‹ La pomone françaiseChapitre 46 sur 76 · SOINS A DONNER AUX FRUITS · texte numérisé non relu

SOINS A DONNER AUX FRUITS

• La trop grande abondance de fruits nuit à leurs qualités et à leur grosseur, ainsi qu'à la végétation des bourgeons, et par conséquent à la récolte de Tannée suivante. On attend rers les premiers jours de juillet pour édaircir les fruits. Très peu de cultivateurs à Hontreuil prennent ce soin ; ils laissent en général sur les arbres tout ce qui ne tombe pas. Il résulte de cette conduite que , dans les années très- abondantes» les fruits restent petits, sans saveur, et se vendent à vil prix ^ tandis que, si on les eût éclaircis , le débit eût été plus facile et plus avantageux , et les arbres n'eussent pas été épuisés à nourrir des fruits sans valeur. C'est donc vers le 1^^ de juillet qu'il convient en effet de retrancher tous ceux qui, étant par bouquet, mal placés ou trop serrés ,' se nuiraient réciproquement et ne pourraient arriver à perfection. On fait tomber de préférence ceux qui sont à l'extrémité des branches faibles et ceux des branches dont le bourgeon de remplacement ne serait pas assez vigoureux ; dans ce dernier cas, en étant le fruit, on rabat en même temps sur ce bourgeon. Après l'opération , Tarbre doit être partout à peu près uniformément garni , et l'un des côtés ne doit pas être plus chargé que l'autre, à moins qu'on n'ait l'intention de

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Taffaiblir pour ramener rèqailibre. On détadiera les fruits à supprimer en les tournant dans les doigts y sans donner de secousses aux branches ni ébranler les fruits qu'on veut lais* ser. On sera quelquefois obligé de dépalisser quelques branches; enfin le résultat sera le meilleur possible lorsqu'on aur ra visé plutôt à la qualité qu'a la quantité , et que Tarbre au** ra été ménagé de manière à n'être chaîné qu'en raison de son Âge et de sa vigueur. Après ces suppressions y si la terre était sèche , on donnerait aux arbres une voie d'eau.

On découvre les pèches pour leur procurer le goût , le parfum et les couleurs qu'elles sont susceptibles d'acquérir. €ette opération ne doit précéder, pour les pèches rouges , que d'une quinzaine de jours l'époque de leur maturité. On ne doit point exposer tout à coup les fruits au soleil , et les pèches d'un même arbre ne seront effeuillées que successivement, à moins qu'on ne veuille les avoir mares toutes à la fois. Les pèches tardives se découvriront beaucoup plus t6t par rapport à l'époque de leur maturité. On enlève les feuilles avec la serpette , en conservant leur péti<4e , et souvent on laisse le tiers ou la moitié de la feuille , si les parties supprimées suflisent pour découvrir le fruit* On ne doit point perdre de vue que ces feuilles doivent être ménagées , comme les mères nourrices des yeux ou des boutons qui sont & leur insertion. Le bouton dont on arracherait la feuille ne donnerait au printemps qu'une fleur avortée, et souvent elle n'ouvrirait pas. D'après cette considération , on conservera toutescelles qui appartiendraient à une partie de bourgeon qui ne doit pas tomber à la taille.

bE LA CUEILLE DES PÊCHES.

La maturité delà pèche se reconnaît à là partie opposée au soleil» qui change alors sa couleur verte en jaune plus ou

LA POMONB FRAKSAISE. «10.

moins clair. On ne doit point toncber le fruit vers cette époque, si ce n'est pour le cueillir. Alors on le saisit avec pré^ caution, et il doit rester sans effort dans la paume de la main. Les cultivateurs de Montreuil qui cueillent avant la maturité donnent un demi-tour de poignet en tirant un peu à eux, afin de détacher le fruit sans ébranler ni donner de secousses aux autres. Quelques personnes ne savent s'assa* rer de la maturité qu'en pressant fortement avec les doigta ou le pouce ; elles ignorent sans doute que la moindre meur** trissure faite à un fruit aussi délicat lui fait perdre promptement ses qualités. C'est à la vue et au toucher très léger que l'on doit reconnaître le degré de maturité de la pèche.

On ne cueillera Jamais des pèches sans être muni d'un panier. Ceux dont on se sert à Montreuil pour cet usage sont plats, de 65 centimètres de long sur 48 centimètres de large , avec une anse assez élevée et solide; leur fond est garai d'un morceau de drap plié en double ou d'ancienne tapisserie recouverte de feuilles de vigne non humides. Les bords de ce panier ne sont pas à jour, tant pour la solidité que pomr éviter les pressions inégales, et ils n'ont que 26 centimètres de hauteur, afin que l'on ne soit pas tenté de mettre plus de trois rangées de fruits. Ces cultivateurs ne tiennent jamais à la fois plusieurs pèches dans la main , mais ils les déposent au fur et à mesure sur le panier en les enveloppant chacune d'une feuille de vigne. On ne doit point cueillir pendant la pluie y ni lorsque l'arbre est encore chargé d'humidité, ni pendant l'ardeur du soleil.

Les pèches portées à l'office doivent rester dans les paniers vingt-quatre heures jusqu'au moment de les servir; alors on enlèvera, avec une brosse douce et légère , le duvet qui les couvre et qui cache la beauté et la vivacité de leur coloris. Ce duvet serait désagréable à la bouche ; il exciterait des démangeaisons qu'éprouvent asse? vivement les

SftO LA POUOIXB FRAIV^AISB. '

personnes qui les brossent (1) ; d'ailleurs il est de nature à se charger de poussière et à retenir les émanations des insectes.

Lorsque les pèches sont destinées à être transportées , il faut les cueillir un ou deux jours avant leur maturité parfaite^ en raison de l'époque où elles doivent être consommées. Les jardiniers de Montreuil , pour avoir la facilité de les manier sans les gâter, de les transporter et d'attendre la vente, les cueillent toujours beaucoup trop îAt ; aussi ont-elles un goût aigrelet, et jamais le parfum délicieux et l'eau sucrée et relevée de celles qui sont cueillies à leur véritable point. Il y a une différence considérable entre le . fruit de la halle et celui que l'on trouve chez un propriétaire amateur. La pèche cueillie avant sa maturité conserve tonjours , malgré l'emploi du sucre , un acide dont on ne peut plus la dépouiller et qui attaque les intestins, ce qui fait croire à la multitude que ce fruit délicieux est malsain et indigeste. La pèche cueillie comme nous le recommandons est un fruit aussi bienfeisant que délicieux, qui mérite tous les soins que nous nous donnons pour l'obtenir. Les Hontreuillois ne brossent les pèches qu'au moment de les emballer, les rangent avec précaution en les serrant de manière qu'elles ne puissent ballotter, mais pas assez pour les meurtrir; eUes posent sur un lit de mousse fine recouvert de feuilles de vigne; chaque pèche est elle-même enveloppée de deux feuilles; enfin le pourtour et le dessus du panier sont également bien garnis de feuilles.

Le marché de Paris étant peu éloigné, ils disposent leurs

(1) A Hontreuil , les personnes qui brossent les poches n^nt que les doigts et le viMge découverts, afin de se garantir le plus possible des effets de ce duvei-

LA POVOIŒ FRAirÇAISB. SI

ptclies par huit sur de petits paniers plats sans bords, dont le fond contient deux rangs de trois chacun , surmonté d'un ran^ de deux. Ces petits paniers sont placés proche à proche sur un noguet qui en contient douze j le tout est arrangé , couvert et emballé avec soin pour la balle. Mais , en ne mettant qu'un rang dans un seul et grand panier, et ficelant le tout avec soin , les fruits supporteraient un voyage de plusieurs jours.

DES ARROSEMËTtTS.

Les arrosements pour les racines doivent toujours prévenir l'extrême sécheresse; mais lorsqu'on a trop attendu^ et que les feuilles commencent déjà à se faner, il n'est plus temps; il faut laisser les arbres souffrir de la sécheresse plutôt que de les arroser. En effet , la terre étant alors extrêmement chaude aux environs de l'arbre , si Ton s'avisait , ditw cet état, de porter de l'eau sur les racines, il s'y établirait une fermentation intérieure qui en attaquerait l'épiderme (1), et, si l'arbre ne périssait pas dans Tannée, il languirait plus ou moins long-temps , et finirait par mourir des suites d'une opération tardive et irréfléchie. On pourrait cependant arroser; mais alors il faudrait humecter les feuilles par des pluies factices avec la pompe à main pendant plusieurs jours avant de verser de Teau au pied des arbres. On mettra sur la plate-bande où sont plantés les pêchers du fumier court pour que les arrosements tiennent. Si les arbres ont une certaine étendue , il sera à propos que la pente du terrain conduise l'eau doucement au bas de la plate-bande,

(i) Je me sais tasaxé j Immédiatement après une plnie cToragc sartenae & la sqite d^mie grande sécheresse, que la température s'était éleyéc à 96 degrés dans une plate-bande de iacinthes où J'avais plongé on thermomètre.

2^ LA PO»O^E FRAIVÇâISE.

OÙ Von aura fait nne rctenae afin que Teau s'y arrête , parce que c'est vers Textrémité des racines, sur les spongioles, qtfil importe le plus d'humecter la terre.

Les arfosements des feuilles doivent avoir lieu de temps en temps, le soir des journées chaudes et lorsque le soleil ne frappe plus sur l'espalier ; ils s'exécutent au moyen d'une pompe que l'on fait doucement jouer. Ces arrosements favorisent singulièrement la vé{j;étation ; ils la soutiennent et la raniment lorsqu'elle a été suspendue par la chaleur, par un ébourgeonnement , ou par le palissage : car il suiBt seulement de manier les branches d'un pécher lorsqu'il fait chaud pour arrêter le cours de la sève , qu'une pluie douce ou des arrosements donnés à propos raniment promptement. On conçoit combien il importe de ne pas laisser dessécher la terre au pourtour des racines d'une plante qui prolonge sa végétation pendant toute la durée de la belle saison , jusqu'à la mi-octobre.

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