DE LA MULTIPLICATION DU PÊCHER
On multiplie généralement le pécher par la greffe en écusson, faite sur l'amandier à coque dure et à amande douce; quelques variétés seulement , telles que la bourdine, la madeleine rouge, la royale, la grosse et petite violette et la violette tardive , doivent être greffées sur des sujets provenus d'amandes âmères.- L'amandier convient à toutes sories de terrains, à moins que le fond ne soit tuf ou glaise ; dans ce dernier cas , on greffe sur les pruniers de Saint-Julien ou de Damas.
J'ai eu occasion d'observer un espalier de 1600 métrés , garni de pêchers greffés sur sujets des deux espèces , et j'ai pu reconnaître que dans, les premières années le prunier prenait moins d'étendue et rapportait davantage ; ces inégalités de vigueur et de produit deviennent moins sensibles avec l'âge, et disparaissent au bout de treize à quatorze ans. Quant à la qualité des fruits , elle est la même sur les uns que sur les autres.
L'amandier a des racines plus grosses et plus plongeantes que celles du prunier, qui rampent à la surface du sol. La connaissance de ce fait doit suffire pour diriger les planteurs dans le choix de ces deux sortes de sujets , suivant la qualité de la terre qu'ils ont à leur donner. ïls planteront le prunier moins profondément que l'amandier.
On plante vers le milieu d'avril des amandes que l'on a
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eu soin de mettre au germoir, dès le commencement de l'hiver, dans une terre douce , fraîche , à l'abri de la gelée et des mulots. Ces amandes auront été recueillies sur des arbres sains , exempts de gomme et de blanc ; cette attention est de la plus grande importance pour le succès de la plantation. On doit avoir la précaution au printemps, avant de les mettre en pépinière, de couper le pivot avec les ongles, afin de faire pousser les racines à la superficie , ce qui assure la reprise des arbres lors de leur transplantation en espalier. Cette suppression , qui ne donne pas des arbres aussi forts , promet plus t6t des fruits. Il faut aussi observer que les racines de l'amandier ont peu de chevelu , et qu'étant transplantées les grosses racines produisent difficilement des spongioles à leurs extrémités ; c'est ce qui fait rebuter avec raison les pêchers sur amandier qui ont plus d'une année de greffe , parce que la reprise de ces arbres est peu assurée, et qu'ils restent toujours languissants lors même qu'elle a lieu.
La même année , vers la fin d'août dans les terrains secs, ou après la mi-septembre dans ceux qui conservent de la fraîcheur, on écussonne ces amandiers à œil dormant à 12 ou 15 centimètres de terre. Les sujets qui ne seraient ni sains ni vigoureux ne seront pas greffés , et l'année suivante on arrachera ceux qui n'auront pas pris la greffe : car la non* réussite d'une greffé faite par une main exercée annonce toujours dans le sauvageon un vice radical. On choisira pour écussonner les yeux triples, parce qu'on est toujours assuré que celui du milieu est à bois. (Voyez fig. 6.) On aura soin de desserrer les ligatures assez à temps pour qu'elles n'occasionnent pas d'étranglement. Les amandiers seront écussonnés quelquesjours plus tard que les pruniers (1).
(i) L^ciusoD A , planche 3, doit se lerer d*an seal coup, et rester sur la lame
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Les jeudeft arbres greffés seront rabattus an cmnmencemeBt du printemps suivant, à 8 ou 10 centim. au dessus de i'écusflon ; les yeux du sauvageon, à l'exception d'un seul à l'extrémité , seront éteints ; le bourgeon qui en sortira sera souvent pincé , afin que , sans attirer trop de sève , il puisse seulement entretenir la vie dans la partie du sujet supérieure à l'écusson , ce qui facilitera ia cicatrisation de la plaie lorsqu'au moment de la plantation on rabattra cette partie tout prés de Tinsertion de l'écusson. On soutiendra les jeunes greffes par des tuteurs ^ pour les empêcher d'être décollées parle vent , ou bien on les attachera à la partie supérieure du sauvageon.
La greffe ne doit pousser la première année qu'une tige dominante , accompagnée de ses bourgeons anticipés ; si , par un accident quelconque, une greffe venait à être rompue , il faudrait s'empresser de la rabattre sur le plus fort bourgeon , afin que celui-ci puisse remplacer la tige et la continuer.
Il est avantageux que les yeux du bas des jeunes pousses de la greffe ne s'ouvrent point en bourgeons anticipés, parce que ce sont eux qui , lors de la transplantation , doivent fournir les branches destinées à former l'arbre que l'on se propose d'élever en espalier. On éloignera donc autant que possible toutes les causes qui tendraient à produire cet effet , telles que la rupture ou la courbure de la greffe , ou l'é-
da greffoir, que Fon îDsiniie entre le germe du boaton et TanMer. GeUe mnilè^ re d'opérer permet de se senrir d'an rameau coupé depuis plosieors jours, et qui aurait d^à perdu une partie de sa sève. La plupart des auteurs prescrivent de eemer Pceil par trois incisions et de le détacher à l'aide du pouce. Il y a ici plusieurs incouTénfents : 1» Tobligation d'avoir un rameau coupé fraîchement, sans quoi Técusson ne pourrait être enlevé qu'avec effort , et l'œil courrait ris* que d'être offensé; 99 la forme convexe B, planche 5, que présente alors cet écussoD , et qui le rend moins propre à être appliqué exactement sur le sujet.
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bourgeonnement inconsidéré de bourgeons anticipés supérieurs.
Les sujets de pruniers sont élevés de noyaux que l'on fait germer pendant Tbiver, ou de drageons des deux Saint- Julien ou des deux damas. Ces sujets ne peuvent être écussonnés que la seconde année de leur plantation en pépinière. On gouyeme les greffes sur pruniers ainsi que nous venons de l'expliquer pour l'amandier. On aura l'attention de ne prendre que des drageons ou des noyaux provenus d'arbres sains et vigoureux 3 les rameaux pour greffer seront également choisis autant que possible sur les arbres en bon état. Je dis autant que possible , parce qu'il y a des espèces qui ont constamment le blanc. Il est à présumer qu'elles ont été importées avec ces maladies ou qu'on les aura greffées dans l'origine sur des sujets viciés qui auront perpétué le mal.
Toutes les espèces de pèches réussissent sur les quatre sortes de pruniers que nous avons indiquées ; les pèches lis* ses et les deux chevreuses seulement ne réussissent pas sur le petit damas. Ce sujet est facile à reconnaître pendant l'été , parce que l'extrémité de ses pousses est rouge , lorsque celle de l'autre espèce est blonde ou jaunâtre ; il se distingue aussi pendant l'hiver par son bois, qui est plus fort ou moins velu que celui du gros damas. Le fruit de l'un et de l'autre est assez hâtif, violet, petit et rond.
Tout ce qu'on vient de dire sur la greffe suppose que cette opération a été faite en pépinière; mais, comme la transplantation fatigue et retarde toujours les arbres greffés, il est plus avantageux de planter des sujets en place à l'espalier, pour ensuite les y greffer. Dans ce cas , on placera deux sujets pour avoir à choisir. Quelques personnes prétendent avoir greffé sur épine noire le pécher, afin d'obtenir des arbres nains. Nous n'avons pas vérifié cette assertion.
n n'est pas d'usage de greffer le pécher sur des sujets d'à-
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mandes a coqaes tendres ou de noyaux de pèche ; on croit que les arbres ainsi greffés ne seraient pas de longue durée. Je n'ai point fait en France d'expériences à cet égard, mais je sais qu'aux Etats-Unis d'Amérique les pêchers, qui sont tous à plein vent , Tiennent de noyau ou sont greffés sur noyau, et que la cause de leur destruction, lorsqu'elle a lieu, est totalement étrangère à cette circonstance.
On peut, par les semis, obtenir de très bonnes Tariëtés de pèches ; il serait à désirer qu'on les multipliât davantage, ne fût-ce qae pour remplacer nos meilleures espèces, presque toutes attaquées de maladies qui abrègent la durée des arbres et influent toujours sur la qualité des fruits. Je répète qu'il est essentiel de récolter les noyaux destinés aux semis sur des arbres bien portants.