‹ La pomone françaiseChapitre 4 sur 76 · MANIÈRE DE VÉGÉTER DE LA VIGNE · texte numérisé non relu

MANIÈRE DE VÉGÉTER DE LA VIGNE

Avant de vouloir tailler et gouverner la vigne , il est indispensable de connaître sa manière de végéter, afin de pouvoir seconder ses dispositions naturelles ou s'y opposer eflicacement si elles contrarient trop nos projets sous le rapport de la forme à laquelle nous voulons l'assujettir et des produits que nous désirons en obtenir.

La vigne porte toujours son fruit sur le bourgeon de Tannée , c'est-à-dire que la grappe et le bourgeon se trouvent encore au printemps renfermés dans la même bourre. ( On appelle bourre de la vigne ce que l'on nomme œil dans les autres arbres. ) Ainsi , à cette époque , la vigne commence par pousser le bois sur lequel sera attachée la grappe qui mûrira à l'automne. Chaque printemps aussi fait ouvrir tous les yeux formés sur le bois de la pousse précédente » à moins que les bourgeons n'aient pas été taillés ou qu'ils l'aient élé trop longs ; dans ce cas , les yeux de leur talon ne s'ouvrent pas et s'affaiblissent ; mais ils ne perdent pas entièrement leur faculté végétative.

Chaque oeil de la vigne est toujours accompagné d'un ou de deux sous-yeux , qui , en cas d'avortement ou de gelée ^

LA POMAB V1iA!IÇAl§R t»

remplacent Pœll principal; ils Èe développent qnélctnerolfl tons les trois, et portent des grappes lorsqu'on les laisse sub* sister; leur déyeloppement est plus tardif que celui de l'œil principal.

La Tigne a la faculté de percer de son yieux bois dans tous les endroils où il y a eu le rudiment d'un oeil.

D'après cette manière de végéter, il est évident qu'une Yigne abandonnée à sa nature se dégarnirait successiYement chaque année par le bas pour porter vers le haut ses nouveaux bourgeons. D'un autre cété, tous les yeux s'envrant à la fois, la sève, trop inégalement partagée, ne produirait que des bourgeons grêles , incapables de donner de bons fruits.

Ainsi les produits d'une, vigne abandonnée à elle-même sont nuls; l'art de la culture et celui de la taille sont donc indispensables pour la vigne , qui , sous ce rapport , est une véritable conquête de l'homme. Heureusement sous sa main elle devient aussi féconde que docile. Si même elle était moins facile à conduire , on ferait plus d'efforts pour chercher ce qui lai convient le mieux ; mais elle s'accommode de presque toutes les cultures, elle vit toujours malgré les mauvais traitements, et ce n'est que par la comparaison de Ses produits que Ton peut Juger quelle est, parmi les différentes manières de la cultiver, celle qui lui est la plus favorable suivant le terrain, l'exposition et le climat où elle se trouve.

DES TEBBES PROPRES k LA CULTURE DE LA VIGNE.

L'espèce de terre la plus favorable à la végétation de la vigne est sans contredit une terre franche , saine , riche , conservant sa fraîcheur naturelle pendant les chaleurs de l'été. Les pousses d'une vigne plantée dans un tel sol sont d'une vigueur extraordinaire, et le fruit a les plus belles ap-

M hk POMOm FRAHGAISB.

parences; nous en avons vu pousser, la seconde année de leur plantation , des sarments de onze pieds de long , et , la troisième, de vingt-et-un pieds. Cependant un pareil terrain ne serait nullement favorable aux qualités du raisin. II parait constant que celles-ci sont en raison inverse de la force végétative de la plante, ou du moins, pour qu'elles soient les meilleures possible, la végétation doit être égale dans toutes les parties de la plante et en rapport avec l'intensité et la durée de la chaleur atmosphérique. Si la plante ne contient pas une abondance de sève capable de résister à l'action de la chaleur, elle languit , meurt ou reste stérile ; mais si , au contraire , elle attire plus de sève que la chaleur atmosphérique ne peut en élaborer, le bois ne prend point de consistance , la sève continue toujours de s'élancer avec force et rapidité vers le haut .des bourgeons sans refluer vers les grappes, et celles-ci, quoique très grosses, sont aqueuses et dépourvues de principe sucré.

Ainsi , toute terre qui conserve beaucoup de fraîcheur est généralement un obstacle à la maturité et aux qualités du raisin, quoiqu'elle soit favorable à l'accroissement du bois. Une terre douce , légère , en pente , laissant écouler les eaux et retenant la chaleur, est celle qui convient le mieux à la culture de la vigne pour les produits.

Il n'y a point de jardins dans le climat de Paris où le raisin ne puisse venir aussi beau, aussi bon , aussi parfait que celui de Fontainebleau (1) ; il suffira de se conformer au mode de culture suivi à Tbomery.

(1) Oa plutôt Thoroery, irillage Toisin qai s'est bit, dit d'Aussy, le coortter, poor les grains et les fruits, de tout le canton. Depuis d'Aussy, ce commerce, loin de diminuer, s'est étendu Jusque dans le Nivernais, le Bourbonnais et TAujergne.

'^' A Fontainebleau même, il n'existe que la treille royale (de 1384 mètres de longueur), dont la culture a été pour ainsi dire abandonnée pendant viogt-dJiq

LÀ POIH»CB FRANÇAtse. SI

Hais les propriétaires aisés , par lesquels ramélioration devrail commencer, sont d'une indifférence eitrème; ils paraissent ignorer complètement tout ce qu'ils peuvent i cet égard. La plupart, avec des dépenses extraordinaires en acbats de terre de bruyères , font croître à leurs mura du nord des plantes qui ne sont qu'agréables, et ils n'ont pr a l'idée qu'avec beaucoup moins de frais ils obtiendraient, à leurs murs du midi, du levant et du eoucbant, des productions plus utiles. Le rapport de quelques tombereaux de terre lé^ gère et sablonneuse, mélangée avec celle des plates^bandes de l'espalier, suffirait le plus souvent pour faire produire an terrain des arbres qui couvriraient les murs d'une beUe verdure et de fruits délicieux.

On se dispense ordinairement d'une opération aussi simple que peu dispendieuse , et l'on garnit ses espaliers sans s'inquiéter si la qualité de la terreet la dtspositionduaolsont convenables ou non au plant qu'on vent lui confier. La vigne, qui croit partout , pousse presque toujours trop bien; mais le fruit est sans qualité , mûrit très tard , ou ne mûrit point du tout , et le propriétaire finit par se poirsuader qu'il est apparemment impossible d'obtenir de bons raisins contre les murs de son jardin ; il devrait pourtant se rappeler qu'a* vant le rapport de terre de bruyères dans ses plates-bandes du nord , on n'y voyait point croître des rhododendron , des

ans; deimis quelques années sealement, fal eu les moyens d*en faire coucher et reoouTeler une partie. On irient de commencer, cette année » la réparation des murs , qui étaient entièrement dégradés ; j'ai profité de cette circonstance pour demander des chaperons en tuiles avec une saillie de 30 ft 33 centimètres Les treillages, qui| étaient aussi ruinés, seront renouvelés. La treille royale sera hîentèt un monument et un modèle de culture que les amateurs de Jardinage pourront venir consnlter. Les espérances h cet égard sont d^aatant mieni fondées que le Jardinier du roi, M. Brassin, chargé du soin de cette treille , a d^eiceAeats principes , qu'il est 8<^eni , et qu'il porte Tamour de son art i â loin qu on peut le désirer.

n LA FOMûKB FRARGAISB.

magaoUa, d^s azaMa, des cléthra, des ealmia lalifolia, et mille autres plaates de pur agrément que nous avons su faire croître.

Assez généralement la terre des Jardins est trop compacte pour ia vigne , surtout lorsque les ceps sont plantés à de l^andes distances les uns des autres; dans ce cas, on peut facilement la diviser avec du sable végétal pris à la surface des terrains de cette sorte. Si, au contraire , le sol du jardin était d'une nature trop aride, il fondrait l'amender avec de la terre francbe, qu'on amalgamerait bien avec celle de l'espalier. II fout éviter .toute parcimonie dans les frais de plantation ; la prospérité et la durée des sujets sont toujours, en raison des soins qu'on a apportés dans cette première opération. On ne doit point cultiver de légumes dans les plates-bandes, ni souffrir que les arbres environnants approchent trop des racines de la vigne.

Les terrains naturellement glaiseux et humides présentent le pins de difficultés pour y cultiver la vigne avec succès; cependant, en vidant ^itièrement les plates^bandes, en plaçant dans le fond des plâtras, et en remplissant le reste avec de la terre légère , en pente , exhaussée au dessus des allées, on obtiendrait encore des productions dont on aurait Keu d'être satisfait et qui pourraient dédommager de la dépense.

Le sol naturel de Thomery est bien loin d'avoir les quali'* tés qu'on lui suppose. J'ai visité souvent ce canton avec beaucoup d'attention : la terre y est très inférieure à celto des plates-bandes de nos jardins , que l'on pourrait d'aiHeura préparer à peu de frais pour la vigne. On croit généralement que les sables de Fontainebleau sont hâtifs, c'est encore une erreur; ces sables sont brûlants par l'ardeur du soleil qu^lts reflètent , et ils sont glacés pendant la nuit. Si le raisin est si bon , si hâtif à Thomery, il faut en chercher la cause, comme nous l'avons déjà dit , dans les soins éclairés qu'on y ap^

lA ponorn ptuncAisB. s

porte à la plantation , à la taille et à la eattnre de la vigne , plutôt que dans les qualités du sol.

Lorsqu'on youdra faire la dépense nécessaire , la plupart de nos Jardiniers sont aujourd'hui assez instruits pour préparer convenablement les terres de leurs espaliers de manié* re i y recevoir de la vigne , des pêchers , des poiriers , etc., en fiiisant toutefois pour chaque espèce des amalgames dif* férents : car il est bien reconnu que ces divers arbres ne doi^ vent plus être confondus le long du même mur les uns avec les autres. Cependant on les plante presque toujours dans le même sol , comme si on était en droit d'attendre que Tespëce de terre qui amène la poire à sa perfection pût y ame*. ner aussi bien les autres frurfSw Les propriétaires se conten* tent de ce que leur terpain , tel qu'il se trouve, peut produire. Il y a en effet des qualités de terre où tout vient à peu près bien ; mais il y a tant de nuances dans le bien , tandis que la perfection n'en admet point ! Quoi qu'il en soit , il n'y a point de propriétaire qui ne fasse toutes les années à sa campagne des dépenses beaucoup moins bien entendues et plus considérables que ceUeque je propose ici; d'ailleurs les essais peuvent s'opérer sur une petite longueur d'espaliers, et, par ce moyen, ils ne seront jamais ruineux ni désastreux pour ceux qui voudront les tenter.

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