des oreilles chrétiennes. Que l'on ne joue point sur les dites orgues, lorsqu'on récitera le symbole, lequel doit être entendu de tous, et qu'elles n'empêchent aussi la lecture de l'Evangile ni de l'Epître, ni l'action de grâces, ni l'oraison dominicale ; car le peuple doit ouïr tout cela, comme l'évêque assisté du conseil des plus anciens du chapitre pourra pourvoir. Ce que nous disons des orgues, nous l'entendons aussi des cloches et autres instruments aussi applicables au service divin.

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Si ceci est observé, un tas de chapelains, de chanoims, d'entonneurs de verres de vin pour faire éclair cir leurs voix, qui iront da?is les saintes chapelles, églises cathédrales, collégiales et autres, seront contraints de se mêler de danser les sonnettes (l) ; ils auront assez de loisir. Ils ne pourront plus fredonner leur voix argentine, qui possible pourrait émouvoir en la Papauté une sédition qui ne serait pas petite ; car la plupart de ceux qui vont à la messe, n'y vont que pour ouïr la mélodie de ces gentils messieurs qui ensorcelle de telle sorte les oreilles des écoutants, qu'ils pensent que la inesse est un paradis où les oiseaux jargonnent d'une telle façon. Mais pourquoi ne sonnéra-t-on pas les orgues, cloches et autres tels instruments, cependant quon récitera le symbole, quon lira l'Evangile et VEpitre, faction de grâces, et V oraison dominicale? C'est parce que, disent-ils, il faut que le peuple entende tout cela. Mais pourquoi veut-on qu'il ait plutôt liberté d'ouïr ceci que le reste? Il sait autant ce que veut dire Vun que l'autre ; il nest pas permis de l'apprendre en français.

(') « Tous les diables dansent aux sonnetles » [Rabelais, IV, p. 90). Parfois aussi, au moyen âge, on a donné au mot sonnelks un sens obscène.

LXXII. — Que l'on visite les bréviaires, missels, manuels, antiphonaux et les légendes des saints ; ce qu'on y trouvera de superflu et non assez convenant à la dignité de l'église, dans ces livres, soit incontinent ôté et retranché; et ce qui sera jugé nécessaire, ajouté par l'avis des plus anciens du chapitre.

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Il ne serait besoin de bailler cette peine à messieurs les Prélats ; mais la Papauté a entrelacé tant de fadaises dans ces livres, qu'il semble que la plupart de ce qui est contenu dans iceux, soit des coqs-à-Vâne et pour bailler du passetemps au populaire, plutôt que pour le service de Dieu. Donc pour savoir quels livres il friut tenir en l'église, et si les prières qu'on propose dans ces gros livres sont convenantes à la foi et piété chrétienne, il ne faut considérer qu'un point, à savoir si la pierre de touche a vérifié cette belle pompe, c'est-à-dire si la parole de Dieu s'accorde ou ne répugne point à tant de belles cérémonies. Et si on prend visée làdessus, il ne sera déjà plus besoin d'éplucher les missels, antiphonaux, manuels et légendes des Saints ; car la plus grande part de ce qu'ils contiennent, ce ne sont que fariboles, menus fatras et plus ridicules que des contes de vieilles, les plus mal confus et agencés qu'on pourrait penser, au reste pleins de blasphèmes et exécrables impiétés.

LXXIII. — Si quelques superstitions se sont glissées parmi les confréries, et qu'on y fasse des excès en banquets et buvettes, l'évoque avisera, en faisant la visite, d'ôter les abus et spécialement les banquets qu'on appelle les bâtons des confréries.

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Il ne tiendra pas à moi qu'on note tous les exercices su-

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perflus qu'on commet dans ces beaux banquets de confréries ; mais si vous raclez cela, par même moyen, les confréries feront le soubresaut, car ces bombances sont inséparables d'avec les confréries ni plus ni moins que l'argent l'est de la messe qui, à parler en bon catholique, apostolique et romain, ne fait pas la messe, mais il fait que les prêtres revêtent leurs chasubles et s'affublent de tous tels accoutrements destinés a la messerie. De même les confréries pour la fin première n'ont pas les banquets, c'est plutôt quelque dévotion qu'ils ont au patron de la confrérie; mais ce qui attire plusieurs à ces belles œuvres méritoires dans la papauté, est bien d'autre liste : ce ne sont que pompes, banquets et grand chère

LXXIV. — Nous louons et approuvons les pèlerinages d'autant que ce sont marques d'une bonne affection et d'un cœur dévot, joint que, par un secret jugement de Dieu, les Martyrs ou autres Saints ont plus grande vertu, à eux donnée de Dieu, plus en un lieu qu'en l'autre. Toutefois, sachant bien que quelques pauvres idiots aisés à manier et croyants de léger ont été trompés et que l'on a forgé des faux miracles, nous admonestons les curés et les exhortons au nom de Christ, de prendre garde que les pauvres chrétiens ne s'enveloppent en aucune superstition, qu'ils estiment que piété est un assez grand gain, et ne cherchent de s'enrichir au moyen de la bêtise du peuple. Que les évêques avisent en faisant les visites, que les vrais miracles — comme il s'en peut faire en tout temps, ainsi que l'écrit ce très grand et excellent docteur saint Augustin — soient approuvés et reçus. Les miracles faux et controuvés soient rejetés, et que l'on donne ordre que tout service indigne de chrétien et toute superstition Soit ôtée et tous abus chassés au loin.

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Si on sait bien distinguer miracle d'avec merveille, à l'œil

LA POLYGAMIE SACRÉE AU XVIe SIÈCLE ik']

on découvrira qu'untas de miracles, que la papauté a reçus, n'ont existé que par l'industrie du clergé, principalement qui, pour agrandir son revenu, n'a fait aucune conscience ou d'attribuer le nom de merveille à miracle ou par magie, voire par certains mouvements naturels, représenter aux yeux des chrétiens choses qui vraiment n'étaient pas usitées entre les hommes, mais toutefois qui se faisaient ou par dextérité et ingéniosité des hommes, ou bien avec l'aide des diables. Et pour couvrir telles faussetés, ils en ont bien su affubler leurs gentils saints. Dont est depuis sortie cette belle admiration des Saints, d'autant, disent- ils, que, par un secret jugement de Dieu, les martyrs ou autres saints ont plus grande vertu en un lieu qiïen un autre. Ils font bien de dire secret, car ce mot leur sert pour faire passer toutes les billevesées et bourdes qu'ils ont semées tant des saints que de leur ardent purgatoire, afin que personne ne se mît en peine de savoir si cela n'était point pour abuser le pauvre peuple. Mais où tendent toutes ces belles dévotions? Pourquoi approuvent-ils si fort les pèlerinages de saint Jacques, de saint Hubert et tant d'autres saints ? n'est-ce pas afin que la marmite de l'église bouille? Je leur veux bailler leurs faux miracles, qu'ils allèguent de leurs saints; faut-il pour cela inférer qu'il faut s'arrêter sur celui duquel Dieu s'est servi pour faire une œuvre qui surpasse la puissance de la nature créée ? ne faut-il pas monter à la première cause et au premier moteur? a savoir si saint Pierre, ayant fait ce miracle de guérir le boiteux s'en voulut glorifier? nenny. Les mots qu'il tint alors le déclarent. Hommes israélites, dit-il, pourquoi vous émerveillez-vous de ceci ? ou pourquoi avez-vous l'œil fiché sur nous, comme si de notre puissance ou sainteté nous avions fait chemiyier celui-ci ?

LXXV. — Que les curés avertissent soigneusement et souventes fois leurs paroissiens de n'estimer qu'il y ait quelque divinité ou propre vertu en image quelconque ; mais qu'ils sachent

qu'icelles ont été élevées es temples et places publiques principalement afin de nous rafraîchir souvent la mémoire de Jésus- Christ crucifié pour nous, ou de nous proposer à suivre la foi et piété des saints personnages. Qu'ils ne permettent de nouvelles images sans le congé de l'évoque. S'il survient quelque superstition, qu'elle soit rejetée ; qu'ils fassent corriger tout ce qui pourrait y être peint, taillé ou moulé qui fut vilain, faux, ridicule et déshonnête. Bref, qu'ils veillent en toutes sortes possibles, spécialement par bonne instruction, que le peuple ne tombe en aucune espèce d'idolâtrie, par le moyen des images, ni par autre occasion quelconque ; mais qu'il adore en tous lieux, principalement es temples, un esprit et vérité, un seul Dieu tout puissant, éternel, infini, incompréhensible. Que le peuple soit admonesté et averti d'entendre cela, comme s'ensuit : à savoir, qu'il faut adorer un Dieu, comme le bien souverain, créateur et donneur de tous biens, et sacrifier à lui seul ; que les saints doivent être honorés comme amis de Dieu, et priés ; que nous soyons aidés de leurs prières et faits participant de leurs mérites. Or, s'il ne faut pas servir les saints de ce service qui est dû à Dieu, comme au bien souverain et donneur de tous biens, moins faut-il faire cela à leurs images. Au reste, ce service de Dieu ne consiste pas tant en fléchissements de genoux, prosternement de corps, élèvement de mains, et autres cérémonies extérieures, desquelles nous usons, tant à l'endroit de Dieu que des Saints, qu'il consiste en l'affection du cœur, selon laquelle nous croyons en lui, comme au souverain, nous espérons en lui, comme en l'auteur de salut, et l'aimons sur toutes choses.

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C'est ici V idolâtrie que les papistes commettent à V endroit des saints, les invoquant et implorant à leur aide, comme s ils avaient en charge de ce faire: mais parce que la balourdise est tant grossière, que les plus aveugles d'entre eux sont contraints de l'apercevoir, ils ont trouvé cette distinction de latrie et de doulie, et que les Saints sont intercesseurs envers

LA POLYGAMIE SACRÉE AU XVIe SIÈCLE l[\§

Jésus-Christ seulement qui est fort gentil et gaillard. Mais si on la considère de plus près, c'est la plus sotte, absurde, et pleine d'impiété qu'on saurait estimer ; car s'il n'y a qu'un seul Jésus-Christ intercesseur entre Dieu et les hommes, à quelle fin prendrons-nous l'aide d'un saint Médard, d'un saint Graton, d'un saint Longin, d'un saint Vist, d'un saint Lieufray, d'un saint Léger, d'un saint Jacut, d'un saint Valéry, d'un saint Guilleberd, d'un saint Wadrille, d'un saint Mellon, d'un saint Godegrain, d'un saint Guignefort, et autres saints canonisés en l'église romaine? cela ne se peut faire sans altérer la clémence, bonté et puissance de celui qui s' est déclaré être notre intercesseur envers Dieu, qui s'est assujetti à la mort ignominieuse de la croix, qui, en un mot, pour £ amour de nous, s'est anéanti afin qu'il nous réconciliât avec Dieu son père. Doncques toute la modification qu'on pourrait ici faire, serait de réformer cet article en telle sorte, que l'honneur qui y est spécifié fût entièrement biffé, comme étant au préjudice du rédempteur du monde.

LXXV1. — Que les archevêques, évêques et curés exhortent soigneusement l'église, qui est le troupeau à eux commis, à croire assurément que les livres canoniques du vieux et nouveau Testament sont inspirés de Dieu, à reconnaître une seule Sainte Eglise catholique et apostolique sous un souverain Pontife, vicaire de Christ, et la foi et doctrine d'icelle ; à tenir pour résolu que cette Eglise enseignée par le Saint-Esprit, ne peut errer ; à respecter la certaine et indubitable autorité des Conciles œcuméniques, et à ne révoquer en doute les décrets d'iceux ; à garder fidèlement les traditions de l'église, comme un sacré dépôt baillé de main en main ; à suivre l'avis et consentement des Pères et docteurs catholiques ; à obéir, avec telle révérence qu'il appartient, aux ordonnances et commandements de notre mère sainte Eglise ; à avouer fidèlement le nombre des sept sacrements, leur usage efficace et vertu selon que l'église l'a cru et enseigné jusqu'à présent ; et pour la fin à retenir constamment tout ce que

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nos ancêtres ont saintement et dévotement observé jusqu'à nous. Et qu'ils ne souffrent en sorte quelconque d'être détournés de cela. Au contraire, qu'ils aient à détester et fuir, comme venin pernicieux, toute nouveauté de doctrine, se donnant garde de tout schisme, abominant toutes hérésies, spécialement ayant en exécration celles de notre temps, à savoir : de Luther, Zwingle et Calvin, hérésiarques, et de tous autres sectaires, ensemble les pernicieuses et pestiférées erreurs des Anabaptistes.

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Si nous voulions mettre toutes les restrictions et modifications qui seraient nécessaires à proposer sur ce dernier article, jamais ne serait fait ; car comme il est le dernier, aussi est-il le plus pernicieux, d'autant qu'en la queue est le venin. Il contient deux points principaux : l'un est des livres qu'il faut tenir canoniques et sur lesquels la foi chrétienne doit être appuyée ; Vautre de ceux qu'il est besoin de mettre hors de la vice de ceux qui veulent vivre en la foi catholique, apostolique et romaine. Le premier est approuvé par nous en ce qu'il tient qu'il faut tenir pour canoniques les livres du vieux et nouveau Testament, parce que la doctrine en iceux comprise est la règle très certaine de foi, procèdée de Dieu. Mai* dès qu'ils viennent à entremêler l'antiquité, la sagesse humaine, les jugements, les arrêts, les èdits, les décrets, les conciles, les visio?is, les miracles, et toutes telles inventions des hommes, nous modifions cet article ainsi : qu'il faut tenir pour articles de foi toutes ces choses, moyennant qu'elles soient examinées, réglées et réformées selon l'Ecriture sainte : ce que saint Augustin a fort bien enseigné au troisième livre contre Maximin. Quant à l'autre chef qui tend à ce que les curés exhortent les paroissiens de se donner garde de tous schismes, et à abominer toutes hérésies, nous ne pouvons nous y opposer; car c'est la vraie et seule voie de se maintenir en la pureté et intégrité de la foi chrétienne, et est ce point comme un membre dépendant du premier, d'autant que si

toujours nous méditons la loi de Dieu et réglons par icelle tout ce que nous voulotis croire de la vérité évangélique, il ne faut pas avoir peur que nous tombions dedans les filets des hérétiques, parce qu'ils veulent assujettir et soumettre V autorité de l'Ecriture sainte à leurs folles et vaines persuasions. Mais dès qu'ils veulent spécifier quelles personnes ils comprennent sous le nom d'hérétiques, c'est là où ils découvrent, non pas leur ignorance bien lourde, mais leur impiété si manifeste, qu'ils sont en tout inexcusables. Je n'entreprendrai pas de vérifier la vérité, pureté et sincérité de la doctrine que Calvin, Zwingle et Luther ont laissée par écrit, un chacun pourra lui-même fort à l'aise en asseoir un bon et indubitable jugement, moyennant qu'il ne soit trop passionné en ses affections, pour condamner celui que jamais il n'aura vu, et dont il n'aura, possible, jamais entendu parler qu'à ses adverses parties. Pariant pour modification de cet article, nous dirons qu'il faut que les curés admonestent leurs paroissiens de fuir tous les hérétiques, de ne s'arrêter à leur erreur, comme entre autres ils ont bien remarqué la forcènerie des Anabaptistes ; mais ils ont oublié le blasphème et sacrilège papistigue, touchant la Transsubstantiation, et autres méchancetés prises, non pas de l'Ecriture sainte, mais dedans la boutique de Satan.

Yoilà toute la belîe réformation imaginaire que ceux de la Polygamie veulent derechef mettre en évidence et faire publier, non pas pour la pratiquer, mais seulement pour abuser les simples, joint aussi que le principal point de la doctrine n'y est touché en sorte quelconque, mais au contraire tout le mal qui y est étant approuvé pour bon. Tout cet ordre, quand il serait gardé de point en point, ne serait qu'un moyen d'établir le mal par quelque vaine couleur de bien : car se désister de leur impiété, ce n'est pas leur intention. Bien ont-ils tenlé de vouloir énerver les plus ridicules cérémonies de leur service divin, comme ils l'appellent, et quelques points de leurs traditions, comme

2J2 LA POLYGAMIE SACREE AL XVIe SIECLE

d'abattre leurs images, supprimer le crachat du baptême, prier pour les trépassés, invoquer les saints, ôter de leurs messes tous les petits morceaux et lopins ou pièces qui y ont été des dernières ajoutées, voire de rabattre et éclipser une des principales pièces du harnois du capitaine Jean Blanc, avec une infinité de petites autres traditions, pour lesquelles ils ont fait sentir, il n'y a pas encore longtemps, le l'eu à plusieurs bons personnages, avec des persécutions en tout cruelles et étranges. Et par telle réformation, l'impiété demeurait toujours en tel degré, et l'autorité de l'antéchrist si bien établie, que les pauvres consciences fussent été plus gébennées que jamais, et la Polygamie en plus grande vogue et licence qu'elle n'a encore été. Et, de fait, depuis le Colloque de Poissy, les bourdeaux de la Polygamie ont été plus ouverts qu'ils ne furent jamais ; car au lieu que les prélats, moines et prêtres cachaient aucunement leur turpitude, ils communiquent aujourd'hui avec les dames et les demoiselles et entrent dans leurs maisons et cabinets, avec plus grande hardiesse et privauté que ne font leurs maris. Cela ne se fait pas sans grands frais et dépense de ceux qui font exercice de la Polygamie en l'église gallicane.

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