‹ La pomone françaiseChapitre 2 sur 76 · DE LA VIGNE EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

DE LA VIGNE EN GÉNÉRAL

Notre intention est de traiter snecettiTeaient de la cnltare de chaque espèce d'arbres fruitiers, et nous ayons cru devoir commencer par la vigne et le pécher, parce que leurs tailles» moins compliquées , ont d'ailleurs quelque analogie en ce sena que, dans la vigne comme dans le pécher, la taille des branches, fruitières a pour but de les concentrer le plus prés possible de la branche qui les porte, en ménàgemt à leurtalon un Iraurgeon de remplacement pour l'année suivante.

De 'toutes les cultures , celle de la vigne, comme vigno^ ble, est la plus variée j chaque canton, chaque village même, a une méthode particulière que le temps a consacrée , parce qu'elle a été jugée la plus appropriée au sol et an climat. Aussi un traité de la culture de la vigne n'est-il souvent que cetui du canton halrité par fauteur* Si la personne qui écrit veut innover, elle ne peut raisonnablement le faire qu'en présentant de nouveaux résultats, obtenus par un grand nombre d'années de travaux et comparés avec ceux de l'imcienne méthode. Ce travail, qui demanderait du

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temps et de la persévérance, ne serait encore que partiel par rapport au sol de la France. D'après ces considérations , il parait difficile , pour ne pas dire impossible , que nous possédions de long-temps un traité complet de la culture de la yigne.

C'est d'après ces raisons qu3}*feiigage les particuliers qui yeulent s'adonner à ragricniture à se l^nir en garde contre les charlatans de science agricole ; ceux-ci mettent dans leurs écrits une théorie formée aucoin detéur feu à la place de vérités reconnues, et pourraient les entraîner dans des erreurs étranges et toujours onéreuses. Il faut cultiver la vigne suivant la méthode du pays Jusqu'à ce que, par des essais comparatifs souvent répétés , on ait acquis la faculté d'innover avec connabsance de cause. Les cultivatetirs novices doivent se persuader que ce qui parait vraisembtMe en théorie rCest pas toujours vrai. Dans le doute , il faut toujours préférer les résultats positifs aux spéculatifs, quoique d'ailleurs ces derniers soient annoncés comme réels dans les écrits de gens dont la réputation en agriculture est souvent étonnante.

Je suis cependant très loin de penser que la culture de chaque vignoble soit portée au degré de perfection qu'elle peut atteindre. J'entrevois, dans ceux que je connais, beaucoup de changements à opérer ; mais je n'oserais les ndiquer qu'en masse : pour les proposer avec détail , il faudrait avoir ftit des expériences plus en grand. Je crois même que l'art de faire le vin est encore dans l'enfance , et que la France pourrait obtenir, avec les mêmes récoltes, des résultats plucr avantageux (1). J'ajouterai que l'espèce de raiân cultivée

(t) Le miel et le gacrei mêlés dans le moût aT«nt la fermentation , ajoutent à la qoalUé du tîd. Hacquer rapporte , dans an mémoire lu à PAcadémie des sciences en 1779, les procédés qnll a employés à cet égard avee succès; et, de* pab, Oiaptal a donné on traité sor la fabrication des vins. L^art de Abriqoer

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dans chaque vignoble n'est pas toujours celte qui conviendrait le mieux au sol du canton.

La réunion » en 1801 » au jardin du Luxembourg, de toutes les espèces de vignes cultivées en France , nous a fait pressentir les avantages que les pays vignobles pourraient tirer un 'jour d'une pensée aussi belle que rapidement exécutée. Maintenant que toutes les espèces sont reconnues, classées et multipliées , il faudrait qu'on en formât des collections complètes pour être envoyées de Paris au chef *lieu de chaque département : par ce moyen , les cultivateurs qui cherchent le perfectionnement se trouveraient à portée de juger si telles ou telles espèces ne seraient pas plus avantageuses à leur sol que celles qu'ils cultivent , faute d'en connaître d'autres; ils auraient à choisir, entre quatre à cinq cents sortes de raisins , celles qui pourraient mûrir plus facilement , dont les qualités pour la cuve seraient préférables, etc., etc.

La collection du Luxembourg nous a déjà fait gagner, pour le climat de Paris , au moins une douzaine d'espèces de très bons raisins de table qui jusque là y étaient inconnnes. Plusieurs de ces raisins valent le chasselas , d'autres le remplaceraient avec avantage dans les jardins où il ne mûrit pas bien. Le raisin est un des fruits les plus salutaires lorsqu'il est parfaitement mûr ; mais aussi il est pernicieux pour ceux qui en mangent quand il ne l'est pas. Ce motif est bien suffisant pour nous décider à rechercher avec soin les espèces qui mûrissent facilement et à bannir les autres. La culture de la vigne est et doit être variée en raison

les Yins , qui souYent dégénère jnsqa'à la ftilsiflcatioD, était conna ctiez les Grecs el les Latins. Suivant Fline, on pouvait rarement Juger du mérite des vins de la proTlnce de Narbonne, parce que les habitants, pour en changer la couleur et le goût, employaient des herbes , de la Aimée, et mêoie des choses nuisibles, Jusqu'à de i'aloès.

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des qualités du sol; c'est en yiaiii qae l'on ferait venir à }p*ands frais du plant de Chypre, de Madère ou de la Bour- (;ôgne , si le terrain et le climat où Ton veut l'élever différent essentiellement de ceux qui lui conviennent, et si l'on ne sait pas lui donner une culture appropriée à ces différences.

Le travail commencé au potager de Versailles , où J'ai fait cultiver la nombreuse collection du Luxembourg, restreint déjà le nombre des espèces à propager aux environs de Paris à douze ou quatorze pour la table , et à une cinquantaine pour la cuve; ainsi il faudrait peu de temps et d'expériences pour choisir entre elles. Au reste , Je ne recommande ces expériences qu'aux propriétaires éclairés , car rien n'est en général aussi nuisible aux progrès de la science agricole que des essais mal dirigés ; et c'est ce motif qui m'a fait , au commencement de cet article , engager les nouveaux acquéreurs , ou ceux qui commencent à s'occuper d'agriculture , à se conformer d'abord aux usages reçus dans leur canton ; en supposant même qu4is aient des connaissances et des moyens pécuniaires, ils seront plus fructueusement employés après quelques années d'observations.

De toutes les cultures, celle de la vigne pour la cuve demande le plus d'expérience et d'avances de fonds. Deux choses doivent être prises en considération lorsqu'il s'agit de l'améliorer : veut-on récolter pour le commerce ou pour sa propre consommation? La culture de la vigne pour le commerce est déjà portée dans chaque canton à un certain degré d'avancement, c'est-à-dire que partout on en est vraisemblablement arrivé à faire produire à la vigne la plus grande quantité possible. Dans ce cas, l'amélioration à opérer consisterait donc à trouver parmi les plants d'un grand rapport ceux qui , à quantités égales de produit , s'accommoderaient mieux du terrain et surpasseraient en qualité ceux déjà cultivés.

Quant à l'amélioration absolue sous le rapport de laqua-

lité , il n'anMcrtiMt qu'à des prapriètaires rieliés de l'effeetuer* Leur cboix fedt , ils de?roiit planter ayee plos de sofai , ne jias taUier autant , ni sur on anaii graod nombre de courions, ne pas fumer les terres avec des fmmers trop yerts* Il n'est point de vignoblesnr lequel en ne puisse , en opérant de cette manitee , récolter de bon vin ; il tàioA même attribuer la détérioration des vins des environs de Puis à t*adoption de pratiques contraifes (1).

J'ai vu dans ma Jeunesse s'opérer, à yille*fiur-Arce et dans les environs, une akiraition notable dans les vins de

(1) h€$ TiM des eoviroos de Parii, eeox d^léaat «i antres, eut ea Wen eer* taioement des qualités supérieures h celles qn^ils ont aujourd'hui. On sait que Fempereur Julien a dbnné des Aoges à ceux des euTirons de Paris. Henri !«* «elteail ëogminmmA celui de Aeivtclieo près dHMéans; Louls-le-JeiiM, en 1147, écrivait de la T^rre-Mnte h Suger, son premier ministre, de donocr à son clier et intime ami Arnould, évêque de Lisieux, soixante mesures de son très bon Wn dX>rléans. En 1510, lorsque les ambassadeurs de Temperenr HaxI- ■itaen trafersèreUt la Fraoeo pour se rendre à Tears, où était Louis xn, la reine» à leur passage à Blois, leur envoya trois barils do vin de Beaune et dX>rléan8; ce dernier était donc comparable h celui de Beaune, qui était bon alors, car depuis iSOS c'étMt le vin que les moines de GInny étalent obligés de itamir ponr la taMe do Sa Sainteté; on en transportait à Uelnu ponr le cMmoDie du sacre des rois de France. Pent^oo révoqiyr en doato que les coteaux de Headon, Garcbe, Ruel, Saint-Glond, Suréne, etc., aient autrefois produit de bons vins, puisque Louis XIV, an dire de Tabbé de Harolles, en faisait ses déUcesTLa bonne répntaaon de celui de Surâne existait eaoore en lies : l'abbé de Chanlien représente son ami, le marquis de La Fare» allant souvent en boire au cabaret à Suréne. n est bors de doute que Texcessive verdeur qui se ftit remarquer aqjonrdliui dans les vins d% ces mêmes coteaux n'a pu être prise par noe rois ni par les gourmeU du temps ponr une qualité qui les leur Ht con»parer anx vins de Bourgogne. La réputation du clos des eélestins à Mantes n'est déchue q;ae depuis une cinquantaine d'années : on assimilait ce vin au bordeaux, an càhors, paroe quHl ne perdait rien de sa qualité après un voyage de long eenrs : on assure en avoir porté en Perse sans qu'il ait éprouvé le moindre altération. On doit doublement regretter la destruction du clos et du plant : il eût été intéressant d'acquérir par nous-mêmes la preuve qu'un canton aussi Toinn de la Normandie peut donner des vins épais et spiritueux; comparables A cnnt do midi de la France*

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mon pays. À Texemple des autres habitante da canton, on a arraché saccessiv^nent le plant de pinneau de tontes nos vignes, pour le remplacer par le gamet^ parce que ce raisin rapporte cinq à six fois davantage, est moins délicat, et résiste mieux anx variations des saisons. Un seul coteau nommé Yalperouse a été excepté, du moins pendant que nous en sommes resté le propriétaire ; à l'imitation de nos ancêtres , nous avions Thabitude de réserver la récolte de ce coteau pour la consonmiation de notre table , et peu de vins de la bonne Boui^ogne pouvaient lui être comparés. Voilà donc de nos jours , sur un vignoble bien plus étendu que celui de Surène , la qualité totalement échangée contre la quantité. Or, si un pareil changement, calculé à la fois par un si grand nombre de propriétaires, a pu s'effectuer à une distance de cinquante lieues de Paris . doit-on s'étonner que les mêmes calculs aient été faite quelques années plus tAt par ceux dont les vignobles sont placés prés du centre de la consommation.

n n'y a donc pas de doute que les cépages de tous les vignobles des environs de Paris n'aient été successivement changés, pour être remplacés par des espèces infiniment plus abondantes; on augmente même chaque jour ces vertus pro* ductivespar des engrais de toute nature, tels que les immondices que la police fait sortir des villes pour leur salubrité. Quoique la qualité actuelle des vins fasse reconnaître l'abus de l'emploi de ces sortes de fumiers , le débit n'en est pas moins aussi rapide qu'assuré , tant le nombre des consommateurs d'un goût peu délicat est considérable. Ce dernier motif est si puissant, que les vignerons de Surêne ne voudraient pas changer leur cépage, à moins qu'on ne leur en offrit de plus abondante , la qualité dût-elle encore en être amoindrie. C'est aussi le voisinage d'une capitale et l'augmentation d'une population qui ont détruit en Italie la qualité du Messique, du Gécube, du Faleme, A vantés au temps

! LA MllOflB fRAHÇAIffi. d

d^Qorace, et qui cent ans après étaient tou détériorés an point où nous les Tiwinfr aojourd'liui. Déjà nos vins de

enfflk 4l||^^ ticuliers riches résidant sat^^irs propriétés qui puissent

Bourgogne commencenA ^IkÊ^éTer. Il n'y a que les par-

GODsenrer le type des l4ns vins de leur pays (1).

Dès le moment où les rois ont cessé de paraître s'intéresser à leurs vignobles^ bientôt les grands et les riches ont suivi leur exemple} dès lors les vignes ontété abandonnées à Tespritmercantile, qni, pouvant se livrer sans réserve et sans entraves ùson génie, a tout détérioré, Jusqu'au tempsheureux où un prince viendra encore prendre y poar le bonheur des peuples y le titre de seigneur immédiat des meilleurs vins de la chrétienté. Le sol de la France ne peut être abâtardi; il n'a point dégénéré ni cessé d'être aussi riche qu'il Ta toujours été ; il est prêt encore de justifier, ainsi que ses habitants, tous les titres que nos princes voudront tirer de son fonds , de leur industrie et de leur amour (2).

(i) Nos dues de Bourgogne étatent désigné», dans les antres cours, sous le nom de Princes déê bons i}int ; ils prenaient le Utre de Stigneurê immédiaU dêë mêUhun vin$ de la ehrétimUé. Philippe le Bon ne TOfegetit point qa'tt n'eût à sa suite des vins de ses domaines. On voit par ies Gapitnlaires de Gharlemagne qu'A j atait des vignobles attachés à chaque palais d'habitation , ayee un pressoir et tous les ustensiles nécessaires à la fabrication des vins. Ce prince en* ire avec ses économes dans les plus petits détails : il leur défend de se servir d'outrés, il veut qu'ils emploient de bons barils cerclés en fsr. L'enclos du Louvre, comme les autres maisons royales, a renfermé des vignes Jusqu'en il60. Louis le Jeune put assigner annuellement sur leur produit six muids de vin au curé de Sahit-Nicolas. B'Aussy dit que lorsque les Portugais s'établirent à 111e de Madère, en 1420, lia y apportèrent des plants de Cihypre, dont le vin passait alors pour le premier de l'univers. Ceux que recueillit la colonie nouvelle acquirent une grande réputation ; et François I**, encouragé par cet exemple , voulut Imiter les Portugais. Dans ce dessein, il fit planter cinquante arpents près de Fontainebleau avec des ceps venus de la Grèce; on bâtit même près du vignoble, selon l'ancien usage, un pressoir, qui (ht nonuné U Pressoir du rot, et qui a été reconstruit par Henri IV.

(S) iprès avoir cité les époques qui ont été les plus fivorables à la culture de

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Netre intention n'étant pas de fiire u traité rar la eoltti^ re des vignobles, nous nous t^^naffm^ à cet ^ard aux ré^ flexions qoi précèdent ; quoique très succinctes , elles snfH* lt>nt pour indiquer les caused de cette détérioration , les moyens de l'arrêter, et la marohe à suivre pour rame* ner les choses à un meilleur état. L'objet principal de ce traité est la culture de la vigne dans les jardins, et le but que nous nous sommes proposé est de fournir aux nombreux propriétaires de maisons d'agrément les moyens d'exécuter par eux-mêmes, ou de faire exécuter sous leur direction immédiate , les améliorations faciles dont cette culture est

la Tigne , nous oroyoïis deyoir, pour satisfUre la cariosité des lecteora, iodiqner celles qui lui ont été contraires. Six cents ans avant Jésos^CSirist, la Gaule avait ftcqols, |Mir ses vins, une réputation et nne soaree de ridiesses, <io{ ftit malbeu» reosement fermée toat à coap par les tyrans amqoeli elle 4tait aoumiie» Bn l'aii es , Domitien , à l'occasion d'one année de disette en grain, qoi avait été en même temps excessivement abondante en vin, ordonna d'arracher tontes les vignes qui croissaient dans les Gantes. Cet arrêt de proscription toi exécuté avec rfgoeur et eut son effet pendant près de deux siècles entiers. Ge fût le sage et vaillàdt Probas qui , apfès avoir donné la paix à Pemplre par ses victoires^ rendit eux a««lol8, en l'an S88 , ta liberté de replanter la vigne. Ils en profitèrent av«e empressement. Les légions romaines répandues dans la G«uto tarent même emr ployées àoes planutlons. BientAt la plupart des coteaux tarent eouverU de vl^ «nés ; elles n'eurent plus pour bornes les Cévennes, cenme sotts.les deux prenlen Césars , et s'étendirent Jusque sur le territoire des Parisfeas.

Lorsque la vigne tat intpodnile chei nous pour la première Ms par les Ph<^ Tcéens, nos pères suivirent pour sa culture tous les procédés grecs; mais, à la aeconde époque, cenme ce tat un présent des Romains , il est probable quf Is adoptèrent les méthodes de ceux-ci , leurs instrmnents, leurs pressoirs , leurs lob pour la vendange , etc., elc.

Bn iSSS, le royaume ayant éprouvé une disette , Charles IX, abusé eomrae Vavait été précédemment Domiaea , en attribua la cause à la trop grande abondance de vignes ; et une ordonnance régla que, dans chaque canton, elles ne pourraient occuper que le tiers du terrain; il voulut que les deux autres tiers tassent convertis en terres labourables ou en prés. Henri III, en f5T7, modifia Tordonnance du roi son frère. Louis XY, en ITSi, fit défense de fSiIre de nou<velles plantations de vignes et de renouveler cellea qui seraient reliées incnlles pendant deux années seulement.

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rasceptible^ et que l'indifférence et l'esprit de routine font presque généralement négliger.

Nous adopterons la méthode de culture suivie à Thomery, parce que nous l'avons pratiquée en grand dès 1804, lors de la restauration de la treille impériale du château de Fontat* nebleau. Cette circonstiuice nous a fait étudier à Th<Hnery les procédés de culture su^^érés à ses habitants par un sol peu favorable à la maturité du raisin. Cette assertion éton* nera sans doute beaucoup de personnes qui se sont persua-* dées, sans examen à la vérité, que la réputation du raisin de Thomery était due exclusivement aux qualités toutes particulières du terrain. Cette croyance aveugle a été jusqu'ici un obstacle au perfectionnement de la culture de la Tigne dans nos jardins, en ce sens qu'elle a empêché qu'on imitât le mode de culture suivi à Thomery. Il est à propos, à cet égard, que l'on sache que le vignoble de Thomery et ceux environnants produisent un très mauvais vin. Les cultivateurs de ces cantons ont eu à lutter, même pour leurs raisins de treille, contre une maturité tardive ; ils ont surmonté cet obstacle par la culture , en mettant la vigne dans une situation qui la force de mûrir hâtivement son bois , et par conséquent son fruit, aussi bien que par une égale répartition de la sève dans toutes lesparties de la plante. Leurp autres procédés de culture découlent de ceux-ci; d'où il ré* suite que leur méthode ne ressemble en rien à ceUe pratiquée ailleurs.

Quoique le sol de la treille royale de Fontainebleau soit aussi différent de celui de Thomery que de celui des environs de Paris, il a suffi de cultiver cette treille à la Thomery pour lui faire produire de meilleurs et de plus beaux rai* rius qu'à Thomery même; ce qui est dû au sol infiniment supérieur, à quelques perfectionnements de culture, et aux soins que nous avons exigés , et que les cultivateurs de Tho-

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mery ne pourraient donner à leurs vignes , à cause quMb sont toujours surchargés d'ouvrage.

Nous avons de fortes raisons de croire que', si les treilles des jardins des environs de Paris étaient cultivées à fa Tho* mery, le raisin .serait meilleur encore et plus h&tif que celui de Fontainebleau. Mais les propriétaires auront à combattre à cet égard l'esprit de routine de leurs jardiniers, et la fiitale croyance où ils sont qae c'est le sol seul , et non la culture, qui fait produire de bons raisins. Nous les invitons cependant à réfléchir que, si le sol de Thomery était aussi favorable à la vigne qu'ils le supposent , les habitants de Thomery n'eussent rien changé à leur antique culture ; mais comme il en est tout autrement , il faut bien croire qu'ils y ont été déterminés parce que le sol ne répondait pas à leur attente ,'et que, ne pouvant le changer, ils se sont décidés à changer la culture , et ils en ont imaginé une.nouvelle tout à fait différente de l'ancienne , je veux dire de celle que nous suivons encore. Dés ce moment ils ont quitté la routine pour entrer dans les voies du perfectionnement, qui donne à leurs récoltes une prépondérance incontestable , tandis que nos jardiniers, plus habiles sous d'autres rapports , suivent encore l'antique routine pour la culture des treilles. Nous exposerons à la fin de cet article la comparaison de la culture ancienne et de la culture à la Thomery ; on sera sans doute étonné qu'une aussi grande différence entre les deux cultures, pour une même plante, Ven produise pas une plus grande encore dans les résultats.

Nous terminerons par quelques détails sur les diverses méthodes à suivre pour hftter et forcer la maturité du raisin, et enfin par des considérations générales sur les moyens à employer pour l'introduction de la culture de la vigne dans les pays nouvellement défrichés.

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