‹ La polygamie sacrée au XVIe siècleChapitre 7 sur 57 · DISSOLUTION DU CLERGE AU MOYEN AGE · texte numérisé non relu

DISSOLUTION DU CLERGE AU MOYEN AGE

Aux premiers siècles de notre ère, l'Eglise permettait à tout laïque une seule épouse ou une seule concubine, ce dernier mot désignant encore une femme mariée avec honneur, et dont le mariage, quoique simplifié quant aux formalités, ne laissait pas d'être valable. Cette tolérance s'appliquait d'ailleurs également aux clercs, et rien n'était plus fréquent que de voir un évêque marié et un prêtre ayant une concubine.

Mais l'expérience fit condamner cet usage, incompatible, d'après le sentiment à peu près unanime des Conciles, avec les de.yoirs du sacerdoce : « Peut-on souffrir, s'écriait Véranus, évêque de Lyon en 585, peuton souffrir que le desservant des autels, l'homme appelé à l'honneur d'approcher du saint des saints, soit souillé des indignes délices des voluptés charnelles, et qu'un clerc, alléguant les droits du mariage, remplisse à la fois les devoirs du prêtre et le rôle d'époux ? »

Mais il fallut de longs siècles pour opérer la réfo raie et imposer le célibat absolu aux ecclésiastiques, et particulièrement au clergé régulier. La corruption la plus honteuse se cachait en effet dans les couvents et autour des églises. En 742, saint Boniface, évêque de Mayence,

Xll INTRODUCTION

écrivait au pape Zacharie : « Les évêchés sont presque toujours donnés à des laïques avides de richesse ou à des clercs débauchés et prévaricateurs, qui en jouissent selon le monde. J'ai trouvé, parmi ceux qui s'intitulent diacres, des hommes habitués dès l'enfance à la débauche, à l'adultère, aux vices les plus infâmes : ils ont la nuit dans leur lit quatre ou cinq concubines, etmêri davantage ».

Deux ou trois fois par siècle, il était nécessaire de procéder à une purification partielle ou totale dans les cloîtres. Toute enquête sérieuse révélait à l'évèque des scandales intolérables. Les couvents de l'un et l'autre sexe avaient en effet des communications, des fréquentations compromettantes : ici, l'abbé ou le prieur avait la direction des religieuses ; là, au contraire, l'abbesse exerçait une sorte de souveraineté sur les religieux. I là naissaient une foule d'abus qui se renouvelaient incessamment: si bien qu'il eût été difficile de trouver une abbaye où les mœurs claustrales n'eussent pas éprouvé, à plusieurs reprises, la contagion de l'impudicité. Ainsi les moines de Moyen-Moutier et de Senones en Lorraine menaient une existence si épouvantable au xvc siècle, qu'ils furent expulsés par ordre de l'empereur d'Allemagne ; mais les successeurs qu'on leur donna ne tirent que les surpasser dans la science du libertinage. D'après une chronique manuscrite de Jean de Bayon, les moines de Moyen-Moutier s'émurent de l'hérésie d'un eunuque grec, nommé Nicétas, qui avait, à Constantinople, conseillé la castration de tous les novices destinés à la vie monacale. Ces moines corrupteurs, qui entretenaient un commerce infâme avec les jeunes gens du pays, qu'ils attiraient la nuit dans leurs cellules, s'imaginèrent que l'hérésie de Nicétas aurait pour résultat de leur ôter la source de leurs plaisirs : ils char-

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