DESCRIPTION DE LA VIGNE
Notre Tigne est ud arbrisseau (1) sarmenteax, garni de mains ou de vrilles à l'aide desquelles il s'attache aux mur» ou aux autres arlrres.
Le bois de la vigne est recouvert de deux écorces, dont celle extérieure est, sur le Jeune bois, d'une couleur plus on moins foncée , suivant celle du fruit , et présente dès fibres longitudinales qui se détachent facilement; l'écorce intérieure est au contraire très adhérente au bois ^ lequel est lui-mèoie dur et sans aubier perceptible, Cette observation a fait dire aux auteurs anciens, et aux modernes, qui les ont vraisemblablement crus sur parole, que, cette plante n'ayant ni liber ni couche corticale , la sève monte égale-' ment des racines à F extrémité supérieure des rameaux par toutes les parties du bais , au lieu de passer^ comme dans les autres arbres , entre l'écorce et la partie ligneuse; d!où il suit (disent-ils) que la vigne seule peut être greffée sans avoir besoin du contact des deux écorces. Il sera d'autant plus né-
(1) StrakoD , qpit vinit «a temps d'Angsste, rapporte qn'cm voyait dans la nargiaDO des ceps de vigne qae deax hommes pouvaient À peine embrasser. Pline nous apprend qa'à Popaloninm il existait ane statue de Jupiter faite d^un seul morceau de bcMs de vigne, et qui, après plusieurs siècles, n'avait pas éprouvé d'altération. Les temples de Jonoo, à Patera, à Marsilia (Marseille), à Metapontum, étaient soutenus par des colonnes de vigne. La charpente du temple de Plane, à Ephèse, était construite avec le même bois.
On prétend que les portes de la cathédrale de Ravenne sont en bois de vigile, dont les planches ont plus de 4 mètres de hauteur sur 25 à 28 centimètres do largeur. On a vu dans les châteaux de Versailles et d'Ecouen de très grandes tables d'une seule planche de ce bois. Des voyageurs qui ont pénétré en Afri* que ont remarqué des vignes qui avaient Jusqu'à 3 à 4 mètres de circonférence, fin Amérique, Je n'en ai point vu de cette grosseur ni qui en approchassent ; mais beaucoup s'élèvent au dessus des plus grands arbres.
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cessaire de relever cette dernière erreur, qu'elle a été adop* tée par dés auteurs très estimes.
Les bourgeons de la vigne sont garnis de nœuds saillants, dont chaeun porte d'un côté un onl, et du côté opposé une grappe, ou une vrille , ou rien.
Les feuilles sont alternes , divisées en cinq lobes iné^gaux , dont les bords sont dentelés irrégulièrement. Elles sont portées par des pétioles ou queues fortes , grosses, longues , cylindriques, de même nature que le sarment dont elles sont le prolongement. Chaque queue présente à son insertion deux yeux : l'un, petit, que l'en nomme faux bourgeon, se développe en même temps que la feuillB; et si, dans une vigne vigoureuse , on le laisse subsister, il donne naissance à plusieurs bourgeons inutiles qui se développent au préjudice du fruit. L'autre œil, gros, obtus, enveloppé d'une bourre très fine et très serrée, recouverte d'écaillés, ne s'ouvre qu'après l'hiver; il est toujours double et quelquefois triple.
Au printemps, presque tous les yeux formés l'année précédente s'ouvrent et produisent à leur tour d'autres bourgeons. Les bourgeons qui sont d'une force modérée portent dans leur partie inférieure depuis une jijsqu'à trois grappes; et dans certaines espèces jusqu'à cinq et six; celle du talon est presque toujours la plus forte. Lorsque la sève arrive avec trop d'abondance, la grappe dégénère en vrille.
On distin|;ue favortement de la coulure. L'avortement a lieu lorsque l'acte de la fécondation est incomplet : dans ce cas, les grains sont sans pépins, ils n'atteignent pas la moitié de leur grosseur ordinaire, mais ilssont plus délicats au goût, et mûrissent plus tôt ;que les autres. La coulure entraîne la perte complète d'une partie des grains et quelquefois même de la grappe entière; elle est occasionnée par les pluies froides et continues dans le temps de la floraison : alors la corolle ne se détache point, les étamines restent collées, ne peuvent
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tàiicer leur poussière, et la fêcondation n'a pas lien. Outre les eircoDSiances atmosphériques , la coulure peut encore être occasionnée par une maladie particulière de la plante (la gerçure ) dont nous parlerons ci-après. Toutes les fofs que la floraison de la vi|;ne a Jieu par un temps pluvieux , mais accompagnée de soleil et de chaleur, la fécondation n'en est pas moins complète , et le fruit réussit parfaitement. On a prétendu mal à propos garantir les vignes de la coulure en leur enlevant un anneau d'écorce au dessous du fruit (1).
(1) l^anneaa cortical employé poor hâter la maturité des frnlts ne doit et na peut se pratiquer que lorsqu'ils sout noués. Cette opération ne peut donc empêcher la coulure ; elle réussit très bien sur la vigne, mais elle est très variable dans ses eflTets. Nous avons vu de certaines années où elle n'avançait la matori* té que d'une manière très peu sensible, et d'autres où elle la devançait de tr<Na semaines. L'anneau pour la vigne se pratique immédiatement an dessous dn fruit; si on le place entre deux grappes, il en résulte que la plus basse n'est quelquefois pas encore arrivée à sa grosseur que celle au dessus de l'anneau eat mûre.
Cette opération est une preuve évidente que la sève monte par les étuis médullaires, descend par les écorces , et n'y monte pas , puisque le bourrelet que la sève forme, tendant à fermer la plaie, est sur la lèvre supérieure de l'anneau, et qu'il n'y en a point sur celle inférieure. Lorsque l'anneau a été enlevé de bonne heure , et qu'il est peu large par rapport à la grosseur du bo|irgeon, ou qu^l y a dans l'arbre un grand mouvement de sève, la plaie est promptemeni fermée; mais, si on enlève de nouveau l'éçocce qui la recowre, on trouvera que le bois qui avait été rois h découvert est très noir, et que cette eoulenc s'étend plus loin, en se dégradant insensiblement et également des deuxcdtés de Panneau.
Nous avons fait faire, pour cerner la vigne, un outil dans lequel on place le bourgeon au moyen d'un ressort qui le presse également et toitfours davantage à mesure qu'on le tourne. Cest une espèce de petit rabot. La description en serait difBcile ; nous nous bornerons h annoncer q^'on peut se le procurer k Versailles, chez Varin , coutellier, rue Saint-Pierre.
Il est à propos de prévenir que , pour cerner les bourgeons de la vigne , on doit attendre non seulement que le grain soit bien formé , mais encore que le bourgeon ait acquis assez de consistance pour supporter l'opération; autrement on s'exposerait à couper le bourgeon ou à l'affaiblir tellement que le moindre vent le casserait.
L'anneau cortical était connu depuis long<terops par les physiologistes beau-
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La fleur delà vigne répand une odeur saave» principale* ment le soir et le matin , lorsque le temps est ealme et chaud.
coup plus que par les caltivatean, lonqu'en 1811 an particalier annonça à plasiean sociétés d'agriculture que cet anneau pratiqué sur la vigne garantissait le fruit de la coulure ; il colporta, comme preuve de son assertion, à ces sociétés, au Jardin des Plantes, ailleurs et chez moi, des sarments chargés de très beaui raisins noirs. Sa visite se terminait par demander une approbation écrite; il était déjà nanti de celle de H. Thouin et de plusieurs autres savants très distingués. Mon refus à cette demande fût moUvé sur TimpossiblUté de pratiquer la plaie annulaire avant ou pendant la floraison de la vigne, attendu que le bourgeon était encore trop tendre et Técorce trop peu formée pour supporter cette opération ; qu^elle n'était praticable, et encore avec beaucoup de précaution, qu^après la formation du grain parvenu h la grosseur d^un plomb de chasse n» 3 , essais que nous avions fait réitérer plusieurs fois au potager de Versailles; en conséquence, qu^l était inadmissible que la plaie annulaire pût empêcher la coulure de la grappe , puisqu'elle ne pouvait pas être pratiquée avant sa formation et celle ligneuse du bourgeon. Ces raisonnements, qui restèrent sans réponse valable, n'empochèrent pas cet individu de chercher ailleurs d'autres attestations; il obtint un] rapport ou plutôt un procès-verbal favorable des autorités locales et environnantes où étaient situées ses vignes. On put croire alors que les récoltes en vin étaient désormais assurées en France.
Vers cette époque, l'ouverture des chambres eut lieu pour la session de 1811 , et H. le comte de ffontalivet , alors ministre de l'intérieur, traçant dans son discours le tableau prospère de la France sous le rapport du progrès des sciences, des arts, des manufactures, et en particulier de l'agriculture , annonça l'abondance que cette heureuse découverte allait répandre sur notre pays.
Nous citcns cette anecdote pour signaler d'une manière remarquable Pépoque où Ton a commencé plus particulièrement à étudier les avantages que l'agriculture pourrait tirer de l'anneau cortical , et en même temps pour faire voir que, si , au centre des lumières, les discours d'un simple villageois ont pu faire commettre une telle erreur, les particuliers doivent être très réservés lorsqu'il s'agit de merveilleuses découvertes, surtout en agriculture. Combien de personnes se sont trouvées ruinées pour avoir.* été trop crédules à de semblables merveilles! Je m'estimerai très heureux si mon avertissement peut être salutaire.
Nous rentrons dans notre siijet en saisissant cette occasion pour renouveler l'avis que nous avons d^à donné , celui de ne croire sur parole aucun auteur agricole , et moi tout te premier, et de n'admettre pour valables nos assertions qu'après les avoir vérifiées une à une, parce que , ftassent-elles bonnes ou mauvaises, en suivant cette marche, elles [concourront également toutes à l'instruction de ceux qui l'adopteront.
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Elle est petite , et composée d'un calice bordé de quatre on cinq onglets, de quatre ou cinq pétales verts disposés en rose qui demeurent long-temps fermés, de quatre ou cinqétamines chargées de poussière fécondante qui s'échappe au moment de l'épanouissement de la fleur. L'ovaire devient, comme l'on sait , une baie charnue , fondante , qui varie de grosseur, forme, couleur, odeur et saveur, suivant les différentes variétés j elle est couverte d'une peau lisse et mince, et renferme depuis un jusqu'à cinq pépins, presque ligneux, en forme de larme.
Le raisin contient, outre la semence, deux substances très différentes, la pulpe et la résine colorante. La pulpe forme le muqueux , le suc du raisin , et n'est généralement point colorée (1). La résine colorante est adhérente intérieurement à la peau ; elle conserve une espèce d'ftcreté, malgré la maturité du fruit ; la fermentation de la cuve développe, divise et mêle avec le suc du raisin toutes les parties de cette résine , ce qui cause la colorisation du vin (2).
La grappe est formée de plusieurs grappillons ou bouquets, dont les supports sont attachés dans un ordre alterne sur la
n serait intéressant de connaître quelle Influence éprouverait la graine d^nn fruit dont la maturité aurait été hâtée par I^anoeau cortical; quelle diflérenoe Il y aurait entre le produit des graines de deux grappes séparées par Tanneau cortical.
On pourrait , sur ce snjet, proposer aux Jeunes gens qui entrent dans la carrière beaucoup de questions semblables à résoudre,
(1) On sait que la pulpe de Tespèce dite teinturier fait exception, et qu'elle est si fortement colorée, que, dans certains cantons, on la cultive pour donner de la couleur au vin.
()) L^art de faire du vin blanc avec du raisin noir n'était pas encore généralement connu au douzième siècle : car un moine de Saint-Denis nommé Guillaume, ie même qui a donné la Vie de Snger, écrivait k ses amis que, près de GhâtellerauTt , il avait vu , non sans surprise , faire du vin blanc avec du raisin noir.
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queue on rafle. Cette rafle^ ainsi que les yrilles, sont denième nature que les parties constituantes des bourgeons. II j ^ des espèces rigoureuses où la grappe est surcomposée.
Les racines de la vigne sont plutôt chevelues et latérales que pivotantes ; elles sont creusées par le bout , percées d'une infinité de petits trous ou pores, et elles ont en général peu de volume relativement à l'étendue du cep ; d'où l'on a inféré que cette plante pompe plus de matières nutritives par ses feuilles que par ses racines ; cependant le moindre retranchement fait à celles-ci produit des effets trèsseusibies sur la vigueur de la plante.