POMMES RUSSES
Lorsque les pommes russes ont été introduites pour la première fois au Canada, on croyait que certaines d’entre elles résoudraient le problème de la pomme d'hiver dans les parties froides du pays où le pommier vient encore, mais la plupart de ces variétés — et nous en avons importé un grand nombre — étaient d’une qualité inférieure, et presque toutes étaient des espèces d'été et d’automne dans ce pays. Quelques-unes cependant sont très précieuses et comme elles sont plus rustiques que la plupart des variétés d’origine américaine, elles sont utiles à ceux qui cultivent près des limites extrêmes dr la zone des pommiers. Beaucoup de variétés d’origine américaine viennent bien à Ottawa, c’est-à-dire au 45e degré de latitude environ, et la plupart de celles-ci valent mieux que les espèces russes. Les pommes russes augmentent de valeur à mesure que l’on recule vers le nord à partir du 45e degré de latitude. Il y en a deux cependant qui font exception à cette règle; ce sont la Jaune transparente et la Duchesse, qui sont cultivées régulièrement sur presque tous les points du Canada où vient le pommier. :
Un grand nombre de pommiers russes sont à l'essai depuis vingt-sept ans à la ferme expérimentale centrale. En 1888 nous avons planté dans nos vergers
133 variétés supposées. D'autres ont été ajoutées depuis cette époque et, dédue- :
tion faite de toutes celles qui ont été tuées par l’hiver, il nous reste actuellement quelque 160 variétés, mais il est possible que plusieurs d’entre elles soient identiques, car nous en avons découvert un bon nombre de ce genre.
Quelques-uns des arbres plantés en 1888 ont rapporté en 1890. Ces arbres ont bien profité et ont continué à se développer vigoureusement jusqu’en 1892, puis cette année-là, la brûlure fit son apparition dans le verger et causa des dégâts importants. Elle revint l’année suivante, encore plus tôt, faisant, cette fois, de grands ravages. L'état du verger était déplorable après le passage du fléau. Quelques arbres étaient morts, d’autres étaient réduits à l’état de souche, d’autres encore, ayant perdu de grosses branches malades que l’on avait dû enlever à la scie, n’avaient plus de symétrie. En 1894 et 1895 la maladie ne fut plus aussi intense mais un grand nombre d'arbres perdirent leurs racines pendant l'hiver très rigoureux de 1895-96. Cette destruction des racines se répéta pendant l'hiver de 1896-97. En ces dix-huit dernières années, il y a eu peu de brûlure, la plupart des arbres se sont bien développés et beaucoup de ceux qui avaient été très abimés par la maladie ont repris des proportions symétriques.
En 1915, nous fimes l'examen du verger pour voir quels pommiers russes se trouvaient encore en bon état. La liste de ces pommiers est donnée plus bas. Ils avaient tous été plantés de 1888 à 1895 et se trouvaient encore en parfait
état en 1915; ce sont donc évidemment les plus rüstiques des variétés russes. Mais certaines de ces espèces sont encore plus rustiques que les autres, à en juger par la résistance dont elles ont fait preuve au Manitoba. Quelques-unes de ces variétés n’ont sans doute pas encore été soumises à un essai complet sur les prairies canadiennes, mais nous nous occupons actuellement de les multiplier pour les faire mettre à l'essai. Il est possible que les noms indiqués et les noms synonymes (entre parenthèses) sous lesquels elles ont été obtenues ne soient pas toujours exacts, mais il est souvent très difficile de trouver le nom exact de ces variétés russes, car il existe une très grande confusion dans la nomenclature russe en Amérique. Cette liste fait voir que quelques-unes des variétés que nous avons reçues portaient un très grand nombre de noms différents.