LA DANSE MACABRE DE LA POLYGAMIE SACREE
II a fallu produire tant de beaux exemples pour stimuler notre Roy, que comme Dieu lui a fait une si grande et singulière grâce d'avoir trouvé une perle si précieuse, par le moyen de laquelle toutes idolâtries et superstitions peuvent être chassées de son royaume, il ait à donner ordre de supprimer et éteindre l'athéisme, sorcellerie, divinations, et nécromancie, depuis certaines années enracinées en ce royaume, chose qui lui sera très facile à faire ; car la vertu de cette perle est telle, qu'elle ne peut souffrir l'impiété.
Pour la bien remarquer et faire avoir en horreur et abomination, telle qu'aujourd'hui elle est en France, il serait à désirer, ce qui ne se peut faire toutefois, qu'une danse macabre fût composée de tous ceux qui font profession de l'impiété et polygamie en l'Eglise gallicane ; et vous verriez un branle suivi de plus de dix millions de personnes.
Le branle commencerait par 160 et tant de cardinaux qu'évoques : plus de 2.600 abbés que prieurs; 182.000 curés; 1 32.000 vicaires; 36o.ooo Chanoines, tant des églises catbédrales que canonicalcs ; 4oo.ooo secrétaires, prêtres et prébendiers ; 780.000 moines, compris les novices ; 3o.ooo Chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem et Commandeurs avec leurs serviteurs ; iôo.ooo Chapelains; 9.700 Chartreux, compris leurs serviteurs ; 37.000 Cordeliers et leurs serviteurs ; 3o.ooo Jaco-
bins et leurs serviteurs ; 28.000 Carmes et leurs serviteurs ; 26.000 Augustins et leurs serviteurs ; 46. 000 Jésuites, Minimes, Bernardins, Célestins et autres de semblables religions, compris leurs serviteurs; 12.000 Jambonites ou Antoniens avec leurs serviteurs ; 180.000 Nonnains et religieuses, compris les converses et serviteurs ; 1.200 serviteurs domestiques des cardinaux et évêques, compris plusieurs laquais ; 45- 000 serviteurs domestiques des abbés et prieurs, compris aussi quelques pages et laquais, qui avaient été omis; i3o.ooo serviteurs des curés et vicaires : 280.000 serviteurs des moines ; 36o.ooo serviteurs des chanoines ; 200.000 serviteurs des sociétaires et prêtres ; 5o.ooo serviteurs des chapelains ; 400.000 putains cardinales, épiscopales, abbatiales et aussi des prieurs et de leurs serviteurs ; 600.000 putains pastorales et des vicaires ; 1.200.000 putains canonicales, combien qu'il y en ait bien davantage ; 1.200.000 putains des prêtres sociétaires ; 2.000.000 putains monacales pour le moins ; 100.000 putains maltoises; 3oo.ooo putains des chapelains; 24.000 putains des Chartreux ; 80.000 putains francisquines ; 72.000 putains carminées ; 70.000 putains Jacobines ; 60,000 putains augustiennes ; i.3o.ooo putains des Jésuites, Bernardins, Minimes, Célestins et autres religions ; 27.000 putains antoniennes : 200.000 rufisques et paillards des nonnains; 1.200.000 bâtards ; 000.000 maquereaux et maquerelles ; plus de 100,000 athéistes ou épicuriens en l'Eglise gallicane; plus de 200.000 sorciers ; ôo.ooo magiciens et enchanteurs ; et un nombre encore plus grand de nécromanciens et devins.
Voilà de neuf à dix millions de personnes desquelles l'étendue de l'Eglise gallicane est semée. Considérez de combien importe une telle semence, et si elle n'est pas suffisante pour suffoquer ce peu de bon grain qui peut être au milieu d'icelle. Pourtant ce n'est point sans cause, si tant souvent nous venons à rappeler le nombre des domiciliés d'une telle polygamie, l'énormité et dépravation d'icelle, et de combien Dieu y est offensé.
Un roi, un conseil privé, les cours de parlement, voire toutes les Chambres assemblées ne sauraient jeter la vue sur la description et le nombre de tant de personnes, qu'ils n'admirent la bonté infinie de ce grand Dieu, pour avoir patienté si longtemps
une telle ordure en un tel royaume, et comment les feus Rovs l'y ont jamais tolérée. Seigneur Dieu, sur quoi peuvent-ils être fondés ? De dire que ça ait été sur le célibat, malaisément cela se peut-il croire ; car encore que nos devanciers se soient avec trop grande licence chatouillés l'un l'autre pour se faire rire, comme on dit, si ont-ils toujours bien connu que la virginité et continence des prêtres était appuyée sur si peu de chose qu'il ne fallait guère pour la faire trébucher, et tout ainsi qu'ils ont pensé, ainsi en est-il advenu, en tant que tout le temps de leur règne les effets de la polygamie ont eu leur plus grande force et vertu. Bien que l'idolâtrie et superstition, qui pour lors était en plus grand règne, couvrit aucunement l'acte vénérien et de la démonomanie, de vrai, elle était bien plus obscure qu'elle n'est maintenant ; car par le moyen de tant de sorciers et sorcières qui ont été exécutés, et si grand nombre d'histoires, recueillies de notre temps, de tant de prêtres, moines et religieuses, l'on aperçoit assez si la copulation charnelle avec les démons a été pratiquée entre telles gens. Et ne fait rien ce qu'a voulu sur ce mettre en avant le médecin V. Vier pour dire qu'une telle copulation est plutôt illusion qu'autrement ; car nous avons parlé à d'autres qu'à de vieilles sorcières, l'infirmité et vieillesse desquelles, comme il est dit, les fait tomber en telles rêveries.
Il y a en l'Eglise gallicane plus de dix ou douze mille religieuses qui, si elles étaient un peu sondées comme il faut, rendraient fort bien cause de savoir d'une telle démonomanie et de la copulation familière qu'elles ont eue avec les diables. Le nombre desquels et en la forme et état qu'ils se représentent pour abuser celles qu'ils connaissent charnellement, je les eusse volontiers mis au branle de la danse macabre ; mais l'horreur que j'ai eue de telle nature de démons, et aussi que la danse était beaucoup plus complète qu'il ne fallait, m'a fait retrancher une telle démonomanie.
Quelle plus grande sorcellerie et enchantement pourrait-on imaginer que celle-ci, c'est à savoir que durant sept ou huit cents ans, la polygamie composée d'un tel et si grand nombre que vous venez de voir, a arraché finement des mains des Rois
de France de si grands biens pour les appliquer en si pernicieux
usage.
Si un trésorier de l'épargne était bien informé qu'on eût crocheté les coffres de l'épargne, et pris en iceux dix ou douze mille écus, et qu'un remords de conscience fit dire par l'un des larrons au trésorier de l'épargne qu'on dût retourner derechef crocheter les coffres pour y attraper pareille somme que la première, indubitablement le trésorier de l'épargne serait bien mal avisé si, sur un si bon avertissement, contenant l'heure précise où doivent arriver les larrons, il ne mettait gens au guet pour les surprendre en flagrant délit, tant pour avoir restitution des dix ou douze mille écus par eux dérobés, que pour les faire châtier par justice.
Or les Roys du passé ont bien pu voir, le Roy à présent régnant voit encore bien mieux que ces larrons de la polygamie, depuis le temps de Charlemagne, ont si bien crocheté les coffres de l'épargne, que rien ou peu y est demeuré ; qu'ils ont si bien fureté les serrures de la chambre du trésor que, par le moyen des pancartes, titres et enseignement qu'ils en ont tirés, ils se sont enrichis de cent millions d'écus de revenu, qu'ils ont si bien fait qu'ils ont réduit le Roy en telle extrémité qu'il n'a pas le liard dans ses coffres, son domaine pour la plupart usurpé de ces sangsues. Et le pis que j'y vois, est que tels deniers sont convertis et employés à polluer la plupart des principales familles de cette Monarchie. Du nombre de tels larrons, il y en a qui sont venus non pas au trésorier de l'épargne, maisauroy même et à ceux de son conseil privé, donner avertissement où reposait le fundique (') du principal butin que les larrons ont fait sur Sa Majesté. Ils ont bien rapporté davantage ; car ils ont montré que si Sa Majesté ne diligentait de les faire prendre à la pipée, ils lui déroberaient le reste de ce qu'il pouvait avoir, et si feraient évanouir, si possible était, le principal de leur butin. Et déjà les malheureux commencent à vendre, dissiper et distraire le plus qu'ils peuvent, tellement que qui ne les prendra, le roi perdra un tiers du butin qu'ils ont fait de sa dépouille. Ne serait-ce donc faire tort au Roy
(') Magasin, bazar.
et au public si, sur tant de bons avertissements, le conseil privé ne pourvoyait à de si grandes choses, qui importent la grandeur de Sa Majesté, le soulagement du peuple, et empêcher le train infâme de la polygamie.
Pour planter et établir à l'avenir, par toute cette monarchie, la vraie religion, selon que Sa Majesté en a tant de fois été requise, et que la perle qui doit pendre en son oreille droite l'en sollicite, si on allègue que l'exécution d'un tel fait est difficile, vu la pluralité des personnes qui exercent et vivent de la polygamie, je réponds que si une femme, quelque rusée qu'elle puisse être, avait 25 ou oo ruffiens en sa maison, et qu'elle aperçût son mari venir de quelque lieu, il n'y a pas un de ces rufisques qui ne levât la semelle pour gagner la garite, et la femme serait contrainte encore de venir s'humilier au mari.
Si le Roy, qui est le père et tuteur de ses sujets, entre une bonne fois à escient, comme il faut, dans les cachettes et cloaques de cette polygamie, je ne fais point de doute qu'il ne les trouve tous remplis de ces rufisques et maquereaux. Mais quoi ! sitôt qu'il auront découvert la Un pour laquelle Sa Majesté les visite, et qu'ils auront vu la perle, pendue en son oreille, soudain vous les verrez évanouis, tellement qu'on n'en aura jamais de nouvelles. Ainsi le Roy seul, et tout d'un coup, peut réformer tous les états d'une telle et si grande monarchie. J'estimerais la chose difficile, sinon que d'autres Pvoys qui n'ont pas les moyens qu'il a, en ont bien fait l'épreuve, principalement la Reine d'Angleterre, quia nettoyé et purgé son Royaume en si peu de temps, comme on a vu. Aussi voyez, depuis ce temps-là, la splendeur et heureuse prospérité qui accompagnent un tel Royaume.
La plupart des sujets du Roy de France sont tellement dévotionnés au service de Dieu et de leur Roy que, pour acquérir en son royaume telle prospérité et splendeur que celle qui reluit en Angleterre, d'une franche volonté, ils se sont comme sacrifiés et exposés à toutes les croix qu'on a voulu ; car par le feu et par les glaives^ vous trouverez que plus de 6 ou 700.000 chrétiens français, depuis 2 5 ou 3o ans, ont été occis, meurtris et massacrés. Et avant que de permettre de reconnaître qu'un autre que Dieu, celui qui est engravé en la perle, doit pendre en l'oreille de leur
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prince, ni moins de consentir que ces polygamies souillent et polluent davantage les lits de tant d'excellentes familles qui sont en ce royaume, il coûtera encore la vie à plus d'un million d'hommes. En quoi l'on peut bien remarquer le cœur généreux et le naturel débonnaire du Français, qui aime mieux être crucifié par manière de dire, que l'honneur de Dieu et celui de son Roy soit offensé, chose qui est très patente et plus que notoire. Car s'ils eussent voulu croire au Dieu de pâte des papistes et que le Pape est Dieu en terre, souverain et premier des êvèques, ou bien simplement dissimuler et ne sonner mot à l'encontre de la polygamie, c'est-à-dire, laisser les prélats et prêtres faire à leur appétit des femmes et filles de ce royaume, comme ils ont jusqu'ici fait, entretenir leurs bordeaux, incestes et sodomies, du larcin qu'ils font ordinairement du bien des pauvres, jamais ils ne fussent été si cruellement poursuivis et traités comme ils ont été.
Si donc cela est plus que notoire, et que ceux du privé conseil du Roy touchent au doigt toutes ces choses, pourquoi tardent-ils tant à y remédier ? Ne voyez-vous pas bien que tout se perd, et que depuis la première aliénation des 100.000 écus de rente, qui se fit il y a environ i5 ou 16 ans, on a fait des aliénations en cachette, et comme par dessous terre, d'un tel artifice qu'il sera bien malaisé de jamais revoir ce qui a été usurpé ; et encore tous les jours s'en fait-il de telles et étranges usurpations, que si l'on continue plus guère, la brèche se trouvera bien plus grande qu'on ne pense. Aime-t-on mieux que les putains et maquereaux viennent ainsi à tout dissiper, que de l'appliquer au droit usage à quoi il est destiné ? Plutôt que le prince et le public s'en prévalent pour satisfaire aux charges de ce royaume, au soulagement de tant de pauvres femmes, veuves, enfants, orphelins, pauvres des hôpitaux et autres nécessiteux. Aimc-t-on mieux que la confusion et désolation se pourmènent et s'affermissent en ce royaume, comme on voit, sans qu'il y ait personne qui, pour le service de notre Roy, veuille s'y employer ")
Si on continue toujours de telle sorte, je suis bien d'avis que le Pape se dise plus grand maître que tous les rois et empereurs de la terre, comme le malheureux se qualifie ainsi, par plusieurs
canons et décrétales des 'papes. Et il est bien à craindre que comme le Pape Innocent III, écrivant à un empereur de Constantinople, le tançait et parlait à lui comme à son valet, qu'aussi ne fasse-t-il de même à notre Roy. Pour le moins, s'il ne lui écrit de la sorte, il montre bien qu'il se soucie peu de Sa Majesté, en tant qu'à sa barbe et devant tous les princes de son sang, seigneurs et gentilshommes de ce royaume, il a planté les plus sales, vilains et détestables bourdeaux de la terre, il les a remplis de ce grand nombre de musqués, putains et maquereaux que vous avez vus. Là et par manière de dire, à la vue d'un chacun, l'acte vénérien y a un assiduel exercice. Cette vilaine et exécrable paillardise s'exerce envers ceux et celles que Dieu a mis, comme en dépôt du Roy : ils ne lui sauraient plus être, s'ils n'étaient ses enfants. Aussi, quand tout est dit, ils le sont, quelque abjecte et de vile condition qu'il s'en puisse trouver, combien qu'il y en ait assez d'autres de grande qualité, lesquels le Pape ou ses suffragants et rufisques couronnés polygamient, corrompent et polluent, comme en la présence du Rov. Cela est-il pas bien braver un si grand prince et le réputer moins que son valet ? C'est bien moins le réputer que valet ; car quand le Pape veut paillarder ou bougeronner quelque bardache en sa chambre, j'estime qu'il fait retirer son valet, ce qu'il ne fait pas au Roy ; d'autant qu'il veut qu'il boive le vin de la paillardise, ensemble celle de ses cardinaux et prélats, sans que le Pioy ni personne soit si osé d'ouvrir la bouche pour en parler, soit en bien ou en mal. Et si là-dessus le Roy d'aventure lui faisait quelque modeste remontrance, jnsqu'à s'ébahir comme au milieu de son royaume il tenait une polygamie d'un style si haut et impérieux, et qu'en cela il n'observait pas le commandement de saint Pierre, son prédécesseur, lequel veut et enjoint à toute personne d'obéir et être sujets au Roy, comme au plus excellent, et aux magistrats par lui députés ; le Pape ne faudrait pas de lui faire telle réponse que le Pape Innocent fit à cet empereur, qui fut telle : « Ta Sublimité Impériale, lui manda-t-il, s'émerveille de ce que nous t'avons osé tancer, parce que tu as lu en saint Pierre, prince des apôtres, que chacun doit être sujet au Roy, comme au plus excellent, et aux magistrats par lui
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établis. Mais lu n'as pas bien considéré la personne de celui qui le parle ; car l'apôtre écrivait à ses sujets, afin qu'en toute bumilité ils lui rendissent obéissance. Et quand il dit au Roy, comme plus excellent, il faut entendre cela en la temporalité. Car il n'y a point de doute que le Pape, es eboses spirituelles, est le plus excellent, et est d'autant à préférer aux Rois et aux empereurs, que l'âme est à préférer au corps. Et si tu eusses lu ce qui est écrit de la prérogative sacerdotale, tu eusses pu entendre cela; car il est écrit : « Voici, je t'ai constitué sur les gens et royaumes, afin que tu arracbes et dissipes, édifies el plantes. » Tu devais aussi savoir que Dieu a fait au firmament du ciel deux grands luminaires, le soleil pour éclairer le jour et la lune pour éclairer la nuit. Or, pour le firmament du ciel, c'est-à-dire de l'église universelle, Dieu a fait deux luminaires, c'est-à-dire deux puissances, à savoir la papale, qui éclaire de jour, c'est àdire aux eboses spirituelles, et la royale ou impériale, qui éclaire la nuit, c'est-à-dire aux terriennes. Si donc Ta grandeur Impériale eût bien entendu ces eboses, tu eusses connu qu'il y a aussi grande différence de nous à toi, comme du soleil à la lune ; et que les rois et empereurs sont dessous le Pape, comme la lune est dessous le soleil. » Voilà en somme la réponse que fit le pape Innocent au dit empereur de Constantinople ; laquelle, bien considérée, attribue une merveilleuse autorité à la polygamie, tellement qu'on jugerait que toutes les putains de ces polygames sont sanctifiées, et que leur génération est bien plus précieuse que celle des autres. Eux-mêmes sont si imprudents, que de s'être fait ouïr que le célibat se devait tout autrement prendre qu'on avait accoutumé de le faire en tant que la compagnie des femmes ne leur devait être interdite, sinon autant de jours qu'aux anciens sacrificateurs, à la ebarge de récompenser une telle abstinence sur telle femme ou fille qui auraient nécessité de leur remède, ce qui serait autant de soulagement pour le mari, bien et contentement pour la femme et bénédiction pour le bien du père de la fille. Si bien qu'il ne faut trouver étrange s'ils appellent leur polygamie sacrée, les femmes mariées sanctifiées ; les nonnains et filles doivent être appelées vierges et puccllcs, pourvu qu'elles aient été presbytérées, ce qui vaut autant
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à dire que corrompues et déflorées. 0 quel blasphème! bien d'autres y en a-t-il au traité de la Polygamie que ces monstres mettent en pratique, au grand déshonneur de l'institution du mariage, et de tous autres devoirs introduits en sa faveur.
La puissance du Pape pour néant est fort bien et proprement limitée par ce docte poète George Buchanan, joinle à celle qui a été traitée par l'auteur de la Polygamie sacrée ; car ils disent que les anciens dominateurs de Rome ont bien vaincu et subjugué la terre et la mer, mais que cela est rien ou peu de chose auprès de ce qu'ont fait les modernes nominatcurs de la ville de Rome, qui sont les pontifes romains ; car les premiers pontifes et évêques de Rome, comme saint Pierre et saint Clément et quelques autres, par leur bonne et sainte vie, ont gagné le ciel et le paradis, qui est déjà plus que le ciel et la mer, que les anciens Romains avaient conquis. Mais qu'ont fait les derniers pontifes, comme le pape Grégoire VII, Boniface VIII, Silvestre II, Jules II, Jean XXII, Alexandre M, père de César Borgia, et les autres papes leurs semblables ? Ils ont bien plus fait que leurs prédécesseurs pontifes, ni que les anciens rois, consuls et empereurs de Rome ; car ils ont conquis vaillamment l'enfer et s'en sont rendus les maîtres et paisibles possesseurs, nonobstant les forces et résistances de Pluton et de toute sa séquelle, qui ne voulait point souffrir que les papes fussent dominateurs des enfers, mais qui les voulait seulement recevoir pour ses vassaux. Mais la chance est advenue tout au contraire, car le Pape est aujourd'hui et déjà dès longtemps, paisible dominateur et seigneur d'enfer, et Pluton n'est plus que son vassal et simple exécuteur de ses commandements, et comme geôlier des prisons du Pape ; de manière que, quand aujourd'hui le Pape dépêche des bulles de pardon ou de croisade comme le fil le pape Léon X, il commande aux anges du paradis d'aller quérir les âmes des prisonniers en enfer, et à Pluton et à ses suppôts de leur ouvrir les portes, et de les élargir sans contredit, sous peine d'être cassés de leurs charges et états. Et pensez-vous que Pluton fût si osé, que de désobéir d'une seule parole au Pape souverain ? Il est bien certain qu'il n'oserait gronder, ni contredire en rien ; mais il s'entretient dans son amitié et lui fait tous les services qu'il peut.
Voilà en substance ce que veut dire le docte poète Buchanan de la puissance du pape en ces vers :
Jadis Rome par fer et par navale guerre, Mit dessous son pouvoir les ondes et la terre, Depuis, par pitié, par science et bonté, Les Evêques romains ont le ciel surmonté. Ne restait à gagner aux papes successeurs Qu'enfer, qu'ils ont conqui?, et en sont possesseurs.
Là-dessus l'auteur de la Polygamie sacrée passe bien plus qu'outre, que si le Pape a cette puissance de commandement aux diables, de combien plus sur la pudicité et virginité des femmes mariées et filles religieuses, le pucelage desquelles il donne pour récompense aux moines et à ceux qu'il connaît plus affectionnés à son service, sinon que quelques démons vinssent à lui requérir sur ce la préférence ; auquel cas la copulation charnelle ne leur est point déniée. Et pour le regard des femmes mariées, pourvu que l'adultère soit manié adroitement, elles sont dispensées de soulager leurs maris le plus qu'elles peuvent, ce qui est autant à dire, leur faire porter les cornes.
Machiavel formellement tient que l'Église romaine est cause de toutes les calamités d'Italie, qui soûlait être, dit-il, la plus florissante province de l'empire romain. Aujourd'hui elle est démembrée et découpée en petites seigneuries, comme on le voit, d'autant que cette très sainte cour ne fait qu'y semer des partialités et désordres. Machiavel a très bien dit jusque-là ; mais il devait passer bien plus outre, et dire que l'impiété et polygamie sacrée du Pape surtout a terni le lustre que soûlait avoir l'Italie, aussi bien qu'aux autres provinces et royaumes de la chrétienté. Mais le remède gît en ce que les princes chrétiens, tous d'un bon accord, viennent à souscrire la confession de foi que doit faire le Roy de France, sitôt qu'il aura pendu en son oreille la perle précieuse qui a été si longuement cachée dans son cabinet, puisque chacun voit reconnaître ce bel oiseau à Rome, non pas pour lui baiser la griffe ou pantoufle, mais pour le dévêtir et dépouiller, suivant certain prêche, que fit un jour
frère Jean de Rochetaille contre le Pape, duquel la teneur est telle :
Messieurs et dames, je vous veux faire un compte d'un cas qui advint jadis entre les oiseaux, qui est tout semblable à ce que nous voyons, qui est déjà advenu à notre saint Père le Pape, et ce qui lui adviendra ci-après, et à tous nos cardinaux et prélats, et bénéficiers de la chrétienté. Il vous faut donc entendre qu'au temps de jadis, il naquit un oiseau au monde, qu'il était le plus beau et le plus plaisant à voir qu'il était possible ; mais il n'avait point de plumes. Les autres oiseaux ayant ouï parler de cet oiseau sans plumes, le voulurent aller voir ; et quand ils furent tous arrivés pour le voir, ils le trouvèrent fort beau, et eurent pitié de lui, d'autant qu'il ne pouvait voler comme eux par faute de plumes. Adonc ils tinrent conseil, pour aviser ce qu'il serait bon de faire, afin que ce bel oiseau ne mourût de faim, à faute de voler pour chercher sa vie ; ils résolurent entre eux que chacun d'eux lui donnerait de ses plumes, ce qu'ils firent. Et comme il prenait plumes, il se montrait beau de plus en plus, de sorte que les autres oiseaux lui en donnaient toujours tant et plus. Quand cet oiseau se vit bien emplumé, et que tous les autres oiseaux lui portaient honneur, il commença à devenir fier et orgueilleux, et à mépriser les autres, et encore ne se contentait pas de les mépriser ; mais aussi il les lâchait et les contrariait en tout ce qu'il pouvait. Alors les autres oiseaux se mirent ensemble pour aviser ce qui était à faire touchant ce nouvel oiseau qu'ils avaient emplumé et qui était devenu si fier et outrageux ; si conclurent en leur conseil que le meilleur serait que chacun d'entre eux lui redemandât ses plumes, par le moyen desquelles il s'était tant enorgueilli et haussé, qu'il faisait contre eux. Adonc toute cette compagnie d'oiseaux alla trouver ce nouvel oiseau ; et après lui avoir remontré son orgueil et méconnaissance, lui ôtèrent chacun ses plumes. Le paon le premier, le faucon après, et tous les autres après, de sorte qu'ils le laissèrent tout nu, sans plumage. Ainsi, Messieurs, disait frère Jean aux papes et cardinaux, il vous adviendra, n'en faites doute, car quand l'empereur, les rois et princes chrétiens vous auront ôté les biens et richesses qu'ils vous ont donnés autre-
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fois, lesquels vous employez en bombances, orgueil e[ superfluité, vous demeurerez tous nus. Où trouverez-vous que saint Pierre et saint Sylvestre ebevauebaient à deux ou trois cents chevaux ? au contraire, ils se tenaient simplement enclos, et cachés dans Rome.
Frère Jean de Rocheîaillade disait bien la vérité, prêchant de cette façon : mais cette vérité, qui est tant odieuse au monde, fut cause qu'il fut mis en prison où on lui fit finir ses jours. Tout ce qu'oubliait frère Jean, était l'impiété qui était plus que manifeste de son temps, en toute !a papauté, en laquelle la sodomie, l'inceste et paillardise avaient telle vogue, que l'énormité de tels vices méritait bien d'en toucher, aussi bien comme des autres ; encore toutefois que ce ne fût pas peu, de ce qu'il en toueba pour l'heure, vu la saison et le lieu où il était.
Cependant on jugerait que nous sommes justement venus au temps de l'exécution du prêche de frère Jean de Rochetaillade ; car si le roi prend une fois la perle en son oreille, je vois les plus belles et meilleures plumes de ce bel oiseau arrachées. Non pas que je veuille conseiller au Roy d'usurper le bien d'autrui ; mais seulement de retirer ce qui loyalement lui appartient, ce qu'il peut légitimement faire. Car si un voleur, larron ou pipeur a volé, dérobé ou pipé à quelqu'un de l'or ou de l'argent, par la loi il lui est permis de redemander au pipeur ce qui lui a été pipé, volé ou dérobé ; et là-dessus, si le pipeur ou voleur allèguent que le pipé ou volé leur a donné la somme prétendue pipée ou dérobée, telle donation de droit est nulle, en tant que la circonstance du lieu où elle a été faite, et le danger de mort où était le pipé invalide entièrement telle donation, pourvu qu'il prouve la volerie, larcin ou piperie. Or que le Pape, par les miracles et cartes pipées, n'ait affronté, circonvenu et pipé les Rois de France de manière que, depuis Charlemagne jusqu'à présent. il a tiré de l'Eglise gallicane plus de huit à neuf cent millions d'or, à ne prendre seulement qu'un million d'or par an. pour ses bulles et annales, de quoi i! ne saurait avoir fourni en contre échange quatre cents écus de plomb, tout cela est. plus que notoire. Et encore de droit une telle somme est sujette à restitution, pour avoir été pipée au sujet du Hoy, si n'ai-je point tant
à contre-cœur une si grande piperie, comme celle qu'il fait chaque an au Roy, de faire misérablement dépenser 100.000.000 d'écus pour l'entretien des bourdeaux qu'il a plantés et établis par tous les quartiers et endroits de la France ; tellement que ce malheureux, pour un million d'or qu'il pipe, il fait dérober chaque an au Roy et à ses propres sujets la somme que je viens de dire.
Mais pour lui ôter les principales plumes qu'il a aussi pipées au Roy, je voudrais commencer par celle que le pape Zacharie tira de Pépin, lequel, après avoir vaincu les Lombards, fut le premier qui lui fit part des seigneuries d'Italie, à cause que Zacharie l'avait couronné roi de France, faisant défense aux princes et peuple de France d'en élire d'autres que de la maison de Pépin, ayant déclaré publiquement le roi Childéric inhabile à commander. A quoi le peuple de France fit d'autant moins de résistance que Pépin avait la noblesse et l'armée de France à commandement, et que le Pape qui alors était estimé comme Dieu en terre, en était auteur ; auquel Pépin promit solennellement et en dépêcha lettres patentes, que s'il était victorieux des Lombards, il donnerait à l'Eglise de Rome l'exarchat de Ravenne, qui contenait treize villes, et Pentapole, qui contenait seize villes : ce qu'il accomplit depuis après la victoire, mettant les clefs des villes sur l'autel de saint Pierre, réservant néanmoins à lui et aux successeurs de la couronne de France, la souveraineté et, qui plus est, le pouvoir d'élire les papes. Et par même moyen le Pape lui persuada de prendre le titre d'empereur, qui était alors propre aux princes de Gonstantinople. Après la mort de Charlemagne, ceux qui avaient crédit à Rome se faisaient élire papes par le clergé, soit pour la défiance qu'ils avaient de n'obtenir pas cette dignité des rois de France n'ayant point de faveur en cour, soit pour la négligence des rois de France, qui ne s'en donnaient pas grand souci, soit pour les guerres civiles qui survinrent entre les enfants de Louis le Débonnaire. Toutefois on peut voir en Guitard, qui vivait de ce temps-là, que trois papes successivement sont venus en France pour s'excuser à Louis le Débonnaire, qu'ils avaient été contraints par le clergé de Rome d'accepter la dignité papale, le
suppliant de l'avoir pour agréable, ce qu'il fit, craignant d'irriter le clergé qui avait tel crédit, qu'enfin ils le contraignirent de quitter la couronne et de se faire moine et sa femme nonnain, un an entier. Mais depuis la mort de Louis le Débonnaire, qui était empereur de France, d'Allemagne et de la plupart d'Espagne et d'Italie, l'empire fut divisé en trois royaumes, que Cbarlcs le Chauve, Lothaire et Louis frères tenaient chacun en titre de souveraineté, sans reconnaître l'un de l'autre ; et que les enfants de Lothaire subdivisèrent la part de leur père en trois royaumes, à savoir : le royaume de Lorraine, le rovaume d'Arles, et le royaume d'Italie. La puissance des papes s'accrut bien si fort, succédant par voie d'élection, et ne reconnaissant pas la majesté des rois de France, comme ils devaient. Ce qui advint principalement au temps du pape Nicolas Ier, qui s'entendait mieux au maniement des affaires d'Etat que ses prédécesseurs, et qui fut le premier qui usa rigoureusement envers les princes de l'interdiction, ayant excommunié Lothaire, frère de Louis, roi d'Italie, joint aussi que la succession des trois enfants de Lothaire qui moururent sans hoirs légitimes, étant divisée entre leurs oncles Charles et Louis, l'Italie échut à Louis, roi d'Allemagne, qui gouvernait l'Italie par lieutenants et vicaires, qui n'avaient pas grande puissance de résister aux papes : et que Guichard le Normand^) qui conquèta le royaume de Naples et de Sicile, tenait la main aux papes, jusqu'à ce que ses successeurs, mourant sans mâles, laissèrent l'état de Naples et de Sicile à une fille qui fut mariée à Frédéric II, roi d'Allemagne. Lequel venu en Italie, voulut faire pape l'un de ses favoris ; et le clergé, d'autre côté, élisait qui bon lui semblait, et celui qui était élu du clergé venait en France, pour s'appuyer de la grandeur de nos rois qui le maintenaient, soit pour la révérence des papes élus canoniquement, soit pour affaiblir la puissance des empereurs, de sorte que Frédéric II, étant excommunié du Pape, et voyant une rébellion ouverte des sujets contre un prince excommunié, se retira en Allemagne, après avoir eu absolution du Pape
(') Robert Guiscard, gentilhomme normand, comte de Pouille, duc de Calabre.
Innocent, en quittant le droit d'élection, et laissant le royaume de Naples et de Sicile a Manfroy (*) son bâtard, lequel fut aussi excommunié du pape Urbain, qui appela Charles de France, duc d'Anjou, frère de Louis IX, et l'investit de ces deux royaumes, réservant le comté de Bénévcnt et la foi et hommage, ressort et souveraineté du surplus, et huit mille onces d'or de cens féodal annuel et perpétuel. Depuis lequel temps, la maison d'Aragon, qui succédait à Manfroy par droit de proximité, ayant toujours querelle avec la maison d'Anjou, trouva moyen de gagner la faveur des papes et se constituer ses vassaux, non seulement pour les royaumes de Naples et de Sicile, mais aussi pour les royaumes d'Aragon, Sardaigne, Corsègue (2), Mayorque, Minorque ; de sorte que les papes accroissaient leurs puissances de ces maisons, jouissant paisiblement de la Romandiole (3), de partie de la Toscane, et du duché d'Urbin, en vertu d'une donation et de la souveraineté de la ville de Rome, qu'ils auraient peu à peu assujettie, jaçoit que (4) Charlemagne avait expressément voulu qu'elle demeurât en pleine liberté, avec puissance aux habitants de gouverner leur état.
Mais il est bien certain que, s'il y avait quelque prince souverain auquel le Pape en voulût, ou qui ouvrit tant soit peu la bouche contre la Polygamie sacrée, on lui faisait accroire qu'il était hérétique, et alors le Pape l'excommuniait, ce qui était la seule occasion de faire révolter les sujets et d'armer les autres princes contre celui qui était excommunié et n'avait moyen de rentrer en grâce, sinon en se constituant feudataire de l'église de Rome et vassal du Pape. Sous un tel artifice, ce vénérable a rendu tributaires à la pantoufle de Sa Sainteté les rois d'Angleterre, d'Aragon, de Naples, de Sicile, de Jérusalem, de Pologne, des Canaries, de Hongrie, et généralement de tous les Royaumes de la chrétienté, si l'on veut l'en croire. Aussi ne saurait-il nier que si la donation de l'exarchat de Ravennc et de
(1) Mainfroy ou Manfred, roi de Sicile.
(2) Corfou.
(3) La Romagne.
(i) Quoique.
Pcntapole, qui est l'un des plus beaux pays d'Italie, est faite par les rois de France aux papes et à l'église de Rome, cela ne soit tenu de la couronne de France, vu que la confirmation des seigneuries ainsi données fut demandée à Louis le Débonnaire, successeur de Charlemagne. Et de cela on peut tirer deux arguments très certains, l'un que ;la donation était faite par les prédécesseurs de Louis le Débonnaire, l'autre que la souveraineté était retenue ; autrement il n'était point besoin d'avoir confirmation, attendu que le roi Pépin avait acquis la terre par le droit des armes sur les empereurs de Constantinople, qui cnvovèrent des ambassadeurs exprès en France à Pépin pour empêcber l'effet de la donation, lesquels ne purent rien obtenir.
Je suis entré en ce discours tans y penser, non pas pour montrer les premiers et simples commencements de notre antéebrist et le chemin qu'il a tenu pour s'élever en la grandeur et autorité où il est à présent, mais pour faire apparaître de quelle soric il a galopé les rois de France, pour les réduire au point où ils sont aujourd'hui. Et encore qu'un roi de France ne soit pas petite ebose, c'est bien peu toutefois au respect de ce qu'il devrait être, car sous les papes, les rois de France seraient aussi biea paisibles de l'Italie, que leurs prédécesseurs l'ont été ; les royaumes de Xaples et de Sicile seraient à eux, mieux qu'ils ne furent onques, la monarebie des Gaules serait en sa plénitude, tous les sujets du roi seraient Français, c'est-ù-dire aussi francs et libre que les anciens Français ont été par le passé, le roi serait acquitté de toutes ses dettes, et même il lui serait beaucoup dû.
Pour la fin de ce premier livre, sept points sont à considérer : le premier, l'admirable revenu de l'Eglise gallicane, qui est de 200.000.000 d'écus, tant le spirituel que le temporel; le deuxième, le sale, vilain et détestable train de la polvgamie en laquelle ces 200.000.000 d'écus, chaque an, sont prodigalement dépensés ; troisièmement, le grand nombre de putains, paillards, rufisques, maquereaux et bâtards nourris par le moyen de la polygamie ; quatrièmement, le grand nombre de cocus et cornards que par nécessité il faut que ceux du clergé fassent chaque an, s'ils ne veulent faire possession de la sodomie, et en quels périls sont
tant d'honorables familles à cause clc ce beau célibat ; cinquièmement, l'impiété, superstition et idolâtrie détestable de tous ceux qui vivent de cette polygamie et marmite ; sixièmement, que tous les maux advenus en France procèdent de ce misérable clergé, ou polygamie ; septièmement, la vraie représentation de la première pierre précieuse qui est la parole de Dieu, ou vraie religion, par le moyen de laquelle le roi peut repurger ce royaume de cette vilaine et détestable polygamie, et se faire le premier monarque du monde.
La conclusion morale de cette monumentale statistique, le projet de réforme qu'elle suggère à son auteur, nous trouverons tout cela plus loin, noyé comme par hasard dans la deuxième partie de son œuvre, au milieu de considérations vagues, imprécises, traînant en longueur, sur les faux nobles, « les gentilshommes de la mort-Dieu, les gentilshommes faits à la hâte, les gentilshommes enfileurs de soie, les gentilshommes de la foi sainte marmite, les gentilshommes loups blancs, loups garous, taquins, marauds, etc. »
Encore le pamphlétaire ne formulera-t-il son desideratum qu'après avoir ajouté le récit d'une grasse aventure, où le clergé joue un rôle des plus actifs :
« En une vogue (fête locale) auprès du Blanc en Bcrry, se trouvèrent neuf gentilshommes du calibre, vous m'entendez bien, et avec eux trois autres jeunes gentilshommes de fort bonne race, mais très mal avisés, en tant qu'ils suivaient les autres, qui, après avoir dansé deux ou trois branles, menèrent de leurs propres parentes prendre la collation chez un abbé de marque là auprès, qui était bien averti de la venue ; aussi avait-il préparé quatorze ou quinze autres femmes desquelles autrefois il s'était servi ; et s'étant entre-salués les uns les autres, entrèrent en une grande salle toute chargée de confitures et de fruits fort exquis. Cela pouvait être environ trois heures après midi ; firent colla-
tion, et les nappes levées, un page commença à toucher du luth, dansèrent plus de deux heures et jusqu'à ce qu'entrant en un grand jardin, de là à un verger, chacun tenant sa nymphe par dessous les bras, se fourrèrent bien si avant dedans le bois qu'il était plus de deux heures de nuit quand ils commencèrent d'en sortir. L'abbé et trois protonotaires qui étaient venus avec lui, aussi contents qu'il était possible, pour le longtemps qu'ils avaient maquignonné les femmes qu'on leur avait amenées, sans en pouvoir avoir jouissance, sinon jusqu'à une telle et si propre heure. Il fut question d'aller souper, après lequel se firent bien d'autres promenades ; mais ce fui toute la nuit, par les lits et couchettes, de manière cjuc le lendemain le bruit courut partout que l'abbé avait paillarde avec l'une des damo:selles de Berry qui s'était jusqu'alors toujours maintenue femme de bien ; si passa-t-elle pour une femme de son pays. Et quand on remontrait à son maquereau de parent qu'il avait grand tort d'avoir prostitué à un abbé sa cousine germaine, et que son mari ne lui en saurait pas gré, il disait : Mon cousin est trop sage pour ignorer que si les pourceaux ne le faisaient, lui ni moi ne mangerions point de iard (1). »
Le seul remède efficace à une si éhontée dissolution, c'est le mariage des prêtres, La conviction de ce huguenot est telle qu'il supplie le digne et vertueux (!) cardinal de Bourbon, âgé de cinquante-huit ans à cette époque, de donner un exemple salutaire au clergé et à la noblesse, en se mariant le premier et en faisant une confession solennelle de ses infractions à la « virginité et continence requise du célibat ». Ce beau mariage devait inévitablement « engendrer trois ou quatre cent mille mariages purs et légitimes, c'est-à-dire prévenir par an trente ou quarante mille incestes en l'Eglise gallicane; fi, au reste, de la sodomie ! Car de vingt-cinq ou trente mille personnes qui ont accoutumé d'y bardacher se déporteront de leur sodomie, afin de se marier. Suppression totale nous obtiendrons, quant et quant, de toutes les putains cardinales, cpiscopales, abbatiales, canonicales, monacales, presbytérales, et de toutes les autres
(') Le Cabinet du Roy de Framce, a° partie, p. 3i8.
qualités et ordres. Suppression semblable, semblablement, de tous les rufisques, paillards, maquereaux, maquerelles et bâtards, la dépense et entretenement desquels est plus que suffisante pour acquitter toutes les charges, tant ordinaires qu'extraordinaires, de la couronne de France. Voilà le profit qu'apportera votre mariage ; mais voici encore un plus grand bien qui s'ensuivra : c'est que serez cause que toutes ces dames voilées et recluses dans ces monastères et couvents se marieront et donneront des coups de pied à l'incube, à toute copulation et démonomanie, que l'ennemi de nature pratique à l'endroit de ce pauvre sexe ».
C'est précisément le remède que prônait l'auteur de la Con~ fession de Sancy, qui fut peut-être Agrippa d'Aubigné en personne : « ^ous Huguenots, dit-il, voulions qu'il fut permis aux prêtres de se marier et de quitter leurs femmes quand elles seraient fâcheuses. En tous cas, il fallait user du saint Décret et de ses libertés, comme il est porté au canon qui dit : 7s qui non habet uxorem, loco illias débet concubinam habere. « Celui (le prêtre) qui n'a pas d'épouse, doit au moins avoir une concubine. (J) »
L'expérience avait été faite, sans succès, aux premiers siècles de l'ère chrétienne; on ne jugea pas à propos de la renouveler. Et le mal empira tous les jours, ainsi que le montrent de multiples documents à travers tout le xvie siècle. Ainsi, pour ce qui regarde le haut clergé séculier, l'évêque Jean de Montluc prononçait le 23 août i56o, au conseil du roi, les paroles suivantes :
a Les évêques (j'entends pour la plupart) ont été paresseux, n'ayant devant les yeux aucune crainte de rendre compte à Dieu du troupeau qu'ils avaient en charge ; et leur plus grand souci a été de conserver leurs revenus, en abuser en folles dépenses et scandaleuses ; tellement qu'on en a vu quarante résider à Paris pendant que le feu s'allumait en leurs diocèses ; et, en même temps, l'on voit bailler les évêchés aux enfants et à des personnes ignorantes et qui n'auraient le savoir ni la volonté de
('j Confession de Sancy, liv. II, ch. n, p. 4oo.
a 88 APPENDICE
faire leur état... Les curés, avares, ignorants, occupés à toute autre chose qu'à leurs charges, et, pour la plupart, étant pourvus de leurs bénéfices par des moyens illicites... Les cardinaux et les évèques n'ont fait difficulté de bailler les bénéfices à leur maître d'hôtel, et, qui plus est, à leurs valets de chambre, cuisiniers, barbiers et laquais. Les mêmes prêtres, par leur avarice, ignorance et vie dissolue, se sont rendus odieux et contemptibles à tout le monde ('). ,>
Nous pourrions accumuler les témoignages de contemporains en feuilletant les chroniques ou mémoires de Henri Estienne, de Pierre de l'Etoile, etc. ; nous nous contenterons de quelques pages très pittoresques du verveux [conteur que fut Brantôme, abbé séculier lui-même.
« François Ier, dit-il, avait pour son bon second ce très grand, très magnifique et très libéral cardinal de Lorraine ; très libéral le puis-je appeler, puisqu'il n'eut son pareil de son temps : ses dépenses, ses dons, gracieusetés, en ont fait foi, et surtout la charité envers les pauvres. Il portait ordinairement une grande gibecière que son valet de chambre, qui lui maniait son argent des menus plaisirs, ne faillait d'emplir, tous les matins, de trois ou quatre cents écus ; et tant de pauvres il trouvait, il mettait la main à la gibecière, et ce qu'il en tirait, sans considération, il le donnait, et sans rien trier. Ce fut de lui que dit un pauvre aveugle, ainsi qu'il passait clans Rome et que l'aumône lui fut demandée de lui, il lui jeta à son accoutumée une grande poignée d'or, en s'écriant tout haut en italien : « 0 ta sei Christo, o veramenle el cardinal di Lorrena ; c'est-à-dire : Ou tu es Christ, ou le cardinal de Lorraine. » S'il était aumônier et charitable en cela, il était bien libéral es autres personnes, et principalement à l'endroit des dames, lesquelles il attrapait aisément par cet appât; car l'argent n'était en si grande abondance de ce temps comme il est aujourd'hui ; et pour ce en étaient-elles plus friandes, et des bombances aussi et des parures.
J'ai ouï conter que quand il arrivait à la Cour quelque belle fille ou dame nouvelle qui fût belle, i! la venait aussitôt accos-
(') Mémoires de Condc, t. I, p. 56».
BIBLE HISTORIALE XlVe siècle Ms. tr. no 167
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ter et, l'arraisonnant, il disait qu'il la voulait dresser de sa main. Quel dresseur ! Je crois que la peine n'était pas si grande comme à dresser quelque poulain sauvage. Aussi pour lors disait-on qu'il n'y avait guère de dames ou fdles résidant à la Cour ou fraîchement venues, qui ne fussent débauchées ou attrapées par son avarice et par la largesse dudit Monsieur le Cardinal ; et peu ou nulles sont-elles sorties de cette cour femmes et fdles de bien. Aussi voyait-on pour lors leurs coffres et grandes garde-robes plus pleines de robes, de cottes, et d'or et d'argent et de soie, que ne sont aujourd'hui celles de nos reines et grandes princesses. J'en ai fait l'expérience pour l'avoir vu en deux ou trois qui avaient gagné tout cela par leur devant ; car leurs pères, mères et maris ne leur eussent pu donner en si grande quantité.
Je me fusse bien passé, ce dira quelqu'un, de dire ceci de ce grand cardinal, vu son honorable habit et révérendissime état ; mais son roi le voulait ainsi et y prenait plaisir ; et pour complaire à son roi l'on est dispensé de tout, et pour faire l'amour et d'autres choses, mais qu'elles ne soit point méchantes, comme alors d'aller à la guerre, à la ebasse, aux danses, aux mascarades et autres exercices ; aussi qu'il était un homme de chair comme un autre, et qu'il avait plusieurs grandes vertus et perfections qui offusquaient cette petite imperfection, si imperfection se doit appeler faire l'amour.
J'ai ouï faire un conte de lui à propos du respect dû aux dames : il leur en portait de son naturel beaucoup, mais il l'oublia, et non sans sujet, à l'endroit de Mme la duchesse de Savoie, dona Béatrix de Portugal. Lui, passant une fois par le Piémont, allant à Rome pour le service du roi son maître, visita le duc et la duchesse. Après avoir assez entretenu M. le duc, il s'en alla trouver Mme la duchesse en sa chambre pour la saluer, et, s'approchant d'elle, elle qui était la même arrogance du monde, lui présenta la main pour la baiser. M. le Cardinal, impatient de cet affront, s'approcha pour la baiser à la bouche, et elle de se reculer. Lui, perdant patience et s'approchant de plus près encore d'elle, la prend par la tête, et, en dépit d'elle, la baisa deux ou trois fois. Et quoiqu'elle en fit ses cris et excla-
mations, à la portugaise et espagnole, si fallut -il quelle passât par là. « Comment ! dit-il, est-ce à moi à qui il faut user de cette mine et façon ? Je baise bien la Reine ma maîtresse, qui est la plus grande reine du monde, et vous je ne vous baiserais pas, qui n'êtes qu'une petite duebesse crottée ! Et si veux que vous sacbiez que j'ai couebé avec des dames aussi belles et d'aussi bonne ou plus grande maison que vous. » Possible, pouvait-il dire vrai. Cette princesse eut tort de tenir cette grandeur à l'endroit d'un tel prince de si grande maison, et même cardinal, car il n'y a cardinal, vu ce grand rang d'Eglise qu'ils tiennent, qui ne s'accompare aux plus grands princes de la chrétienté. M. le Cardinal aussi eut tort d'user de revanche si dure ; mais il est bien fâcheux à un noble et généreux cœur, de quelque profession qu'il soit, d'endurer un affront ('). »
C'est encore le seigneur de Bourdeille qui nous affirme hautement que les plus hauts dignitaires de l'Eglise ne se faisaient pas faute de vivre maritalement avec les femmes de leur choix, voire même de régulariser, avec plus ou moins de discrétion, ces unions quelque peu concubinaires :
c J'ai ouï raconter à une dame de grande qualité et ancienne, que feu M. le cardinal du Bellay avait épousé, étant éveque et cardinal, Mme de Chastillon, et est mort marié ; et le disait sur un propos qu'elle tenait à M. de Manne, provençal, de la maison de Cental et évêque de Fréjus, lequel avait suivi l'espace de quinze ans en la Cour de Rome ledit cardinal, et avait été de ses privés protonotaires ; et, venant à parler dudit cardinal, elle lui demanda s'il ne lui avait jamais dit et confessé qu'il eût été marié. Qui fut étonné? Ce fut M. de Manne de telle demande. 11 est encore vivant, qui pourra dire si je mens ; car j'y étais. Il répondit que jamais il n'en avait ouï parler, ni à lui ni à d'autres. « Or, je vous l'apprends donc, dit-elle ; car il n'y a rien de si vrai qu'il a été marié » ; et est mort marié réellement avec la dite dame de Chastillon. Je vous assure que j'en ris bien, contemplant la contenance étonnée dudit M. de Manne, qui était fort consciencieux et religieux, qui pensait savoir tous les secrets
(i) Brastomk, Vies des dames alantes, dise. VII.
de son feu maître : mais il était de Gallice pour celui-là, aussi était-il scandaleux, pour le rang saint qu'il tenait.
« Si ce mariage a été tenu secret, celui de M. le cardinal de Chastillon n'a pas été de même ; car il divulgua et publia luimême assez, sans emprunter de trompette, et est mort marié sans laisser sa grande robe et son bonnet rouge. D'un côté, il s'excusait sur la religion réformée, qu'il tenait fermement, et de l'autre, sur ce qu'il voulait tenir son rang toujours et ne le quitter (ce qu'il n'eût fait autrement) et entrer au conseil, là où entrant il pouvait beaucoup servir à sa religion et à son parti, ainsi que certes il était très capable, très suffisant et très grand personnage. Je pense que mondit sieur cardinal du Bellay en a pu faire de même ; car, de ce temps-là, il penchait fort à la religion et doctrine de Luther, ainsi que la Cour de France en était un peu abreuvée : car toutes choses nouvelles plaisent, et aussi que ladite dame doctrine licenciait assez gentiment les personnes, et même les ecclésiastiques, au mariage. Or, ne parlons plus de ces gens d'honneur, pour la révérence grande que nous devons à leur ordre et à leurs saints grades ('). »
Sous des chefs spirituels aussi peu réservés, le bas clergé, choisi d'ailleurs sans discernement et au hasard des protections, était plongé dans l'ignorance et la débauche, abusant de certains de ses privilèges sacrés, et plus particulièrement de celui de la confession, pour satisfaire aux appels de sa chair. Peu scrupuleux au reste sur le caractère de sa mission, il n'hésitait pas à sacrifier sa dignité apostolique pour répondre aux caprices inconsidérés du peuple, lequel professait en général à son égard un mépris peu dissimulé.
Ainsi Pierre de l'Estoile nous conte que le peuple de Paris avait pris goût aux processions des battus ou flagellants, que Henri III conduisait souvent lui-même à la tête de la Cour, et que bientôt on ne conserva plus aucune retenue dans un genre de dévotion qui touchait de bien près à une honteuse sensualité.
« Le 3o janvier i58a, il se fit en la ville plusieurs processions
(J) Buantome, Vies des dames galantes, dise. IV.
auxquelles il y a quantité d'enfants, tant fils que filles, hommes que femmes, qui sont tous nus en chemise, tellement qu'on ne vit jamais si belle chose, Dieu merci ! Il y a telles paroisses où il se voit jusqu'à cinq à six cents personnes toutes nues.
Le 3 février suivant, nouvelles et fort belles processions, où il y eut grande quantité de tous nus et portant de très belles croix. Le i4 février, autres processions, notamment dans la paroisse de Saint-Nicolas-des-Champs, où il y avait plus de mille personnes dans un état complet de nudité, notamment les prêtres de Saint-Nicolas et leur curé, François Pigenat, qui était tout nu et n'avait qu'une guimpe de toile blanche sur lui.
Pierre de l'Estoile, qui fut témoin oculaire de ces belles processions du 14 février 1589, avait recueilli à ce sujet des particularités si abominables que le feuillet de son manuscrit original, coté 4&2, a été arraché par les jésuites de Saint-Acheul, dans les mains desquels les papiers de l'Estoile restèrent longtemps déposés. Néanmoins, on a laissé subsister un passage très important et suffisamment édifiant.
et Le peuple, dit l'Estoile, était tellement échauffé et enragé (s'il faut parler ainsi) après ces belles dévotions processionnaires, qu'ils se levaient bien souvent de nuit de leurs lits, pour aller quérir les curés et prêtres de leurs paroisses pour les mener en procession ; comme ils firent en ces jours au curé de Saint- Eustache, que quelques-uns de ses paroissiens furent quérir la nuit, et le contraignirent se relever pour les y mener promener, auxquels pensant en faire quelque remontrance, ils l'appelèrent politique et hérétique, et fut contraint enfin de leur faire passer leur envie. Et à la vérité ces processions nocturnes, pour en parler franchement, tout y était de carême prenant, et hommes et femmes, filles et garçons marchaient pêle-mêle ensemble, tous nus, et engendraient des fruits autres que ceux pour la fin desquels elles avaient été instituées. Comme de fait, près la porte Montmartre, la fille d'une bonnetière en rapporta des fruits au bout de neuf mois, et un curé de Paris, qu'on avait ouï prêcher peu auparavant, qu'en ces processions, les pieds blancs et douillets des femmes étaient fort agréables à Dieu, en planta un autre qui vint à maturité au bout du terme.
APPENDICE 2QO
Ce bon religieux aussi de chevalier d'Aumale, qui en faisait
ses jours gras à Paris, s'y trouvait ordinairement, et même aux
grandes rues et aux églises, jetait au travers d'une sarbacane des
dragées musquées aux damoiselles qui étaient par lui reconnues,
et après réchauffées et réfectionnées par les collations qu'il leur
apprêtait, tantôt sur le pont au Change, d'autres fois sur le pont
Notre-Dame, en la rue Saint-Jacques la verrerie et partout
ailleurs ; où la sainte veuve n'était oubliée, laquelle, couverte
seulement d'une fine toile, avec un point coupé à la gorge, se
laissa une fois mener par dessous les bras au travers de l'église
Saint-Jean, mugueter et attoucher, au grand scandale de
plusieurs bonnes personnes dévotes qui allaient de bonne foi à
ces processions, conduites d'un zèle de dévotion, et religion,
dont ceux qui en étaient les auteurs se moquaient.
C'est de manifestations de ce genre, auxquelles Henri III et ses mignons prenaient part et où l'érotisme se déguisait et s'aiguisait sous un masque de piété, que le feuillant Maurice Poncet disait avec indignation du haut de la chaire.
« J'ai été averti du bon lieu que hier au soir qui était le vendredi de leur procession, la broche tournait pour le souper de ces gros pénitents, et qu'après avoir mangé le gros chapon, ils eurent pour collation de nuit le petit tendron qu'on leur tenait tout prêt. Ah ! malheureux hypocrites, vous vous moquez donc de Dieu sous le masque et portez pour contenance un fouet à votre ceinture ; ce n'est pas là, de par Dieu ! où il le faudrait porter, c'est sur votre dos et sur vos épaules, et vous en étriller très bien (') ».
Quant aux couvents et abbayes, ils semblaient bien être des repaires de débauches. Les moines, tout au long du Moyen Age, sont représentés comme ivrognes et paillards. Un témoignage pittoresque est le conte du chevalier de La Tour-Landry dans son ouvrage d'une pédagogie étrange :
(') Pierre de I'Estoile, Registre-Journal d'un curieux de plusieurs choses mémorables advenues el publiées librement à la française, pendant et durant le règne de Henri III, roy de France et de Pologne, mars avril i583, février l58g, «1 pasîim.
2g4 APPENDICE