‹ La pomone françaiseChapitre 31 sur 76 · DE LA FORME · texte numérisé non relu

DE LA FORME

Il est à propos de se décider, avant la plantation , sur la forme que l'on veut faire prendre aux jeunes arbres , afin de régler leurs distances en raison de cette forme , de bien placer, en plantant , les yeux qui peuvent y concourir.

Il faudrait , pour ainsi dire , tracer d'avance sur le mur les places que les branches principales devront occupeir an fur et à mesure de leur développement. On ne travaillera qu'au hasard si l'on n'a pas toujours ce tracé devant les yeux , et, loin de diriger et de conduire , on s'exposera à être soi-même entratné par toutes les circonstances qui se présenteront pendant le cours de la végétation. Il est donc évidedt qu'il vaut mieux prendre l'initiative , prévoir et donner, dés le départ de la sève, à tous les mouvements qui vont avoir lieu , des directions qui feront arriver les bourgeons doucement et sûrement vers le but qu'on se propose , que d'être sans cesse forcé à réformer par la taille , par les amputations, et autres moyens violents.

L'art de conduire le pécher est bien moins difflcile qu'on ne se Timagine. Nous avons été les premiers à annoncer en 1816, lors de la !"•« édition de la Pamone , que Ton pouvait faire prendre au pécher toutes les formes imaginables ; nous eûmes alors le rare bonheur de trouver dans les environs de Paris des pêchers auxquels on avait fait prendre des formes» tracées d'avance sur les murs^ quelques unes

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4'ell69 étaient si correctes et ^iextraordinairea^ que noôs lea ^esde8(»iiier géométriquement, pour que ces pêchers fussent très fidèlement représentés. Noos ayons indiqué les lo« ealités où étaient ces arbres. Ceux qui ont eu des doutes ont été mis à même de yérifier si les dessins s'écartaient en qjooi (pe ce soit des modèles vivants , et ce serait en ya|a que Ton voudrait aujourd'hui fiiire naître des doutes à cet égard. Ce fut M. Poiteau , dont on connaît Texactitude scrupuleuse, qui voulut bien se charger de dessiner ces arbres. Les beaux pêchers de Trianon et du fleuriste de Saint- Gloud , conduits par M. Dumoutier sous la forme d'un Y ouvert (pK LI , 0g. 3), ont été aussi dessinés géométriquement. Cette forme était alors la seule que nous eussions adoptée dans les jardins de la couronne. Beaucoup d'objections nous ont été adressées de toutes parts contre cette forme , et même contre la grande étendue qu'on lui avait donnée à ïrianon. On a prétendu que tous les jardiniers n'avaient pas l'entente ni le temps nécessaire jiour conduire des arbres d'une aussi grande étendue, et qu'il fallait encore ,. pour l'atteindre, rencontrer des. arbres très vigoureux et un sol extrêmement propice ; enfin, que, si un de ces ar-, bres venait à faillir, ou seulement un de ses membres , il laissait à découvert une grande surface de mur.

, Après avoir pris en considération ces olyections, et nous être aidé , selon notre usage , de la conversation, et même des bons avis de plusieurs cultivateurs , nous avons Coût choix de cinq formes parmi beaucoup d'autres : 2^ de la forme en cordons (1) (fig. 9) \ 3» de celle en palmette à dou-

(1) Qaoiqiie H. Lepère Tienne d^nnonoer, dans son ouvrage sur le pécher carré, quMl s^occupe d'élever des pêchers comme on élère la vigne à Thomery, ndos ne croyons pas que , par crainte d^étre taié de plagiaire , nous devions priver nos leetears da dessin de cette fomte, qoe naos avons en povlelèattle àtpaâ$ ong-temps. Noos ignorons da reste Jusqu'à quel point notre dessin ft nos moyens

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Me tige (flg. 10); 4^ de ta jMJmette à double tige (fig. 11) dont les bras sont successiTement formés par la tige ; 6^ des pêchers non taillés en palmettes.

La demième f<^me > celle en cordons, qui nous a été présentée par Dumontier, pour couvrir les murs avec le pèdier, comme nous les avons couverts avec la vigne (fig. 1), à Fontainebleau, où six pieds de vigne , dont chacun a deux bras de 1 m. 36 cent, d'étendue, couvrent un mur de 2m. 70 cent, de longueur sur 3 métrés de hauteur; ici (flg. 9) trois pêchers, dont chacun a cinq bras de S métrés d'étendue , couvrent un mur de 10 métrés de longueur sur 3 de hafoteur. Les bras de la vigne viennent tous s'intercaler successivement et symétriquement à leur place; ceux des pêchers viennent également s^intercaler ainsi à leur place ; ils ont même l'avantage de se suppléer les uns les autres, dans ïe cas où quelques uns viendraient à faillir. Ainsi, cette forme satisffut autant que possible aux objections les mieux ftindées qui nous ont été adressées. On verra que les trois^ ailtres formes , celles en palmettes à doubles tiges , ont l'a- Tàntage de requérir moins de temps et de surveillance ; mais atitone , quelle que soit celle que le jardinier adopte , ne le dispense de connaître nos principes et de s'y conformer exactenaent ; elle ne lui suppose pas non pins moins d'intelligence qu* il n'en fiiot pour conduire un pécher sous la forme d'un Y ouvert ; seulement il aura moins souvent Toccasionde l'exercer. Malgré notre déférence aux objections, nous maintenons la forme du Y ouvert, sans toutefois lui laisser parcourir tonte l'étendue qu'elle est susceptible de prendre. Il suffira

d'exécatlon sont conformes à ceux employés par M, tepère, qaî lai-méme n^a TraiMBibUblemeDt connu la forme que Ton donne à la Yigne à Ttaomery qne daiia la Pomonê , puisque persoooe avant bous n*en a fait mention. Uans tous les cas, nous ne réclamons ni invention ni priorité, notre instruction et notre. OQirage étant le résoltant de rinstruction générale de Tépoque.

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qu'elle remplisse le cadre qui lui est assigné. Elle sera donc contenue, et les distances , lors de la plantation, seront ré*glées en conséquence j mais si un arbre , par sa trop grande yigueur et par le bon emploi qu'on a su en faire, peut occuper beaucoup plus d'espace que celui qui lui était d'abord désigné, il ne faudrait pas priver le jardinier de Toccaslon qui se présente de jouir de son travail ; qu'il lui soit donc permis , dans ce cas, de restreindre les arbres de droite et de gaucbe, à mesure que le pécher qu'il affectionne peut s'étendre. Le jardinier qui est assez heureux pour offrir des modèles vivants , et qui méritent l'admiration des cultivateurs , favorise plus efficacement le progrès de son art que ne peut le faire toute espèce d'encouragement.

Ces exemples suffiront sans doute pour convaincre que l'on peut faire prendre au pécher toutes les formes possibles, et pour détruire tous les préjugés contraires. Sans paraître vouloir innover, il est donc permis maintenant de chercher la forme la plus avantageuse : ce sera celle qui , troublant et tourmentant le moins le pécher dans sa végétation , couvrira le plus promptement une surface donnée , et pourra être facilement contenue dans les limites de cette surface , sans nuire aux produits, ni à la santé, ni i la durée dje l'arbre.

En annonçant que l'on peut faire prendre au pécher toute» les formes que l'on veut lui donner, il est bon d'ajouter-: pourvu que le cadre qui doit contenir ces formes ne soit ni trop restreint ni trc^ étendu, devant nécessairement être en rapport avec la vigueur ou plutôt avec le degré d'extension naturelle à cet arbre. L'art n'a point encore pu faire du pécher un arbre nain , donnant des produits et prolongeant son existence. C'est faute de réflexion que des personnes ont prétendu garnir un espalier avec une multitude de pêchers plantés proches les uns des autres et élevés sur une seule tige , tous inclinés du même côté. Les inventeurs

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de cette méthode ont d'abord eu des imitatenrs ; mais bientôt les arbres ont dépéri , parce qu'ils n'ont pu parcourir les divers degrés de leur croissance dans des limites aussi restreintes. On s'étonnera sans doute que des innovations, en cultare surtout, contraires au bon sens, soient suivies aved empressement , tandis que l'on trouve de si fortes ^pposi* tiens pour faire adopter des méthodes consacrées par des succès , par une longue pratique, et d'ailleurs basées sur deg principes conformes aux lois de la nature , tels que le mode de la culture de la vigne à Thomery^ qui reste toujours confiné exclusivement à Thomery.

La première forme que nous adoptons de préférence est représentée par la planche 6j nous l'appelons forme à la Dumontier y pour rendre honunage aux talents de cet habile Jardinier. Elle nous paratt la plus facile à obtenir^' et c'est peut-être la plus convenable pour des pêchers plantés à des murs de 3 mètres à 3 mètres 36 centimètres d'élévation ; elle offre en même temps des moyens simples de fai- PB prendre aux ari>res, en les allongeant sur les côtés, toute l'étendue que leur vigueur comporte. On con{oit cependant qu'il ne faudrait pas abuser de cette faculté , et qu'il serait mieux, après leur avoir laissé prendre un certain essor, déménager leur vigueur en la concentrant.

Lorsque nous aurons saflSsamment fait connaître, dans le cours de cet ouvrage , quels sont les moyens à employer pour diriger les pousses d'un arbre dans sa végétation , quelle que soit la ftorme adoptée , nous ferons l'application de ces principes i l'éducation du pécher que nous domions ici pour modèle. Le dessin n'est point idéal ; il a été pris d'après un arbre existant planté à Trianon en 1806. C'est après avoir reçu neuf tailles qu'il est arrivé à l'état de perfection oà il est aujourd'hui , remplissant parfaitement le cadre qui lui a été tracé , et dans lequel on veut désormais le mainte* Dir. Son étendue est de 14 mètres sar 3 mètres 36 centime-

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très dehanteor. Les figures des planches 2 et 4 font connaître la marche progressive qu'on a suivie pour arriver à ce hut

La figure 1 est le sauvageon qu'on a planté à l'espalier^ et sur lequel on a posé deux écussons. La figure 2 est la première pousse des deux écussons formant les deux môres* branches B; celles-ci étaient alojrs peu inclinées > afin que les yeux du dedans, qui ont une tendance naturelle à develiir plus forts que ceux du dessous , ne fussent pas trop fa* vorisés dès leur origine au détriment de ces derniers.

La figure 3 indique l'état de l'arbre la seconde année ^ ainsi de suite. Les mêmes branches sont désignées sur toutes les figures par les mêmes lettres , et l'ordre alphabétique de celles-ci indique celui de la .naissance des branches. Les emplacements des tailles successives sur les branches principales sont égalemmt indiqués par des numéros correspondants à l'année où elles ont été faites ; ainsi , dans la figure 6 , la branche F, qui n'a qu'une marque de taille portant le numéro 6, a été taillée pour la première fois lorsque la branche-mère B recevait la cinquième taille.

Le quart de cercle, ivisé en degrés, marque la progression suivant laquelle on a abaissé chaqne année les mères* branches B jusqu'à l'incKnaison de 68 degrés, où elles se trouvent noaintenant fixées (fig. 8); elles n'ont été allongées et chargées de tous leurs membres que graduellement ^ suivant leur force, toujours en favorisant, par les moyens que nous donnerons ci-après, les branches inférieures que leur position désavantageait , et en restreignant au contraire raccroissement de celles supérieures.

Ainsi la branche G, qui prend sa naissance en dessous de la branche B, n'a qu'un an de moins ; on les a fait marcher tontes deux également, tandis que la branche D qui est ea dessus , et dont la place était désignée dès la seconde «inée^ a été au contraire travaillée, contrainte et retardée dans son

déTeloppement/ en s'opposant , par le pincement, à ce que son empâtement sur la mère-branche prenne de l'ampleur; les conduits de la sève ainsi réduits à la base de la branche B pendant quatre à cinq années , on a pu sans inconvénient permettre alors à la branche D de commencer à se développer pour rempKr le cadre qui lai a été réservé.

Enfin les membres G et H (fig. 8 ) ont été formés les der* niers , lorsque les membres inférieurs avaient acquis une viipaeur capable de leur résister et de conserver la sève qaë ces branches presque verticales tendaient à leur enlever.

Les branches principales allant en divergeant, il a ét^ nécessaire d'établir à une certaine distance du point de leur insertion des ramifications ou sous -mères -branches pour remplir les intervalles. On a fait prendre naissance à ces ramifications toujours en dessous des membres et jamais en dessus (si ce n'est à la branche SI , établie la dernière de toutes ) , parce que la sève aurait trop de tendance à s'y porter, et qii'on ne parviendrait à l'en détourner qu'en tourmentant l'arbre, le fatiguant dans sa végétation, et consommant en surveillance un temps précieux.

Toutes les branches principales d'un pécher, queRe que sOit éà forme, sont également garnies de branches fruitières qui paraissent du même Age , parce qu'en effet elles sont renouvelées tous les ans. On n'a pu exprimer dans ce dessin , à cause de la petitesse de l'échelle , les tailles successives et toujours très rapprochées de l'insertion qu'il a fallu opérer chaque année pour leur concentration.

Les moyens pour établir les autres formes seront indiqués & l'article de ^application des principes généraux de la conduite des pêchers.

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