‹ La pomone françaiseChapitre 5 sur 76 · DES MOYENS DE MULTIPLIER LA VIGNE · texte numérisé non relu

DES MOYENS DE MULTIPLIER LA VIGNE

Le bois de la vigne, ainsi que celui de toutes les plantes sarmenteuses remplies de moelle, se multiplie très facilement de boutures et de marcottes.

Les boutures ou cro$seiies sont des sarments de la dernière pousse , longs d'un pied et demi à deux pouces , ayant à leur talon un peu de bois de deux ans; on les place verticalement en bonne terre au mois de mars, après les avoir fait tremper pendant quelque temps dans du jus de fumier, en

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ne laissant sortir qae deax yeux bien aoùtég ; mais il serait mieux de tes coucher dans des rigoles de dix à onze pouces» sQivant la qualité du sol. Ces boutures prennent racine dans Tannée même , et sont en état de donner des fruits au bout de trois ou quatre ans , si toutefois pendant cet intervalle les gelées ne fatiguent pas trop les bourgeons. Il n'est pas rigoureusement nécessaire de laisser du bois de deux ans au talon des crossettes, parce que les sarments prennent racine à l'endroit de tous les yeux qui sont enterrés. La bonne disposition des yeux qui sont hors de terre est indispensable. On doit préférer, pour efTectuer une plantation, les boutures au plan enraciné.

La marcotte j couchage ou chevelée y doit se faire dans le mois de février ou de mars, et même jusqu'au mois de mai. Pour marcotter la vigne, on couche un brin de l'année , tenant à la souche, dans une rigole profonde de cinq à six pouces , et de manière que la partie enterrée ait au moins un pied de longueur. Le succès dépend du choix d'une place bien aérée pour y coucher le sarment, et du rapport de terre neuve ou d'engrais dans la rigole si l'ancienne se trouvait trop épuisée. Les précautions à prendre pour obtenir des^ marcottes bien enracinées sur toute la longueur du bois en-terré consistent à retirer tous les yeux de la branche à par* tir du cep jusqu'au point où elle commence à entrer en terre, à ne point faire faire au sarment un coude trop raide soit à l'entrée, soit à la sortie de la rigole ; moins on rompt les fibres du bois , plus on obtient de belles et nombreuses racines. On marcotterait même un bois de deux ans naturellement coudé avec plus d'avantages qu'un jeune sarment que l'on serait forcé de trop contraindre. Le bois de deux ans pousse de plus fortes racines, mais en moins grande quan<* tité.

Les couchages affament les souches ; un pied de vigne serait bientôt ruiné si on le marcottait souvent. Cette opé-

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ration ^ à Thomery, n'est pratiquée que sur les ceps niiDës, usés, malades, que l'on veut détruire ; c'est le dernier moyen que les cultivateurs dexe pays emploient pour en tirer par«ti ; ils appellent ces maicottes des chevelées.

Ce moyen de multiplier la vigne par couchage n'améliore pas les espèces ) qui restent absolument les mêmes; les boutures propagent plus sûrement les accidents heureux que la culture produit quelquefois sur un seul sarment ou sur tous ceux d'un même cep. Elles ont en outre l'avantage inappréciable de ne point altérer la souche, qui continue à servir d'étalon et à produire de bonnes récoltes.

Les habitants de Thomery, qui.cultivent une très grande quantité de chasselas à leurs espaliers ou dans leurs vignes* ont remarqué que cette espèce présente souvent d'heureux accidents; aussi ont-ils le plus grand soin de choisir pour leurs plantations des crossettes prises sur les ceps qui sont le moins sujets à couler, qui rapportent le plus abondfimment, qui sont les plushâtife, et ceux surtout dont les grappes sont le mieux faites, et dont les grains blonds, transpa-. rents, égaux , peu serrés, se colorent le plus facilement. On conçoit qu'ils ne voudraient pas marcotter de tels pieds dans la crainte de les épuiser; ces cultivateurs rivalisent entre eux à qui possédera une variété supérieure. Mais ce mode de toujours choisir, pour former des plantations, sur les ceps qui rapportent le meilleur raisin , tend nécessairement à perfectionner l'espèce.

Les provins sont des marcottes qui ne doivent pas être transplantées , et qu'on établit , !par cette raison , dans des rigoles vu des fosses plus profondes.

On multiplie aussi la vigne par semences ; mais ce moyen n'est point usité , parce qu'il donne des variétés le plus souvent inférieures à celle qui les a produites. J'ai fait semer au potager de Versailles une assez grande quantité d'espè-ces de raisin. Ce plant très nombreux a commencé à rappor-

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ter aa bout de quatre à cinq ans ; ee qui eat en opposition avec le résultat des expériences de Dahamel> qui assure qu'un pied de vigne éieyé de pépin n'avait encore produit chez lui aucun fruit au bout de douze ans de culture.

Nous avons éprouvé que les variétés obtenues an potager de Verscdlles rentraient à peu prés dans les espèces originaires , c'est-à-dire que les pépins récoltés sur des chasse-* las ont donné des raisins assez ressemblants au chasselas ; mais aucun jusqu'ici ne l'a égalé. Quoi qu'il en soit , il ne fkut pas se décourager, et les grands établissements doivent essayer les semis.

On prc^age encore les diverses sortes de vignes par la greffe. Ce moyen fournit d'abord des pousses de dimensions incomparablement plus fortes que l'espèce sur laquelle on a coupé les rameaux ; les premiers fruits se ressentent un peu de cette vigueur ; la seconde année , les pousses deviennent moins vigoureuses ; enfin, chaque année , les pousses sont moins fortes , jusqu'à ce que la sève, trouvant des canaux assez multipliés , ne soit plus forcée de créer des bourgeons qui sortent des proportions que la nature , non contrariée ^ a fixées à cette plante.

La greffe , en dernière analyse , pour la vigne , comme pour toutes les autres espèces d'arbres , ne Mi que perpétuer les espèces sans les changer ; l'améliwation n'est qu'apparente , et n'a de durée que le temps nécessaire à la natare pour faire rentrer dans l'ordre les choses que la main de l'homme a dérangées.

La grefTe de la vigne se fait en fente , ainsi que celle pratiquée sur les arbres de plein vent ; plus elle est près de terre, plus elle est assurée. On éiète provisoirement les sujets ^ et l'on rafraîchit la coupe au moment de l'opération , qdi se fait un peu avant la sève; on taille le rameau en coin, avec une retraite qui repose sur l'aire de la coupe du sujet. Ces deux entailles seront faites près du seul cûl que doit avoir le ra«

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mean ^ cet œil , placé ainsi ao niveaa da sommet de la fente, devra^ par son empâtement, recouvrir la plaie faite an sujet- On placera le rameau de manière à (aire coïncider les ècorces avec celles du sujet 3 on assujettira le tout avec de la ficelle ; puis on enduira la partie greffée avec la poix chaude employée à cet usage.

Si la vigne que Ton a grefTée est contre un mur, on aura soin de coiffer la greffe avec un cornet de papier, afin de l'abriter des rayons du soleil et de Tair trop souvent renouvelé.

n arrive toujours que l'opération de la greffe retarde d^une quinzaine de jours an moins le développement du rameau , qui ensuite s'élance avec force et rapidité , prolongeant indéfiniment sa végétation. On pincera plusieurs fois ces greffes pour les arrêter et faire mûrir le bois; s'il restait herbacé , malgré cette précaution , on devrait le couvrir aux approches des gelées. On attendra à Tannée suivante pour couper la ficelle , afin qu'elle ne cause pas d'étranglement.

Les rameaux de vigne destinés à la greffe doivent être cueillis avant que la sève soit en mouvement ; on laissera du vieux bois au talon du rameau , plutôt pour prolonger sa conservation que pour s'en servir. Les rameaux seront mis dans de la mousse et déposés dans un lieu fi-ais jusqu'au moment de l'opération^ ou bien on se contentera de les piquer en terre et à l'ombre au nord.

On se sert de la greffe pour rajeunir un pied de vigne ; ce qui vaut mieux que de le receper entre deux terres , en ce sens que les bourgeons qui sortent des yeux bien formés de la greffe ouvrent plus promptement et sont plus vigoureux que ceux qui percent de l'écoree du cep que l'on veut rajeunir.

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