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POMMES D'HIVER — VARIETES RUSTIQUES

La pomme d’hiver idéale pour les états du Nord-Ouest, les régions nord, centre et est de la province de l'Ontario, toute la province de Québec et une grande partie de la province du Nouveau-Brunswick, n’est pas encore trouvée. Il faudrait une variété rustique, productive, à fruits de vive couleur et de bonne qualité, une pomme enfin qui puisse soutenir avantageusement la comparaison avec les meilleures pommes d’hiver produites dans les régions où le climat est plus doux. Beaucoup d’arboriculteurs s’acharrent aujourd’hui à cette recherche, par l’hybridation et la culture d’un grand nombre d’égrains (pommiers de semis). YŸ réussiront-ils, et pourquoi n’ont-ils pas réussi jusqu'ici? Voilà une question sur laquelle il serait important d’être fixé.

Sur les 734 variétés nommées de pommes que nous avons essayées à Ottawa, nous avons constaté que la proportion de variétés délicates est beaucoup plus forte parmi celles qui viennent des états de l’est et du sud que parmi celles qui ont été produites dans les états du nord-est et du nord-ouest et au Canada. On peut en dire autant de variétés européennes. Les variétés rustiques venant de Grande-Bretagne, de France et d'Allemagne, sont peu nombreuses par comparaison à celles qui viennent des parties froides de la Russie. On peut affirmer que les pommes les plus rustiques sont celles qui viennent de Russie, car ce sont les survivantes de centaines de milliers de variétés produites en ce pays au cours des derniers siècles et elles ont fait preuve d’une vigoureuse résistance à l’hiver jusqu’au 55e degré de latitude nord, ou même plus loin, sous le climat du continent. En Amérique, et spécialement dans les parties froides du pays, cette production de nouvelles variétés n’a pas suivi un cours aussi long. Il se passera sans doute encore quelque temps avant que nous obtenions, sur ce continent, de grosses pommes rustiques, comme la Hibernal, la Charlamoff et la Duchesse ; nous avons déjà réussi à obtenir cependant quelques variétés très rustiques.

Si nous analysons la liste des variétés essayées, nous trouvons que toutes les pommes les plus rustiques sont des pommes d'été ou d'automne. L'hiver de 1903-04 a été très rigoureux dans la province de l'Ontario. Le froid a tué 164 variétés dans les vergers de la ferme expérimentale centrale. Nous avons publié la liste de ces variétés dans le rapport annuel de 1904; 130 d’entre elles étaient des variétés hâtives d’hiver ou d’hiver et 34 des espèces d’été et d’automne.

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C'est là, croyons-nous, une bonne preuve du fait que les variétés d'été et d’automne sont plus rustiques que les variétés plus tardives.

Voyons maintenant la différence qui existe entre les pommes d'été et les pommes d’hiver.

Une pomme d'été est une pomme qui est prête à être consommée en été. Une pomme d'hiver est une pomme qui n’est prête à être mangée qu’en hiver. La première a une saison beaucoup plus courte que la seconde, surtout, croyonsnous, parce qu’elle atteint sa maturité à une époque plus chaude. Les pommes Duchesse et Wealthy récoltées dans l'Île du Prince-Edouard se conservent beaucoup plus longtemps que les pommes des mêmes variétés récoltées à Ottawa, parce que le climat de l'île est plus frais qu’à Ottawa et que par conséquent les fruits se développent moins vite. Même les pommes d'hiver de l'Ile du Prince-Edouard se conservent mieux que ces mêmes p1mmes dans ces parties de l'Ontario où elles sont cultivées.

On a souvent remarqué que les pommes qui mûrissent tôt et qui sont bonnes à manger en été et en automne viennent d’arbres qui aoûtent leur bois de bonne heure. On sait également que les pommes qui ne sont bonnes à manger qu’en hiver, viennent généralement sur des arbres dont le bois aoûte assez tard dans la saison. C’est là un fait d'observation commune et qui, eroyons-nous, est entièrement naturel. La plupart des pommes appartenant aux variétés d’hiver ne sont cueillies à Ottawa que lorsque les gelées rigoureuses sont à craindre; on les laisse sur l’arbre aussi longtemps que possible pour leur donner le temps de môûrir, de développer leur goût et leur couleur. De même, le bois de ces arbres est lent à arriver à cet état d’aoûtement qui lui permet de résister à l’hiver, ainsi que le montrent les chiffres que nous avons cités.

Certaines pommes d'hiver sont plus rustiques que d’autres, mais à en juger par l'expérience que nous avons eue avec un grand nombre de variétés, nous devons conclure qu’une variété ne peut être recommandée pour la plantation que si ses fruits atteignent tous les ans un certain point de développement ou de maturité avant que les gelées rigoureuses obligent le producteur à les cueillir. Il nous est impossible de dire d’une facon précise, dans l’état actuel de nos connaissances, quel est cet état de maturité.

En somme, nous eroyons qu'il est physiologiquement impossible à la majorité des pommes d’hiver qui ont été produites jusqu ici de se montrer rustiques dans les régions froides du Canada, parce que les arbres, ayant été produits dans une région où la saison est longue, continuent à pousser jusqu'à une date trop tardive pour notre saison courte. Devons-nous done en conelure qu'il est impossible d'obtenir, pour les régions du nord, une pomme d'hiver rustique de bonne couleur ayant toute la qualité désirée comme pomme à couteau? Nous ne le croyons pas. Il y a des pommes qui sont d’automne dans certains districts et qui, cultivées dans d’autres, se conservent presque tout l'hiver. Quelquesunes des variétés rustiques de pommes russes qui ont été introduites dans ce pays se montrent beaucoup plus précoces en Amérique qu’elles ne le sont en Russie. Nous eroyons que la saison de végétation ou de maturation dans deux pays ou dans deux districts, tout en étant à peu près de la même longueur, peut cependant varier suffisamment pour causer une différence sensible dans la saison d’une variété. Prenons encore comme exemple l’Ile du Prince-Edouard, où le printemps est froid mais où les fortes gelées ne se produisent que tard par comparaison aux parties froides de l’Ontario où le printemps est précoce, mais où les gelées d’automne le sont également. Pour obtenir une pomme qui convienne à un district ou à un climat et qui soit de la saison désirée, il faut done que cette pomme soit créée dans ce climat. Il n’y a pas encore bien longtemps que l’on s'occupe de produire des variétés de pommes dans les parties froides de l’est

du Canada et dans les états du nord-ouest, et la très grande majorité des bonnes pommes de semis que l’on a obtenues sont des espèces d’été et d'automne. La raison principale de ce fait, c’est que la plupart des égrains (pommiers de semis) viennent de variétés d'été et d'automne, qui sont les plus rustiques, et nous devons naturellement nous attendre à ce que la plupart de ces égrains aïent la même saison que leurs parents. On a bien cherché à cultiver des égrains provenant des meilleures variétés de longue saison, mais ces variétés ne sont pas assez rustiques pour résister à un hiver rigoureux et les égrains qui en proviennent ne se sont pas, en général, montrés rustiques. Nous ne croyons pas que les pommiers obtenus par voie de semis et cultivés dans un district à saison courte, se montreront nécessairement des pommiers précocer, quels que soient leurs ascendants. Nous croyons que dans la plupart des cas les ascendants des variétés de semis obtenues dans le nord n’ont pas été bien choisis, en vue de la production de variétés rustiques d’hiver. Certains pommiers hybrides qui ont rapporté à la ferme expérimentale centrale, démontrent elairement, eroyons-nous, l’importance de la généalogie dans la création de pommes d’hiver rustiques. Le professeur John Craig, alors horticulteur des fermes expérimentales, avait croisé la Scott d’hiver comme sujet père, avec la McMahon comme sujet mère, deux variétés qui sont rustiques à Ottawa. Vingt-trois arbres provenant de ce croisement ont rapporté.

Aucune de ces nouvelles espèces n’a une saison plus précoce que la Mec- Mahon et quatorze d’entre elles se conservent plus longtemps. Presque toutes ont une ressemblance visible aux parents et quelques-unes sont très semblables au deux parents. Toutes ont résisté à l’hiver rigoureux de 1903-04.

D'autre part les arbres provenant de croisements entre la Lawver et la Melntosh et vice versa, sont en général plus délicats que la Melntosh. La Lawver s’est montrée délicate à Ottawa et la Melntosh rustique.

Nous croyons que pour arriver à produire la pomme d'’hiver désirée pour le nord il faudra choisir, comme souche, une variété ou des variétés qui ont résisté aux hivers rigoureux du nord et qui sont également celles qui se conservent le mieux parmi les variétés de ce genre.

Nous avons déjà dit que les variétés qui se conservent longtemps sont également celles dont le bois aoûte tard et que, par conséquent, leurs pommiers sont délicats. Mais la plupart des variétés rustiques à longue saison qui ont déjà été créées dans le nord, appartiennent à une catégorie différente. Ce sont des espèces qui, dans de bonnes conditions, se conservent tout l’hiver, quoiqu'’elles môûrissent ou qu’elles soient prêtes à être consommées au commencement de l’hiver. Le fait qu’elles sont prêtes à être mangées de bonne heure, signifie que le bois a mûri relativement tôt et qu’il peut donc résister au froid. Les pomologistes savent fort bien que certaines variétés de fruits, prêtes à être employées en même temps que d’autres, se conservent néanmoins beaucoup plus longtemps que ces dernières. C'est à cette catégorie que la pomme d'hiver désirée pour le nord appartiendra.

Les variétés suivantes créées dans le nord ont résisté à l’hiver rigoureux de 1903-04 à Ottawa et ces pommes appartiennent à la catégorie que nous venons de décrire.

Baldwin du Canada, créée dans la province de Québec. Winter Rose, créée dans le comté de Dundas, Ontario. Calumet, créée sur l’Ile Calumet, sur la rivière Ottawa. Baxter, créée près de Brockville, Ontario.

La Victoire, créée dans la province de Québec.

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Stone, créée dans le Vermont.

Scott d'hiver, créée dans le Vermont.

Milwaukee, créée dans le Wisconsin.

Nous cultivons à Ottawa des variétés produites par voie de semis dans les parties froides du Canada et des Etats-Unis. Ce sont des espèces qui donnent de Elles n’ont pas encore été nommées. Aueune des variétés que nous

centrale d'Ottawa, nous considérons que l’on a de très gran pour les régions du Nord, une variété rustique, productive, de bonne conserès bonne qualité comme pomme de table.

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