DE LA VIGNE SOUS BACHES
La culture de la vigne sous bâche est beaucoup plus hâtée que celle que nous venons de décrire ; on peut même dire qu'elle est forcée -, c'est ce que les jardiniers appellent c/iau/^fer. Aussi les plants soumis à cette opération sont-ils fatigués , et ne peuvent être chauffés de nouveau qu'après une année de repos; le cultivateur doit pendant cette année les ménager et les soigner très particulièrement.
Les vignes chauffées sous bâches doivent avoir été disposées à cet effet depuis quatre ou cinq ans; on les plante à 2 mètres de distance sur la ligne, et les lignes sont espacées entre elles de 3 mètres 33 centimètres, afin de pouvoir chauffer plusieurs rangées de bâches sans qu'elles se portent de l'ombre. Après deux ou trois années de plantation, on provigne ces plants sur la même ligne-, en conservant aux nouvelles tiges la même distance de 2 mètres entre elles.
La même année du couchage, on établira un treillage léger d'un peu moins de 1 mètre de hauteur; la latte horizon-
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laie qui doit sotitenir le- cordon sera fixée à 42 centimètres au dessus du sol , afin que le bout des {[fappes soit assez éloigné du sol, qui, toujours humide dans Tltitérieur des bâches , conserverait leur verdeur et les empêcherait de mûrir. Les tiges, les cordons et les coursons, seront établis len-* tement et d'après les principes que nous avons déjà indiqués. Chaque pied de vigne fournira deux bras de 1 mètre d'étendue chacun. On fera en sorte de ne pas laisser plus de 16 centimètres entre chaque courson. Il importe de mettre la plus grande régularité dans Téducation de ces vignes , afin que le peu d'espace qui existe sous les bâches soit exactement rempli sans vide et sans confusion.
Lorsque ces vignes seront formées et auront acquis assez de force pour être chauffées, elles seront taillées et labourées dans les premiers jours de février, si elles ne l'ont pas été avant l'hiver. On placera sur ces vignes des coffres sans fond dont le grand côté, ayant 1 mètre de hauteur, sera contre le treillage; le petit côté aura 33 centimètres d'élévation. Chaque coffre est destiné à recevoir deux châssis vitrés de 1 mètre SO centimètres de longueur sur 1 mètre 33 centimètres de largeur. Les coffres seront construits en bois de sapin ou en bois blanc 'de 4 centimètres d'épaisseur, simplement assemblés à queue d'aronde. Le bois de chêne , ainsi que les équerres en fer, doivent être proscrits non seulement par économie , mais parce que les constructions trop solides intercepteraient la chaleur des réchauds de fumier. Les châssis seulement seront en chêne, et les traverses pour le verre en fer, le tout peint à l'huile et toujours bien entretenu.
On creusera en dehors des coffres sur le devant et sur le derrière une rigole de 80 centimètres de largeur sur 33 centimètres de profondeur, pour recevoir un réchaud de fumier, qu'on élèvera jusqu'au niveau du sommet des coffres ; ce fumier sera remanié environ trois fois avant la flo-
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raison de la "vigiie ; ii procure , avec un peu de fen , assez de chateiir dans rintériear poar ménager le combastibte; mais lors de la floraison on doit s'abstenir de le remanier, il ne servira plas que d'abri en empêchant l'air extériear de renouveler Tair intérieur. Lorsqu'on remanie tes réchauds, la vapeur du fumier pénètre dans les b&ches; elle est de na* ture à flétrir les fleurs, à faire couler les grappes et à les noircir. C'est pour cette raison qu'on renonce vers cette époque ati bénéfice de la chaleur que pourraient procurer les réchauds. Plus tard , lorsque les grappes sont formées et les grains dé)à gros , on doit (encore s'en abstenir, parce que cette vapeur, dont l'odeur est pénétrante, donnerait au fruit un goût très désagréable , ainsi que nous Tavons éprouvé.
On construit un fourneau en dehors des bâches, et on fait circuler dans l'intérieur^ sur te devant , un tujau de chaleur. On se sert maintenant de tuyaux de zinc contenant de Teau chaude , et d'un appareil du prix de 160 francs, qui pei|t chauffer l'intérieur de neuf coffres , ou 23 mètres 40 centimètres de long. Cet appareil remplace avec un grand avantage des fourneaux qui ne chauffaient que l'intérieur de trois coffres, ce qui multipliait les feux , les constructions et la surveillance. La chaleur humide qui règne dans les bâches rend moins souvent nécessaires les pluies factices. Il faudra cependant ne point les négliger j on les répandra avant que le besoin s'en fasse sentir. Eu résumé , on devra donner de l'air à propos, nais peu^ retrancher les vriHes, rogner les bourgeons lorsqu'ils seront assez avancés pour que cette opératifon tourne au profit de la grappe, pincer à propos les bourgeons qui s'aHongeront trop, afin de ga« gner le temps favorable pour les rogner définitiment ; enfin ne rien négliger de toutes les précautions que nons avons déjà recommandées pour la vigne hâtée , avec cette différence, qu'elles doivent être plus rig^oureusement otwervées;
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eo UD mot , on doit éviter tout ce qui occuperait inutilement de la place sous les bâches. Pendant les nuits et les journées froides*, on étendra des paillassons sur les châssis, et on anra soin de les enlever aussitôt que le soleil paraîtra.
La culture forcée sous les bâches est beaucoup plus hâtive et économique que celle pratiquée dans les serres, qui ne peuvent être chauffées que par le feu , tandis que les bâches le sont avec le feu et le fumier, et d'autant plus efficacement qu'elles ne contiennent pas un volume d'air aussi considé* rable que celui qui circule dans les serres. Les dimensions des bâches que nous avons décrites sont ordinairement en usage chez les cultivateurs qui ont pour principe de n' avoirpas dans leur établissement plusieurs échantillons de bâches et de châssis. Ce syslëme offre sans doute de grands avanta^ ges; mais nous pensons que pour ceux qui font de la culture forcée de la vigne |une spéculation spéciale il serait très profitable d'avoir deux cordons de vigne sous leurs bâches au lieu d'un seul. Dans ce cas , le grand côté de la bâche aurait 1 métré 60 centimètres au lieu de 1 mètre , et le petit côté 60 centimètres ; les châssis vitrés auraient 1 mètre 75 centimètres de longueur au lieu de 1 mètre 60 centimètres ; ils conserveraient toujours 1 mètre 33centimèt. de largeur.
La vigne serait plantée à 1 mètre sur la ligne au lieu de 2 mètres , et les lignes seraient espacées de 4 mètres 66 centi* mètres au lieu de 3 mètres 30 centimètres. Les ceps impairs formeraient le cordon du bas, et les ceps pairs celui du haut; chaque cep aurait deux bras de 1 mètre de longueur chacun ; le treillage aurait un peu moins de 3 mètres 60 centimèt.
Pour ne rien laisser perdre de la chaleur que le soleil peut produire sous les vitraux , il faudrait qu'ils fussent perpendiculaires à la direction des rayons du soleil , et devraient en conséquence varier chaque jour.
Nous allons rapporter le tableau de ces inclinaisons^ calcidées de mois en mois pour la latitude de Paris.
LA POMOI«& FRANÇAISE. 8i
Pevr le 21 janvier
Poarle21joillet
le 21 février
le 21 août
le 21 mars
le 21 septeod).
le 21 avril
le 21 octobre
le 21 mai
le 21 novemb.
le 21 juin
le 21 décemb.
Ces indications suffisent ponr les constrnctears; mais les jardiniers, ordinairement dépourvus d'instruments, pourront faire usage d'une méthode pratique fort simple , qui ti'en exige d'autre qu'une planche carrée hien dressée y surmontée d'un style perpendiculaire ; ils la poseront sur le vitrage, et, lorsque l'ombre du style sera d'équerre à la face intérieure de la bâche, ils soulèveront ou abaisseront le châssis jusqu'à ce que l'ombre s'anéantisse au pied du style.
Quant aux serres dont les châssis ne sont point mobiles, il est convencible d'adopter pour ceux-ci l'inclinaison moyenne entre celles des mois d^automne et d'hiver, pendant lesquels les plantes sont renfermées. D'après le tableau ci-dessus , l'angle avec l'horizon devrait donc être de 63 degrés , toujours pour la latitude de Paris.
Ces considérations sont d'une telle simplicité, et se présentent si naturellement, qu'on peut s'étonner des différences entre les inclinaisons adoptées pour les châssis de la plupart des serres existantes , lors même qu'elles sont destinées an même genre de culture.