CHAPITRE XXVII
A SAVOIR SI C EST CRIME DE LESE -MAJESTE BE DIRE QUE LE PAPE ET CEUX DU CLERGÉ FONT CORNARDS, COUPAUDS ET COCUS LES ROIS ET PRINCES DE LA CHRÉTIENTÉ, OU BIEN QUE LES ROIS ET PRINCES SOIENT MAQUEREAUX DE SA PATERNITÉ
Si c'était crime de lèse-majesté de dire que le Pape et ceux du clergé font cornards, coupauds et cocus, les rois et princes qui ont baisé sa pantoufle, ou bien que les Rois et Princes sont maquereaux de sa Paternité, je voudrais premièrement savoir le brave qui voudrait avec le fisc se rendre partie civile à l'encontre de celui qui a dit : « Viens, et je te montrerai la damnation de la grande paillarde, laquelle se sied sur plusieurs eaux, avec laquelle les rois de la terre ont paillarde, et ceux qui habitent en la terre se sont enivrés de la paillardise ». Pour réponse, il se saurait bien justifier de son dire et accusation, car il ne l'a point faite de soi-même, mais l'esprit de Dieu Ta poussé à cela. De ma part, je passe bien plus outre, c'est que le Pape les a tellement enivrés du vin de sa paillardise, que l'auteur de la Polygamie sacrée tient qu'il lui a été fort facile de les faire cornards, coupauds et cocus tous ensemble ; au lieu que les rois et princes sont maquereaux, non seulement du Pape, mais de tous les papelards par lui sacrés, ou bien qui portent couronne sur la tête. Encore que cela se puisse prouver, ce n'est pas à dire qu'il soit loisible à une personne privée d'ainsi gazouiller des princes. Je confesse qu'une telle licence semble un peu audacieuse. Mais si j'apercevais que quelque grand seigneur
veuille souiller la couche de mon Roy, par l'artifice de l'adultère, et qu'il me fût interdit d'approcher de Sa Majesté, ni moins de l'avertir de la félonie de son adultère, serais-je criminel de lèse-majesté si, à bouche ouverte, je trouvais quelque subtil moyen de découvrir la déloyauté et perfidie de l'adultère ? Au contraire, le Roy m'en devrait savoir bon gré, et encore mieux, si je lui baillais preuve suffisante de l'accusation que je ferais à l'encontre de cet adultère. Par plus forte raison, s'il est ainsi, comme il est vrai, que cette grande paillarde ait enivré du vin de la paillardise les princes et rois de la terre, et qu'elle soit si abominable que de leur faire porter des cornes, c'est-à-dire les faire coupaux et cornards ; et que pour les coupauder à sa volonté, il veuille emmuseler la langue de tous ceux qui en voudront parler, voire les faire brûler et cruellement mourir ; trouvera-t-on étrange, ou bien me taxera-t-on de crime de lèse-majesté, si je trouve moyen d'avertir les princes, pour se rédimer et garantir d'une telle ignominie ? L'ingratitude serait la plus grande du monde, qui m'en saurait tant soit peu mauvais gré ; car on voit de quel zèle je suis ici mené ; mais c'est un zèle inconsidéré. Inconsidéré ! Oui, inconsidéré, en tant qu'on ne doit jamais parler des princes, sinon avec tel respect qu'il appartient, ni encore rien moins proposer qu'on n'ait toujours faute de preuve. Quelle plus ferme et indubitable preuve voudriez-vous avoir, que celle que l'Esprit de Dieu a prononcée à l'encontre de la paillarde avec laquelle les rois ont paillarde ? Si on tient ce point pour bien vérifié, je m'assure que les qualités et effets de coupaux, cornards et maquereaux, que je mets en avant, ne seront point destituées de preuves. Vous avez vingtcinq ou trente chapitres au livre VII de la Polygamie, justificatifs de ce point ou article. Et si l'auteur d'aventure était suspect aux parties, et qu'il fallût faire nouvelle enquête, je ne veux point d'autres commissaires que les rois et princes de la chrétienté, et pour témoins nous produisons dès maintenant le Pape, les cardinaux, évêques, prélats et autres qui sont en cette hiérarchie, et advenant qu'ils fissent difficulté, d'entendre d'autre témoignage à cause que de droit ils ne peuvent être témoins et parties tout ensemble, nous requérons que pour
serment catégorique, ils, et chacun d'eux respectivement, aient à répondre sur les articles suivants :
Depuis quel temps ils ont été promus en l'ordre de prêtrise ; s'ils sont puceaux : si jamais ils ont eu connaissance à femmes ni à filles, et combien ils en ont entretenues et entretiennent.
S'ils nient ce point, il leur sera demandé :
S'ils ont jamais eu copulation avec les démons ; s'ils se sont jamais joués de la sodomie ; s'ils savent bien que continence est un don singulier de Dieu, lequel il ne donne point à tous, mais à certaines personnes, et quelquefois pour un temps seulement, et que ceux auxquels il n'est pas donné, doivent recourir précisément au mariage, qui est le remède ordonné du Seigneur pour la nécessité humaine ; pourquoi ils magnifient si fort l'abstinence du mariage comme chose nécessaire, et un ornement de l'église ; et si par là ils ne font pas grand déshonneur à l'église ancienne ; si la défense du mariage aux prêtres n'a pas été une méchante tyrannie contre la parole de Dieu, et contre toute équité.
Cette réponse catégorique ne sera sitôt faite, que vous découvrirez incontinent, que le plus sobre d'eux est en tout pollué et contaminé ou de sodomie ou de paillardise, d'autres qui s'aident de la magie, des invocations des malins esprits, de l'extase et ravissement des sorciers, et des fréquentations ordinaires qu'ils ont avec les démons, de la copulation qu'ils ont avec iceux, jusqu'à se servir de toutes autres infamies et de détestables moyens, pour plus aisément exécuter leurs paillardises et commettre infinies cruelles méchancetés.
De les faire répondre catégoriquement un par un, quand il y aurait un million de commissaires, cela jamais ne serait fait, tant le nombre est grand de la prêtraille. Seulement je requiers qu'entre dix millions on en trie un ou deux, qui sembleront les plus chastes et dévots, et si vous n'y trouvez de la corruption à revendre, je veux que toute leur paillardise, sodomie, magie, sorcellerie et démonomanie, soit réputée pour la même chasteté et sainteté, qu'ils ont jusqu'ici fait accroire, non seulement aux simples, mais aux mieux avisés.
Si cette réponse catégorique n'est suffisante, nous avons en
main les preuves requises pour avérer toute cette démonomanie, les incestes, la sodomie et les paillardises ; elles sont si justifiantes, que les rois et princes pantoufles, c'est-à-dire qui ont baisé la pantoufle, adoré ou reconnu la bête qui la porte, sont coupaux ou cornards, et toute la séquelle d'icelle.
Ici je fais très humble et très affectionnée requête à tous les princes chrétiens, et aussi aux reines et princesses, qui par leur pudicité, chasteté, vertu et honnêteté, se sont préservées de la démonomanie, de cette grande paillarde de Babylone, à ce qu'il leur plaise ne prendre en mauvaise part ce que j'en viens de dire. Ce n'est pas pour faire brèche à l'honneur de ceux et celles qui ont leur honneur en telle recommandation que, grâce à Dieu, il y a tache quelconque, et principalement es rois, princes et princesses de notre France. Aussi pour tels ni telles, nous n'entendons qu'ils soient compris en une si vergogneuse (l) litanie. Je l'appelle vergogneuse, à cause qu'il faut mettre tant de rois et princes et que si aucun d'eux se trouve exempt d'être cornard, comme de fait il s'y trouve, notamment en la France, encore qu'il y ait des cardinaux et prélats, en tel nombre, et aussi habiles et expérimentés pour l'acte vénérien qu'en autre part de la chrétienté ; hon gré mal gré que j'en aie, encore fautil les mettre au rang des maquereaux de cette grande paillarde, qui est le plus grand marché que je leur puisse faire. Mais ce que j'ai le plus à contre-cœur, est que je ne puis éviter qu'en cette même litanie ces très illustres et vertueuses princesses n'y soient et demeurent qualifiées pour maquerelles ; non pas qu'elles le soient proprement, et à Dieu ne plaise, ayant, comme j'ai déjà dit, l'honneur et la vertu trop chère et précieuse en elles, mais en tant qu'elles laissent passer par nonchalance ce qu'elles savent trop bien, qui est d'avoir si peu de pitié de. tant de dames religieuses reléguées dans ces cloîtres, brûlant à petit feu depuis si lonlemps, tellement désespérées qu'elles sont contraintes de se servir des piteux moyens que nous avons naguère déduits, le plus sobre desquels est de se faire emplir le ventre. Si les princesses qui ont autorité et crédit s'opposaient formellement à cela
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BIBLE HISTORIALE XIV« siècle Ms. fr. no 167
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et remontraient aux rois et princes la fragilité du sexe féminin et que la continence est un singulier don de Dieu, nous n'aurions tant d'enfants avortés, tant de dames religieuses polluées, corrompues et gâtées, comme nous avons en l'Eglise gallicane. Et jusqu'à ce qu'elles les aient retirées de tels bordeaux elles prendront, s'il leur plaît, en bonne part l'avertissement que je leur en fais, qui est, quand tout est dit, le plus beau passe-droit que je leur puisse sur ce faire, m'assurant que quand elles auront bien ruminé la force des preuves et témoignages, que j'ai mis ici en avant, que non seulement elles, mais tous les rois et princes de la cbrétienté connaîtront de combien ils ont été non seulement enivrés, mais ensorcelés de cette grande et vieille baridelle romaine, et ils passeront légèrement par dessus l'aigreur de tels mots, desquels la gravité de cette matière, du tort et de l'injure que leur fait le Pape et la papauté, me contraint ainsi d'en user. Plus gracieusement et avec plus grande douceur, ne pouvais-je traiter cet article, sinon que tout à fait j'eusse mis en évidence les horribles incestes, les infamies et très puantes paillardises, desquelles cet abominable abomine les trônes, diadèmes^ sceptres et couronnes des monarques, rois et potentats qui le révèrent.
Plusieurs trouvent étrange pourquoi du premier coup je ne mets en lumière la première perle précieuse, de laquelle nous prétendons traiter, sans ainsi m'éloigner de son sujet, et m'entortiller de si étranges, puants et horribles mots qui ne peuvent qu'être odieux aux princes et faire languir les lecteurs de la vue de ces trois perles d'inestimable valeur qui sont dans le Cabinet du Roy. Je fais tout ce que je puis pour les représenter ; mais vous voyez les grandes difficultés qu'il y a de faire ouverture de l'étui où elles sont. Si elles étaient dans un retrait, révéremment parlant, encore faudrait-il attendre qu'on eût curé les latrines pour les trouver, et avant de les mettre en évidence, les laver et nettoyer des ordures et immondices. L'étui où elles sont, c'est le cloaque de toutes ordures, et par ce peu qui déjà en a été touché, vous pouvez bien apercevoir que si on ne découvre et nettoie de fond en comble la merde et putréfaction qui est à l'entour d'icclles, il sera impossible de la tirer de là. Où sera
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donc cette splendeur, richesse et majesté de cet étui ? Quelque belle parade qu'il puisse avoir, et que le prix, étoffe et façon d'icelui soit plus admirable, ce n'est que toute fausseté, fards et déguisements, à le comparer à la moindre vertu et propriété de notre première perle. 11 y a, veux-je dire, autant à dire que des ténèbres à la lumière, et de la vraie à la fausse église. Nous ne voulons cependant pas nier que l'efficace de cet étui rre soit plus qu'étrange, vu que cette grande paillarde de Babylone, qui en a la clef, s'oppose formellement qu'ouverture en soit faite, sachant très bien que, si la vertu des perles apparaît, tant ni quand, faudra par nécessité qu'elle aille faire ailleurs son bordeau, et que ce royaume soit repurgé entièrement de ses paillardises et ordures, et qu'ayant chassé les adultères polygamiant, ces qualités de cornards, cocus et maquereaux soient biffées et rayées du registre où elles sont écrites. Car entre autres propriétés, le propre et naturel de notre perle est de nettoyer toutes taches, macules et ignominies, de blanchir et réformer les noirs et les difformes, en telle sorte qu'il n'y puisse apparaître aucune turpitude. Mais d'autant qu'il semblerait peut-être avis à aucuns, qu'il n'est question ici que d'une paillardise spirituelle, et d'autant que les rois et princes, et généralement tous les hommes qui adorent la bête, ne réputent qu'à l'honneur de paillarder avec cette grande paillarde et de lui être ses maquereaux (crime îe plus détestable entre toutes les énormités que puisse commettre l'homme), et que les rois, princes et potentats se trouveront plus piqués et stimulés, quand ils verront le Pape, les cardinaux et toute la séquelle paillarder avec leurs femmes et leurs filles, commettre incestes, sodomies et autres ordures en leurs maisons et par ce moyen eux être coupauds, cornards et maquereaux de leurs propres femmes et filles, protecteurs et conservateurs d'une telle Sodome et Gomorrhe ; il ne sera pas mal convenable de les supplier très humblement de lire en toute diligence le traité de la Polygamie sacrée. Là, ils découvriront à l'œil chose à laquelle jamais ils n'eussent cru. Prenons le cas que leurs femmes et filles naturelles soient exemptes d'une telle pollution ; pourtant ne peuvent-ils nier qu'ils ne soient pères ou tuteurs du moindre de leurs sujets et sujettes lesquels, à proprement parler,
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sont leurs propres enfants. S'ils sont leurs enfants, pourquoi permettent-ils que deux millions de femmes et de filles soient ainsi abandonnées sous la polygamie et paillardise de ces malheureux ? Un père qui aurait prostitué sa fille à des rufisques et maquereaux serait digne non seulement des peines de la loi, mais de la mort éternelle. A plus forte raison le souverain qui est bien informé du train de la polygamie et que ses fdles, c'est-àdire ses sujettes, y sont produites, exposées au gré et plaisir de ces rufisques sacrés, nous disons qu'il est responsable, en son propre et privé nom, de toute la turpitude et pollution qui s'y commet. Quand il n'aurait que sept ou huit femmes ou filles perdues, le nombre ne serait déjà que trop grand ; mais quand il est ici question d'un nombre qui surpasse deux millions de créatures raisonnables, voire créées à l'image de Dieu, et que Sa Majesté a comme consignées entre les mains de son lieutenant, pour être consacrées et dédiées à son service, je vous laisse à penser quel sera le compte qu'il lui pourra sur ce rendre, si, au lieu de les avoir conservées en toute pureté et honnêteté, elles ont été et sont abandonnées en toute pollution et vilenie, chose qu'ils ne peuvent ignorer. Car ils ne sont point si aveugles qu'ils ne connaissent très bien que ces vénérables prélats sont hommes ; et n'étant point mariés il est bien malaisé, quelque chastes qu'ils puissent être, que sur les femmes d'autrui ils ne pratiquent le droit de nature par emprunt de territoire. Ces mots de cornards, coupauds et cocus, à la vérité sont bien fort rudes et aigres, et qui en pourra user d'autres il sera fort bien fait ; mais puisqu'il y en a plusieurs qui ne veulent pas sentir leur fêtardise, il serait très requis que tels fussent dénommés en un beau rôle, pour le faire voir, comme il appartient. Et aux dociles et débonnaires, je sais l'ordre et formalité que j'y devrai tenir ; et afin que les uns ni les autres ne pensent que je prenne plaisir à les particulariser et publier, je les envoie derechef au traité de la Polygamie sacrée. Lisant lequel, il sera impossible que les rudes et grossiers ne reconnaissent l'insolence et dépravation de cette grande paillarde de Babylone, et de combien ils ont été non seulement enivrés du vin de la paillardise, mais ont fait corrompre et polluer par les estafiers couronnés ou sacrés, leurs
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femmes, filles et enfants avec telle et si vilaine ignominie, que de cent enfants procréés durant leur mariage, il n'y en a pas deux ou trois qui se puissent dire légitimes et naturels ; tant il y a eu de paillardises et incestes et démonomanie, parmi cette vénérable polygamie. Et pour aggraver une telle tache ou ignominie, le traité de la Polygamie découvrira qu'à leurs propres dépens, ils se sont faits coupauds et eornards, car la plupart des rOys et princes, après avoir élevé, enrichi et agrandi cette grande paillarde et ses prélats ou rufisques sacrés et s'être repus de leur célibat ; de là ils ont pris cette audacieuse licence de monter sur les lits et souiller les couches des majestés de ceux par qui ils ont été ainsi élevés. Et, si j'ose dire, ils l'ont bien mérité. Car encore qu'en général, et en particulier, plusieurs gens de bien les aient avertis de l'impiété et ordure de toute cette polygamie, qui leur faisait porter des cornes à la vue d'un chacun, pour toute récompense ils les ont fait mourir de divers supplices, tellement que si la perle précieuse qui est dans le Cabinet du Roy ne se fût manifestée comme on a fait depuis quelques années, la plupart de la chrétienté fût aujourd'hui été réduite en cendres, tant les feux y étaient allumés.
Parquoy avenant que le traité et livre de la Polygamie fasse quelque fruit, c'est-à-dire que les princes et rois puissent un peu ouvrir les yeux, je me garderai bien de nommer personne ; mais je tiendrai telle modestie et silence, que pas un d'eux ne s'en trouvera offensé. En telle sorte que mon procès-verbal demeurera toujours revêtu de leurs noms et surnoms, afin que, s'il est question de faire le procès criminel à celte grande paillarde, et à tous les estafiers couronnés, on leur puisse montrer au doigt et à l'œil tous ceux qu'elle a enivrés du vin de la paillardise. Et pour le regard des mots de eornards, coupauds ou cocus, qu'on trouve si aigres, je suis bien d'avis, pour ne mécontenter personne, de ne les plus nommer ainsi ; en les réformant, simplement nous appellerons ceux qui se trouveront coupauds et cocus, polygamies, encore que le terme soit par trop doux. Et quant aux maquereaux, ils seront appelés maquignons, ce qui me fait espérer que les polygamies et maquignons n'auront occasion de se plaindre, mais qu'ils prêteront volontiers
audience, tant à la lecture du traité de la Polygamie qu'à tout ce que je leur ferai sur ce entendre, afin qu'un chacun d'eux prenne dévotion d'aller voir les perles qui sont dans le Cabinet du Roy. J'espère aussi que l'adoucissement de ces mots de maquerelage et cornardise sera pris en si bonne part d'un chacun, qu'ils aggraveront néanmoins d'autant l'énormité de l'ignominie que la lubricité de la polygamie leur a acquise.
Je me suis aussi avisé qu'il est bien requis de dresser encore un autre et particulier procès-verbal en forme d'articles secrets des impératrices, reines, duchesses, marquises, comtesses, baronnettes et autres dames, de quelque état et qualité qu'elles puissent être, qui n'auront point été polluées et contaminées de cette maudite et damnable polygamie, afin de faire paraître la chasteté et pudicité de celles qui ont été vertueuses, et auxquelles Dieu a fait la grâce de les avoir préservées de cette maudite et damnable polygamie ; sans point de faute, il y en a ; mais elles sont si rarement semées que je n'aurai pas beaucoup de peine à les inventorier. Et encore celles qui ont eu leur honneur en recommandation et qui ont eu crainte de s'oublier, pourtant n'ontelles pu tant faire, que quelques-unes des demoiselles de leur suite ou filles de chambre n'aient été corrompues et déflorées de ces rufisques et prélats sacrés. Voilà pourquoi la description qui en sera faite sera en forme d'articles secrets, en telle sorte néanmoins que les noms, surnoms et qualités des femmes de bien paraîtront, ainsi que leur chasteté, mérite, comme il a été dit.
11 faut par nécessité revêtir ce procès-verbal de toutes telles particularités, et bien davantage ; car il faut dresser état en chaque royaume, principauté et seigneurie de la Chrétienté, de tout le revenu des biens que tiennent ces rufisques sacrés. Pour et afin que chacun connaisse qu'aux dépens des pauvres, ignominie des rois et princes, et désolation du pauvre peuple, tous les bordeaux de la polygamie de la chrétienté sont entretenus dans iceux états. Il sera très malaisé aux princes et rois de prendre fantaisie de recourir au Cabinet du Roy dcFrance, ni moins de jamais retirer de son anticabinet l'étui dans lequel sont les perles précieuses que chacun désire tant de voir. Si je puis, je
n'oublierai aucune chose en cet endroit; car je réputerai à très grand heur, si je puis une fois voir que les princes chrétiens soient déniaisés de cette polygamie, et qu'à l'avenir reproche ne leur puisse être fait d'avoir payé l'écot, comme on dit en commun proverbe, pour s'être fait polygamier, et d'avoir soumis et prostitué leurs femmes à la merci ou miséricorde d'un célibat incélibe, si bien que leur génération est incertaine tellement leurs fils et filles filent et tiennent plutôt au fdet pourri de la filaterie si mal filée, qu'à défiler le fil qui les tient enfilés dans les filets de cette polygamie ; ce qui me fait dire que, parlant aux rois et princes, je ne serai point bègue de leur en dire ce qu'il me semble ; que si chacun d'eux est si lâche de cœur, que de vouloir croupir en telles ordures, leur plaise avoir pitié de tant de pauvres enfants et filles qui peuvent et pourront leur appartenir, et de ne permettre que le célibat de ces ruiisques, sous la douceur, friandise et appât de leur polygamie, les mène ainsi à perdition, entre lesquels, puisqu'il a plu à Dieu de faire la grâce à aucuns de tenir leurs familles nettes de telles pollutions, qu'elles le prient de leur donner une affection entière, de se contenir de bien en mieux, et de ne permettre point qu'elles se nourrissent ou entretiennent du flair de la marmite de la polygamie. Si elles en font ainsi, je m'assure que les Princes et notamment le Roy de France, entendra les cris et gémissements d'une infinité de ses pauvres sujets, qui implorent sa miséricorde, non seulement à ce qu'elle éteigne les feux que la cruauté des juges a allumés tant en son royaume qu'à ceux des autres Roys ; mais de supprimer par effet tous les bordeaux de cette polygamie sacrée, et ainsi qu'il leur soit loisible, servant leurs Majestés, de servir celui qui les a élevés en leurs dignités et grandeurs.
Et s'il ne leur plaisait d'ouïr leurs voix, je les interpellerai d'ouïr celle du Fils de Dieu, lequel leur ayant donné puissance sur leurs biens, sur leurs corps et sur leurs propres vies, leur demande que la puissance et domination sur leurs âmes et consciences, lesquelles il s'est acquises au prix de son sang, lui soient réservées, tellement qu'il n'est permis à quelque prince que ce soit, de contraindre ses sujets de baiser la pantoufle depuis si
longtemps pantouflée, de ne prodiguer la pudicité de leurs fils et filles à la volonté des rufisques de la polygamie sacrée.
Voilà en effet les points et articles principaux de ma commission. Pas un desquels ne sera oublié d'être signifié, comme il appartient, à tous les princes de la chrétienté, signamment au Roy de France, pour l'amour et en faveur duquel et de ses bons, fidèles et loyaux sujets, libéralement je veux parachever cet ouvrage. Et s'il est si gracieux et débonnaire, comme je m'assure, qu'il consente à donner libre entrée dans son cabinet, en votre présence et celle de tous ceux qui y voudront assister, je lui découvrirai des choses telles, qu'il serait le Roy le plus ingrat du monde, et tout à fait ennemi de sa prospérité, s'il ne permettait l'ouverture et sûr accès de son anticabinet, pour retirer, briser et rompre l'étui dans lequel sont les plus précieux gages qu'il saurait jamais recouvrer. De manière que je me promets que, si le cabinet et l'anticabinet de Sa Majesté nous sont ouverts, le Pape pourra bien dire qu'on le cabinètera, de telle sorte que sa polygamie sera si bien décabinée, qu'il ne lui restera cabane ni cabinet. Au contraire, si le Roy et autres princes veulent toujours le maintenir et encabaner en la polygamie ; d'autre part, si les impétueuses furies de cet Antéchrist, sans que les R.ois chrétiens y mettent ordre, exercent toujours cruauté, par prison, fouets, géhennes, coupures, brûlures, guerres, perfidies et empoisonnements, les pauvres fidèles, comme brebis dévouées à la boucherie, seront jetées en toute extrémité, tellement néanmoins qu'en leur patience ils posséderont leurs âmes, et attendront la main forte du Seigneur, laquelle sans doute se montrera en sa saison, et apparaîtra armée, tant pour délivrer les pauvres de leur affliction que pour punir leurs contempteurs qui mépriseront le prix inestimable des trois perles que nous sommes à la veille de voir. Et pour témoignage de leur ingratitude, j'ai charge expresse de secouer la boue de mes souliers contre la première porte du cabinet, dans lequel néanmoins, si je puis, je ne laisserai d'entrer. Et alors je verrai et ferai voir les trois perles que le pape y tient cachées ; que, si ce n'est réellement et défait, pour le moins en auront-ils la description, telle et si ample qu'elles leur seront représentées comme au vif. De la première
et principale desquelles j'emprunterai et tirerai quelques vertus et propriétés, sans rien y altérer, afin d'en faire part à tous eeux que je connaîtrai affectionnés au service de Dieu, et qu'ils puissent dire avec moi que le labeur que j'ai sur ce pris, ne leur soit en tout inutile. J'estime qu'ainsi se fera-t-il.